Le règne de la séduction

Daniel Marcelli · Chapitre 5 sur 15

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Le règne de la séduction

4. L’intérêt de l’enfant : un nouveau regard

4.

 

L’intérêt de l’enfant : un nouveau regard

 

« Oh ! Je t’aime », dit cette mère à son bébé, son jeune enfant. Cette autre

lui demande : « Tu m’aimes ? » Ou encore plus insistante : « Dis-moi que tu

m’aimes ! » Ces déclarations d’amour entre une mère le plus souvent mais

parfois aussi un père et leur jeune enfant sont devenues banales, courantes,

quasi quotidiennes. Pourquoi sont-elles aujourd’hui si fréquentes, pourquoi

les parents ont-ils ainsi besoin de dire leur amour à leur enfant et d’entendre

ce dernier le leur dire ?

 

Le tournant des années 1960-1970

 

Il est sûr qu’au siècle précédent, et jusque dans les années 1960-1970, ce

genre de déclaration n’avait pas cours ! L’amour parental et l’amour filial

semblaient aller de soi et n’avaient besoin d’aucune déclaration

supplémentaire. Tout juste le parent, en faisant une bise à son enfant le soir

au coucher, lui disait-il sur le ton de la plaisanterie : « Oh, je t’aime, je vais

te manger (ou te dévorer) », faisant mine d’avaler tout cru cet enfant.

L’amour parental et filial s’énonçait sous le masque de cette plaisanterie,

certes non dénuée d’ambivalence ! De nos jours, les jeunes parents

expriment ces mêmes sentiments le plus sérieusement du monde, dans la

journée, sans vraiment plaisanter et, quand ils interrogent l’enfant (« Dis-

moi que tu m’aimes ! »), il y a dans le ton de leur voix une quête qui

réclame confirmation. Si les plus jeunes répondent assez facilement à cette

demande, en grandissant les enfants pressentent ou comprennent l’enjeu

relationnel, se saisissent de ce pouvoir naissant, font mine de ne pas

répondre, font la moue, semblent hésiter et réfléchir. Ces atermoiements ont

pour effet d’accroître l’insistance parentale puis en retour l’hésitation ou la moue de l’enfant, le tout évoluant souvent vers une forme de jeu où l’un

demande et l’autre temporise mais où l’enfant semble avoir la clef de

l’interaction ! En voici un exemple caricatural saisi sur le vif :

 

Dans les douches d’une piscine, un jeune enfant de cinq/six ans se frotte mollement les cheveux après la baignade tandis que sa mère le regarde faire à quelques mètres de là car elle est restée habillée au bord du bassin pendant qu’il prenait sa leçon de natation. Sur un ton très affectueux non dénué d’emphase elle lui demande : « Rince-toi les cheveux, mon cœur ! » L’enfant s’amuse sous la douche et manifestement « prend son temps ». La maman continue sur un ton quasi implorant : « Enzo, tu viens ? Allez, viens, s’il te plaît ! » Enzo poursuit son manège, reste sous la douche tandis que la mère insiste, la prosodie toujours aussi douce et câline, quasi-supplique séductrice : « Enzo, tu sais bien qu’après la piscine il faut se rincer les cheveux… »

 

Je ne sais pas comment s’est achevée cette séquence, car ayant moi-

même fini de me doucher je suis parti… Pourquoi une maman s’adressant à

son enfant, dans un espace public de surcroît, ne peut-elle pas utiliser un ton

neutre pour demander à son enfant de se rincer et de sortir ? Pourquoi cette

attitude de séduction là où il s’agit d’hygiène et d’actes de la vie courante ?

Comme si cette maman ne savait pas demander quelque chose à son fils

sans utiliser un tel ton…

Allant dans le même sens, on constate de plus en plus souvent que de

nombreux parents, peut-être plus les mamans, embrassent leur jeune enfant

sur les lèvres et ce même jusqu’à un âge assez avancé ! Si

incontestablement l’enfant, en ce début de siècle, bénéficie d’une

considération bien supérieure à celle qui lui était octroyée auparavant, ce

qui est un progrès incontestable, en revanche force est aussi de constater

que nombre d’enfants aujourd’hui semblent être élevés dans un climat

permanent de séduction, au point qu’il apparaît légitime de se demander si

la séduction ne serait pas devenue le principe éducatif de base. Pourquoi

cette évolution si évidente ? Pourquoi l’enfant est-il en quelques années

devenu cet « objet de séduction » qui, tout en lui octroyant une place

singulière dans la société, en fait aussi sa vulnérabilité ?

Pour répondre à ces questions, il convient de se tourner d’abord du côté

des profonds changements qui ont affecté le fonctionnement familial depuis

une à deux générations, soit dans les années 1960 et au début des

années 1970. Aujourd’hui les enfants sont élevés par des parents qui eux-

mêmes ont été éduqués en grande partie sur ces bases nouvelles par leurs propres parents (les grands-parents), lesquels ont participé plus ou moins

activement à la vaste entreprise de rénovation/réformation/révolution des

mœurs dans ces années 1960-1970, du moins dans les pays occidentaux.

Ces changements concernent à la fois le statut de l’individu, l’évolution des

rapports sociaux homme/femme, le retentissement de cette évolution sur la

structure même du couple conjugal et parental avec par conséquent la

question de l’autorité dans l’éducation, mais aussi la transformation radicale

du regard porté sur le bébé, le très jeune enfant, voire le fœtus. Fait

essentiel, avec l’arrivée de l’informatique, ces changements sociaux se sont

accompagnés d’une véritable révolution technique produisant une

accélération généralisée qui a entraîné une véritable désynchronisation des

divers rythmes sociaux, comme le démontre brillamment Hartmut Rosa62 :

le temps humain, le temps psychique, le temps culturel, qui, les uns et les

autres, ne peuvent se départir d’une certaine consistance, d’un minimum

d’épaisseur, ne cessent de courir derrière le temps de la technique

informatique, celui de l’immédiateté, de l’instantanéité, temps pelliculaire

qu’on baptise insolemment « temps réel » alors même qu’il n’a d’autre

réalité que sa propre dissolution !

L’importance et la massivité de ces changements, leur relative rapidité,

car ils se sont produits sur une période de quinze-vingt ans, ce qui, à

l’échelle de l’évolution sociale, est extrêmement bref, n’a peut-être pas

suffisamment retenu l’attention. Cette conjonction entre les changements

sociétaux (émergence de l’individualisme et ses conséquences sur les

rapports homme/femme), les changements familiaux et ce regard nouveau

sur l’enfance en général, a en quelque sorte cisaillé la branche qui organisait

les relations sociales et en soutenait la continuité intergénérationnelle. Jadis,

entre les arrière-grands-parents, les grands-parents, les parents et les

enfants, les « contes et mythes familiaux » pouvaient se transmettre. Il

n’était pas exceptionnel que les grands-parents racontent à leurs petits-

enfants leur propre enfance, leur mode de vie, la manière dont leurs propres

parents se comportaient avec eux. Ces récits éveillaient la curiosité des

petits-enfants, d’autant plus que le monde dans lequel ils vivaient puis

allaient vivre conservait une incontestable parenté avec celui de ces aïeuls.

Aujourd’hui le récit des grands-parents apparaît aux yeux et aux oreilles des

petits-enfants au mieux comme une curiosité ethnographique, au pis comme une étrangeté difficilement compréhensible : une véritable fracture s’est

installée dans ce sentiment de continuité intergénérationnelle, dans cette

proximité/parenté d’une génération à l’autre selon l’échelle de la mémoire

familiale, c’est-à-dire sur ces quatre générations. D’une certaine façon, les

grands-parents n’ont plus rien à dire à leurs petits-enfants, du moins plus

rien à dire d’eux-mêmes, de la vie qu’enfants ils ont connue, plus rien à

partager.

Une récente publicité (en 2007) pour Canal J, cette chaîne réservée aux

enfants, illustrait on ne peut mieux cette fracture. Que disait-elle ? « Vos

enfants méritent mieux que ça. » Ça désignait les parents et les grands-

parents : cette chaîne pour enfants prétendait offrir aux cerveaux de ces

jeunes consommateurs des images et des histoires censées être bien plus

pertinentes que les récits familiaux !

La technique se substitue à la parole humaine, les images remplacent le

récit, les colloques sur l’idée de la transmission tentent de remplir ce vide.

Dans nos ouvrages précédents63, nous avons décrit par le menu ces diverses

transformations que nous résumerons ici assez succinctement.

 

Le couronnement de l’individu

et l’évolution des rapports homme/femme

 

La question de l’individu ne date pas d’aujourd’hui ! Son acte de

naissance remonte à la Déclaration universelle des droits de l’homme, il y a

plus de deux siècles donc ! Mais si chaque individu se voyait, en droit,

reconnaître sa singularité, le chemin paraissait encore bien long entre la

théorie et la pratique : dans de nombreux secteurs de la vie sociale et pour

beaucoup d’êtres humains, cette déclaration procédait plus de l’intention

que de la réalité quotidienne ! C’était le cas en particulier pour tout ce qui

avait trait à l’organisation et au fonctionnement de la famille d’une part, au

statut de la femme d’autre part. Car, il convient de le reconnaître, les droits

de la femme étaient en général assujettis aux droits de « l’homme » selon la

formulation d’une pertinente naïveté de la fameuse « déclaration

universelle » ! Pendant de très nombreuses décennies, les droits de

l’individu, et surtout les droits des femmes, sont restés cloués au pilori des

liens familiaux et de l’ordre social. En réalité le couronnement des droits de l’individu ne s’est produit qu’assez récemment, dans le dernier tiers du

XXe siècle, au cours de ces années 1960-1970, creuset de tous ces

bouleversements.

Certes, les premiers mouvements féministes dénonçant l’assujettissement

des femmes à l’ordre social sont apparus aux États-Unis dès les

années 1930, mais il a fallu attendre le milieu du siècle pour que ces

mouvements se diffusent à l’ensemble des pays occidentaux, et plus encore

le dernier tiers de ce même siècle pour que, dans la dynamique sociale, ils

conduisent à un début de transformation des rapports homme/femme. Les

débats sur le viol des femmes et la quasi-impunité des violeurs (en quasi-

totalité des hommes), puis celui sur les violences conjugales faites aux

femmes par leur conjoint, enfin celui plus récent du « viol conjugal » d’une

femme qui refuse le « devoir conjugal » à son mari, sont l’illustration de ces

combats pour que la moitié de l’humanité accède aux mêmes bénéfices d’un

droit qui se disait pourtant universel. Le passage des mots à la réalité des

rapports sociaux prend du temps, mais il est incontestable que, même si des

progrès sont encore à faire, le couronnement des « droits universels de l’être

humain » est entré dans l’imaginaire individuel à défaut d’être

complètement acquis dans les mœurs.

De là date selon moi l’avènement de l’individualisme au terme d’une

longue marche de l’individu pour ses droits. Cela a conduit à un

renversement fondamental dans la hiérarchie des valeurs. Jusque vers les

années 1960-1970, le lien social restait, bon gré mal gré, la valeur

hiérarchiquement haute, celle à laquelle l’individu, en particulier les

femmes, devait se soumettre. Le droit n’était pas avare de contorsions pour

n’avoir pas à condamner trop rigoureusement des excès commis sur des

femmes (accessoirement des filles ou des enfants) par des hommes qui

revendiquaient plus ou moins ouvertement « leurs droits de mari, de père,

etc. ». La jurisprudence traînait des pieds, privilégiant le droit (l’ordre ?) de

la famille sur le droit d’un individu de seconde classe, la femme ou

l’enfant ! En ce début du XXIe siècle, une transformation majeure s’est

opérée : les droits de l’individu, quels que soient son sexe, son âge, son

origine ethnique ou sa classe sociale, apparaissent en position hiérarchique

haute par rapport aux liens sociaux. Dans les démocraties occidentales, plus

personne ou presque n’ose défendre le point de vue contraire, la jurisprudence a basculé, l’individu est installé au-dessus du lien social. Tous

y partagent cette croyance fondamentale dont nous avons déjà parlé : « Mon

corps et ma pensée m’appartiennent, et nul autre que moi-même n’a de droit

sur ce corps et sur cette pensée. »

Cependant, cette croyance est loin d’être universelle dans le temps ou

dans l’espace : comme on vient de le voir, elle est assez récente et elle est

loin d’être partagée par toutes les cultures ou sociétés du monde ! Ainsi, à

partir du moment où chaque individu partage avec son voisin ce type de

croyance on perçoit aisément que les contraintes du lien social passent

désormais au second plan au profit des pensées, désirs, intentions ou même

actions de chacun.

Une seule réserve (de taille !) : cette appropriation singulière du corps et

de la pensée s’arrête là où celle de l’autre commence. L’ordre social reste

une contrainte incontournable d’où la nécessité de distinguer clairement

entre la légitimité de cette croyance et ses conséquences en termes de

légalité : si chaque « je » a la légitimité de dire « mon corps et ma pensée

m’appartiennent et nul autre que moi-même n’a de droit sur ce corps et

cette pensée », pour autant ce « je » ne peut s’octroyer le droit de dire et

faire tout ce que bon lui semble au mépris de la légalité ! Ce n’est pas parce

que cette croyance apparaît comme légitime que tout ce qui en découle

pourrait être légal ! Cet écart, difficile parfois à penser, est source de

nombreuses confusions, en particulier chez les individus les plus

vulnérables, les adolescents par exemple.

Quoi qu’il en soit, la diffusion assez récente de cette croyance

communautaire a entraîné une radicale transformation de la position de la

femme dans ces sociétés. En se désengageant, même partiellement, de

l’assujettissement au lien social, la femme occidentale accède à la plénitude

de ses droits. Le changement social le plus radical qui en résulte concerne à

l’évidence les rapports entre homme et femme. Certes l’identité de genre

(masculin/féminin) reste une variable à laquelle aucun être humain

n’échappe, variable de surcroît imposée à chaque individu par les codes

sociaux (encore aujourd’hui ce n’est pas l’individu lui-même qui choisit le

genre (sexué) dans lequel il souhaiterait être reconnu par la société !), mais

cette contrainte mise à part, l’individu d’aujourd’hui, femme ou homme, se

voit reconnaître la plénitude de ses choix, qu’ils soient professionnels, ludiques, amoureux ou sexuels, du moins pour ce qui concerne son

engagement individuel (à ne pas confondre avec l’engagement familial,

lequel reste sous une réglementation juridique variant d’un pays à l’autre

car cet « engagement familial » reste le symbole du lien et de l’ordre

social). C’est (presque) vrai pour l’ensemble des pays occidentaux même si

ces évolutions ne concernent encore qu’une minorité de pays dans le

monde.

 

Le besoin du regard de l’autre

 

Cependant, le poids écrasant de cette supposée liberté, de ce choix

devenu possible, se fait immédiatement sentir sur les épaules de cet

individu, homme ou femme, comme le montre Alain Erhenberg : « la

fatigue d’être soi » guette l’être humain contemporain ! Mais une autre

difficulté le menace plus profondément. Car cet individu

hypercontemporain qui « n’est pas organisé au plus profond de son être par

la précédence du social et par l’englobement au sein d’une collectivité… est

un individu déconnecté symboliquement et cognitivement du point de vue

du tout… il lui est difficile de se représenter en général la dimension du

public, soit ce qui intéresse ou devrait intéresser tout le monde, abstraction

faite de ce qui m’intéresse moi… Ce qui compte, c’est ce qui vous permet

ou vous empêche d’être vous-même 64 », comme le précise fort justement

Marcel Gauchet. Et ce même auteur ajoute aussitôt : « Sauf qu’être soi-

même, ce n’est plus être au clair avec soi-même, savoir ce qui vous conduit

de manière à agir avec volonté et liberté intérieure. C’est ne pas être

entravé, consciemment ou inconsciemment, dans la saisie des opportunités

qui se présentent au-dehors. Le modèle expressif, porté par la nouveauté

technique, devient celui de la capacité de branchement ou de connexion. »

Sauf aussi qu’être « soi-même » hors de toute référence à un autrui est un

paradoxe et que ces connexions ne sont pas seulement techniques : l’être

humain a un besoin fondamental, fondateur, d’être « branché » à un autre.

C’est grâce au regard d’autrui, par et au travers de celui-ci que chaque être

humain accède à la conscience d’être soi et plus encore au sentiment de

continuité existentielle : la croyance « qu’aujourd’hui je suis comme hier et

que demain je serai comme aujourd’hui ». Pas de « soi-même » sans l’autre ! C’est ce que le lien social offrait à chacun au prix fort : celui d’en

dépendre. Dure réalité de l’être humain, animal social par excellence, doté

pour son malheur d’une capacité de réflexivité qui lui donne la possibilité

de se penser lui-même mais pour qui, hélas, cette pensée ne peut émerger

que dans un regard partagé, un regard de considération, de reconnaissance :

l’être humain a besoin d’être… reconnu.

Pourquoi tous ces développements alors qu’il était initialement question

de la séduction dans le rapport parents/enfant ? Parce que précisément le

lien parents enfant reste de nos jours le seul et dernier lien social qui

s’impose à l’individu, à sa toute-puissance, à son illusion solipsiste

triomphante ! Pour se sentir soi-même, chaque individu éprouve un besoin

irrépressible du regard d’un autre mais ce besoin représente une attaque

intolérable à cette affirmation de clôture existentielle. L’enfant vient

précisément occuper cette place de compromis : il est celui grâce auquel

l’individu peut enfin trouver ce regard de considération, de reconnaissance

sans nuire à sa propre croyance solipsiste. Ce regard en forme d’« attente

insensée » (voir chapitre 3) que le bébé, le jeune enfant posent en direction

de l’adulte de confiance, son parent en général, offre à ce dernier un

sentiment apaisant de complétude et d’existence. En outre, l’enfant est celui

dont on ne divorce pas, celui qui précisément par la continuité temporelle

de ce regard est susceptible de pourvoir à cette illusion de continuité

existentielle.

En permettant à chaque être humain d’accéder à la plénitude de ses droits

d’individu et surtout en permettant aux femmes de partager ces mêmes

droits sans être d’abord assujetties à l’ordre familial et social, en octroyant à

chacun cette « liberté », la société contemporaine place de fait l’enfant dans

une position très particulière : il est celui dont la dépendance ontologique

devient la source principale du besoin humain tout aussi ontologique de

reconnaissance. De là vient le pouvoir absolu de séduction de l’enfant !

 

Du lien conjugal…

 

La « libération » de la femme est récente : elle a moins d’un demi-siècle ;

elle reste partielle et fragmentaire sur l’étendue de notre planète ; elle est

fragile car la société des hommes n’a aucune raison de céder son pouvoir spontanément ; elle dépend profondément des aménagements relationnels

que chaque cellule familiale parvient à adopter dans l’intimité privative des

rapports du couple ! Il s’agit effectivement d’une libération…

conditionnelle : il faut de nombreuses conditions favorables pour qu’elle

soit effective.

Pour autant, le statut de la femme a profondément évolué en quelques

dizaines d’années : il suffit de rechercher le mot femme dans le dictionnaire

Larousse du début du XXe siècle qui donnait en première définition :

« femme, épouse du mari… », et de comparer avec celle qui est proposée à

la fin du même siècle : « femme, être humain de sexe féminin… ». Certes

les féministes pourront toujours avancer que la définition du « sexe

féminin » reste dépendante de la culture, il n’en reste pas moins vrai qu’en

moins d’un siècle ce statut de la femme est passé d’une définition

strictement rattachée à un lien d’affiliation conjugale : pour être une

« femme » il fallait être l’épouse d’un mari, sinon on était une « fille », fille

mère, vieille fille, fille des rues, etc., à une définition « anatomique » en

rapport à la différence des sexes masculin/féminin. Cette libération a aussi

été profondément marquée par l’accession au contrôle des naissances avec

la diffusion de la pilule, qui s’est produite précisément dans ces mêmes

années 1960-1970. En accédant au contrôle de sa propre fertilité, la

« femme », reconnue enfin dans la plénitude de ses droits non seulement

théoriques mais aussi effectifs, se libère du joug conjugal pour entrer dans

un rapport affectif supposé libre et consenti. Cette double évolution, quasi

concomitante, a fait littéralement « exploser » la pérennité du couple et par

retentissement celle de la structure familiale traditionnelle.

Aujourd’hui le lien conjugal – mariage, pacs ou union libre, chacun

choisit la forme qui lui convient – ne correspond plus à la « consécration »

de la soumission de l’épouse à « son mari », laquelle avait l’obligation de

résider sous le toit de celui-ci : femme et homme choisissent ensemble leur

lieu de résidence, dans une libre négociation. De son côté, l’homme,

« libéré » de ses obligations traditionnelles, celles de pourvoir au besoin de

sa femme d’abord, de sa maisonnée ensuite, poursuit sur un autre mode ses

fréquentes aventures sexuelles : il s’engage et se désengage au gré des

circonstances et des rencontres. Le ciment social du couple a fondu, femme et homme éprouvent l’un et l’autre la jouissance de cette libération… mais

pour mieux tomber dans la déréliction des émotions.

Car les émotions sont fragiles et le lien affectif reste profondément

soumis à leur volatilité : le ciment affectif est à prise rapide mais friable.

Quand l’émotion est le seul ciment du couple, sa « durabilité » devient vite

problématique. En quelques décennies, les divorces se sont multipliés,

concernant des couples de plus en plus jeunes. Dans ma propre expérience

de pédopsychiatre, j’ai ainsi pu constater entre le début de ma carrière dans

les années 1970 et la période contemporaine une évolution très sensible : au

début, les « enfants de parents divorcés » avaient une dizaine d’années en

général, les couples ne se séparant qu’après dix à quinze ans de vie

conjugale. Aujourd’hui, je rencontre souvent de très jeunes enfants, deux

ans, dix-huit mois, voire moins d’un an, dont les parents se séparent : ces

séparations précoces dans la vie de l’enfant sont devenues très fréquentes et

témoignent de la fragilité potentielle du couple. Notre propos n’est pas ici

d’entrer dans des considérations sociologiques, historiques ou culturelles

pour rendre compte de cette évolution – au demeurant objet de très

nombreux articles, commentaires, ouvrages, films et même séries

télévisées ! Ces aventures ont d’ailleurs perdu leur pesanteur tragique pour

s’inscrire dans « la comédie humaine » : les histoires de décomposition,

recomposition, juxtaposition familiale se traitent sur le mode de l’humour.

 

… au lien de filiation

 

Mais… car il y a un mais : l’enfant précisément ! Comme on l’a dit au

paragraphe précédent, l’enfant tend à devenir dans ce contexte celui sur

lequel s’appuie le besoin de continuité de chaque individu dans son

irrépressible besoin de reconnaissance. Aussi, dans ce contexte de fragilité,

de solubilité conjugale, l’indissolubilité devient l’affaire du lien de

filiation : chaque individu, père ou mère, ne veut pas prendre le risque

d’une rupture avec l’enfant.

Dès la naissance de l’enfant, chaque parent sait intuitivement et par

expérience, celle de ses propres parents, celle de ses amis, collègues ou

voisins, que la séparation d’un couple fait partie du cours possible et

ordinaire de la vie. Pour ne pas prendre le risque du « désamour » de l’enfant, chaque individu-parent travaille à séduire l’enfant, faire en sorte

d’en obtenir une déclaration d’amour en bonne et due forme. À la position

profondément séduisante du bébé, du jeune enfant dont le regard en forme

d’« attente insensée » exerce un effet de séduction sur la solitude potentielle

de l’adulte, répond comme en miroir l’attitude activement séductrice de

l’adulte qui cherche à garantir la pérennité de ce lien par-delà les aléas de la

dynamique familiale – certes, le plus souvent de façon inconsciente, mais

cette inconscience n’en fait que redoubler l’effectivité !

Pour couronner le tout, l’égalisation des rapports femme/homme

bouleverse radicalement la pratique de l’autorité dans la dynamique des

relations familiales. Cela a fait l’objet d’un ouvrage précédent 65. On se

contentera de rappeler ici l’évolution rapide de la notion de « puissance

paternelle » à celle « d’autorité parentale » conjointe. Jusqu’au milieu des

années 1970, le père de famille était doté de cette fameuse « puissance

paternelle », expression qui avait au moins l’avantage de sa franchise ! Plus

que d’autorité proprement dit, le père se voyait reconnaître sa puissance,

même s’il devait en faire usage avec discernement… Mais on sait par la

jurisprudence que ce discernement dans l’usage dépendait largement, pour

ne pas dire exclusivement, de la définition que ce dernier et ses congénères

de même sexe, des juges pratiquement toujours des hommes, se donnaient

pour eux-mêmes ! Il fallait vraiment que l’abus soit excessif et indéfendable

pour qu’il soit reconnu comme tel et fasse l’objet d’une condamnation !

La « puissance paternelle » a donc été abandonnée au profit de l’autorité

parentale dans le milieu des années 1970, mais cela ne s’est pas fait sans de

profondes modifications concernant le principe même d’autorité. En effet,

quand le couple s’entend bien et qu’il n’y a pas de conflit, ce changement

d’appellation ne pose pas de problème majeur. Mais la situation change

radicalement en cas de conflit ! Car qui détient alors l’autorité ? Est-ce le

père, par son seul statut de père comme du temps de cette fameuse

« puissance paternelle » garantissant à celui-ci le privilège de l’exercice de

l’autorité ? Rapidement, devant les multiples tensions secondaires aux

séparations parentales puis aux divorces et pour ne pas revenir en arrière en

plaçant l’autorité du « papa » au-dessus de celle de la « maman », le

législateur s’est empressé de compléter la nouvelle appellation de l’autorité

parentale en y ajoutant l’adjectif « conjointe » : autorité parentale conjointe. Cela voulait signifier que mère et père, femme et homme sont à égalité, de

même niveau dans l’exercice de l’autorité : l’un n’a pas de position

hiérarchique haute par rapport à l’autre !

Cette conception juridique bouleverse radicalement l’ordre social ancien

mais aussi toutes les constructions théoriques de l’autorité telles qu’elles se

sont élaborées au cours du XIXe puis du XXe siècle, constructions bâties

précisément autour de la figure emblématique du « Père », déclinée sous la

forme de « la loi du Père », la symbolique paternelle, la fonction séparatrice

du père, etc. Peut-on maintenir une définition de l’autorité qui soit contraire

aux principes démocratiques et plus encore à l’émergence d’une législation

nouvelle, respectueuse de cette égalité femme/homme ? Devant la

complexité du problème, le législateur, peu soucieux d’entrer dans une

interminable discussion sur la définition théorique de l’autorité, s’est

contenté d’une nécessaire pirouette car la multiplication des conflits entre

parents rendait peu opérante cette idée en apparence généreuse d’une

« autorité parentale conjointe… et partagée » : le partage requiert, exige une

bonne entente ! Il convenait donc de retrouver un pilote au navire familial.

Ce fut l’enfant : l’autorité parentale conjointe s’exerce dans l’intérêt de

l’enfant.

 

Quelques remarques sur la notion d’« intérêt de l’enfant »

 

Cette notion de l’« intérêt de l’enfant » est devenue prédominante dans

ces mêmes années 1970 au point qu’une juriste peut déclarer aujourd’hui :

« Instrument essentiel du droit des mineurs, l’intérêt de l’enfant constitue

une notion souple dont la mise en œuvre exponentielle n’est pas sans

susciter quelques inquiétudes66. » Certes, l’intérêt de l’enfant est une notion

qui existait bien avant les années 1960-1970, en particulier pour tout ce qui

concernait les décisions du juge des enfants dans le cadre de la protection

de l’enfance. Mais c’est avec l’irruption croissante des séparations

parentales et des divorces que cet « intérêt de l’enfant » a commencé

d’occuper la place qui est la sienne à l’époque contemporaine. Ainsi, dès

1969, Jean Carbonnier déclarait : « Ce n’est que pour des raisons diverses,

parmi lesquelles la séparation du couple parental ou l’opposition d’intérêts entre enfant et parent, que le juge détermine l’intérêt de l’enfant, prenant la

plupart du temps pour critères des recettes de la pédagogie dominante 67. »

Passons sur l’expression « recettes de la pédagogie dominante » qui

marque bien toute la relative réserve et distance que l’auteur de cette

citation prend avec l’utilisation de ce concept juridique aux limites

floues. L’important est ici de reconnaître que l’« intérêt de l’enfant »

devient un critère de jugement, on dira un critère d’autorité, qui l’emporte

sur les notions d’autorité parentale et a fortiori de puissance paternelle,

laquelle n’existe plus, en droit !

Si la « puissance paternelle » s’exerçait, en théorie, dans l’intérêt de

l’enfant, cet intérêt était totalement subordonné à celui de la famille et de la

société : l’objectif de l’éducation était de faire que l’enfant devienne un

adulte conforme aux exigences de la société et qu’il soit, comme on disait à

l’époque « bien élevé ». Son intérêt était donc subordonné aux exigences du

code social, de la famille en premier lieu. L’idée de l’épanouissement de

l’enfant qui nous paraît aujourd’hui si évidente n’était pas l’objectif premier

de l’éducation ! Cet « intérêt de l’enfant », qui, en droit, est toujours resté

une notion floue, était d’abord déterminé par d’autres que l’enfant : les

parents, les éducateurs, les juges, les juristes, etc.

Mais, désormais, « la détermination de l’intérêt de l’enfant doit tenir

compte de l’avis de l’enfant sur son propre intérêt 68 ». « Lorsque la

subjectivité des parents et celle des enfants sont prises en considération,

l’intérêt de l’enfant n’est défini qu’après un débat argumenté, où la parole

de l’enfant est entendue sans être déterminante pour autant69. » Ainsi, peu à

peu, après la femme, jadis être humain de seconde classe, l’enfant,

longtemps être humain de troisième classe, accède à la plénitude de ses

droits, parvenant aux termes de la longue marche pour la « libération des

enfants », comme le formule Alain Renaut70.

Qui plus est, la Convention internationale des droits de l’enfant avance la

notion encore plus floue et complexe d’« intérêt supérieur de l’enfant »,

lequel peut venir contredire certaines lois. Ainsi, l’intérêt supérieur de

l’enfant étant d’avoir une mère et un père, même s’il a été conçu à

l’étranger au moyen d’une gestation pour autrui, illégale en France, cet

intérêt pourrait permettre la reconnaissance de son état civil. Et Adeline Gouttenoire de s’interroger : « Le recours à l’intérêt supérieur de l’enfant

permet de rappeler que ce ne sont pas les enfants qui doivent payer le prix

des conséquences des actes des adultes, fussent-ils contraires à des

principes essentiels du droit civil et pénal. On ne peut toutefois nier que

l’admission en France, au nom de l’intérêt supérieur de l’enfant, des effets

d’une convention de gestation pour autrui étrangère permet de contourner la

loi française et donc de relativiser la portée de la prohibition qu’elle

contient, au risque de l’anéantir 71. »

En plaçant ainsi sur la ligne de crête, comme argument décisionnel,

l’intérêt de l’enfant, on donne à cet « intérêt » et par ricochet à l’enfant lui-

même une position haute, on pourrait même dire une position hiérarchique

supérieure à celle des parents eux-mêmes. On rejoint ici ce que, dans un

ouvrage précédent j’ai appelé « l’autorité de l’infantile72 » : l’intérêt de

l’enfant fait précisément autorité.

 

Un être vulnérable mais doté de compétences

 

Comment comprendre ce renversement de perspective sur la manière de

considérer l’enfant ? Incontestablement, la figure dominante de l’enfance

est longtemps restée celle de l’inachèvement, de l’incomplétude : l’enfant

était regardé par rapport à l’adulte, être humain accompli, « achevé ». Sous

cet angle de vue, l’enfant était un être imparfait auquel il manquait quelque

chose : la sagesse, la raison, la connaissance, etc. Ce n’est pas seulement

par incompétence que les peintres italiens ont longtemps représenté l’Enfant

Jésus dans les bras de sa mère avec une morphologie et des traits d’adulte :

c’est parce qu’il était désobligeant de représenter le fils de Dieu sous des

traits figurant une imperfection, une incomplétude, celle d’un enfant. Dès sa

naissance, l’Enfant Jésus avait déjà en lui la sagesse, le savoir d’un adulte,

d’où la nécessité de le représenter sous les traits d’un adulte et même d’un

adulte âgé, un quasi-vieillard. Certes, quelques pédagogues éclairés tel

Jean-Jacques Rousseau, toujours cité comme exemple, proposaient un

regard moins négatif sur l’enfant, mais ils représentaient de relatives

exceptions et tant que cette vision traditionnelle en creux, en soustraction,

de l’enfance en général a largement prédominé, le statut de l’adulte, la parole de l’adulte, la valeur de l’adulte, surtout le père, ont bien

évidemment occupé une position hiérarchique supérieure. La perte d’un

enfant ne représentait pas grand-chose : cela ne signifie pas que le parent,

père ou mère, ne pouvait pas ressentir une profonde affliction devant cette

perte, mais celle-ci restait « dans l’ordre des choses » et ne faisait pas

scandale.

Le regard sur l’enfance s’est modifié à partir du moment où l’enfant n’a

plus été considéré comme un « petit adulte » auquel il manquait quelque

chose pour être un vrai adulte, en particulier le langage : l’enfant, infans,

c’est précisément celui qui ne parle pas, définition en négatif de cette

période de la vie. Un nouveau-né ne voyait pas, un bébé ne ressentait pas la

douleur, n’éprouvait pas d’émotion : la seule chose qu’il était censé savoir

faire était de crier, un peu comme les animaux ! À partir des années 1960-

1970, le nouveau-né, le bébé, le très jeune enfant, ont fait l’objet d’une

vision nouvelle, celle d’un être vivant qui avait peut-être des qualités, des

compétences particulières, lesquelles pourraient être mieux perçues si on les

recherchait selon des protocoles prenant en compte les spécificités de cet

être vivant, radicalement différent d’un être humain adulte.

Le paradoxe vient du fait que ce changement de regard a été

profondément influencé par les développements et les succès de l’éthologie,

cette science naissante dans les années 1950-1960 portant sur le

comportement des animaux. Les éthologues ont cherché à comprendre

l’animal dans son milieu naturel et non plus en laboratoire ; ils ont inventé

des modèles expérimentaux permettant de mieux comprendre ces

comportements, découvrant ainsi de multiples compétences jusque-là

insoupçonnées aux différentes espèces animales. C’est dans ce contexte,

grâce à ces nouveaux modèles expérimentaux (les scientifiques préfèrent

parler de « paradigmes », pour éviter la représentation disgracieuse qui

serait de « faire des expériences » avec des bébés !) que furent découvertes

les multiples compétences des bébés et des très jeunes enfants. Ce sera

l’objet du chapitre suivant, mais anticipons-en la conclusion dans son

essentiel.

Avec ce nouveau regard, le bébé, l’enfant en général, n’est plus un être

humain imparfait caractérisé par son défaut, son manque ; il devient au

contraire un être humain doté de compétences, possédant un potentiel de développement tout à fait étonnant mais qui s’avère particulièrement

vulnérable. Désormais ce potentiel développemental vulnérable propre au

statut de l’enfance « fait autorité » à la fois sur les adultes qui élèvent cet

enfant et sur la société qui, principalement tournée vers le futur et l’avenir,

comme le sont nos sociétés dominées par la technologie, est animée par le

souci du développement, c’est-à-dire le potentiel de croissance.

L’émergence de l’intérêt de l’enfant, et plus encore de « l’intérêt supérieur

de l’enfant », correspond exactement à ce nouveau point de vue sur

l’enfance. D’une certaine façon, l’enfant prend la main de l’adulte pour le

conduire vers le futur, ce en quoi il est un objet de séduction pour une

société entièrement tournée du côté du futur.

 

Notes

 

62. H. Rosa, Accélération. Une critique sociale du temps, Paris, La Découverte, 2010.

63. L’Enfant, chef de la famille. L’autorité de l’infantile, Paris, Albin Michel, 2003 ; Les Yeux dans

les yeux. L’énigme du regard, op. cit. ; Il est permis d’obéir. L’obéissance n’est pas la soumission,

Paris, Albin Michel, 2009.

64. M. Gauchet, « Essai de psychologie contemporaine », Le Débat, no 99, 1998, p. 171. Repris in

La Démocratie contre elle-même, Paris, Gallimard, 2002.

65. L’Enfant, chef de la famille. L’autorité de l’infantile, op. cit. Voir en particulier le chapitre 2.

66. A. Gouttenoire, « Intérêt de l’enfant », in Dictionnaire de l’adolescence et de la jeunesse, D.

Lebreton et D. Marcelli (dir.), Paris, PUF, 2010, p. 442.

67. J. Carbonnier, Droit civil, t. 2, La Famille, les incapacités, Paris, PUF, coll. « Thémis », 8e éd.,

1969, p. 370.

68. A. Gouttenoire, op. cit.

69. D. Youf, Penser les droits de l’enfant, Paris, PUF, coll. « Questions d’éthique », 2002, p. 133.

70. La Libération des enfants. Contribution philosophique à une histoire de l’enfance, Paris, Bayard,

2002.

71. Ibid., p. 446.

72. L’Enfant, chef de la famille, op. cit.

 

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