L'Égypte d'hier et d'aujourd'hui

Walter Tyndale · Chapitre 8 sur 24

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L'Égypte d'hier et d'aujourd'hui

Chapitre IX: Dans le Quartier Copte

CHAPITRE IX

 

 

DANS LE QUARTIER COPTE

 

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U . || L . || L

'É . || L .

 

A de pénétrer dans l'église copte de Saint-Georges, il serait

intéressant de se reporter au temps où les Coptes, reniant le culte

d'Osiris, furent reçus au sein de l'Église chrétienne. En l'an 62,

Armianus fut nommé évêque d'Alexandrie, et pendant le patriarcat

de Démétrius, un siècle plus tard, de nombreuses congrégations,

associées aux noms de Clément, Origen, Pantænus, se formèrent

dans diverses parties du Delta. Le e III siècle donna naissance au système monastique, et les ruines des premiers monastères,

disséminées depuis le Delta jusqu'aux confins de la Nubie,

démontrent quels rapides progrès fit la religion nouvelle. En plus de

ces couvents, chaque temple est un monument du zèle religieux des

nouveaux chrétiens. Éloignés de Rome, ceux-ci eurent sans nul

doute moins de persécutions à souffrir que leurs frères soumis au

joug de l'Empire; mais à cette époque, des luttes intérieures firent

plus pour arrêter les progrès de la religion, que les persécutions d'aucun autocrate romain. Les enseignements d'Arius, d'Alexandrie,

influencèrent la majorité, malgré les exhortations de l'évêque Alexandre et l'éloquence de son diacre Athanasius. Au concile de

Nice, en 325, auquel ce dernier assista, Arius fut condamné et les

chrétiens d'Égypte divisés en deux camps hostiles. Nous ignorons à

quel point cette controverse intéressa Constantin, mais son fils Constantius, qui lui succéda, se déclara pour les Ariens. Athanasius

fut exilé, et ses disciples persécutés par les Ariens, jusqu'en l'an

379; l'Édit de Théodosius ayant alors déclaré la religion orthodoxe,

religion d'État, ce fut au tour des Ariens de souffrir la persécution.

Une Église nationale s'érigea à côté de l'Église d'État, et en 451,

après le concile de Chalcedon, elles se séparèrent définitivement

l'une de l'autre. Les nationalistes, dont le parti était le plus fort,

étaient connus sous le nom de Jacobites ou Coptes, les orthodoxes s'appelaient en Égypte les Mélékites. Au moment de l'invasion de

l'Égypte par Anir, le grand général du Calife Omar, les Coptes étaient

prêts à suivre celui qui les libérerait de la tyrannie de leurs

gouverneurs byzantins. Nous aurons plus à dire par la suite au sujet

d'Anir.

 

UNE ÉGLISE COPTE PRÈS D'ABYDOS

Image plus grande

 

L'extérieur de l'église Saint-Georges ne fait en rien prévoir l'extrême richesse de sa décoration intérieure, et cette remarque

s'applique également aux six autres églises cachées dans la

forteresse. Le but de cette simplicité extérieure était probablement

d'échapper à la cupidité que le luxe eût sans nul doute éveillée chez

les ennemis; mais les mosquées de cette époque étant également

d'apparence fort simple, ce détail n'offre que peu d'intérêt. Sauf la

crypte qui date d'avant la conquête musulmane, toute l'église fut

bâtie presque à la même époque que la grande mosquée d'Ibn-Tulûn, et rien ne peut être imaginé de plus modeste que l'extérieur

de cette dernière. Nous pénétrons dans un petit vestibule et de là

dans une belle petite basilique à deux rangs d'arcades séparant les

ailes de la nef; celle-ci nous paraît courte, parce qu'une belle

barrière de bois ouvragé divise l'église en deux, à quelque distance

du sanctuaire. La lumière tamisée qui tombe des étroites fenêtres en triptyques, illumine les saints rangés au sommet de la barrière, se

joue sur les icônes en leur faisant un halo doré, et caresse les

boiseries sculptées. Pendant le service, les femmes occupent un

côté de la boiserie, l'autre étant réservé aux hommes.

 

Sortant de la nef et traversant ce qui correspond au chœur, nous

nous trouvons devant trois autels, chacun d'eux renfermé dans un

espace circulaire et surmonté d'un dôme. Des boiseries encore,

cachent ces autels; celui du milieu, surélevé, est dissimulé derrière

un paravent ouvragé, d'une richesse extrême, formé de minuscules

croix d'ivoire et d'ébène entremêlées et exquisement fouillées.

Durant la messe, ces boiseries s'ouvrent, les rideaux sont relevés, et l'on voit une grande image du Christ au-dessus de l'autel. Les

guirlandes d'œufs d'autruches teints de couleurs voyantes, qui

pendent de la voûte, forment une décoration bizarre. On rencontre

ce genre d'ornementation dans quelques mosquées, dans la

chapelle de Sainte-Hélène et dans le Saint-Sépulcre, à Jérusalem.

 

Quelques marches descendent du chœur à la crypte, où l'on

nous montre un banc sur lequel la Sainte Famille prit quelques instants de repos, lors de son voyage en Égypte. Il est difficile

d'obtenir l'autorisation de peindre dans les églises coptes, et ce n'est

que pendant mon séjour à Abydos que je pus tenter quelques

esquisses.

 

Une petite colonie chrétienne habite un vieux fort dynastique, à

l'est du temple de Seti; on nomme cet endroit le Couvent copte. En

comparaison de l'église où nous nous trouvons en ce moment, ce couvent me semble une vieille chapelle de campagne. Je le trouve

pourtant digne d'une visite prolongée, même par cette chaleur

étouffante. L'intérieur de la vieille forteresse me rappelle quelque

peu l'intérieur de la forteresse de Babylone. Quelques oiseaux

domestiques picorant des graines, quelques hangars destinés à

abriter le bétail, lui donnent un air champêtre; le même calme, les

mêmes maisons presque entièrement dépourvues de fenêtres, se

retrouvent ici et là. Le bon vieux prêtre qui me fit visiter l'édifice, semblait si bien en faire partie, que j'avais peine à me rendre compte

que je parlais à un contemporain. Ses vêtements et son entourage sentaient tellement le moyen âge, qu'il me semblait m'être endormi,

puis réveillé six cents ans plus tôt. Le fort, dont cette église et le

groupe de maisons occupent le centre, date des premiers temps de

l'Empire. Il fut donc érigé environ trois mille ans avant le monastère. Le vieux prêtre m'intéressa tout autant que son habitacle; le petit

monde où il vit semble lui suffire. De temps en temps, une visite à

Balliana, situé à 10 kilomètres, sur une rive du Nil, ne lui fait

qu'apprécier davantage la paix de sa retraite.

 

Il est intéressant de visiter les églises de Babylone. Le nom

donné par les Grecs à la forteresse romaine est une énigme pour les

archéologues; il se pourrait que ce fût un souvenir du nom de la partie est de la Memphis d'autrefois; mais ceci me paraît incertain.

Ses tours massives et les bastions que l'on voit, semblent être les

seuls vestiges de l'ancienne cité de Misr. Le vieux Caire, ou Masr-el-

Abko, date de plus près que le e XIII siècle, car jusqu'alors son

emplacement et celui du Caire moderne demeurèrent sous l'eau. La

plus grande partie de l'Égypte fut facilement conquise par Anir, qui,

nous dit-on, l'envahit avec une armée de 4 000 hommes seulement.

Les Coptes, ne se doutant pas de l'intention des Musulmans de

s'établir définitivement, furent trop heureux d'avoir leur concours pour se libérer de la tyrannie byzantine. La prise de cette forteresse

fut pourtant une autre affaire, car ici l'Empire était tout-puissant. Anir

dut attendre des renforts et ce ne fut qu'après sept mois de siège

qu'il s'en rendit maître. Cet événement eut lieu en avril 641, et

depuis lors l'Égypte fait partie du monde mahométan.

UNE TOMBE DE CHEIK, AU CAIRE Image

plus grande

 

Mais les Coptes comprirent bientôt qu'ils n'avaient fait que

changer de maîtres: le joug des Musulmans était dur, et, séparés de l'Église mère, les Coptes ne surent plus où chercher un appui

lorsque des souverains moins tolérants succédèrent à Anir. Bien des

croyants plus faibles sauvegardèrent leur vie et leurs biens en

embrassant la religion des conquérants, tandis que d'autres périrent

en défendant la foi de leurs pères. Ce qui reste de ce peuple

compose à peu près un dixième de la population de l'Égypte, mais

quand nous songeons à ce que les Sarrasins eurent à souffrir de la

part des Croisés, nous ne pouvons qu'être étonnés de trouver encore des survivants à la vengeance de l'Islam. Beaucoup d'entre

eux, grâce à leurs indiscutables aptitudes, occupent de hautes

positions dans le Gouvernement.

 

En quittant le Kasr-el-Shêma, ainsi que les Arabes nomment

cette forteresse, nous contournons une partie de l'enceinte et

traversons des monceaux de ruines qui nous séparent de la

mosquée d'Anir. Ces ruines sont tout ce qui reste de Fostât, la première ville que bâtirent les envahisseurs musulmans sur la terre

d'Égypte. On retrouve encore moins de traces de l'antique Misr qui

entourait Babylone et était située au bord du Nil, avant que les eaux

de ce fleuve ne se fussent retirées dans leur lit actuel.

 

Je ne prétends ni raconter l'Égypte du moyen âge, ni rivaliser

avec l'œuvre de Stanley Lane Poole; mais ce voyage éveillant une

curiosité plus archéologique encore qu'esthétique, quelques mots sur le développement progressif du Caire ne me semblent pas

déplacés.

 

Lorsqu'Anir assiégeait la forteresse que nous venons de quitter, il

planta sa tente à l'endroit même où s'élève aujourd'hui sa mosquée.

Une gracieuse légende raconte comment ce lieu lui devint cher.

Après la prise de Babylone, Anir se préparait à partir pour Alexandrie, dont le peuple, fidèle à l'empereur Héraclius, se

défendait encore. Des soldats furent envoyés pour plier et emporter

la tente. Une tourterelle y avait fait son nid et couvait. Les soldats

rapportant cet incident à leur général, Anir ordonna d'abandonner la tente afin de ne point troubler l'oiseau, et, après la prise

d'Alexandrie, la tente, surmontée du nid de tourterelle, fut retrouvée

intacte. Depuis, cet endroit demeura sacré, et la première mosquée

d'Égypte fut érigée en mémoire de ce simple incident. El Fostât ou la

ville de la Tente, fut le noyau de la cité qui grandit au nord de cette

mosquée. Les terrains vagues, parsemés de ruines, qui séparent El

Fostât du Caire, furent jadis un faubourg de la ville d'El-Askâr ou les

cantonnements, qui s'éleva en 750, au moment où les Califes Abbasides succédèrent aux Califes Omayad. Le Gouverneur y bâtit

son palais, et ce faubourg devint bientôt pour El Fostât ce que le

West-End de Londres est pour la métropole. Plus au nord

s'étendaient les bâtiments affectés aux diverses nationalités qui

formaient la suite de l'Émir. Ce fut lorsqu'Ibn-Tulûn vint comme

premier représentant du Calife de Turquie, gouverneur d'Égypte en

868, que l'emplacement de ces bâtiments fut choisi pour son palais.

El-Askâr s'étendait jusqu'à la colline de Yeshkur, derrière laquelle s'élèvent les murailles de la capitale actuelle, comprenant la

mosquée de Tulûn dont nous avons parlé plus haut. Fostât et El-

Askâr perdirent de leur importance, à mesure que s'élevait le

nouveau faubourg royal, et rien n'en reste aujourd'hui, si ce n'est

cette mosquée en ruines. El Katai, ou les baraquements, eut un

meilleur sort; elle devint une cité prospère dont les historiens arabes

ne se lassent point de vanter la splendeur; son emplacement est

couvert de maisons plus récentes et seule la mosquée déserte qui porte son nom survit au glorieux faubourg que bâtit Ibn-Tulûn et que

son fils Khumârenyeh embellit. Les descriptions de ce palais, la

Maison Dorée, le Pavillon d'Été, ou le Dôme de l'air, et les jardins et

les fontaines inspirèrent sans doute les auteurs des Mille et une

nuits plus que les richesses d'Haroun-al-Raschid, moins luxueuses

que celles de ses successeurs.

 

La mosquée que fit élever Anir, et qui fut la première construite en Égypte, n'est pas arrivée intacte jusqu'à nous. La Couronne des Mosquées, ainsi que les guerriers arabes appelèrent leur première

mosquée élevée en terre conquise, était de structure plutôt modeste,

différente de ce qu'elle devint plus tard sous l'influence artistique des

Coptes et des gouverneurs turcs. Elle fut rebâtie dans de plus grandes proportions deux siècles plus tard, et restaurée en 1798 par

Murad Bey. La plus grande partie de ce que nous voyons, date par

conséquent du e IX siècle; elle peut donc toujours s'enorgueillir d'être

la première mosquée du Caire. Les colonnes de marbre soutenant

l'immense arcade provenaient d'églises chrétiennes pillées, et le fait

qu'elles ne correspondaient point les unes aux autres sembla

inquiéter fort peu les architectes: on raccourcit l'une, on allongea

l'autre, de manière à les rendre égales. On aurait pu tout de même,

à mon humble avis, s'arranger de façon à ne pas mettre les chapiteaux à l'envers!

 

Les guides vous montreront la colonne faisant face à la chaire,

avec le Kurbûg du Prophète dessiné par les veines mêmes du

marbre, et vous diront comment cette colonne vola à travers

l'espace, de la Kaaba à la Mecque, jusqu'à Anir, afin de l'aider à

orner sa mosquée. Leur chronologie laisse quelque peu à désirer,

mais leurs contes sont amusants. Une prophétie dit que l'Islam tombera en ruines en même temps que cette mosquée, mais à en

juger par le peu d'entretien dont elle est l'objet, il me semble que les

fidèles ne doivent guère ajouter foi à la prédiction. Une promenade à

pied ou à dos d'âne, d'ici aux tombes des Mamelouks, est

charmante. Les lueurs du couchant allument les dômes de la

citadelle-mosquée, qui de loin a un aspect imposant, puis ce sont les

collines de Mokattam, avec, plus loin, la petite mosquée de Giyûshi.

Une grande ombre pâle couvre l'arrière-plan et cache de ses effets de clair-obscur les détails inférieurs du tableau. Les derniers rayons

du soleil dorent ces collines, puis les vêtent d'une teinte orangée qui

se fond bientôt dans l'ombre rosée du couchant.

 

Les tombes des Mamelouks sont moins intéressantes que celles

des soi-disant Califes, mais la promenade, au coucher du soleil,

laisse une impression durable. Nous rentrons en ville par la Bâb-el-

Karâfeh, et le tramway nous conduit jusqu'à Esbekîyeh.