L'Égypte d'hier et d'aujourd'hui

Walter Tyndale · Chapitre 15 sur 24

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L'Égypte d'hier et d'aujourd'hui

Chapitre XVI: Le Temple de Mentuhotep

CHAPITRE XVI

 

LE TEMPLE DE MENTUHOTEP

 

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V S .

 

V la fin du mois de janvier 1907, le fond du puits fut atteint, et,

à six cents pieds de son orifice, la chambre mortuaire ouverte. Dans

une niche creusée dans la muraille gauche, se trouvait la momie.

Cette niche était assez haute pour qu'on pût s'y tenir debout et assez profonde pour contenir un sarcophage. De larges plaques

d'albâtre couvraient les murailles, et bien qu'il n'y eût nulle inscription

pour nous renseigner, nous nous trouvions évidemment en présence

du sépulcre d'un grand personnage. Le désordre qui y régnait

prouvait que la tombe avait déjà été ouverte et pillée; le sol était

jonché de débris de cercueil, d'arcs et de flèches, de statues de bois

et de poteries. Dans un coin, un amas de poussière brunâtre et de

morceaux de bandelettes était tout ce qui restait du corps pour lequel cette tombe avait été construite. La chaleur y était telle que

nos bougies fondaient entre nos doigts; l'air était irrespirable.

Mais la trouvaille était importante, et au fur et à mesure que les

objets renfermés dans la chambre mortuaire étaient apportés à la

hutte, il devenait évident qu'ils avaient dû appartenir à une tombe

royale. Le classement et remballage de tous ces objets prit quelque temps, et nous dûmes abandonner nos essais de reconstitution des

meubles et des ornements.

 

Une autre tombe fut découverte à gauche du grand puits;

l'immense sarcophage de granit qu'elle renfermait et sa situation

près du sanctuaire du temple laissaient supposer qu'elle avait dû

contenir une momie royale.

LE TEMPLE DE MEKTENEBO, MEDINET-HABU Image plus

 

grande

 

Mrs. Naville passa six semaines à rassembler, à classer les fragments de sept

petits autels qui avaient occupé la terrasse supérieure, et dont son gendre fit la reconstitution sur papier. Le dessin en était fort beau, et les ornements sculptés de quelques fragments pouvaient se comparer aux ouvrages de la dix-huitième dynastie. Les dessins qui ornent les murailles des terrasses sont inférieurs; on y trouve la manière conventionnelle d'ouvriers habiles plutôt que la marque d'un génie personnel, comme on en rencontre dans le temple de Hatshepsu. Il est regrettable qu'on n'ait pu reconstruire complètement et laisser sur place un de ces petits autels; on aurait eu ainsi un curieux spécimen de l'art de la onzième dynastie. Comme fragments, ils rempliront les vitrines de quelques musées, mais leur valeur au point de vue architectural sera nulle. Toutefois, après avoir reconstruit un de ces autels, il aurait fallu l'entourer d'une grille de fer afin de le protéger des indigènes, et certainement cette cage de fer au milieu des ruines aurait été peu à sa place. Il est difficile de sauvegarder les œuvres d'art dans une contrée où les gens ne se rendent pas compte de leur valeur idéale. Si l'on arrête un voleur en possession d'antiquités, il est presque impossible d'obtenir pour lui, d'un magistrat indigène, une condamnation. Le fait de «voler une antiquité» bénéficie de quelque indulgence, même auprès des Européens: une dame vint un jour à notre campement pour prier Currelly de l'aider à déchiffrer le cartouche d'un scarabée et à en estimer la valeur. Currelly, après examen, déclara que le scarabée était faux, au grand désappointement de la dame, qui, refusant de se rendre à l'évidence, nous expliqua que le verdict de Currelly ne pouvait être exact, «car, nous dit-elle, Achmet (le jeune ânier) m'a assuré qu'il a volé ce scarabée pendant les fouilles, et il a une figure si honnête que je ne saurais croire qu'il a menti!» Nous ne pûmes nous empêcher de rire devant tant de simplicité, et la bonne dame comprit peut-être que le doux Achmet, honnête voleur, était bien capable d'être aussi un menteur.

 

Au début de ses travaux à Thèbes, Currelly était moins habile à reconnaître un

scarabée Kurnah-made; voulant un jour faire quelques achats à Luxor, il eut l'idée de s'adjoindre quelqu'un de compétent. Le chef d'équipe, ou reis, comme on les appelle, était originaire de Kurnah et, sans nul doute, très habile à fabriquer lui-même des antiquités; ce fut lui que Currelly choisit. Le contre-maître accepta, et comme Currelly traitait ses hommes avec bonté et qu'il avait quelque expérience du caractère des indigènes, il savait qu'il pouvait compter sur son allié. Dans le magasin, un lot tentant de curiosités fut étalé devant lui, et notre ami commença à choisir: «Pouvez-vous me garantir l'authenticité de ceci?» demanda-t-il en montrant un bel ushabti bleu et poli. Le marchand jura «par la barbe du prophète» qu'il connaissait la tombe où l'objet avait été trouvé, et en appela à son coreligionnaire pour corroborer ses dires. Le reis voulant servir son maître sans encourir la colère du marchand, joignit ses protestations à celles de ce dernier, mais pressa du pied la bottine de Currelly, et notre ami comprenant que le contre-maître mentait par complaisance, l'achat de l'ushabti ne fut pas fait.

L'objet suivant était authentique; un léger coup de coude en avertit Currelly qui

parvint ainsi à faire quelques achats vraiment intéressants. Une fois les objets choisis, vint la discussion au sujet du prix, et le mot inévitable du marchand: «Vous ne voudriez pas que je vous fisse un prix inférieur à ce que j'ai payé moi-même? Mais parce que c'est vous, vous seulement, vous entendez, je suis prêt à perdre tant et tant». Cette preuve de bienveillance termina la transaction.

 

Vers la fin de mars, les rayons du soleil brûlant les rochers de la vallée de Dêr-el-

Bahri, y rendaient le séjour insupportable. Lorsque le vent du Sud s'en mêlait, la chaleur était telle que nous ne pouvions travailler que de l'aube à dix heures du matin, la cire demeurant molle tout le long du jour. Je dus souvent attendre le soir pour prendre mes impressions, et travailler fort avant dans la nuit. Je désirais vivement terminer le moulage de «Pont» durant cette saison; le coloris serait forcément remis à la saison suivante. Aussi, dès que le vent eut changé, je fus au travail des journées entières.

 

Mes hommes étaient heureux de pouvoir se reposer à l'ombre pendant le Khamsîn.

Les seuls endroits frais étant les tombes, je m'y retirais pour faire mes aquarelles. Tout d'abord, après la violente lumière du dehors, je distinguais mal les objets que je voulais peindre, mais mes yeux s'habituaient bien vite au clair-obscur environnant.

 

PEINTURES MURALES DANS LA TOMBE

DE NACHT, A THÈBES Image plus grande

 

La gravure ci-contre représente une peinture murale de la tombe de Nakht, un des

sépulcres que l'on rencontre en allant du Ramesseum à Dêr-el-Bahri; en consultant son guide, le visiteur verra que cette tombe porte le no 125 sur le plan des tombes du Cheik Abd-el-Kurnah; il trouvera également une description des scènes représentées sur les murailles de ces tombes qui forment un groupe intéressant de la nécropole thébaine. En dehors de ce que ces peintures murales nous enseignent, nous ne savons pas grand'chose de Nakht. On le dit scribe, il était probablement prêtre d'Ammon, ou faisait partie de cette corporation puissante qui joua un rôle si important dans les destinées du Nouvel Empire. Il vécut à l'époque d'Hatshepsu, et il est évident qu'il s'intéressa vivement à ce qui devait être sa dernière demeure. Il connaissait suffisamment les dieux et déesses à têtes d'oiseaux et les jugeait sans doute à leur valeur, car il préféra entourer son esprit des scènes auxquelles son corps avait pris part. On y rencontre maintes allusions à Ammon, car la croyance en une manifestation corporelle de l'Être Suprême ne cessa d'exister, malgré le rire des augures.

 

Les occupations de Nakht semblent avoir été celles d'un riche gentilhomme

campagnard. On le voit surveillant des travaux agricoles, depuis le labourage et les semailles jusqu'à la moisson. On le voit aussi présidant en personne aux vendanges et au pressoir. Si l'on en juge par la finesse de ces tableaux, le sport fut son plaisir favori; un panneau très décoratif le représente à la pêche, retirant ses filets, chargés d'oiseaux pris parmi les plantes aquatiques. On le voit également à table avec son épouse; dans un coin, le chat de la maison se régale d'un poisson; des musiciens et des danseuses égaient le repas.

 

J'ai choisi trois de ces dernières représentations parce qu'elles étaient

admirablement conservées, et parce que la lumière tombant du dehors sur ce pan de muraille facilitait mon travail.

 

Les rochers dans lesquels ces tombes ont été taillées sont d'un grain plus rugueux

que ceux de Dêr-el-Bahri; leur surface a été égalisée et cimentée avant d'être peinte. L'artiste ici n'a pas eu recours aux délicates incisions des bas-reliefs du temple de Hatshepsu, mais il a essayé de donner du relief aux figures en les ombrant légèrement. Le résultat n'est pas aussi heureux, et les éraflures et les craquelures du ciment donnent à ces fresques un air de pauvreté qu'on ne voit jamais dans les ornements taillés à même la pierre, tout endommagés qu'ils soient par le temps ou par des mains sacrilèges. On juge pourtant mieux ici de l'art du dessinateur. Ces personnages, de 40 centimètres de haut environ, sont dessinés d'une main très ferme: souvent le geste d'un bras est indiqué de deux coups de pinceau seulement. Les cordes d'une harpe semblent faciles à faire, et c'est seulement lorsque j'essayai de les tracer d'un seul coup de pinceau, comme sur l'original, que j'appréciai la dextérité de l'artiste de Nakht. Peut-être ce dernier est-il lui-même l'auteur de ces peintures, car le terme scribe signifiait probablement aussi sculpteur et peintre. Cette idée me préoccupait pendant que je travaillais dans la tombe. Les artistes qui exécutèrent les belles figures des dix-huitième et dix-neuvième dynasties devaient, à contre-cœur, substituer une tête de chacal à celle d'un homme, ou surmonter d'une tête de vache l'exquise silhouette de Hathor. Décorant sa propre tombe, Nakht put faire comme bon lui semblait, et aucune tête monstrueuse ne défigure sa dernière demeure. Les passages habituels du Livre de ce qui est en dessous du Monde ou du Livre des Portraits ne se trouvent pas ici: il en eut probablement ad nauseam au temps où il servait dans le temple. Puisse son âme errer à travers champs et vignes et se délecter aux souvenirs des joyeux festins qu'il fit sur cette terre!

 

Il y a quelques tombes plus importantes que celle de Nakht: je ne saurais les

décrire toutes dans ce livre. Mais on ne doit pas manquer de visiter celle de Rekhmere, qui est ornée de vivantes peintures.

 

SÉTI Ier OFFRANT A OSIRIS UNE IMAGE

DE LA VÉRITÉ, BAS-RELIEF DU TEMPLE

D'ABYDOS Image plus grande

 

Les moulages de «Pont» tiraient à leur fin, et le vent chaud rendant la température

insoutenable, je me décidai à quitter la vallée de Dêr-el-Bahri. Je ne connaissais pas Abydos, et l'occasion de passer quelque temps à proximité du temple de Seti se présentant, j'acceptai avec empressement l'invitation de M. Garstang qui y dirigeait les fouilles. Le temple est situé à une douzaine de kilomètres de la rivière, juste à la limite des terrains cultivés, et la plus proche station est celle de Beliâneh. Bien que le camp ne fût qu'à 120 kilomètres environ de celui de Dêr-el-Bahri, il me fallut aller à Luxor et y passer la nuit pour pouvoir prendre un train tout au matin. Heureusement, le vent avait fraîchi, et je pus supporter la chaleur du train. Celui-ci longe la rive est du Nil pendant la plus grande partie du chemin et traverse le fleuve à Nag Hamâdeh. De fréquents arrêts aux gares où aucun voyageur ne monte ni ne descend, prolongent ce voyage pendant cinq ou six heures. Arrivé à Beliâneh, je me procurai deux ânes pour me transporter avec mon bagage à travers les terrains cultivés. Le soleil dardait ses rayons brûlants au-dessus de ma tête; il n'y avait guère qu'une semaine que les blés avaient perdu leur première couleur et déjà ils paraissaient mûrs pour la moisson. Le paysage était plus riche, plus pittoresque, et l'étendue des plaines d'or foncé donnait, par contraste, un reflet argenté aux collines désertes.

 

Après avoir quitté la plaine, on arrive bientôt au temple de Seti. L'intérieur de ce

temple laisse une désillusion et ne se prête guère au croquis. A 400 mètres plus loin dans le désert, on rencontre le temple en ruines de Ramsès II. A l'exception de ces deux temples et du cimetière plus éloigné, rien ne subsiste de l'antique cité d'Abydos. Elle était déjà probablement en ruines lorsque Strabon visita l'Égypte, car il en parle comme de «jadis une grande ville, presque l'égale de Thèbes, mais sans importance maintenant».

 

Après avoir franchi quelques basses collines parsemées de débris de poterie, nous

descendîmes dans une plaine sablonneuse, fermée à l'ouest par les monts du Liban. Un Union Jack flotte mollement au sommet d'une maison à un étage, construite en briques de boue: c'est le lieu de ma destination.

Les fouilles que dirige Garstang pour le compte de l'Université de Liverpool devant

durer quelques années, on a jugé utile de construire des habitations confortables pour les membres de l'expédition et un dépôt pour les trouvailles. Mon hôte ayant été obligé d'aller au Caire pour quelques jours, je fus reçu par M. Harold Jones et M. Blackman qui dirigeaient les travaux en son absence. Je trouvai là également Howard Carter, venu, comme moi, pour étudier les bas-reliefs du temple de Seti. La maison, ingénieusement construite, comprenait une salle de réunion claire et fraîche et assez de chambres pour loger confortablement six personnes. Le déjeuner me prouva que Harold Jones était non seulement habile architecte, mais un parfait maître de maison. N'ayant rien pris depuis cinq heures du matin, je fis largement honneur au repas.