L'Égypte d'hier et d'aujourd'hui

Walter Tyndale · Chapitre 12 sur 24

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L'Égypte d'hier et d'aujourd'hui

Chapitre XIII: Le Temple D'ammon

CHAPITRE XIII

 

LE TEMPLE D'AMMON

 

C ' - . || U

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H . || Q

H . || «L'E P ».

 

A le déjeuner, j'allai avec Currelly au temple de Hatshepsu,

pour me rendre compte de la manière dont on pourrait relever le

contour des bas-reliefs sans endommager les murailles. Nous nous

fîmes accompagner de quelques ouvriers que mon ami savait être

experts dans la fabrication des fausses antiquités, et nous nous

munîmes de cire à modeler et de feuilles de papier d'étain.

Choisissant pour notre expérience un bas-relief des plus simples,

nous le couvrîmes d'une feuille de papier d'étain, et, avec une légère

pression, nous obtînmes le dessin des contours. Les contours les plus accentués furent obtenus à l'aide d'une brosse de crin avec

laquelle nous fîmes pénétrer partout la feuille de métal souple. La

cire, après avoir été chauffée au soleil, fut placée sur la feuille

d'étain, puis nous attendîmes que le froid de la pierre l'eût à nouveau

durcie.

 

Il fallut ensuite retirer le moule avec son revêtement de cire et le

poser sur une surface unie. Ceci fait, nous obtînmes un bas-relief argenté qui nous parut très satisfaisant et le Quies keteer des

fabricants d'antiquités nous fit grand plaisir. Le moule fut emporté à la hutte, et, après l'avoir enduit de graisse, j'en pris une empreinte au

plâtre. Nous laissâmes le plâtre se durcir à son tour et nous allâmes

voir ce qui se passait dans le nuage de poussière qui flottait au-

dessus des fouilles, à gauche du temple de Hatshepsu.

 

La Société d'Exploration Égyptienne a obtenu la concession des

fouilles du temple de Hatshepsu en 1903, après que les travaux

commencés dans le temple voisin, moins ancien, eussent été remis

au Service des Antiquités. Le Professeur Naville offrit ses services

pour cette entreprise, et, avec le concours de M. Henry Hall, du

Bristish Museum, et plus récemment, de C. F. Currelly, il termina les

travaux en trois ans. Tout en gravissant les trois terrasses, nous remarquons la similitude de ce plan avec celui du sanctuaire de

Hatshepsu, érigé quelque sept siècles plus tard. Il y a cependant un

détail qui distingue le temple de Mentuhotep II; c'est la ruine d'une

pyramide sur la troisième terrasse. C'est le seul exemple que l'on

rencontre d'une pyramide faisant partie d'un temple, et la singularité

de cette construction a été l'occasion d'études intéressantes. Un

papyrus conservé au Musée de Turin relate que le Pharaon (un des

derniers Ramsès) avait nommé une commission pour visiter les tombes de ses prédécesseurs et dresser un rapport sur l'état de ces

tombes. Le rapport mentionne que la tombe de Mentuhotep II était

intacte, mais il n'indique pas son emplacement; toutefois, le dessin

d'une pyramide faisait suite au passage qui avait trait à cette

construction. Ceci décida le Professeur Naville à rechercher la

tombe sous cette pyramide. Il ne la trouva pas, mais il fut

récompensé de ses travaux par la découverte de six statues de

Usertesen III, dont trois sont actuellement au British Museum, et les trois autres au Caire. Comme ce monarque appartient à une

dynastie plus récente, la douzième, il y a là un problème de plus

ajouté à tous ceux que nous offre ce temple.

 

Une tombe de femme a été mise à jour à quelques mètres de la

pyramide; quelques fresques, bien conservées, datant de la onzième

dynastie, qui couvraient l'extérieur de ce sépulcre, sont très

intéressantes, quoique grossières. Quant à l'emplacement de la dernière demeure de Mentuhotep, il reste toujours un mystère.

Les fouilles ont été continuées dans la base des rochers qui se

trouvent derrière le temple; des débris de pierre calcaire ont été

enlevés, et une couche inférieure avait à peine été entamée, que, à

la grande surprise de M. Dalison qui dirigeait les travaux à cette époque, une masse de roc glissa, laissant à découvert une cavité, et

la tête et les épaules d'une vache de Hathor. L'hiver de 1906 à

Thèbes fut fertile en surprises; mais celle-ci fut une des plus

intéressantes, en raison de la beauté de la sculpture et de son

parfait état de conservation. Currelly qui accourut avant même que

la trouvaille ne fût débarrassée de sa poussière, me donna tous les

détails.

 

Les travaux durent être très prudemment menés. Les ouvriers

indigènes s'intéressent vivement à la découverte d'objets de valeur

et perdent facilement leur sang-froid. Si l'on n'observe pas les plus

grandes précautions, les fouilles dans ces rochers peuvent amener

des éboulements funestes. La cavité où apparaissait cette étonnante

tête de vache, demandait une étude spéciale. On s'aperçut d'abord

qu'elle avait un toit en forme de voûte; les peintures murales, fort

bien conservées, ne laissaient aucun doute sur l'époque de la construction. Il est regrettable que cette construction n'ait point été

laissée intacte. Les autorités du Musée du Caire, naturellement

désireuses d'ajouter à leurs collections un si beau spécimen de la

sculpture de la dix-huitième dynastie, firent valoir les risques que

courrait la sculpture si on la laissait en cet endroit. De son côté,

l'Inspecteur local des Antiquités, M. Weigall, demandait qu'on laissât

la caverne intacte, en se déclarant prêt à assumer toute

responsabilité. Les grilles de fer qui auraient été nécessaires pour protéger la vache de Hathor contre les actes de vandalisme ou

contre les chercheurs de reliques, auraient certainement nui à

l'aspect du monument, mais, située dans cette niche, près du

sanctuaire de Hatshepsu, combien mieux dans son cadre elle aurait

été qu'au Musée du Caire!

 

La gravure ci-contre représente la terrasse supérieure du temple

de Mentuhotep, avec la base en ruines de la pyramide, à droite. La partie sud du temple, plus récente, est au milieu, et les collines qui

entourent la vallée forment le fond. La seconde cavité, à gauche, est celle où la vache de Hathor fut trouvée, mais, bien qu'elle soit à

proximité du temple de Mentuhotep, elle n'a rien de commun avec

ce sanctuaire. Le sanctuaire de Hathor fut élevé sur les ordres de la

reine Hatshepsu après que l'autre, dont nous retrouvons les traces, fût tombé en ruines. Tous deux furent restaurés plus tard, sous

Ramsès II.

 

RUINES DU TEMPLE DE MENTUHOTEP, A THÈBES Image plus

grande

 

L'excavation, à l'extrême gauche de la gravure, concentra tout

l'intérêt des fouilles de cet hiver. On avait trouvé l'entrée d'une tombe

très intéressante, et, pensant qu'il s'agissait de la tombe recherchée

par le Professeur Naville, on attendit l'arrivée de ce dernier pour l'ouvrir.

 

De retour à la hutte, nous procédâmes à l'ouverture du moule de

cire. Une impression se trouvait bien reproduite, mais le papier de

plomb qui servait à empêcher la cire de détériorer le coloris de la

muraille, avait arrondi les bords des incisions qui donnent tant de vie

au travail original. La cire n'avait pas pénétré assez profondément,

et il nous fallut corriger minutieusement les angles trop arrondis. Une autre difficulté se présentait: la cire qui s'était bien durcie sur la

surface froide de la muraille, s'était ramollie avant d'avoir été

recouverte de plâtre, et certains reliefs s'étaient empâtés.

 

Avant de commencer le moulage de la seconde pierre, nous

étendîmes notre cire sur une table de fer, chauffée par une lampe à

alcool. A l'aide de baguettes de bois, nous pressâmes le papier

d'étain dans les creux de la sculpture, et, la cire étant plus malléable, elle fut plus facile à appliquer dans ces mêmes creux. En employant

du plâtre de Paris, nous n'aurions eu à craindre aucun affaissement,

mais nous avions promis au Professeur Maspero de ne pas nous en

servir dans le temple, de crainte qu'un ouvrier maladroit n'en

éclaboussât les murs. Une seconde couche de cire plus épaisse

donna quelque résultat, mais comme les pierres du mur n'étaient pas toutes égales de surface, nous ne pouvions éviter certains

creux. Cet inconvénient n'aurait pas été si grave s'il ne s'était agi que

d'une seule pierre, mais cette partie de la muraille était formée de

deux cents pierres environ, et il fallait des raccords exacts.

 

Il ne m'était pas facile, avec ma connaissance très imparfaite de

la langue arabe, d'instruire dans un art que je devais apprendre moi-

même les paysans qui m'aidaient. Currelly me seconda de son

mieux, mais après l'arrivée du Professeur Naville, l'ouverture de la

tombe dans le temple de Mentuhotep absorba tout son temps et tous

ses efforts. Je trouvai heureusement les six Arabes qui m'aidaient

fort intelligents et prenant beaucoup d'intérêt à leur travail. Au fur et à mesure que les résultats se perfectionnaient, nous augmentions

leurs gages, et lorsque je fus certain que les moulages ne pouvaient

être meilleurs, leur salaire était le triple de celui qu'ils recevaient aux

fouilles. Il faut dire en passant que el Kompania, comme ils nomment

la Société Égyptienne d'Exploration, rétribue fort mal ses ouvriers, et

je suis sûr que seule la perspective de pouvoir subtiliser quelques

scarabées ou morceaux d'antiquités, les décide à travailler à vil prix.

 

A propos de ces reproductions, quelques détails sur leurs

originaux et sur le temple où ils se trouvent ne seront point déplacés

ici.

 

SENSENEB, DANS LE TEMPLE DE

HATSHEPSU, A DER-EL-BAHRI Image plus

grande

 

Makere-Hatshepsu est la première souveraine d'une grande

contrée dont nous parle l'Histoire. Fille de Thothmès I, elle avait également droit au trône par sa mère, Ahmès, qui descendait d'une

longue lignée de princes thébains. Ses deux demi-frères, Thothmès

II et Thothmès III, contestaient ces droits. Bien que leurs prétentions

ne fussent point aussi justifiées que celles de leur demi-sœur, leur

sexe les désignait au choix de leurs sujets. Des deux frères,

Thothmès II avait plus de droits par sa naissance, sa mère étant princesse, alors que la mère de Thothmès III n'avait été qu'une

obscure concubine. Mais Thothmès III apporta une heureuse

solution au problème en épousant sa demi-sœur. Pendant un certain

temps, les deux époux régnèrent conjointement, et pendant que Thothmès agrandissait le temple de Karnâk, Hatshepsu élevait ce

sanctuaire qu'elle consacra à Ammon. Mais le pays eut à souffrir de

la discorde qui régnait entre les deux époux, et Thothmès II ne

manqua pas d'exploiter à son profit le mécontentement de la

population. Tout d'abord, la reine fut dépossédée par son mari et l'on

donna ordre d'effacer son image des murailles encore inachevées

du temple. Le parti de Thothmès II plaça celui-ci sur le trône. Mais

son règne fut de courte durée, et, à sa mort, les partisans de Hatshepsu furent assez puissants pour la rétablir sur le trône. Elle

régna jusqu'à la fin de sa vie, et l'embellissement du temple

d'Ammon fut son œuvre principale.

 

Les prêtres d'Ammon, qui étaient ses partisans fervents, firent

tout au monde pour affermir son prestige aux yeux du peuple. Dans

la colonnade nord, l'histoire de sa naissance divine est dépeinte: son

père terrestre, Thothmès I, est entièrement ignoré, et une belle série de bas-reliefs représentent Ahmès devant Ammon Ra; les

hiéroglyphes rapportent les paroles du dieu: «Hatshepsu sera le

nom de ma fille... Elle régnera sur toute cette contrée». Plus loin,

l'enfant nouveau-né est représenté comme un garçon, et, plus loin

encore, la reine couronnée par les dieux porte une barbe et est

vêtue de la courte jupe d'un roi. Thothmès n'apparaît que dans la

scène finale où, devant la cour assemblée, il reconnaît la reine

comme souveraine du pays. Le parti de la reine avait eu soin de faire graver certaines inscriptions pour renforcer son autorité. Son

prédécesseur est représenté, disant: «Vous proclamerez sa parole;

vous serez unis sous son commandement. Celui qui lui rendra

hommage vivra; celui qui parlera de sa majesté en blasphémant

mourra».

 

Bien que tardivement racontée, cette légende trouva créance

dans le peuple qui de tout temps avait regardé les Pharaons comme les descendants terrestres du dieu-soleil, et, malgré son sexe,

Hatshepsu continua de régner jusqu'à la fin de sa vie.

La contrée de Pont est regardée comme le berceau des dieux;

les égyptologues la placent à l'extrême-est de l'Afrique, connu à

présent sous le nom de Somaliland; de temps immémorial on y

récoltait la myrrhe dont on offrait l'encens sur les autels. Planter de myrrhe les terrasses de son temple, devint l'ambition de la reine.

Cinq navires furent équipés et envoyés sur le Nil, à un endroit où un

canal relie le fleuve à la mer Rouge. Ils sont représentés dans la

colonnade portant la désignation de l'Expédition en Pont et une large

raie bleue qui se déroule au-dessous figure l'eau où se jouent de

nombreux poissons du Nil. Lorsque ces mêmes vaisseaux sont

représentés sur les côtes de Pont, les poissons particuliers à la mer

Rouge figurent à leur tour. Des hommes chargés d'arbres à myrrhe gravissent les échelles des navires; un lourd chargement se trouve

déjà embarqué, et quelques singes se promènent çà et là. La

structure et la mâture de ces vaisseaux sont rendues avec une

étonnante fidélité.

 

Des hiéroglyphes relatant cette expédition couvrent les espaces

vides de l'arrière-plan.

 

Le sujet de la muraille sud nous transporte dans la contrée de

Pont. Les envoyés de la Reine sont reçus par le souverain de la

contrée; la pierre où est représentée l'énorme épouse du souverain,

ne se trouve malheureusement plus ici; elle est au Musée du Caire.

Des bestiaux à cornes courtes sont offerts au roi; un village de Pont

bâti sur pilotis, sert de fond. Ailleurs, des indigènes transportent les

arbres sur les navires; leur type, très différent de celui des

Égyptiens, a sans doute été minutieusement observé d'après les quelques habitants de Pont qui accompagnèrent l'expédition à son

retour à Thèbes. Beaucoup de pierres manquent, elles se trouvent

dans les différents musées européens.

 

La couleur a disparu des portions de la muraille qui furent

exposées aux intempéries. Les ocres rouges et jaunes ont résisté à

la lumière, mais sont parfois éraflés par les tourbillons de sable. Les

parties noires qui ont été exposées au soleil sont entièrement effacées, ainsi que les bleus et les verts que l'on ne retrouve que

dans les creux profonds.

Là où les peintures ont été protégées du soleil, de la pluie et du

vent, elles ont gardé toute la fraîcheur de coloris qu'elles avaient il y

a trois mille cinq cents ans, lorsqu'elles furent exécutées par les

artistes à la solde d'Hatshepsu.

 

Il semble n'y avoir eu que peu de mélange de couleurs. Les

artistes employaient une nuance conventionnelle pour chaque objet

représenté par le relief, sans faire aucun effort pour employer la

teinte exacte; mais il y a dans l'ensemble beaucoup de richesse et

de pittoresque. Çà et là, la pluie et la lumière, en atténuant les tons,

ont mis sur ces bas-reliefs une patine admirable.

 

M. Somers Clarke, architecte honoraire de la Société

d'Exploration Égyptienne, a reconstitué les fragments absents de la

colonnade sur laquelle se trouvent ces bas-reliefs uniques, et M.

Howard Carter a passé deux années à surveiller les travaux. Il reste

davantage à faire pour protéger des intempéries les bas-reliefs de la

troisième terrasse, mais on me dit que ce travail sera bientôt

entrepris.