Les Disparus
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Et les sommets des montagnes
apparurent de nouveau
CELA AVAIT EU lieu le dimanche 23 mars 2003, date de l'anniversaire de mon grand-père. Après que Boris a dit, Ilm’a conseillé de laisser tomber, il ne restait plus personne, tout le monde s'est levé, Jack, Bob, Meg et Boris, et, les uns après les autres, les invités ont dit au revoir et sont rentrés chez eux. Jack a insisté pour nous raccompagner, Matt et moi, à notre hôtel. Au moment où je suis descendu de la voiture, il s'est brusquement penché vers la portière ouverte et a dit, de manière inopinée, Bien sûr que je me souviens de Shmiel Jäger – ce n'était pas le genre de personne qu'on peut oublier !
C'est le lendemain, le lundi, que Matt et moi sommes retournés chez Jack pour l'interviewer en privé ; c'est le lundi qu'il nous a dit tant de choses à propos de Ruchele. Comme je l'ai déjà dit, il avait commencé par parler de Frydka – elle portait son sac comme ÇA ! –, mais si nous voulions apprendre des choses sur Frydka, avait-il dit, c'était avec Meg qu'il fallait parler. Et donc, après quelques heures passées avec Jack chez lui, ce lundi après-midi, alors que Matt et moi marchions dans le centre de Sydney, avec ses immeubles lumineux et étincelants, la douceur de son climat de fin d'été, l'allure et la gentillesse des vendeurs des magasins, des chauffeurs de taxi et des passants, où il était difficile d'émerger physiquement, pendant cette visite, après les ténèbres produites par les histoires que nous avions entendues, et qui – à l'exemple de celle de Jack et de Bob -étaient devenues des récits d'enfermement, de dissimulation, de fixation souterraine, alors que nous marchions dans la ville, je me suis arrêté à une cabine téléphonique et j'ai composé le numéro de l’appartement du beau-frère de Meg pour lui demander encore une fois si elle consentirait à m'accorder une interview en tête à tête.
Je dis « encore une fois » parce que, au moment où tout le monde était parti la veille, je leur avais signalé à tous que j'aurais aimé leur parler en tête à tête, et chacun avait hoché la tête en signe d'approbation. Sauf Meg, qui avait secoué la tête.
Désolée, avait-elle dit. C'est tout ce dont je me souviens, je ne peux plus vous aider.
De plus, avait-elle ajouté en ramassant sa pochette en cuir, elle devait s'occuper de son beau-frère, qui était très fragile et avec qui elle voulait passer un peu de temps avant de s'envoler pour Melbourne, à la fin de la semaine.
J'avais donc peu d'espoir en composant l'étrange numéro à huit chiffres que Jack m'avait donné. Le téléphone a sonné.
Hallo, a dit Meg.
Bonjour, madame Grossbard, ai-je dit, le cœur tambourinant dans la poitrine, comme lorsque j'avais appelé, des années auparavant, la sœur de mon grand-père, Sylvia, qu'on m'avait appris à craindre, d'une certaine façon, pour lui dire que je voulais l'interviewer à propos de l'histoire de la famille et qu'elle m'avait répondu, Je ne te dis pas le jour où je suis née parce qu’il aurait mieux valu que je ne sois jamais née... Bonjour, ai-je dit, et j'ai dit de nouveau que j'espérais qu'elle avait pu réfléchir et décider de nous parler avant nos vingt-deux heures de vol de retour vers New York.
Sa voix, à l'autre bout du fil, était plus lasse que coléreuse.
Je ne peux pas vous aider, je vous ai dit que je ne me souvenais de rien d'autre, a-t-elle dit – même si nous savions tous les deux que c'était un mensonge.
Comme j'étais au téléphone et non en face d'elle, j'ai trouvé le courage pour insister. Oh, s'il vous plaît, ai-je dit, tout ce que nous voulons, c'est bavarder avec vous.
A quoi bon ? a-t-elle répliqué, mais un peu comme si elle se parlait à elle-même. Personne ne sait, tout le monde s'en fiche. Ça va disparaître avec nous, de toute façon.
J'ai compris soudain qu'elle voulait être persuadée. J'ai donc dit, Madame Grossbard, je crois que vous vous trompez. C'est la raison essentielle pour laquelle nous sommes venus ici, pour parler avec vous tous, pour entendre les histoires, pour les noter. Je veux préserver ce dont vous vous souvenez, voilà la raison essentielle.
J'ai ajouté après un bref silence, Ça va mourir uniquement si vous ne nous parlez pas.
Bien, a-t-elle dit. La ligne est restée morte pendant une minute et puis elle a dit, Si je vous vois, ce sera dans un restaurant, mon beau-frère est malade, je ne peux pas recevoir des gens ici.
Très bien, ai-je dit. C'est indifférent pour nous. Nous vous retrouverons où vous voudrez, dites-nous simplement où.
En silence, j'articulais GAGNÉ pour Matt.
Ouais ! s'est écrié Matt.
OK, a dit Meg, je vous verrai demain, mercredi. Téléphonez-moi ce soir, nous fixerons l'heure.
Formidable ! ai-je dit. Merci beaucoup !
Plus tard, dans la soirée, j'ai téléphoné à Meg de nouveau depuis notre hôtel. Elle avait certainement eu le temps de réfléchir à notre rendez-vous.
Elle a dit, J'ai décidé que nous allions nous rencontrer ici, chez Salamon, pour le déjeuner.
Formidable ! me suis-je exclamé. J'ai fait le V de la victoire en direction de Matt qui regardait les nouvelles à la télévision. Le premier soldat américain avait été tué dans la nouvelle guerre.
Mais je ne peux rien préparer pour vous, a ajouté Meg.
Ce n'est pas grave, ai-je dit.
Peut-être que je pourrais faire quelques sandwichs, a-t-elle dit.
Nous adorons les sandwichs, ai-je roucoulé.
Alors vous devriez venir vers midi, a-t-elle dit. Elle m'a donné l'adresse de M. Grossbard, ajoutant d'une voix ferme que nous ne pourrions pas lui parler, parce qu'il était trop fragile pour sortir de son lit. J'ai serré les dents et j'ai répondu que ce n'était pas grave, que nous comprenions. Je me suis apprêté à raccrocher.
Il y a une chose encore sur laquelle j'insiste particulièrement, a-t-elle dit d'une voix qui s'était durcie.
Oui ? ai-je dit.
Et elle m'a alors donné la liste des conditions dans lesquelles elle acceptait de me parler en tête à tête.
Premièrement : elle ne parlerait pas de la guerre, parce que c'était un sujet trop pénible pour elle. Vous savez, a-t-elle dit, je ne parle jamais de l'Holocauste. Mon fils est un rat de bibliothèque, il me supplie de tout écrire, et maintenant que j'approche de la fin, je pense parfois que je vais peut-être le faire. Mais je ne peux pas – je n'arrive pas à me décider.
OK, ai-je dit. J'ai promis de ne pas lui poser de questions sur la guerre.
Elle a poursuivi. Elle préférait ne pas parler de sa propre vie et ne répondrait qu'à des questions d'ordre général concernant la vie à Bolechow pendant les années qui avaient précédé la guerre, pendant son enfance et le début de son adolescence. Elle serait très heureuse de partager ses souvenirs de la famille Jäger, mais elle préférait ne pas parler de sa propre famille. Si, pour une raison quelconque, elle faisait mention de certaines expériences qu'elle avait connues pendant la guerre, cela devait rester entre nous et je ne devrais pas en faire mention dans le livre qu'elle savait que j'allais écrire un jour.
Les dents serrées, j'ai dit, OK.
Alors vous voulez toujours m'interviewer ? a demandé Meg, et cette fois j'ai eu l'impression qu'elle souriait de son sourire amer.
Bien sûr, ai-je répondu. Peut-être que j'étais déjà en train de me dire qu'elle allait changer d'avis quand nous serions là, quand nous sortirions notre matériel d'enregistrement, la caméra digitale, les trépieds et les parapluies de Matt, les bandes magnétiques et tout le reste.
Il y a encore une chose, a dit Meg.
J'ai su, avant même qu'elle ouvre la bouche, ce qu'elle allait dire. Elle a dit, Je ne répondrai à aucune question concernant Ciszko Szymanski.
CE QUI EXPLIQUE pourquoi, même si Matt et moi avons passé en fait près de quatre heures avec elle, pendant lesquelles, ayant apparemment oublié les restrictions qu'elle avait imposées, Meg a parlé à n'en plus finir non seulement de ce dont elle se souvenait à propos de ma famille, mais aussi de la guerre, des autres gens dont elle se souvenait, des histoires souvent terribles, je ne peux pas en reproduire une ligne.
Je ne veux pas que ma vie se retrouve dans votre livre, m'a-t-elle dit. Un de ces jours, je vais écrire mon propre livre. Oui, vous verrez, je vais le faire.
Elle et moi, même au moment où elle l'a dit, savions parfaitement qu'elle n'écrirait jamais un livre elle-même, mais en dépit de ma frustration de ne pouvoir inclure certaines choses qu'elle m'a dites ce jour-là, des histoires et des anecdotes qui pourraient éclairer ce qu'a pu être le fait de traverser la guerre à Bolechow, je comprends parfaitement ce dont elle avait peur, pourquoi elle redoutait de voir ses histoires figurer dans mon livre. Elle savait que dès l'instant qu'elle m'autoriserait à raconter ses histoires, elles deviendraient les miennes.
Je ne peux pas donc vous raconter ce qu'elle a dit pendant notre interview. Mais je peux vous dire que lorsque nous sommes arrivés dans l'appartement minuscule, qui sentait un peu le renfermé, de Salamon Grossbard, dans le centre de Sydney, nous n'avons pas trouvé les sandwichs attendus. Une petite table avait été soigneusement dressée dans la cuisine du vieux monsieur, sur laquelle chauffaient quatre réchauds en argent. Meg, qui affichait un large sourire, nous a fait entrer dans la cuisine.
Maintenant je dois vous dire, a-t-elle annoncé, que j'ai préparé un déjeuner que votre grand-père aurait adoré. J'ai cligné les yeux. OK, ai-je dit un peu méfiant. Typique de Bolechow ! a-t-elle déclaré, avec un grand geste de la main en direction des réchauds. Un déjeuner à la Bolechow ! Puis elle m'a regardé attentivement et elle a dit, Mais je n'étais pas sûre de... Quelle était la nationalité de votre grand-mère ?
Russe, ai-je dit. J'ai pensé à la petite maison en bois d'Odessa ravagée par l'incendie, à l'adolescente « traversant l'Europe a pied ». Oh, ai-je pensé, moi aussi j'aurais des histoires à vous raconter.
Ah, russe, a dit Meg, se taisant un instant. Et votre père ?
Le père de mon père était de Riga, en Lettonie, ai-je dit. Il était né sur le bateau. Il avait un jumeau. Lui aussi, il avait parcouru de grandes distances pour créer une nouvelle vie, pour se réinventer lui-même, loin de son propre passé ; lui aussi, comme son père, était venu de très loin pour pouvoir vivre sa vie, comme mon arrière-grand-mère, comme mon grand-père, elle pour rester silencieuse, lui pour raconter ses histoires.
Et sa mère était de Cracovie, ai-je ajouté pour jouer la carte de la Galicie.
Ah, de Cracovie, a dit Meg, satisfaite. Vous savez ce que c'est que la kasha ?
La kasha ! ai-je dit, on adore la kasha ! Ma grand-mère avait l'habitude de faire des plats de kasha chaude pour mon grand-père
– les grains de sarrasin qui sont d'abord bouillis, puis frits avec des oignons, et servis avec des pâtes en forme de papillon –, qu'il mangeait comme du porridge, avec une grande précision, en commençant par le bord du bol et en progressant vers le centre. Comme ça, tu ne te brûles pas la langue, me disait-il, tout en soufflant sur le petit monticule de kasha dans sa cuillère.
Vous savez ce que sont les pierogis ? a poursuivi Meg. Bien sûr, avons-nous répondu en chœur, on adore les pierogis ! Le soir du jour où nous étions arrivés tous les quatre en Pologne, le soir qui avait précédé notre visite d'Auschwitz, au début de notre voyage en Ukraine, Alex Dunai nous avait emmenés dans un restaurant polonais « traditionnel ». Là, après avoir mis un de ces petits pâtés dans la bouche, Matt nous avait regardés et s'était écrié, Ce n'est pas de la cuisine polonaise, c'est de la cuisine juive !
Vous savez ce que c'est que golaki ? a demandé Meg, ravie. Gawumpkee. J'ai pensé à Mme Wilk, avec ses hanches larges, montant les marches étroites conduisant à la maison de mes parents, pendant toutes ces années, apportant de temps en temps ces énormes pots de chou farci. Bien sûr que nous savions ce que c'était.
Oui, ai-je dit, nous savons ce que c'est que golaki.
Ah ! s'est exclamée Meg, vous savez ! Et vous voyez, je me suis dit, pour être bien sûre... Je me suis dit, peut-être qu'ils n'aiment pas ce genre de nourriture, j'ai acheté un poulet grillé, pour être sûre. Après tout, vous êtes américains de la deuxième génération.
Elle a prononcé le mot deuxième sans la moindre trace de dédain.
Vous savez, a-t-elle continué, il n'y a plus beaucoup de gens de chez nous qui restent et qui connaissent cette nourriture, très peu de survivants de la Galicie. Parce que ceux de l'Ouest, ils les ont mis dans des camps, et il y avait donc plus de chances de survivre, mais nous, ils nous ont abattus dans les fosses communes.
Il était difficile de penser que nous étions en train de parler de nourriture.
Et à ce moment-là, traînant les pieds et s'appuyant sur un déambulateur, vêtu d'un chic pyjama d'une couleur que mon grand-père, qui avait passé toute sa vie dans une entreprise produisant des galons et de la passementerie et qui parlait des couleurs avec la même délectation que les gens éprouvent en parlant de parfums de glaces, aurait certainement appelé bleu de France est entré M. Grossbard. D'une voix faible et haut perchée, il s'est présenté, nous a dit combien il était content de nous voir travailler sur ce projet, avant de s'asseoir pour déjeuner.
J'ai été tellement surpris, dans un premier temps, que je n'ai pas su quoi dire.
Chacun se sert comme il veut, a dit Meg, servez-vous, s'il vous plaît.
J'avais le sentiment qu'elle se réjouissait de nous avoir surpris.
Je me suis assis à côté de M. Grossbard et j'ai mis en marche mon magnétophone.
Mon Dieu, a dit Matt. Je n'ai pas vu cette nourriture depuis mon enfance !
Souvenez-vous, ai-je dit à Meg, mon cerveau tournant à cent à l'heure, que nous étions de Bolechow, nous aussi, il y a bien longtemps.
Bolechow, c'était une jolie petite ville, a dit M. Grossbard. Une ville heureuse. Il y avait douze mille habitants. Trois cultures différentes. Trois mille Juifs, six mille Polonais, trois mille Ukrainiens.
Il a parlé de son enfance, des années pendant lesquelles mon grand-père vivait encore là-bas.
Il était donc là. Sur son pyjama bleu de France, il portait une robe de chambre d'une couleur qu'on aurait pu appeler bordeaux. Les montures épaisses de ses lunettes accentuaient l'impression de verticalité produite par son visage. Il y avait deux touffes de cheveux blancs de chaque côté de sa tête, avec quelques mèches soigneusement rabattues sur le sommet du crâne. Sans doute à cause de son grand âge, je pensais en le regardant aux visages émaciés de ces momies égyptiennes ou précolombiennes, qui donnent l'impression que tout ce qui en était étranger a été éliminé avec le temps : il n'y avait plus que les pommettes saillantes d'Inca, le nez busqué et aristocratique, la grande bouche intelligente, les fanons antiques qui pendaient sur la gorge. Et cependant tout cela était adouci en quelque sorte par la présence des deux grandes oreilles, presque comiques, qui lui donnaient par moments l'allure d'un enchanteur. Lorsqu'il a parlé d'une voix tellement érodée qu'elle n'était plus qu'un murmure, il s'est penché parfois en avant et a claqué ses mains sur ses cuisses osseuses pour souligner un point. À d'autres moments, il se balançait légèrement en arrière, les mains levées et les doigts écartés, comme un pêcheur qui aurait décrit sa prise, comme pour mesurer quelque chose : le temps passé, sa vie. Le déambulateur qu'il avait gardé près de lui avait un aspect presque cérémoniel, comme s'il avait été l'emblème d'un obscur pouvoir religieux ou politique. Pendant qu'il parlait, il pétrissait de temps en temps sa main droite avec la gauche, geste qui lui donnait un air agité.
C'était une jolie petite ville, a-t-il répété.
Je sais, ai-je dit.
Bon appétit ! a-t-il dit.
Je suis tellement contente, a dit Meg.
ET C'EST TOUT ce que je peux vous raconter. Une fois le déjeuner terminé, nous nous sommes installés dans la salle de séjour où, pendant des heures, elle a parlé, et son beau-frère a raconté, à mon enchantement, son enfance pendant la Première Guerre mondiale, évoqué sa maison de la rue Dlugosa à Bolechow, sa maison natale dont il a fini par hériter, avec sa femme et son enfant qui n'ont pas survécu à la guerre, la rue Dlugosa dans laquelle Shmiel Jäger avait emménagé, à un moment donné dans les années 1930, avec sa femme et ses quatre filles (le boucher ? C'était un homme grand et fort, un homme très gentil, bien sur que je le connaissais, nous nous croisions très souvent, les enfants, je ne m'en souviens pas très bien) ; la façon dont il avait été, lorsqu'il avait voulu s'engager dans l'armée polonaise au début de la guerre en 1939, rejeté parce qu'il était juif (et pourtant j'étais ingénieur, et ils avaient besoin d'ingénieurs ! s'est-il exclamé, riant haut et fort pour quelqu'un qui avait vécu près de cent ans. Il s'est interrompu un instant avant de s'écrier, C'était la Pologne !). Même si je ne peux pas vous raconter en détail ce qui s'est dit ce jour-là, je peux vous dire que j'étais content du fait que Meg avait changé d'avis, quelle qu'en fût la raison, et qu'elle nous a beaucoup parlé, et que son beau-frère s'est senti assez fort pour enfiler sa robe de chambre, marcher péniblement dans couloir et s'asseoir avec nous pendant quelques heures.
Juste avant de quitter la table du déjeuner, M. Grossbard s'est penché vers moi pour me dire de sa voix fluette, Bolechow était un endroit où cohabitaient trois cultures, et nous nous entendions tous bien.
J'ai hoché la tête.
C'était un endroit humain, a-t-il dit. J'ai hoché la tête de nouveau.
C'était un endroit humain, a-t-il répété, où il n'y avait pas d'antisémitisme.
Il a prononcé, Antishémitisme.
Pas d'antisémitisme ? ai-je demandé. Je peux être sentimental, mais je connais tout de même les dangers de la fausse nostalgie.
Euh, il y en avait, mais chacun avait besoin de l'autre, vous comprenez. Un Polonais avait besoin du Juif pour les commerces, un Juif avait besoin du Polonais pour l'administration. Les Ukrainiens, ils vivaient dans les environs, mais ils apportaient de la nourriture et du bois, le jour du marché, le lundi.
Cela, je le savais. Et chaque Kol Nidre, l'Ukrainien qui vivait dans les bois et avait peur parce que la ville devenait tellement calme et les montagnes tellement sombres, descendait de la montagne et passait la nuit, cette nuit-là chaque année, avec une famille juive, parce qu'il avait tellement peur de Yom Kippour.
Il y avait donc les Ukrainiens, a dit M. Grossbard. Et chacun avait besoin de l'autre : une fois le marché terminé, les Ukrainiens allaient boire dans les hôtels juifs. Et c'était de la bière juive ! Et les Ukrainiens apportaient le bois pour les maisons. Et les Juifs occupaient le centre de Bolechow, ils vivaient au-dessus de leur boutique, ou à côté. Et toutes les boutiques étaient juives. Donc, les gens se respectaient les uns les autres. L'attitude générale, c'était le respect.
Il a parlé des parcs quand il était petit garçon, des concerts de l'orchestre et des promenades, des dames avec leurs ombrelles marchant sous les arbres.
J'ai écouté en silence, comme j'avais l'habitude d'écouter.
Maintenant, les Allemands ont été vraiment méchants avec ma famille, vous savez.
J'ai hoché la tête. La femme tuée, l'enfant tué.
Mais dans ma famille, a-t-il poursuivi, ceux à qui l'on n'a jamais pu pardonner, ce sont les Français.
Il s'est calé sur sa chaise et a hoché la tête, tout en mâchant lentement un pierogi.
Les Français ? ai-je répété, incapable de faire le lien. J'ai regardé de l'autre côté de la table Matt qui souriait. M. Grossbard, au cours de son errance après l'Holocauste, avait-il été maltraité par les Français ? Était-il délirant ? En gardant un visage neutre et poli, j'ai demandé de nouveau, Vous n'avez jamais pardonné aux Français ?
M. Grossbard s'est penché vers moi encore une fois, en agitant l'index.
Oui, a-t-il dit, aux Français.
Il s'est interrompu pour donner de l'importance à ce qu'il allait dire et il a dit :
Vous savez, mon père ne s'est jamais remis de l'affaire Dreyfus.
Dans parashat Noach, après que Dieu a donné ses instructions à Noé sur la façon de construire une arche, il donne des ordres précis sur ce que Noé doit emporter dans l'arche ; car nous devons nous souvenir qu'aucune créature qui respire ne survivra à l'horrible annihilation. « Tout ce qui est sur la terre expirera », dit Dieu. Noé survivra, bien entendu ; et avec lui, ses fils, sa femme et les femmes de ses fils (l’ordre spécifique – d'abord, les hommes, ensuite, les femmes, plutôt que, comme on pourrait s'y attendre, le couple le plus âgé, puis les couples plus jeunes – est une indication du fait que la séparation entre les sexes a été maintenue sur l'arche de Noé. « De cela, a observé Rachi, nous apprenons qu'il leur était interdit d'avoir des relations. »). Et ensuite, c’est bien connu, les animaux et les oiseaux : pas deux de chaque, comme on le croit d'habitude, mais au moins deux de chaque, afin d'assurer la possibilité d'une future propagation de chaque espèce ; des " espèces pures » — c'est-à-dire qui conviennent au sacrifice — sept paires ont été embarquées, probablement afin que les sacrifices rituels puissent être observés après le débarquement sans mettre en péril l'avenir de ces espèces-là.
La description du Déluge même est à la hauteur du suspens lentement créé à mesure que nous lisons les préparatifs : les sources de la terre et les fenêtres du Ciel ont été ouvertes, les pluies s'abattent pendant quarante jours — la durée qu’il faut, Rachi le note obligeamment, pour que le fœtus se forme après la conception (remboursement divin note-t-il encore, puisque Dieu s'était soucié de former les fœtus des corrompus) — et pendant cent cinquante jours, les eaux sont restées sur la terre, montant jusqu'à ce qu'elles engloutissent les sommets des montagnes. Il serait difficile d'imaginer un détail plus efficace que ce dernier (du moins dans les temps bibliques, quand l'échelle des choses était inférieure à ce qu'elle est aujourd'hui) dans la suggestion de l'étendue de l'oblitération accomplie par Dieu avec le Déluge — pas simplement la destruction de la vie, mais l'effacement du paysage même, l'élimination rapide et soudaine de tout repère familier, de toute chose familière.
C'est cela qui me fait venir à l'esprit quelque chose dont on ne nous parle pas dans parashat Noach. Peut-être parce que j'ai passé ces dernières années à écouter des histoires de gens qui devaient quitter certains endroits en toute hâte et parce que, de surcroît, Rachi au moins est alerté par le fait que Noé, en dépit de sa relation intime avec Dieu, a attendu la dernière minute pour monter à bord de l'arche, détail qui conduit Rachi à conclure que Noé, comme les autres de la Génération du Déluge, « était un de ces hommes de peu de foi, qu'il n'avait pas cru que le déluge aurait lieu jusqu'à ce que les eaux tombent sur lui » —je me demande souvent si Noé et sa famille ont emporté autre chose avec eux, en dehors des animaux, un souvenir quelconque, peut-être, des vies qu'ils avaient eues avant que le monde fût complètement effacé. Dans la mesure où le texte n'en fait pas mention, je dois supposer qu'ils ne l'ont pas fait, et par conséquent je ne peux pas m'empêcher de penser que cette horrible privation a donné une saveur particulière à la joie de Noé quand il a aperçu le rameau d'olivier dans le bec de la fameuse colombe. Nous savons, bien sûr, ce qu'était la signification immédiate du rameau, mais je ne peux m'empêcher de penser que la vision de la feuille verte – rappel soudain, vivace, du monde qu'il avait laissé derrière lui — a dû lui faire l'effet d'un sursis par rapport à un tout autre genre d'oubli.
C'EST UN PEU plus tard au cours de ce même après-midi que nous avons retrouvé Bob Grunschlag. C'était aussi le jour que Matt avait choisi pour une séance de photos sur la plage.
Pourquoi sur la plage ? avais-je demandé, un peu agacé, lorsqu'il avait annoncé qu'il voulait aller à Bondi Beach avec Jack et Bob pour qu'ils trempent les pieds dans l'eau dans le portrait qu'il voulait foire des deux frères de Bolechow qui avaient survécu. Ne savait-il pas qu'ils étaient tous les deux assez âgés ? Je ne voulais pas les pousser à bout. J'avais besoin de leur bonne volonté.
Écoute, m'avait-il répondu, tu fais ce que tu fais, et tu me laisses faire ce que je sais faire. Mon boulot, c'est de jouer le méchant flic jusqu'à ce qu'ils atteignent le point de rupture. J'ai besoin d'une photo qui dise « Australie », sinon pourquoi je serais venu ?
Très bien, avais-je dit.
Et donc, en fin d'après-midi, le lendemain, après notre long déjeuner avec Meg et M. Grossbard, nous avons roulé jusqu'à l'appartement de Bob, qui se trouve sur la plage, et nous avons parlé un moment avec lui, à la grande satisfaction de Jack, qui voulait être sûr que son petit frère, qui n'avait pas vraiment connu les filles Jäger, ait aussi notre attention.
Bon garçon, bon garçon, avait dit Jack, en me tapant sur l'épaule avec affection, quand je lui avais annoncé que nous allions interviewer Bob.
Euh, je suis un frère aîné aussi, avais-je dit. Je sais ce que sont ces choses.
Mais je ne le savais pas en réalité. Il faudrait encore un ou deux voyages avant que je me rapproche de Matt, que je commence à me sentir protecteur à son égard.
Sur la plage, Matt a guidé Jack et Bob vers le ressac et puis, ayant décidé qu'il n'y avait pas d'autre moyen d'obtenir la photo qu'il voulait, il a soudain retiré ses chaussures isothermes et, se tournant vers moi, les a jetées pour que je les attrape. Il a marché jusqu'à ce qu'il ait de l'eau jusqu'aux genoux et a commencé à ouvrir les boîtiers qui pendaient à son cou. Il n'arrêtait pas de regarder le ciel avec un air inquiet. Notre conversation avec Bob s'était prolongée un peu plus qu'il ne fautait souhaité. Le soleil commençait à s'enfoncer.
Je ne photographie qu'avec la lumière disponible, a-t-il dit.
Je ne parle qu'avec les gens disponibles, ai-je plaisanté.
Jack et Bob ont ri. Ils étaient de bonne humeur ; ils n'avaient pas besoin d'être poussés. Un petit peu plus loin, a dit Matt, en faisant signe aux deux frères sans lever les yeux du viseur de son gros Hasselblad. Les frères ont gaiement roulé leur pantalon un peu plus haut aussi. J'ai entendu le bruit distinctif et désormais familier de l'obturateur de l'appareil de Matt. Moins un clic qu'un ch-konk. Comme je n'avais rien à faire là, j'ai commencé à m'éloigner. Laisse-le faire son truc, me suis-je dit.
Mais alors que je m'apprêtais à faire un petit tour, j'ai remarqué qu'une petite foule de surfeurs s'était amassée derrière l'endroit où se trouvait Matt, qui prenait photo après photo. Ch-konk, ch-konk. Il était sept heures à présent et la lumière déclinait rapidement, et je pouvais voir aux sourcils froncés de Matt qu'il n'avait pas encore l'impression d'avoir la photo ; ce qui était devant lui, de toute évidence, ne correspondait pas tout à fait à l'image qu'il avait en tête. Euh, me suis-je dit, je crois savoir ce que c'est. Soudain, je l'ai vu avancer à grands pas dans l'écume pour s'approcher d'un surfeur aux cheveux noirs et aux dents blanches. Les vagues qui déferlaient faisaient trop de bruit pour que je pusse entendre leurs propos ; c'était comme si j'avais regardé une pantomime. Matt a agité son bras libre devant le surfeur, qui ne devait pas avoir plus de vingt ans, et puis a pointé le doigt vers Jack et Bob, et ensuite a fait un V à l'envers avec l'index et le majeur, et s'en est servi pour faire des mouvements de marche en avant et en arrière. Dolina hoise, ai-je pensé. Le surfeur a fait un grand sourire, puis il a hoché la tête. Soulevant sa planche, il a commencé à aller et venir derrière Bob et Jack, tandis que les deux frères se tenaient par les épaules. Matt a commencé à appuyer sur le déclencheur. Encore et encore. Il souriait à présent. Il faisait son truc.
Et il s'est trouvé que j'ai pu faire mon truc aussi. Pendant que le surfeur essayait d'avoir l'air décontracté en passant dans un sens, puis dans l'autre, derrière les véritables sujets de la photo, quelques-uns de ses amis sont venus m'entourer ; deux autres garçons, un blond, très grand, au visage sérieux, l'autre brun, souriant, et une grande fille blonde, au sourire immense. Qui étaient ces deux vieux types ? voulaient-ils savoir. Ils étaient célèbres ? C'étaient des parents à nous ? Le type, là, c'était un photographe de mode ? Qu'est-ce qu'ils faisaient ici ?
J'ai regardé les deux vieux hommes de Bolechow et je me suis tourné de nouveau vers les gamins australiens. Ils étaient immenses, tellement grands. Ils respiraient la santé et la bonne volonté. Ils ne pouvaient pas avoir plus de dix-neuf ans. Ils avaient l'air vraiment intéressés. La fille avait basculé la tête sur le côté, dans l'attente d'une réponse.
Euh, ai-je dit, c'est une longue histoire.
La fille a souri et fait un geste en direction du type que Matt avait recruté pour sa photo. Hé, c'est notre copain, a-t-elle dit. On doit l'attendre de toute façon.
OK, ai-je dit.
Merde, comment commencer ?
Hé bien, ai-je dit, mon grand-père venait d'une petite ville de Pologne...
Le lendemain soir, Meg a repris l'avion pour Melbourne.
Cet après-midi-là, elle avait invité tout le monde à déjeuner dans un restaurant chic du centre : Jack, Sarah, Bob, Boris, Matt et moi. Elle était d'une humeur enjouée, tout à coup. Quelque chose avait basculé durant notre longue conversation de la veille ; elle avait décidé que nous étions bien. (Elle vous a préparé un déjeuner ? s'était exclamé Jack, le soir précédent, quand je lui avais fait mon rapport sur notre interview avec Meg.) J'aimerais tellement pouvoir vous raconter ce qu'elle a dit. J'aimerais tellement que vous puissiez voir son visage, à quel point il est expressif, l'esprit, l'humour sombre qui le traverse de temps en temps, comment une ironie au fait du monde peut soudain et entièrement laisser place à une tristesse que je ne peux même pas commencer à comprendre, comme cela s'est passé lorsque, à la fin de l'après-midi, Matt lui a demandé de tenir une photo de sa vieille amie Frydka pendant qu'il faisait son portrait, et au moment où l'obturateur s'est ouvert, un souvenir l'a envahie et, comme le montre clairement la photo que vous ne verrez jamais, elle a fermé les yeux sous la pression du chagrin, de sorte que cette photo fixe le visage sillonné de rides d'une femme toute petite mais élégante, tenant dans sa main impeccablement manucurée la photo d'une jeune fille mi-rêveuse mi-sérieuse, dont les yeux sont grands ouverts, même si ce sont naturellement les yeux de la vieille dame qui sont ouverts aujourd'hui tandis que ceux de la jeune fille sont fermés à jamais depuis soixante ans.
Pendant notre dernier déjeuner, son visage était animé et son humour excellent. Au moment où nous nous sommes tous retrouvés devant le restaurant, elle a marché vers moi.
Quoi, pas de baiser sur la joue ? a-t-elle dit sur le ton du flirt, en m'offrant sa joue. J'ai souri et je l'ai embrassée. Elle s'est tournée vers Sarah Greene qui riait et elle est devenue expansive.
Je n'arrive pas à y croire, c'est étonnant, a-t-elle dit. Tout d'abord que je sois vivante, après tant d'années, et ensuite que j'aie rencontre les cousins de mes amies d'enfance. Je n'arrive pas à croire que je suis ici avec les cousins de Frydka. Je n'ai toujours pas réalisé, vraiment. Je n'arrive pas à y croire.
Je savais de quoi elle parlait : l'étrangeté de pouvoir reprendre tout à coup un fil depuis longtemps abandonné, le fil dont on imaginait qu'il était interrompu (Doktor Begleiter ? C'était un docteur très important !). Vous êtes maintenant ma famille, avait-elle dit à ma mère la veille, lorsque, l'interview terminée, j'avais appelé la maison de mes parents à Long Island afin que cette femme et la cousine de son amie disparue pussent entrer en contact. Vous êtes mes parents à présent.
Nous nous sommes tournés pour entrer dans le restaurant et, plein d'audace, j'ai dit, J'aimerais tellement qu'il y en ait d'autres comme vous.
Quoi ? a-t-elle répliqué sur un ton faussement féroce. Vous ne savez pas ? Bien sûr qu'il y en a d'autres qui les ont connus.
J'ai regardé Matt et puis j'ai sorti mon stylo et mon carnet de mon sac.
Qui ? ai-je demandé.
Elle a eu un sourire satisfait et elle s'est mise à parler.
Une amie de Frydka, elle s'appelait Dyzia Lew, elle porte maintenant le nom de Mme Rybek. Elle a épousé un Russe. Après la guerre, j'ai dit, Je pars en Occident. Et elle a dit, Pour quoi faire, il y a déjà trois cent cinquante millions de mendiants en Union soviétique, deux de plus, ça ne changera rien. Mais je suis partie pour l'Occident et elle est restée. Et puis elle est allée en Israël et elle a fait la connaissance de Shlomo. La sœur de Shlomo était une amie d'enfance, a-t-elle ajouté.
Les autres ? ai-je demandé en écrivant : DYZIA LEV ? LOEW ?
Il y en a une à Stockholm, a dit Meg. Elle s'appelle Klara Schoenfeld, non, désolée, Schoenfeld, c'était son nom de jeune fille. Son mari est celui qui s'est échappé sur le chemin du cimetière avant l'exécution. Il s'appelait Jakob Freilich. Elle s'appelle Klara Freilich, elle vit à Stockholm. Elle n'était pas très proche de nous, nous étions amies, mais elle n'allait pas au lycée. Mais, évidemment, elle a connu Frydka.
J'ai souri et je me suis tourné vers mon frère.
Qu'est-ce que tu en dis, Matt, ai-je dit assez fort pour qu'elle m'entende parce que je voulais son approbation, pour qu'elle sache combien nous étions sérieux. Nous irons à Stockholm ?
Les yeux de Meg se sont agrandis.
Quoi, vraiment ? a-t-elle dit. Je peux vous donner l'adresse.
Elle m'a pris le stylo et le carnet des mains et, après avoir fouillé dans son sac, elle s'est mise à écrire. Elle a arraché une feuille et m’a tendu le morceau de papier sur lequel elle avait écrit, dans une écriture d'autrefois, KLARA FREILICH, et l'adresse dont l'orthographe à la bizarrerie visuelle que je contemplais sous le soleil d'un après-midi d'automne de New South Wales annonçait déjà des endroits lointains et des voyages nouveaux, EDESTAVÖGEN, avait-elle écrit, un nom qui ne signifiait rien pour moi. SVÉDE, avait-elle écrit, avec une faute d'orthographe que j'avais cessé de remarquer depuis longtemps parce que je m'étais habitué à l'orthographe des Juifs de Bolechow. Voici l'école où je suis allé. Assis mon cher frère Shmiel dans l'Armée autrichienne, cette photo est prize en 1916. Bon, ai-je pensé, peut-être que nous irons en « Svède ».
Qu'est-ce que vous voulez savoir encore ? a dit Meg, d'une voix remarquablement légère, alors que je glissais le morceau de papier sur lequel elle avait écrit EDESTAVÖGEN dans ma poche. Je vous dirai tout ce que vous voulez savoir.
Elle a aplati une mèche de cheveux cuivrée qui s'était soulevée dans la brise d'été et elle a souri.
Non, je ne vous dirai pas tout. Il y a certaines choses qu'on ne peut pas dire.
D'accord, ai-je dit, même si je pensais déjà qu'une de celles qu'elle avait mentionnées, dont je n'avais jamais entendu les noms auparavant, allait sûrement pouvoir me parler de Frydka et de Ciszko Szymanski.
Et ? ai-je demandé.
Reinharz ! a dit Jack à Meg. Il devrait leur parler. Qui est Reinharz ? ai-je demandé.
Ce sont deux personnes, un couple qui a survécu, je suis sûr qu'ils ont connu Shmiel et les autres.
Tout comme l'aurait fait mon grand-père, Jack avait prononcé surouécu.
Et ? ai-je dit.
Vous devriez aussi aller à Tel-Aviv, a dit Meg, il y a Klara Heller. C'était l'amie de Lorka.
L'amie de Lorka ? Pour une raison quelconque, je n'avais jamais imaginé qu'elle ait pu en avoir une – je n'avais jamais imagine, en tout cas, qu'il y en ait une encore vivante. AMIE DE LORKA ! ! CLARA HELLER ISRAËL, ai-je écrit dans mon carnet.
Ça vous suffit ? a demandé Meg, en tendant le bras pour faire entrer tout le monde dans le restaurant.
Ça suffit, ai-je dit.
Nous sommes entrés dans le restaurant.
Trois mois plus tard, nous nous envolions pour Israël.