Les harengs de Ploucamor
I Des harengs au petit-déjeuner
I
Des harengs au petit-déjeuner
Elle est venue frapper à ma porte vers trois heures du ma-tin.
— Salut, je m’appelle Géraldine, on ne se connaît pas mais je suis la fille des voisins. J’ai perdu mes clés et je n’ose pas ren-trer chez moi de peur de réveiller mon beau-père qui est insom-niaque.
N’écoutant que mon grand cœur, j’ai abandonné mon Spi-rou et lui ai généreusement proposé de l’héberger.
De fil en aiguille, entre deux étreintes, on s’est mis à parler de la vie, du réchauffement climatique, de la mode des talons compensés, de notre petite enfance…
À un moment elle m’a confié que son beau-père l’avait con-trainte pendant des années à manger chaque matin des harengs saurs au petit déjeuner, à tel point que pour échapper à cette torture, elle avait fini par s’enfuir en Moldavie à l’âge de 17 ans et n’en était rentrée que très récemment. Cette histoire m’a bou-leversé car à la maison on ne mangeait des harengs saurs que le dimanche avant d’aller à la messe et du coup, je n’avais jamais éprouvé le besoin de m’enfuir de chez moi.
Vers huit heures, elle m’a détaché les poignets, mordillé une dernière fois l’oreille, puis est repartie comme elle était ve-nue.
Je suis resté un long moment encore alangui sur la table à repasser, repensant à cette merveilleuse nuit d’amour.
– 8 –
Elle est belle, intelligente, douce, sensible, pleine d’imagination, ses parents sont riches (ils ont encore changé de tracteur l’année dernière)…
J’ai ressenti une irrépressible envie de l’épouser.
– 9 –