Les harengs de Ploucamor
III À L’Ami des Sports
III
À L’Ami des Sports
Le lendemain matin, je me suis réveillé en pleine forme ! J’avais rêvé de maman, ce qui est généralement bon signe. Elle chantonnait La mer, langoureusement allongée dans une bai-gnoire remplie de céleri rémoulade. C’est marrant à quoi ça tient les rêves… Quand j’étais petit, on mangeait du céleri ré-moulade tous les samedi midi pendant que papa faisait tourner ses vieux disques de Charles Trenet sur le pick-up du salon.
Du coup, ça m’a filé une pêche d’enfer et je me suis levé, bien décidé à oublier Géraldine, les voisins, leur tracteur, et tout ce qui m’encombrait l’esprit ces derniers temps.
J’ai bu un verre de jus de cassis, mangé deux triscottes puis j’ai préparé mon sac à dos pour aller à la piscine Saint-Ignace.
Là, j’ai fait des allers-retours dans le pédiluve pendant plus d’une heure et ensuite pour me détendre je suis allé jouer dix minutes dans le grand bain avec Pioupiou, mon canard vibrant. Godefroid, le maître-nageur, est venu me rejoindre et on s’est échangé des recettes de poulet basquaise tout en jouant à kiki-krachelepluloin… Hahaha, c’était bien sympa !…
Ensuite comme chaque jeudi, je suis allé boire un guignolet à l’Ami des Sports. Je me suis assis à ma table fétiche, près du flipper. Ça faisait pas cinq minutes que j’étais en train de lire Bibi Fricotin quand deux mains sont soudain venues se plaquer sur mes yeux en même temps qu’une petite voix minaudait der-rière moi :
— Coucou, devine qui c’est ?…
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— Humm… à vue de nez je dirais qu’c’est la Françoise (Françoise, la patronne de l’Ami des sports, a un fumet bien particulier, à mi-chemin entre le chou de Bruxelles et la bêtise de Cambrai).
— T’es trop fort mon chou ! Allez, ramène tes fesses, on te demande au téléphone.
— Moi au téléphone ?? T’es sûre qu’y a pas équivoque ? En 15 ans de jeudi-guignolet dans ton rade, c’est bien la première fois que quelqu’un m’appelle…
— Magne-toi j’te dis !… la petite demoiselle avait l’air pres-sée…
Je me suis précipité au sous-sol pour prendre la communi-cation.
— Allo ?
— Allo François ? c’est Géraldine…
— Géraldine !! Eh bah ça alors, si j’m’attendais…
À ce moment là, deux mains velues sont venues se plaquer sur mes yeux en même temps qu’une grosse voix susurrait dans mon dos :
— Coucou, devine qui c’est ?…
Je me suis retourné d’un coup sec et j’ai juste eu le temps de voir la tronche de cake de Fifi Lanchois qui me regardait en se marrant. À coté de lui, y’avait son frère Loulou avec un bocal de cornichons à la main. Après, ça a fait comme dans un film de Star Wars ; j’ai vu le bocal grossir, grossir, et puis Paf !… ma tête a explosé.
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