Les harengs de Ploucamor
II Caca sur le paillasson
II
Caca sur le paillasson
Après la sieste, j’ai pris mon courage à deux mains et je suis allé sonner chez les voisins afin de les prier de bien vouloir m’accorder la main de Géraldine.
Pour mettre tous les atouts de mon côté, j’étais allé aupara-vant piquer au Champion un bocal de rollmops et trois boîtes de sardines à l’escabèche que je comptais leur offrir en signe d’apaisement. (Il faut dire que nous avions eu quelques dissen-sions par le passé, spécialement lorsque son vieux faisait tour-ner pendant des heures le moteur de son Massey-Ferguson juste sous les fenêtres de ma chambre à coucher et qu’excédé, je lui balançais sur la tronche le contenu de mon pot de chambre.)
C’est justement lui qui m’a ouvert.
— C’est quoi-t’y donc qu’y voulait, l’Trouduc ?
— Salut Marcel ! Comment qu’tu vas tu donc ? (Je suis obligé de causer comme lui sinon il croit que je parle anglais).
— Qu’est-ce ça peut-y bien lui foutre ?
— Écoute Marcel, oublions le passé et enterrons nos vieilles quenelles, je suis venu t’offrir un bocal de rollmops et des sar-dines à l’escabèche pour te montrer à quel point j’suis soucieux d’arranger nos relations, et accessoirement, ben si tu pouvais m’accorder la main de la Géraldine, j’t’en serais bien reconnais-sant.
— Bon, d’abord, ses rollroyces et ses sardines à l’escabeau, il peut s’les carrer dans l’fion, vu qu’ici on mange jamais
– 10 – d’poiscaille, et d’aut’ part, c’te Géraldine dont qu’im cause, j’avions point idée d’qui qu’ça peut bien être vu qu’chez moi y’a qu’ma tendre épouse Roberta et nos trois gars, Riri, Fifi et Lou-lou, ceusses-là même qu’il aperçoit juste derrière moi et qui vont gentiment lui botter l’cul jusqu’au parking du presbytère s’il dégage pas d’ici fissa sa tronche de veau et ses boîtes de ras-casse.
Et vlam, il m’a claqué la porte au nez.
En rentrant chez moi – après avoir consciencieusement dé-féqué sur son paillasson – j’étais bien perplexe, voire même car-rément dubitatif. Cette Géraldine, que je n’avais jamais aperçue auparavant et qui était venue la nuit précédente se jeter dans mes bras en prétendant être la fille des Lanchois… qui était-elle en réalité et où se trouvait-elle à présent ? La reverrais-je un jour, ou serais-je voué à chérir en silence le souvenir de cette nuit torride qu’elle m’avait offerte avant de disparaître à ja-mais ?
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