Les harengs de Ploucamor

François Troudic · Chapitre 6 sur 21

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Les harengs de Ploucamor

IV Patin à l’huile

IV

 

Patin à l’huile

Je suis en train de boire une bassine de tilleul-menthe, as-sis en tailleur sous une éolienne au milieu de la Grand-Place de Bruxelles. Les passants me bombardent de rondelles de con-combre et les chiens errants viennent distraitement me pisser sur les espadrilles. Au loin on entend les vagissements d’une fanfare qui s’éloigne…

J’entrouvre péniblement un œil… et je découvre la mère Françoise assise sur moi à califourchon, en train de m’éventer avec le bottin du Morbihan.

— Où chuiche ? Queche quiche pache ? articulé-je tant bien que mal en crachouillant des petits bouts de dents sanguino-lents.

— Ben mon pov’ chou, ils t’ont pas loupé ces sagouins ! Quand j’ai vu le Riri Lanchois garer son tracteur devant le tro-quet, ses deux frères entrer en trombe, se précipiter au sous-sol et en ressortir trente secondes plus tard en se marrant comme des bas d’laine, j’me suis bien doutée qu’il avait dû s’passer kek-chose de pas très cathodique. Ah, les salopards ! Allez, tiens, bois ça, ça va t’requinquer !

Elle extirpe une flasque de gnôle de sous ses jupes ; je m’en saisis avidement et m’en envoie une bonne lampée…

— Pouah !!! mais c’est dégueulasse ce truc !!

— Tss tss… fais pas ta chochotte, rien de tel qu’une bonne rasade d’huile de foie de morue pour se remettre d’aplomb… et

– 14 – pis arrête de bouger tout le temps si tu veux j’t’enlève tous ces petits morceaux de ratiches qui t’collent aux commissures…

Elle s’approche de ma bouche et direct, elle me roule une pelle.

— Non mais arrête, t’es malade ! Et pis tu piques !

Je repompe illico une bonne goulée d’huile de foie de mo-rue, histoire de chasser le mauvais goût, et je me relève tant bien que mal.

Le sol est jonché de bouts de verre et de cornichons morts.

Le combiné du téléphone pendouille tristement comme une vieille andouille de Guéménée. Je suis sur le point de le rac-crocher machinalement lorsque j’entends dans le lointain une sorte de gargouillis.

Je tends l’oreille…

Y’a toujours quelqu’un au bout du fil !… En train de sanglo-ter à gros bouillons.

— Allo Géraldine ? C’est toi ?? Tu es toujours là ??

 

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