Les Industriels: Métiers et professions en France

Emile de La Bédollière · Chapitre 17 sur 34

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Les Industriels: Métiers et professions en France

XV. Le Fort de la Halle.

Groupes de Forts

 

XV.

LE FORT DE LA HALLE.

 

Dites-moi, je vous prie, d’où vous

vient cette force si grande?

L J , chap. XVI, vers. 6.

 

S : Classification.—Certificat de bonnes vie et mœurs.—Médaille.—

Porteurs des halles et marchés.—Forts aux grains, farines et avoines.—Forts

aux cuirs.—Forts des ports.—Nomenclature des ports de Paris.—Citation

poétique.—Rapide décadence.—Probité exemplaire.—Souscription en faveur

des inondés.—Messes anniversaires.—Divertissement des Forts.—

Observations de métaphysique transcendante.—Funestes effets des fardeaux

sur le cerveau.

 

Le carnaval a inauguré, sous le nom de forts ou malins, des personnages complétement fantastiques, mouchetés de fleurs, bariolés de couleurs voyantes, mais d’autant moins semblables aux Forts des halles que ceux-ci sont d’honnêtes et paisibles citoyens.

Les Forts sont des hommes de peine, que la police admet à travailler dans les halles, les marchés et sur les ports. On en reconnaît par conséquent cinq espèces:

Les Porteurs des halles et marchés;

Les Forts aux grains, farines et avoines;

Les Forts de la halle aux cuirs;

Les Forts des ports;

Les Porteurs de charbon, que nous mentionnerons ici pour

mémoire et dont nous parlerons plus longuement en nous occupant des charbonniers.

Tout individu, assez large d’épaules, assez vigoureux de constitution, assez solidement charpenté pour aspirer à la profession de Fort, se rend, accompagné de deux témoins, chez le commissaire de police de son quartier, et en reçoit un certificat sur papier libre: «Nous....., certifions, sur l’attestation des SS...., que le sieur Chamouillard (Antoine), âgé de 25 ans, natif de Clermont-Ferrand, département du Puy-de-Dôme, profession de garçon porteur-d’eau, taille d’un mètre 66 centimètres, cheveux et sourcils noirs, front étroit, yeux gris, nez gros, bouche grande, menton rond, visage rond, barbe noire, est en règle dans ses papiers; qu’il réside à Paris depuis un an, et demeure dans notre quartier, rue de la Grande-Truanderie, no 15, où il est connu pour un homme d’honneur et de probité, et de bonnes vie et mœurs. En foi de quoi, etc.»

Voici donc une condition sine qua non plus indispensable encore que la force physique, la probité. Il est de moins humbles fonctionnaires dont on n’exige pas autant. Si la libre concurrence n’est pas tolérée entre les portefaix, c’est afin qu’ils inspirent toute confiance au commerce. On veut les connaître, avoir interrogé leur passé, répondre de leur avenir et garantir leur inaltérable moralité.

Quand le préfet de police accueille la pétition du candidat, il lui délivre une permission qui est visée par l’inspecteur en chef de la branche d’administration à laquelle le Fort veut s’attacher. On lui remet en même temps une médaille de cuivre, sur laquelle sont gravés ses prénoms, noms et surnoms, et le numéro de son enregistrement: cette médaille est le signe distinctif du Fort; il ne doit jamais la quitter; il la suspend à une boutonnière de sa veste, et la porte ostensiblement, même les fêtes et dimanches. C’est son vade-mecum, son égide protectrice, le symbole de sa dignité.