Les jours sont c
Quand je raconte ce qui s’est passé…
Quand je raconte ce qui s’est passé ensuite, chacun comprendra que nous n’aurions jamais pu imaginer que les choses auraient pu tourner ainsi. À mesure que les semaines et les mois se sont écoulés, j’ai pu voir, peu à peu, comment une chose en a appelé une autre, mais les événements décisifs qui ont changé le cours de l’histoire sont arrivés de manière totalement inattendue.
L’automne s’est installé. Les derniers estivants ont quitté Forte dei Marmi, les maisons de vacances sont vides, volets fermés et stores baissés. Letizia est rentrée à Bologne, elle m’a prêté la maison en attendant. Cela peut passer pour un arrangement de séparation assez décourageant, voire honteux aux yeux de certains, si le mari doit mendier le logis chez sa belle-mère. C’est Letizia qui a eu l’idée et, d’ailleurs, les circonstances ont rendu toute discussion sur le divorce vraiment superflue.
Pendant quelques jours, on a pu croire que le Professeur G. avait raison. La police se contentait de surveiller les rubans de signalisation qui formaient un demi-cercle autour de la colonie autonome de Bucolica. Autonome ou illégale, c’est là que les opinions divergeaient. Le débat faisait rage aussi bien dans la presse écrite que dans les médias numériques. On sentait que c’était la morte-saison en termes d’actualités. L’initiative de Francesco était un motif bienvenu de prises de position. L’audience était comblée et l’envie de débattre confirmait les commentateurs interrogés dans l’idée que la démocratie était bien vivante, à l’opposé de l’intelligentsia qui affirmait le contraire.
Si les policiers étaient au courant de l’existence du trou dans le mur dans la Via di San Filippo Martire, ils ont fait comme si de rien n’était. Personne ne semblait se soucier de savoir où les occupants de Bucolica se procuraient leur ravitaillement. Sur YouTube, on pouvait suivre la préparation de repas exotiques sur des feux de bois. On y chantait, on y dansait aussi, tout le folklore de l’Afrique de l’Ouest s’épanouissait dans la nuit romaine estivale. Bien entendu, Bucolica avait également sa page Facebook, où les migrants racontaient leurs histoires personnelles. Les migrants avaient désormais des visages et des noms, comme l’expliquait un professeur de sociologie de La Sapienza, l’Université de Rome.
Pas besoin d’être professeur pour le comprendre, ai-je songé devant la télé. J’ai beaucoup regardé la télé ces jours-là, quand je n’avais pas Silvia au téléphone. Au début, tout était ma faute, évidemment, mais à mesure que les jours ont passé, elle a dû reconnaître que Francesco avait mis en marche quelque chose de considérable, et que même le plus efficace et le plus actif des pères aurait été incapable de gérer tout cela. À la place, elle m’a engueulé parce que j’avais accepté de répondre à l’interview et que j’avais versé de l’huile sur le feu avec mes remarques sur le fascisme.
Francesco n’a pas donné de nouvelles.
Je me suis senti obligé d’appeler mon supérieur et de jouer cartes sur table. Le silence s’est fait au bout du fil une fois que j’ai livré mes explications. Les mots de sympathie qu’il a fini par formuler étaient tellement vagues et insignifiants que j’ai préféré me raccrocher à ce qui n’avait pas été dit. Il m’a souhaité bonne chance. J’ai dit que j’espérais que tout cela serait bientôt fini. Il n’a pas répondu.
Au quatrième jour de la crise, j’ai eu une nouvelle fois Silvia au téléphone.
« Tu as vu Oggi ?
— Non, bien sûr que non. »
Certes, j’étais un gros lecteur, mais je ne touchais pas à la presse à sensation. Je ne me souvenais pas non plus d’avoir vu Silvia avec un numéro d’Oggi.
« Eh bien, regarde ! » a-t-elle dit avant de raccrocher.
Je suis descendu au kiosque le plus proche. Elle était sur la couverture. Pas comme sujet principal, mais bien placée malgré tout.
OÙ EST LA MÈRE ?
Voilà ce qui était écrit en gros caractères alarmistes au-dessus d’une photo d’elle que je n’avais jamais vue. À côté de Silvia, il y avait une photo de Francesco extraite de sa première vidéo sur YouTube. L’article s’est révélé être un salmigondis de faits mal digérés et d’inventions pures et simples, le tout formulé d’un ton désagréable et plein d’insinuations.
Qui étaient les sources ? J’ai passé en revue notre cercle d’amis, comme si j’examinais un fichier de portraits de criminels, mais qui aurait pu avoir l’idée de présenter nos vies d’une manière aussi distordue à un journaliste à sensation ? D’après Oggi, Silvia était une féministe endurcie qui poursuivait impitoyablement sa carrière et confiait son fils à son mari, un Scandinave falot qu’elle avait dressé à tenir intégralement la maison. Toujours d’après les sources, elle était partie en voyage d’affaires tandis que son fils inadapté sévissait à la Villa Ada.
J’ai jeté le magazine dans la poubelle la plus proche et j’ai appelé Silvia. Pendant un instant, nous avons été réunis pour faire front commun contre celui ou celle qui l’avait ainsi calomniée, qui que ce puisse être.
« Je me sens tellement salie, a-t-elle dit. Tu comprends ? Je me sens tellement sale. »
J’ai dit que je comprenais, mais ce n’était pas vrai. Car je n’ai que vaguement saisi à quel point l’article l’avait blessée profondément – à la fois par ce qui était écrit, et à l’idée que quelqu’un la percevait de cette façon. Et, en outre, que quelqu’un avait eu besoin de le dire publiquement. J’ai essayé de la consoler, cependant mes mots n’ont pas porté. Peut-être que, dans son for intérieur, elle se disait que l’informateur malintentionné et inconnu n’avait fait que rapporter des propos qui venaient de moi.
Chaque jour, mon fils postait un nouveau discours sur YouTube, entouré de ses nouveaux amis. Le poing qui se muait en signe de la main est devenu leur signature, et l’on commençait à voir des jeunes qui reprenaient ce geste dans la rue. On voyait aussi la devise de Bucolica reprise sous forme de graffitis dans le coin. Notre blé pour les barbares !
Francesco insistait à chaque fois sur le fait que Bucolica n’était pas réservée uniquement aux migrants illégaux. C’était un lieu de rencontre pour tout le monde, un espace commun pour l’échange culturel fondé sur la paix, la liberté et la non-violence. Son appel a été entendu. Tous les jours, des jeunes se réunissaient dans la Villa Ada, près des barrages de police. L’ambiance était festive, on jouait de la musique, les Italiens et les Africains dansaient ensemble. Même les touristes ont entendu parler de la Villa Ada. Les policiers qui assiégeaient la colonie étaient à leur tour assiégés par des jeunes joyeux qui faisaient la fête.
Dans les débats, les participants se sont rapidement positionnés selon la division classique entre la droite et la gauche. La journaliste qui m’avait interviewé avait compris mieux que moi que personne n’échappe à la catégorisation. Les politiciens bourgeois ont été longtemps sur la défensive quand ils s’exprimaient. Ils ne savaient pas sur quel pied danser parce que Francesco n’était qu’un adolescent, et parce que l’action ressemblait à un pique-nique qui s’éternisait. Le tournant s’est produit quand des dealers ont commencé à se mêler à la fête. Une arrestation a dégénéré en bagarre entre la police et les manifestants, et la foule a été dispersée par la force.
Il y a eu des hésitations pour savoir qui devait prendre la décision ultime. La mairie de Rome a déclaré qu’elle n’avait pas l’intention de déloger la colonie avec l’aide de la police, mais selon un porte-parole du ministère de l’Intérieur, il était du ressort de la commune, et non du ministère, d’appliquer les réglementations idoines. Quoi qu’il en soit, la courte existence de Bucolica s’est terminée quand la police a prévenu les occupants, par mégaphone, qu’ils devaient se rendre avant le lendemain matin à l’aube. Ensuite, la zone serait reprise par la force.
Les équipes de caméras étaient prêtes au lever du soleil, mais la police a fait reculer les barrages, les déplaçant plus loin, en direction de l’ambassade d’Égypte. Les spectateurs ont suivi en direct, et à distance, comment des policiers en tenue de combat se sont déployés dans la partie occupée du parc. Les minutes ont passé. On n’entendait pas un bruit. Le soleil était complètement levé quand un commissaire de police a fini par apparaître devant les caméras qui attendaient. L’air penaud, il a déclaré que la colonie était vide. Francesco et les migrants illégaux avaient disparu.
Au cours de la matinée, les bulletins d’information ont diffusé des images du trou dans le mur par lequel les activistes de Bucolica avaient dû s’enfuir. En même temps, on a rendu publique la dernière vidéo que Francesco avait réalisée. Lui et les autres se tenaient devant une banderole, avec le poing levé qui s’est mué en un signe de la main au bout des secondes nécessaires à la lecture du message au-dessus de leurs têtes souriantes :
NOUS CHOISISSONS NOS LUTTES
Tous les commentateurs s’accordaient pour dire que la défaite était transformée en victoire. Avec un mélange de charme et d’intelligence, Francesco et ses amis étaient parvenus à conquérir l’actualité nationale. Ils s’en étaient échappés avec une sortie qui dénotait le dépassement, au lieu de choisir le rôle des martyrs, avec la polarisation qui serait allée de pair.
On aurait pu espérer que l’histoire se serait arrêtée là. Nous, en tout cas, nous l’aurions souhaité. Silvia a appelé dès que le journaliste est passé au sujet suivant.
« J’ai parlé avec Francesco, a-t-elle dit.
— Ça me fait plaisir de l’apprendre.
— Il a appelé pour s’excuser.
— Pour quoi ?
— Oui, pour quoi ?? »
On aurait dit que cela faisait un mois qu’il avait traité sa mère de pute.
« Bien sûr, ai-je ajouté. Il n’aurait plus manqué que ça.
— Tu sais où il est ?
— Tu ne lui as pas demandé ?
— S’il m’avait répondu, je ne te poserais pas la question. Toi, tu sais où il est ?
— Comment pourrais-je le savoir ? »
J’avais mauvaise conscience de mentir, ou du moins de taire le fait que je présumais fortement où il se trouvait. J’avais besoin de temps.
Mon téléphone a beaucoup sonné. Mais soit c’était « numéro masqué » qui apparaissait, soit je ne reconnaissais pas le numéro sur l’écran. C’était sûrement des journalistes qui appelaient pour demander si j’avais des commentaires à faire sur la manœuvre d’évitement spectaculaire.
Vers midi, le téléphone a sonné à nouveau. L’écran affichait « Francesco », et j’ai répondu fébrilement.
« Francesco, ai-je dit.
— Coucou Papa. Dis-moi, tu as bien vu le Professeur, n’est-ce pas ?
— Francesco », ai-je répété.
Cela m’a mis mal à l’aise de l’avoir espionné.
« Je crois que tu devrais venir chez lui, a-t-il dit. Mais fais attention à ne pas être suivi. Et évite de venir en suivant le mur, fais un détour. Le mieux, ce serait de venir par la Viale dei Parioli.
— Francesco », ai-je dit pour la troisième fois, mais il avait déjà raccroché.
J’ai fait comme il avait dit. Une grosse demi-heure plus tard, j’étais devant la porte du Professeur G. Il habitait au rez-de-chaussée d’une propriété en retrait de la rue, cachée derrière une grande porte à claire-voie. La porte de la maison a été ouverte par une femme philippine. On entendait du piano à l’intérieur du logement. Elle m’a précédé et a ouvert la porte du séjour. Il faisait sombre, les volets étaient fermés et, au début, je n’ai pas vu d’où venait la musique. Francesco et Ahmed étaient assis côte à côte dans un canapé Chesterfield. Francesco m’a fait un petit signe de la main, Ahmed regardait dans le vide.
Du Professeur G., je ne voyais que le dos, en chemise. Il était assis à un piano à queue ouvert. J’ai cru reconnaître la mélodie lente et triste, qui ressemblait à un hymne. Après la première reprise du thème, c’est devenu plus élaboré, le tempo a augmenté, avec de l’ardeur et de la complexité. Puis, soudain, il s’est arrêté et s’est retourné.
« C’est Wagner, l’ouverture de Tannhäuser, dans la transcription de Liszt. Je ne suis jamais allé plus loin, c’est trop difficile. Les garçons, n’oubliez pas que la beauté est partout. Elle n’a pas d’idéologie. Allons, nous avons des invités. »
Il s’est levé avec indolence et s’est approché de moi. Nous nous sommes serré la main. Francesco s’est levé également. Je l’ai serré longuement dans mes bras. Ahmed m’a jeté un coup d’œil une fois que j’ai lâché mon fils. J’étais prêt pour une salutation à l’africaine compliquée, mais il n’y a eu qu’une poignée de main sobre. Je me suis assis dans un fauteuil en face d’eux. Le Professeur G. s’est assis sur le tabouret de piano, tournant le dos à l’instrument. Francesco a parlé de l’évacuation. C’est le mot qu’il a employé. Ahmed a regardé droit devant lui, le regard vide.
« Je comprends bien que vous soyez déçus, ai-je commencé, surtout Ahmed. Mais j’ai pensé à un truc. Il peut très bien habiter chez nous tant que ta maman est à Forte dei Marmi. »
En vérité, je n’y avais pas réfléchi. L’idée m’est venue à l’esprit en voyant le visage figé d’Ahmed, car je ne l’avais vu que souriant.
« C’est gentil de ta part, Papa, mais le fait est qu’Ahmed a besoin de rentrer chez lui. »
Nous nous sommes dévisagés un moment, puis Francesco s’est expliqué.
Le jour où ils ont été encerclés par la police, Ahmed a reçu un coup de fil de sa sœur au Mali. Leur mère était gravement malade, à l’article de la mort. Ahmed ignorait que sa mère était tombée malade. Elle n’avait rien dit, sans doute pour ne pas l’inquiéter. Qu’il arrive quelque chose à sa mère avait été sa plus grande crainte depuis qu’il était parti, un an et demi plus tôt. Ils habitaient un village à six cents kilomètres à l’est de Bamako. Le père d’Ahmed les avait abandonnés quand Ahmed était petit, et ils n’avaient plus jamais entendu parler de lui.
« Elle va mourir sans que je l’aie vue. »
Ahmed a hoché la tête, comme si cela allait empêcher les larmes de jaillir. Francesco lui a pris la main et m’a regardé :
« On ne pourrait pas lui acheter un billet d’avion ?
— Tu sais combien ça coûte ?
— Je ne sais pas combien ça coûte, mais je crois que c’est cher », a-t-il répondu.
J’ai observé les deux gars sur le canapé. Mon fils et Ahmed, un peu plus âgé que lui, qui laissait mon fils lui tenir la main. Peut-être pouvaient-ils remercier le diagnostic qui avait été posé, ou bien mon manque de vision d’ensemble – ou que sais-je encore. Peut-être que Francesco était assez grand pour savoir ce que je pensais. En tout cas, il était assez grand pour se souvenir de ma mère. J’en étais heureux. Il avait assisté à l’enterrement de ma mère, avec Silvia et moi. J’étais rentré au Danemark à temps, quand cela commençait à être urgent.
N’importe quel adulte raisonnable aurait dit que c’était hors de question. Je ne sais pas pourquoi je me suis senti coincé, mais ce n’est pas le bon mot. Toute personne qui se sent coincée cherche une échappatoire, et je ressentais autre chose. Je peux compter sur les doigts de la main les fois où la réalité m’est apparue avec une telle évidence, comme si c’était une question dont j’étais le seul à avoir la réponse.
Ni Ahmed ni Francesco n’auraient eu de raison de me faire des reproches si je n’avais pas répondu. Un billet d’avion pour Bamako va bien au-delà de ce que peuvent payer des personnes normales de la classe moyenne parce que le camarade de leur fils a une mère mourante. Le billet s’est révélé être aussi cher que je le craignais quand j’ai regardé sur l’ordinateur du Professeur. Il se tenait derrière mon dos, et il regardait avec moi.
« On peut partager, a-t-il dit.
« Francesco, ai-je dit, quel est le nom de famille d’Ahmed ? Je peux voir son passeport ? »
Comme il ne répondait pas, j’ai jeté un coup d’œil dans sa direction. Francesco a rougi. Cela faisait longtemps que je ne l’avais vu rougir.
« C’est un autre problème, a-t-il dit. Ahmed n’a pas de passeport. »
Je me suis appuyé contre le dossier du fauteuil capitonné.
« C’est un mensonge, ai-je dit. Sinon, on laisse tomber. »
Je me suis levé. L’autre fenêtre du séjour était ouverte et donnait sur des cimes de grands arbres sombres. J’ai entendu Francesco et Ahmed deviser à voix basse.
« Il a ça », a déclaré Francesco.
Je me suis retourné. Il s’était levé et tenait à la main un passeport sur lequel était écrit « République du Mali ». Je l’ai ouvert et j’ai regardé la photo.
« Les copains croient que c’est mon frère jumeau », a expliqué Ahmed.
Il m’a regardé d’un air sérieux. Puis il n’a pas pu s’empêcher de sourire. J’ai dû admettre que la ressemblance entre Ahmed et son compatriote du passeport était frappante, mais les personnels des douanes à l’aéroport seraient-ils également convaincus ?
« Alors, comme ça, vous voulez que le Professeur et moi, on paie une petite fortune pour un billet qui sera émis au nom d’un autre ? »
Francesco m’a dévisagé. Ahmed a regardé fixement le mur.
« Ce n’est que de l’argent », a dit le Professeur G.
J’ai eu envie de lui répondre que seul un vieux communiste avec une gouvernante philippine et un Bösendorfer dans le salon pouvait dire une chose pareille. Mais je n’ai pas relevé.
Air France avait un vol au départ de Paris le lendemain matin. Si Ahmed voulait l’attraper, il lui fallait partir dès ce soir et passer la nuit à Charles-de-Gaulle. Nous devions espérer que l’on ne regarderait pas son passeport de trop près, ni ici, ni là-bas. Et il nous fallait parier sur le fait que les autorités seraient plutôt contentes de voir qu’il y avait au moins un Africain qui repartait vers le Sud. Et nous devions également espérer que pour eux, avec leur regard européanocentré, tous les Africains se ressemblaient.
Le Professeur G. et moi avons pensé que c’était plus sûr si nous n’accompagnions pas Ahmed à Fiumicino. Je craignais que l’on me reconnaisse après mon intervention à la télé. Francesco lui a donné son sac à dos, pour qu’il n’attire pas l’attention en voyageant sans bagages.
Nous avons pris un dîner léger. La gouvernante a fait le service. Le Professeur et moi avons pris un verre de vin blanc. Un lustre vénitien avec des ampoules très puissantes se reflétait sur la table en acajou, dehors, les cigales chantaient. Tout était réel et palpable, pourtant, cela ressemblait à un rêve. Francesco regardait son téléphone. Normalement, je n’aurais pas toléré qu’il l’utilise pendant le repas, mais rien n’était normal. Je l’ai vu pâlir, mais j’ai mis ça sur le compte de la fatigue, et de toutes les émotions.
Le Professeur G. a discuté du Mali avec Ahmed, où il était allé quand il était jeune. Ils ont parlé comme s’il s’agissait d’une conversation tout à fait banale entre deux personnes qui ne se connaissent pas vraiment. La gouvernante est entrée et a murmuré quelque chose au Professeur. Il s’est levé brusquement.
« Le taxi attend, les garçons. C’est l’heure de se dire au revoir. Francesco, toi et ton père, vous pouvez rester, bien entendu. »
Nous avons accompagné Ahmed et le Professeur jusqu’au portail sur la rue. Francesco et Ahmed se sont serrés dans les bras, puis il est parti. Francesco est resté sur place quand la porte a été claquée. Il était livide.
« Tu ne vas pas bien ? » ai-je demandé.
Il n’a pas répondu, se contentant de me tendre son téléphone. Il était sur Messenger. Un contact inconnu, avec le pseudonyme ManoBianco, lui avait envoyé un message :
Francesco, prépare-toi.
Ton heure est venue.
Tu ne peux pas te cacher.
Nous savons où tu es.
J’ai mis son téléphone dans ma poche et j’ai posé le bras sur ses épaules.
« OK, Francesco, ai-je dit doucement. Maintenant, on va appeler la police. »