Les poules des prairies partent en tournée

Dawn Dumont · Chapitre 9 sur 15

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Les poules des prairies partent en tournée

Chapitre 9: John

CHAPITRE 9

 

JOHN

 

J ohn s’est réveillé tôt le lendemain matin. Ils avaient de la route à faire pour se rendre à l’emplacement du Festival Karl May. Il s’est rappelé la façon dont Robert avait décrit le festival la veille et s’est dit qu’il aurait aimé avoir lu un roman de May. Mais bon, mieux valait rester soi-même : c’était plus simple, nul besoin de mentir.

Il s’est habillé en vitesse et a ouvert sa porte au moment même où Lucas refermait la sienne.

— T’es prêt pour aujourd’hui ? a demandé John.

Il ne savait pas grand-chose à propos du danseur, à part ce que Nadine avait tenté de lui vendre durant la soirée.

Lucas lui a montré son sac, de la grosseur d’une poche de hockey.

— J’ai apporté mes cerceaux. Vous avez pas de danseur de cerceaux, non ?

— Toujours voulu apprendre.

— Je pourrais vous montrer.

John a fait non de la tête.

— J’ai pas besoin de rien ajouter à la liste des affaires que je fais mal. Je préfère me concentrer sur ce que je fais bien et essayer de pas fucker le chien. Oups, mon langage.

Ça a fait sourire Lucas.

— J’ai entendu dire que vous êtes un cowboy.

John a acquiescé.

— J’élève du bétail et je me promène dans le fumier à longueur de journée.

— Comment on devient un danseur quand on est un cowboy ?

Ils ont emprunté le corridor ensemble, détendus.

— Je dansais avant d’être un cowboy.

Ils se sont tus en passant devant d’immenses tableaux. John a remarqué que les yeux de Lucas survolaient chaque toile.

— T’aimes ça, l’art ?

— J’arrive pas à croire à quel point c’est grand, ici. Comment on peut devenir aussi riche ?

John n’en avait aucune idée. Sa définition de la richesse, c’était d’avoir assez de nourriture pour lui et ses animaux.

— Faut être blanc, s’est-il contenté de répondre.

Les Blancs semblaient baigner dans un flot constant de possibilités d’épanouissement personnel.

Ils ont tourné le coin et ont failli entrer en collision avec Shane, qui se tenait là, en plein milieu du couloir.

— Toi, a dit Lucas.

— Hé, allô, a fait Shane d’une voix affable. Je voulais te dire encore une fois à quel point je suis désolé pour…

Lucas l’a repoussé brusquement et a continué sa route.

— Ce gars-là a pas le pardon facile, a dit Shane en se frottant le bras.

— Décidément, t’as pas inventé le bouton à quatre trous, a répliqué John. Qu’est-ce que tu fais ici, de toute manière ? À niaiser au milieu de nulle part ? Tu cherches de quoi à voler ?

— Non ! s’est défendu Shane. En plus, si je voulais voler quelque chose, pourquoi je le ferais la première journée ? Faut toujours attendre juste avant de partir.

— J’espère que tu niaises.

— Y a des bruits bizarres dans ces corridors-là, a dit Shane. Avez-vous essayé d’écouter, un peu ?

— Est-ce que j’ai l’air d’avoir le temps de m’arrêter dans les corridors pour écouter les bruits ? a demandé John. Tu viens, aujourd’hui ?

Shane a acquiescé de la tête.

— Ouais, la bonne femme, la patronne, euh…

— Nadine.

— Ouais, elle, elle m’a dit que je devrais venir, faire de mon mieux, pis après elle va voir ce qu’elle peut faire pour moi une fois au Canada.

John avait presque envie de féliciter le criminel pour son optimisme, mais ça entrait en contradiction avec ses idées sur la justice et sur les trous de cul. Il s’est donc contenté de lever un sourcil et de poursuivre son chemin.

— Le déjeuner est servi, a-t-il dit au jeune homme, qui le suivait de près. Je le sens jusqu’ici.

Ses attentes étaient hautes en ce qui concernait le déjeuner servi dans un château.

— Vous en savez un peu sur ce gars-là, Karl May ? a demandé Shane. J’ai entendu dire que c’est un gros nom ici, en Allemagne, un genre de héros, vénéré et tout, et c’est un écrivain. C’est capoté, pareil. Vénérer un écrivain !

— Jamais entendu parler de lui avant, a répondu John. Mais si ça ressemble le moindrement à du Louis L’Amour, j’imagine que je peux comprendre un peu l’attrait. Il a écrit sur la vie de cowboy, c’est ça ?

— Il écrit sur les Indiens. Des Indiens comme nous. Fait que j’imagine que le monde de la place tripe vraiment sur les Indiens.

— Pas tous les Indiens, a rétorqué John. Y a pas mal de vétérans qui venaient des réserves, tsé.

— C’est sûr, c’est sûr, s’est empressé de répondre Shane. Mais on n’est pas obligés de parler de ça.

Parce que ça attirerait moins d’applaudissements, évidemment, s’est dit John. Il n’avait jamais été du genre calculateur, mais les gars comme Shane, eux, analysaient chacun des angles d’un kaléidoscope. Survivre, ce n’était pas toujours beau.

Ils ont mangé dans la cuisine, Lucas, Shane et John ensemble, servis par une femme rondelette qui les fixait des yeux à chaque bouchée.

— Mangez, mangez, répétait-elle, puisque c’était l’unique mot de leur langue qu’elle connaissait.

Elle tâtait son tablier et le relâchait, puis le tâtait à nouveau, comme si elle se retenait de tendre le bras pour les toucher. Pour voir s’ils étaient réels, vérifier si leur peau était aussi chaude qu’elle était rouge. Pour sentir la texture de leurs cheveux, s’assurer que c’était aussi doux que ça en avait l’air. John l’aimait bien ; il l’aurait laissée faire s’il avait été seul. Devant les deux autres, toutefois, il sentait le besoin de garder un air stoïque et virile. Chaque fois qu’ils finissaient un mets, elle préparait quelque chose d’autre. John s’est dit qu’il aurait aimé pouvoir ramener cette spécialiste de l’appétit dans sa valise.

Quand ils se sont finalement dirigés vers le minibus, il avait le ventre plein. Nadine les attendait près de la portière du véhicule ; elle avait l’air déjà bien préoccupée. Elle avait déniché une planchette à pince, sur laquelle elle prenait des notes à l’instant même. Elle avait enfilé sa jupe de regalia et s’était passé un châle sur les épaules. Ses cheveux étaient noués en deux tresses soyeuses. John a porté la main à sa tignasse emmêlée et s’est dit qu’il aurait dû lui aussi refaire ses tresses ce matin. Il a jeté un coup d’œil à ses deux compagnons. Assez beaux pour que personne ne remarque leur laisser-aller. Ah, les joies de la jeunesse.

Il a cherché Desiree des yeux et a entendu son joyeux papotage avant de la voir. Le majordome du château, un des garçons d’écurie et un autre gars sorti de nulle part l’entouraient de leurs sourires adorateurs.

Et Edna ? John a balayé les alentours du regard et n’a pas aperçu sa fine silhouette. En temps normal, elle aurait été à distance de sermon de sa nièce.

— Où est Edna ? a-t-il demandé à Nadine.

Celle-ci l’a regardé sans comprendre.

— Qui ?

— Cheveux courts, danseuse de traditionnel…

— La madame qui tripe sur la Bible ?

— Oui, a dit John. Elle est où ?

— Je l’ai pas vue. Et on n’a pas vraiment besoin d’elle, si jamais elle veut se reposer ou je sais pas. Elle fait pas de l’arthrite ou de quoi de même ?

John s’est dirigé vers Desiree.

— Où est ta tante ?

Desiree a eu l’air déconcertée.

— Elle s’est couchée tôt, hier soir. J’étais certaine qu’elle serait la première arrivée.

— L’as-tu vue se coucher ? a voulu savoir John.

— Ben, euh, non, mais elle a pas dansé de la soirée et elle était pas mal soûle et c’est loin d’être un oiseau de nuit, fait que je me dis… Vous savez pas où elle est ?

John commençait à s’inquiéter, mais il n’avait aucune envie de fouiller les recoins d’un vieux château, probablement hanté.

Et voilà qu’elle est apparue. Debout en haut de l’escalier d’entrée du château, accompagnée de leur hôte, Robert. Edna avait l’air fatiguée et encore plus frêle que d’habitude. John s’est approché.

— Vous étiez où ?

— Edna s’est perdue hier soir, a expliqué Robert à sa place. Elle se sent pas très bien ce matin.

John voyait bien ça : elle s’appuyait littéralement contre lui. Edna ne s’appuyait jamais contre personne. Elle se serait tenue droite comme un pic au milieu d’un ouragan.

— Vous restez ici, donc ? a fait John en pointant du menton l’immense bâtiment de pierre en face de lui.

— Vous vous débarrasserez pas de moi aussi facilement. Je viens. Je vais juste prendre ça mollo, si ça vous dérange pas trop… Ce qui devrait pas être un problème, étant donné qu’aucun d’entre vous souffre d’arthrite, a-t-elle affirmé avant de jeter un coup d’œil à Shane en reniflant. En espérant que t’as rien volé ce matin, toi.

John a souri. Edna se sentait peut-être en lendemain de veille, mais ses couilles étaient toujours bien attachées.

 

JOUR 10

 

EDNA

 

L’Allemagne est un vieux pays de vieux châteaux, de vieux souvenirs, de vieilles guerres, de vieux regrets et de vieux fantômes. Dans la Bible, il est écrit que les fantômes n’existent pas : ce sont plutôt des esprits perdus que nous devons guider vers la maison, parfois en procédant à des exorcismes. Je ne connais aucun prêtre ici, et de toute manière on vous regarde comme si vous étiez une vieille folle si vous affirmez voir et entendre les esprits. Dans un vieux pays comme celui-ci, on serait même capable de vous lancer à l’eau pour voir si vous flottez. Et je ne sais pas nager.

Aujourd’hui s’ouvre le festival consacré à un écrivain qui aimait tellement les Indiens qu ’il a écrit une tonne de livres à leur sujet. Nous sommes excités à l’idée de faire découvrir notre culture aux habitants de ce pays, afin de leur rappeler que nous ne vivons pas dans les livres : nous vivons dans la réalité. Nous ne sommes pas des fantômes.

 

Edna avait l’impression de se déplacer à tâtons au milieu d’un banc de brouillard, un de ces nuages bas qui rend la visibilité nulle et qui nous fait y penser à deux fois avant de prendre le volant. Elle était tombée sur un truc du genre une fois dans le coin de Wadena, alors qu’elle revenait d’un pow-wow. Avec elle, deux enfants endormis sur la banquette arrière et une amie endormie sur le siège du côté passager. Le brouillard avait enveloppé la voiture et pris une teinte orangée dans la lumière des phares. Edna voyait à peine la route défiler sous ses roues, la ligne blanche un indice presque invisible à sa droite. Elle ne s’était pourtant pas arrêtée ; si elle se garait sur l’accotement, n’allait-elle pas se faire rentrer dedans par un soûlon retournant à la maison après sa sortie au bar ? Son amie, Josephine Kay (qui adorait elle aussi les pow-wow et les églises), s’était réveillée et avait presque hurlé en constatant qu’ils roulaient dans une bulle grise.

— Jésus, Marie, Joseph, t’as conduit là-dedans ! s’était-elle exclamée.

Pas de panique, mange ta bannique.

Le vin ingéré la veille lui avait fait perdre tout sentiment d’urgence. L’anxiété en moins, elle était en mesure d’observer ceux qui se trouvaient autour d’elle. Même l’homme qui se tenait à ses côtés, avec qui elle partageait certaines informations secrètes, et à qui elle continuait d’en dissimuler d’autres.

Encore du vin, avait-elle envie de crier, tout en sachant que ce besoin finirait par se dissiper. Il n’y avait plus de place dans son corps pour de l’alcool, de toute manière. De la bouffe bien grasse ferait l’affaire à la place.

Elle a pivoté vers Bobby, qui portait un étrange costume (qu’est-ce qui avait bien pu se passer au fil des ans pour qu’il se mette à porter ce genre de truc ?) : un veston bleu poudre et un pantalon qui semblait fait en suède. Il avait également remis son col de fourrure. Peut-être que ce serait différent s’il avait une femme. Les hommes viraient fous à force de passer trop de temps sur leurs « projets », avait remarqué Edna après tant d’années dans la réserve. Elle avait vu de vieux célibataires se pointer en ville avec leurs bobettes qui dépassaient de leur fermeture éclair. Ça mangeait des trucs bizarres et ça n’avait aucune manière. « On t’a enfin trouvé un homme », se moquait son frère. Et ça faisait rire sa belle-sœur, mais Edna en avait des frissons.

— C’est quoi, ce Festival Karl May ? a-t-elle demandé.

— C’est l’occasion pour tous les fans de l’auteur de se rassembler, a expliqué Bobby. Et de donner libre cours à leur passion.

— Leur passion ?

— Être des Indiens, bien sûr.

Edna a levé un sourcil.

— Des Indiens comme nous ?

— Pas du tout comme vous, non, a dit Bobby en la guidant vers la portière du minibus.

C’était agréable de s’appuyer contre quelqu’un, se disait-elle, même si on l’aurait brûlée vive avant qu’elle ne l’admette à haute voix. Bobby a continué :

— Ils ont leur propre idée de ce qu’est un Indien. Si j’avais jamais voyagé dans l’ouest du Canada, peut-être que j’y aurais cru, moi aussi.

Edna l’a interrompu :

— Est-ce qu’on est venus ici pour prouver quelque chose ? Nous as-tu invités pour qu’on les humilie ? Je veux pas participer à ça.

Ce serait cruel d’humilier ces gens chez eux.

— Je vous ai pas invités ; c’est le festival qui vous a invités, l’a corrigée Bobby. Je vous ai proposé de rester chez moi uniquement parce que je savais que vous veniez de la Saskatchewan et que je garderai toujours de bons souvenirs de cette province. Cela dit, je pense quand même que ça leur ferait pas de tort de voir c’est quoi un vrai Indien. Je trouve que leur imagination a pris un petit tour arrogant.

John a éclaté de rire.

Une fois tout le monde installé dans le minibus, Nadine a fait le compte en demandant à chaque danseur une description de son regalia. Elle s’est même fait une place sur le banc de Desiree pour lui arranger les tresses. Desiree a lancé un regard grimaçant à Edna, qui s’est contentée d’un hochement de tête en retour. La jeune femme ne pouvait pas se plaindre : elle était incapable de se faire des tresses assez serrées et les doigts d’Edna étaient trop gourds ce matin pour être efficaces.

— On devrait payer quelqu’un pour le faire, avait suggéré Desiree une fois, quand elles étaient encore en Suède. Et après, on pourrait jammer ça avec du fixatif pour la tournée au complet.

Si Edna n’avait pas craint qu’une famille d’araignées finisse par se faire un nid dans les cheveux de sa nièce, elle aurait dit oui.

Bobby s’est installé à côté de John et Lucas et a engagé la conversation avec eux. Desiree regardait par la fenêtre tandis que Shane la regardait, elle. Le corps du jeune homme était possédé d’une sorte d’énergie pétillante qu’Edna ressentait physiquement. S’il avait été son fils, elle serait allée s’asseoir à ses côtés pour lui demander ce qu’il avait dans sa petite tête, parce qu’elle pouvait presque voir les manigances qui s’y formaient.

 

***

Le trajet du château jusqu’au site du festival a duré une demi-heure. Edna a somnolé tout le long, mais elle s’est réveillée lorsque le minibus s’est finalement arrêté. En ouvrant les yeux, elle a aperçu du monde qui marchait en groupes le long de la route. Il y avait surtout des têtes blondes, si bien qu’elle a eu l’impression d’être de retour en Suède. Ça a pris un instant ou deux avant que leurs costumes ne viennent s’imprimer dans son esprit. Plusieurs femmes portaient des robes blanches ; les hommes étaient pas mal tous en brun. Elle a plissé les yeux pour mieux voir. Le brun, c’était de la peau de chevreuil… Mais où avaient-ils pu en dénicher autant ? Elle a ensuite examiné les habits féminins : des minijupes de cuir avec des franges déchirées à même le tissu, qui faisaient très « Indien d’Hollywood », et des corsages échancrés. Elle a eu un frisson.

Edna a regardé les autres passagers. Tout le monde avait les yeux rivés aux fenêtres, un air ahuri au visage.

— Tabarnac, a dit Shane, en résumant la pensée de chacun des membres de la troupe.

Les passagers se sont levés d’un même mouvement qui a secoué le minibus. Edna a dû réprimer un haut-le-cœur en fermant les yeux.

Quand elle les a finalement rouverts, elle était presque seule à bord. Desiree l’attendait, assise sur le siège juste devant elle :

— Tu descends, ma tante ?

Edna a hoché la tête.

— Si je me perds maintenant, je vous retrouverai jamais.

— Ha, non. Tu nous retrouverais.

Mais Edna en doutait. Elle marchait lentement et il y avait trop de monde ici pour jouer des coudes. Sacoche sur l’épaule, elle s’est levée, droite sur ses jambes endolories. Il lui faudrait demander un calmant à quelqu’un. À Shane, oui, celui-là avait probablement toute une pharmacopée sur lui.

Elle a remonté l’allée du minibus, guidée par Desiree. Cette dernière avait enfilé son regalia complet pour le style libre.

— T’es belle, lui a dit Edna.

Desiree n’a rien répondu, trop habituée qu’elle était à recevoir des compliments.

En descendant du véhicule, Edna a été aveuglée un moment par le soleil. Le temps que ses yeux s’adaptent à la lumière, elle s’est finalement rendu compte que Desiree et elle étaient entourées d’Indiens captivés. Elle a cligné des yeux, puis a reconnu les costumes.

— C’est quoi, ça ? s’est-elle questionnée à voix basse.

— Ils s’habillent comme ça, ici, a expliqué Desiree. On est sur un terrain de pow-wow pour les Blancs.

Edna a cherché des yeux les autres membres de leur groupe.

— Où est-ce que je dois aller ?

Desiree l’a poussée dans le dos :

— Continue.

Edna a avancé. Les badauds s’écartaient de son chemin à mesure. Elle sentait des mains s’approcher, comme pour la toucher.

— Ouch ! a fait Desiree, toujours derrière elle. Gardez vos sales pattes pour vous !

Ça a fait reculer la foule un peu. Mais ce n’était qu’une question de temps avant que l’assaut ne reprenne.

— Si j’étais pas restée pour attendre que tu te réveilles, s’est plainte Desiree, j’aurais pu faire le trajet avec les autres.

— Pourquoi ils nous fixent comme ça ?

— Parce qu’on est des vraies Indiennes et ils sont comme obsédés, genre.

Pour dire vrai, Edna sentait assez peu de regards dirigés vers elle, exactement. C’était peut-être sa chemise, son pantalon et ses cheveux courts qui faisaient hésiter les curieux : était-elle une Indienne, oui ou non ? Elle n’était peut-être qu’une petite madame basanée qui voyageait avec les Indiens. Ce serait bien la première fois de sa vie qu’on la prendrait pour autre chose que ce qu’elle était.

Elle soutenait les regards et percevait des bribes de ce qui devait être de l’allemand. Les minijupes de cuir des femmes remontaient très haut à chacun de leurs pas. Est-ce que ces gens s’imaginaient vraiment que leurs ancêtres s’accoutraient comme ça ? Et comment est-ce qu’on était censé allumer un feu avec toutes ces franges ? Et les moustiques ? Bonne chance pour survivre dans les herbes hautes de la Saskatchewan. Et la cueillette de petits fruits ? Pas possible de cueillir quoi que ce soit avec une jupe qui remonte jusqu’aux fesses : bonjour les grafignes jusqu’au sang et les morsures d’insectes sur ce qu’il reste de peau.

Edna s’est fait la réflexion : c’était dans ces détails que résidait la différence entre jouer à l’Indien et être obligé d’en être un.

Desiree s’est fait un devoir de la guider jusqu’à la tente où les autres s’étaient réunis. Lucas et John montaient la garde à l’entrée. Ils attiraient l’attention, avec leur look d’Indiens sortis tout droit d’un film. Les filles se sont penchées pour entrer. Nadine se tenait au centre de la tente, concentrée sur des documents. Elle a levé les yeux et ses traits, rigides en temps normal, se sont durcis encore plus.

— Vous êtes en retard ! On a à peine quinze minutes avant le début de notre première perfo, a-t-elle dit en tirant presque Desiree dans la tente. C’est toi qui commences.

— Je veux pas y aller en premier, a dit Desiree.

— C’est pas toi qui décides, j’ai fait l’ordre comme ça.

— Ben, changez l’ordre, d’abord.

Edna a reconnu cette note typique dans la voix de Desiree.

— Est-ce que j’ai besoin de te rappeler que…, a commencé à répondre Nadine, d’un ton qui s’éloignait lui aussi dangereusement d’un règlement diplomatique.

Edna s’est interposée :

— Desiree est en retard à cause de moi. Elle a besoin d’un peu plus de temps pour m’aider à trouver mes repères.

Nadine lui a jeté un regard courroucé.

— Bon, je vais la déplacer, s’est-elle inclinée, mais pas sans murmurer à part soi : Bon Dieu, ça a pas de respect.

— Je l’haïs, a dit Desiree dans le dos de Nadine, qui venait de se retourner.

— C’est mal d’haïr, peu importe qui. Elle essaye juste de bien faire son travail.

Edna aurait voulu une tasse de thé. Où est-ce qu’on trouvait du thé, en Allemagne ? Est-ce qu’ils buvaient du thé, les Allemands ?

— Mais elle est tellement boss des bécosses et elle est vieille et en plus elle tripe sur John. Et sur Lucas.

Edna n’a pu s’empêcher de sourire aux commérages de Desiree.

— Elle est pas si vieille. Elle fait bien de continuer à essayer de trouver le bon.

— Ouais, mais, je veux dire, trouve quelqu’un qui joue dans ton équipe, au moins…, a commencé Desiree avant de se taire, soudain. En tout cas, c’est sa vie.

— T’es ici pour danser, pas pour te mêler de ce qui te regarde pas, lui a rappelé Edna.

— Merde, fais-moi pas penser à ça, je suis tellement nerveuse ! C’est vraiment une grosse foule, a dit Desiree, dont le visage s’éclairait malgré tout.

John s’est approché d’elles.

— Elle est prête ?

— Presque, a répondu Edna. C’est vous qui brisez la glace ?

John a fait non de la tête.

— Shane va y aller en premier. C’est probablement mieux comme ça, ça va lui permettre de brûler un peu de gaz. Ensuite, c’est mon tour. Lucas s’occupe du tambour pour l’instant. Par contre…, a-t-il ajouté en se penchant vers Edna, j’ai entendu dire que les Allemands veulent jouer eux-mêmes la musique, comme s’ils connaissaient les chants de tambour.

Plus rien ne pouvait étonner Edna.

— Est-ce que c’est envisageable ? a demandé John.

— Faut demander à la patronne, elle doit connaître tous les protocoles, a dit Edna, contente de pouvoir passer la rondelle à quelqu’un d’autre.

John n’était à l’évidence pas chaud à l’idée d’aborder le sujet avec la madame colérique, mais il s’est tout de même exécuté.

— Où est Shane ? a demandé Desiree.

Edna a balayé la tente du regard.

— C’est pas lui, là, qui aide Lucas à installer le tambour ? On dirait bien qu’on en prend un gros, cette fois-ci.

Une fois de plus, elle n’a pu s’empêcher d’admirer l’allure de Shane dans son regalia. On aurait dit qu’il devenait vivant, quand il le portait. Il perdait son air de voyou, qui faisait plutôt place à une aura de noblesse. Son maquillage lui donnait l’air d’un puissant guerrier. Edna s’est demandé quel genre d’éducation parentale il avait reçue. Elle ne doutait pas un instant que quelqu’un avait un jour tenté de le guider sur le droit chemin.

Desiree a poussé un sifflement.

— Méchant pétard, le nouveau Lucas.

— Et ? a fait Edna, incertaine de la suite. T’as à peine dix-neuf ans.

— Tu préférerais que je tripe sur Shane ?

— Je préférerais que tu te concentres sur autre chose que les hommes ou les garçons.

Desiree s’est assise dans l’herbe.

— J’ai demandé à Shane il venait de quelle réserve. Il m’a répondu qu’il savait pas. La police l’a trouvé, bébé, abandonné devant la porte secondaire d’un hôpital… Peux-tu croire ça ?

Edna a hoché la tête.

— Quelqu’un lui voulait du bien.

— Pis ensuite c’est un couple de Blancs qui l’a adopté, mais ils voulaient pas qu’il soit un Indien, fait qu’il s’est sauvé quand il était jeune et il s’est ramassé à vivre en ville avec une famille autochtone. C’est en ville qu’il a appris à danser. Et à voler.

— Je vois, a répondu Edna en se disant que cette famille autochtone avait dû lui inculquer quelques notions de survie.

— C’est triste, quand même, mais au moins quelqu’un voulait de lui. Peut-être que, si la bonne personne s’en était occupée, il aurait mieux viré.

— Peut-être, a répété Edna en scrutant sa nièce, et lui revenait le souvenir de ce bébé si têtu qu’elle avait été.

Elle tenait son biberon toute seule à cinq semaines ; elle avait décidé qu’elle n’en avait plus besoin à moins d’un an. Elle avait presque exigé qu’on lui montre à faire pipi sur le pot après onze mois de vie. Quand, à quatre ans, elle avait voulu un poney, la famille s’était mise en quête d’un shetland aux quatre coins de la province. Elle avait toujours obtenu ce qu’elle voulait, quand elle le voulait, et même exactement à l’endroit et de la façon qu’elle le voulait. Une petite Indienne qui n’avait jamais entendu le mot « non », ce qui, aujourd’hui, faisait craindre le pire à Edna. Le monde n’avait jamais été tendre avec les Autochtones, et encore moins avec leurs filles.

Edna fixait le vide, au-delà de la jeune femme au visage rond. À travers une fente dans les plis de la tente, elle voyait un bout de ciel bleu clair. Elle a dit :

— Je veux pas qu’on te brise le cœur.

Elle n’a pas vraiment prononcé ces mots à haute voix. Elle les a prononcés dans son cœur, comme si elle s’adressait aux esprits qui veillaient sur sa fille. Faites qu’ils n’échouent pas à la tâche, pas après tout ce temps.

— Donc, ma tante…, a fait Desiree en la sortant de sa rêverie. Ce fameux Robert, là… Il est déjà venu en Saskatchewan, c’est ça ?

Edna a sourcillé.

— Qui t’a parlé de ça ?

— Lui, hier soir au souper. T’étais là… ben, physiquement, je veux dire. Mettons que t’avais la tête, ou l’esprit, ailleurs…

La tête d’Edna a pivoté si vite vers Desiree que son cou a craqué.

— Ouch.

— Relaxe ! C’est pas comme si j’allais te stooler à mon père. Je t’avais jamais vue boire avant, mais, bon Dieu, si quelqu’un mérite un verre ici, c’est bien toi. Tu dois bien avoir droit à au moins mille bières pour tous les chapelets que t’as récités.

Sacrilège. Faut lui laver la bouche avec du savon, à cette fille.

— Y a rien là. Je suis contente que tu te détendes un peu… C’était le château ? C’est ça qui t’a fait perdre les pédales ?

Edna a acquiescé de la tête.

— C’est un endroit très étrange.

— C’est vrai que c’est intimidant, a approuvé Desiree. Et le propriétaire est quand même un peu freakant, aussi…

Edna s’est raidie, prête pour l’assaut, avant de dire d’un ton prudent :

— Oui, un homme étrange.

— Plutôt beau bonhomme, par contre… si tu tripes sur les monias.

Edna triturait les rubans de la robe de Desiree, les lissait, pour s’occuper les mains.

— Je devrais le matcher avec Nadine. C’est clair qu’elle est ouverte à tout.

— Ça me semble une bonne idée, a dit Edna à voix basse.

— Sauf qu’il a pas l’air de s’intéresser à son cas. Il lui a même pas adressé la parole de la soirée, hier. Comme si son attention était dirigée vers quelqu’un d’autre dans la salle. Ou vers quelqu’un qui était pas dans la salle…

— Faut que j’aille aux toilettes, a dit Edna.

— Bonne chance, a fait Desiree en souriant. On sait pas trop à quoi ça ressemble, des toilettes, dans ce pays de sauvages là.

 

JOHN

 

John examinait le tambour. Bonne taille, profondeur et circonférence comparables à ce qu’il avait toujours connu. La peau était bien tendue, de sorte que le centre donnait un son lourd et profond. John a donné quelques coups sur les côtés et a reconnu les notes de sa jeunesse. Un parfait tambour cri. Sauf que ce n’en était pas un. Il avait été fabriqué par des Allemands. Aux côtés de John se tenait un homme de grande taille, à l’allure imposante. C’est lui qui avait conçu le tambour, a expliqué Robert, en s’appuyant sur des images trouvées dans des livres.

— Ça a dû lui prendre du temps, a dit John.

Robert a haussé les épaules.

— L’ingéniosité allemande ne connaît pas de limites.

— Et pas de frontières non plus, a fait John d’un ton approbateur.

Il a tenu un des bâtons devant ses yeux : le bas était savamment orné de perles.

L’artisan a dit quelques mots, que Robert a traduits :

— Il dit que ça, ça vient du Montana. Un cadeau de la part d’un aîné qui est venu ici l’été dernier. Le festival attire des gens de partout sur la planète.

— Je vois.

John s’est demandé si les Allemands étaient conscients de l’ampleur de la reconstruction culturelle qui avait cours chez les Cris, là-bas, dans les réserves. Du fait qu’ils réapprenaient les chants qui avaient presque été perdus quand les cérémonies étaient devenues clandestines. Il s’est demandé s’ils savaient que des aînés étaient morts avant de pouvoir léguer leur savoir sur les danses, les cérémonies, les protocoles, et que les aînés encore vivants étaient sans cesse sollicités, qu’ils le veuillent ou non, pour expliquer tel ou tel aspect de la culture. Et si j’étais le dernier, un jour ? s’est dit John. De quoi je me souviendrais ? Qu’est-ce que je passerais au suivant ? Quelles erreurs je commettrais ? Yellow Belly n’avait enseigné qu’à ceux et celles qui venaient la voir tôt : elle refusait quiconque avait plus de douze ans. C’était comme ça qu’elle avait toujours fonctionné, elle n’avait jamais expliqué pourquoi. John se disait qu’elle aimait les enfants et qu’elle aimait beaucoup moins les adultes, mais qui sait ? Peut-être qu’elle avait reçu elle-même des enseignements à propos de la bonne manière d’enseigner.

— Notre culture a été rompue, a dit John en se parlant plus à lui-même qu’à Robert. On en est encore à faire l’inventaire de ce qu’on a perdu.

— Oui, je comprends. On a rebâti quelques fois ici aussi, a dit Robert. Le phénix qui renaît de ses cendres, c’est l’Europe, c’est l’Allemagne, c’est la vie.

John a hoché la tête et s’est demandé si ce fameux oiseau était capable de se refaire à l’identique chaque fois.

Lucas s’est approché d’eux. Il s’est tenu en silence près de John jusqu’à ce que ce dernier lui tende un des bâtons. Sans attendre, il a essayé le tambour, comme si John n’était même pas là. Lucas était toujours sérieux. Un peu comme Nadine, en fait.

John a entendu des clochettes qui tintaient. C’était Shane, qui a demandé :

— Je peux jouer un peu de tambour, moi aussi ? Je connais quelques chansons.

John a fait non de la tête.

— Toi, tu danses.

Shane, puis les dames, puis John et, enfin, Lucas pour clore le spectacle.

— Mais je joue du tambour aussi, a dit Shane.

Il cherchait à se rendre indispensable, sans doute pour qu’ils ne se débarrassent pas de lui. Mais ce n’était pas à John de décider, de toute façon. L’unique personne qui pouvait l’aider, maintenant, c’était Lucas. John a jeté un coup d’œil au grand danseur. Son visage semblait inflexible. Le pardon n’était pas à l’ordre du jour.

— Non, t’as pas une bonne énergie… C’est mauvais pour le tambour, a conclu John.

La mâchoire de Shane s’est décrochée et John a presque eu envie de ravaler ses derniers mots. Il a entendu les clochettes qui s’éloignaient.

Deux grands bonhommes aux tresses noires sont entrés dans la tente. Leur peau était marbrée, comme si le soleil avait réagi bizarrement au contact de leur… maquillage ? Ils s’étaient à l’évidence noirci les pommettes pour les rendre plus saillantes. En plissant les yeux, on pouvait se croire en présence de deux parfaits Indiens… d’Hollywood.

Ils ont balayé la tente d’un regard presque timide, puis ont adressé la parole à Robert.

— Voici Karl et Michael, nos meneurs de tambour… Ils… Ils veulent savoir s’ils peuvent se joindre à votre troupe.

John a cherché l’approbation de Lucas, qui s’est contenté de hausser les épaules :

— C’est pas comme si c’étaient des chants cérémoniels.

John a acquiescé de la tête. Ce n’était pas son genre d’exclure des gens.

Nadine est entrée, à bout de souffle, les feuilles sur sa planchette s’agitant dans tous les sens. Les sourcils froncés et l’air mécontent. John a soudain regretté de lui avoir cédé le contrôle de la tournée.

— Vous êtes prêts ? a-t-elle demandé, mais ça avait plutôt l’air d’un ordre.

— Oui, a dit John. On ajuste encore le tambour, par contre.

Nadine a ravalé un sacre bien senti.

— Pourquoi est-ce que tout le monde est aussi lent ? Vous êtes conscients qu’on a plus de mille personnes qui attendent qu’on commence ? On danse pas pour des clowns ; c’est un gros show. Vous savez à quel point les gens, ici, font des gros shows ? Ils refont la bataille de Little Bighorn. Genre, la vraie bataille, avec un gars qui joue Custer et d’autres qui font les Sioux et des vrais Crows, des voltigeurs équestres, pis toutte…

— Ils ont des voltigeurs équestres ? s’est étonné John, qui n’avait pas vu ça depuis les beaux jours du rodéo.

— Ça, c’est juste la partie sur scène. Mon Dieu, tu connais rien au monde du spectacle, a marmonné Nadine pour elle-même, avant de se souvenir qu’elle avait besoin de l’appui de John pour garder cette tournée sur les rails. Mais t’as fait du bon travail, jusqu’à maintenant.

Le « merci » de John était aussi sincère que le compliment.

Nadine s’est mise à faire les cent pas.

— Attendre de même, ça me rend folle.

John s’est demandé ce qui ne la rendait pas folle.

— Et, a-t-elle poursuivi, je veux pas décevoir personne. On est déjà désavantagés : il nous manque la moitié de nos danseurs. C’est moi qui danse les sections de traditionnel, en plus de m’occuper de la direction scénique. Normalement, je ferais pas les deux. Normalement, j’ai un très bon directeur scénique, en fait. Je l’entraîne pour ça depuis qu’il a douze ans…

— Il va être là la prochaine fois, dans ce cas.

Nadine a agité le bras dans les airs, visiblement dépassée.

— Et si y avait pas de prochaine fois ? Et si on se plante tellement cette fois-ci que personne veut nous revoir la face ? Et si on se faisait barrer du festival pour toujours ? Ça arrive, tsé !

Edna est intervenue :

— Vous pensez que c’est le seul endroit au monde où les gens sont obsédés par les Indiens ? Il va toujours y en avoir des places où ça vire fou dès qu’un Neechee passe la porte. Inquiétez-vous pas pour ça.

John commençait à l’apprécier, cette version lendemain de brosse d’Edna.

Nadine a feint un sourire, puis est allée se placer près de la scène. John, lui, s’est dirigé vers son tambour.

Shane a ouvert le bal avec une danse style libre. Il se déplaçait sur la scène comme un rôdeur, cherchant à impressionner l’assistance, un bond par-ci, un saut périlleux arrière par-là, comme si sa vie en dépendait. (C’était peut-être le cas ?) On en était à la moitié de sa performance explosive lorsque Desiree l’a rejoint sur scène, son châle flottant derrière elle. Elle bougeait plus vite que d’habitude, pour suivre la cadence du jeune criminel. Les deux s’échangeaient des regards en se tournant autour, les franges de la fille frôlant la peau brune du garçon. Leur jeunesse et leur beauté leur donnaient l’air de deux amants en pleine danse nuptiale, et la foule en redemandait. John devait rendre à César ce qui était à César : Nadine savait comment créer une bonne chorégraphie.

La patronne elle-même montait d’ailleurs sur scène en ce moment. Elle a dansé sur un chant traditionnel, remerciant les quatre directions avec son éventail. John a remarqué que son visage, transformé, était maintenant empreint de grâce et de modestie.

C’était au tour de John, qui a exécuté une danse des herbes correcte, sans plus. Shane partageait la scène avec lui. Il portait lui aussi son ornement dorsal, mais dansait au moins deux fois plus vite que John, sans même avoir l’air essoufflé. Chaque fois que John levait les yeux vers lui (difficile de s’en empêcher : Shane faisait dans le tape-à-l’œil), il accélérait le rythme, pour ensuite se rendre compte qu’il ne suivait plus le tambour et ralentir à nouveau.

Après son numéro, John a pris le relais au tambour et le spectacle s’est terminé par une danse de cerceaux de Lucas. Shane se tenait près de l’épaule de John, qui l’a entendu murmurer :

— C’est ça qu’il faut que j’apprenne.

Ça a fait sourire John.

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