Possède-Moi: Dark Romance et Mafia (Les Maîtres de la Corse) (French Edition)

Chapitre 9

NEUF

 

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Fabien

- J E POURRAIS RESTER ICI pour toujours, dis-je en grommelant. Mais j'ai promis à ma mère. Si nous sommes ici, c’est bien à cause de cette promesse.

Je m’écarte d’elle à contrecœur, et me dirige vers la salle de bains en silence pour trouver quelque chose pour nous nettoyer.

- Je comprends. Et si je suis ici, c’est aussi parce que je vous ai fait une promesse, alors je vous propose de me faire belle pour ce soir. Et il faut aussi que l’on invente une histoire…

- Une histoire ?

- Oui, au cas où quelqu’un nous demanderait comment nous nous sommes rencontrés... dit-elle en me lançant un clin d'œil.

Putain, elle est si belle.

- Je ne peux pas leur dire que tu travailles à la Maison et que je t'ai payée pour passer le week-end avec moi, c’est vrai. Bien, disons que nous nous sommes rencontrés dans un café en Corse et que nous avons sympathisé en discutant philosophie.

La peur est un sentiment qui m’est familier. Quand j'ai vu sa réaction en rencontrant ma famille, j'ai su qu'elle se doutait de quelque chose. Elle ne sait probablement pas grand-chose de la famille Gérard. Mais quand elle découvrira qui nous sommes, partira-t-elle ? Ou restera-t-elle pour l'amour de l'argent ?

Pourtant, il faut que je la garde près de moi. Quand je lui dirai quel est mon véritable but, je ne veux pas que la peur la fasse fuir.

- Parfait. Je m'assois sur le lit et je la regarde se diriger vers ses bagages. Je pourrais passer la journée à la regarder défaire ses valises. Je pourrais la regarder se brosser les dents et tomber amoureux.

- Eh bien, dit-elle pensivement en tirant soigneusement d’un de ses bagages un string en soie noire et un soutien-gorge assorti. Mon Dieu, je commence à bander de nouveau. On aura qu’à faire comme ça, dit-elle. Finalement, nous n’aurons pas besoin de changer beaucoup de détails, je me trompe ?

- Non. Ça me va aussi.

- D'accord. Mais Fabien... commence-t-elle avant de s’interrompre. Fronçant les sourcils, elle prend une robe bleu pâle et me la montre.

- La rouge, dis-je en désignant une autre robe à côté de la première. Sans s’interrompre, elle remet la robe bleue à sa place, mais elle a toujours l’air pensif.

- Vous me cachez chose, reprend-elle doucement. Je comprends bien que vous n’avez aucune obligation de me dire quoi que ce soit, je me demandais juste s’il n’y avait pas autre chose que je devrais savoir.

Aurait-t-elle entendu quelque chose ? Serait-elle au courant pour Lyam ?

Peut-être devrais-je tout lui dire après tout.

- Comme quoi ?

- Comme d’où vient tout l’argent qu’à votre famille.

Le moment est venu. Je ne peux pas continuer à lui dissimuler la vérité. Elle a déjà accepté de venir avec moi, et Nicolette est une femme de parole. Je vais lui expliquer qui nous sommes, et je verrai bien quelle est sa réaction.

- Que sais-tu ? lui dis-je.

Je suis toujours assis, adossé à la tête de lit, vêtu de mon simple caleçon. J'adore la regarder s'habiller. Le satin rouge glisse sur son corps tandis qu'elle se glisse dans sa robe et essaie maladroitement de la fermer.

Je lui fais signe de s’approcher, la fait pivoter et la maintiens en place d’une main posée sur sa hanche tout en remontant la fermeture éclair.

- Merci, dit-elle doucement. Je sais que vous êtes riche, c'est une évidence. Je sais que vous possédez des propriétés en Corse et à Paris. Votre famille est puissante, au point que vous soupçonnez que la panne de moteur que nous avons eue en venant soit un acte de sabotage.

- Gwen ne t’a donc pas tout dit.

Je me doutais qu'elle allait au moins la prévenir.

- Eh bien... elle m'a dit que vous étiez un homme réputé pour ses obsessions, dit-elle, mais elle évite de croiser mon regard en prononçant ces mots. Je la regarde déglutir, se détourner et se mettre à fouiller dans ses affaires pour y chercher une paire de chaussures.

- C’est tout à fait vrai. Mais elle ne t’a pas dit qui j’étais ? Tu n’as pas cherché à en savoir plus sur moi ?

- Je n'ai pas eu le temps, dit-elle. Et je préfère entendre votre version de l'histoire. Si je faisais des recherches sur vous, qu'est-ce que je trouverais ?

Je doute qu’elle me dise la vérité, mais je préfère ne pas insister.

Sa question est compliquée, et la réponse l’est encore plus. Je soutiens son regard.

- Tu t’enfuiras si ce que je te dis te fait peur ?

Un instant s'écoule et elle s'arrête, une main sur une sandale à lanières.

- Ai-je cherché à fuir jusqu’à présent ?

- Non. T’ai-je déjà fait peur ?

- Oui, dit-elle en déglutissant.

Bonne fille.

Soit elle restera sur ses positions, soit elle prendra la fuite une fois qu’elle aura entendu ce que je m’apprête à lui dire.

- Je ne vais pas te mentir, Nicolette.

Mais même ça, c'est un mensonge. Elle ne sait pas que j'ai des piles de dossiers sur elle, que j'ai enquêté sur tout ce qui la concerne. Mais à ce sujet, concernant mon but ultime et qui je suis, je ne lui mentirai pas.

- Merci, murmure-t-elle. Mais sachez que rien de ce que vous pourrez me dire ne me fera peur. J'ai promis d'être à vous pour le week-end. J'ai promis de rester avec vous. Je ne reviens pas sur mes promesses. Et Fabien, vous savez que j'ai besoin de cet argent, et que... enfin, qu'il y a très peu de choses qui me feraient craquer. Elle rit, mais de l’un de ces rires qui n’illuminent pas le visage. Vous savez où nous nous sommes rencontrés.

Je hoche la tête.

- Bien. Mais je voudrais que tu t’approches, que tu viennes à côté de moi avant que je t’explique.

Le moment est venu de tout lui dire.

Elle s'assied sur le bord du lit et incline la tête sur le côté, curieuse d’entendre ce que je m’apprête à lui révéler.

- Très bien, je vous écoute.

- Gwen t’a dit la vérité. Oui, je suis du genre à avoir des fixations, à avoir des obsessions. Elle le sait car tout le monde est au courant de ce qui s'est passé avec une femme que je fréquentais. Je sens ma gorge se serrer alors que je prononce ces mots. Elle s’appelait Adèle. Elle a été assassinée lors d'un cambriolage. Elle était alors serveuse à Paris. Elle n'avait absolument pas besoin de travailler, mais elle était indépendante et entêtée, et insistait pour gagner sa vie par elle-même, dis-je en poussant un soupir. Après sa mort, j’ai cessé de manger. J’ai perdu le sommeil. Et quand j'ai découvert qui étaient les coupables, je les ai traqués et me suis personnellement occupé d’eux.

Elle déglutit avec peine mais acquiesce, sans détourner le regard.

- De la même façon que vous êtes occupé de l'homme qui m'a agressée ?

- Oui.

Il soupire à nouveau.

- C’est-à-dire ?

- Je lui ai tiré une balle dans la tête.

Elle cligne lentement des yeux, passe sa langue sur ses lèvres, puis hoche la tête.

- Je vois. Je suis vraiment désolée.

- J’appartiens à la famille Gérard. Nous sommes issus d'une longue lignée de descendants du grand empereur Napoléon.

Elle écarquille les yeux mais n’a pas le moindre geste, à l’exception d’un bref signe de tête. Elle n’a jamais entendu parler de ma famille.

Je décide de lui en dire un peu plus pour voir sa réaction.

- La famille Gérard est à la tête du crime organisé à Paris.

- Le crime organisé, vous voulez-dire... la mafia. Vous parlez de la mafia ?

Elle le découvrira bien assez tôt.

- Exactement.

Je m'attends à ce qu'elle se lève d'un bond. Qu'elle se mette à arpenter la pièce en se tordant les mains.

- Tout s’explique, dit-elle.

Je suis tellement surpris par sa réponse que je ne peux réprimer un éclat de rire.

- Je te dis que ma famille est de la mafia, et tout ce que tu trouves à me dire, c’est tout s’explique ?

- Eh bien, oui, dit-elle avec un sourire.

Je voudrais la prendre dans mes bras et la couvrir de baisers de la tête aux pieds.

- Je savais que vous ne gagniez pas votre vie en vendant des chaussures ou je ne sais quelle autre activité classique. Vous ne pensiez pas que j’étais idiote, j’espère ?

Pour toute réponse, je me contente de secouer la tête.

- J’avais compris que vous aviez réglé son compte à mon agresseur, sans connaître tous les détails, poursuit-elle. Je savais que vous étiez riche et puissant, et que vous étiez suffisamment important pour que quelqu'un puisse vouloir saboter votre avion. Donc non, je ne suis pas surprise et non, je ne m'enfuirai pas. Mais dites-moi, y a-t-il des règles que je doive connaître ? me demande-t-elle avec un froncement de sourcils.

Cette fois, je tends le bras vers elle, l’attire vers moi et l’embrasse.

- Les seules règles dont tu dois te soucier, ce sont les miennes.

Je dépose un baiser sur chacune de ses joues avant de relâcher mon étreinte. Elle passe sa main doucement sur sa joue.

- Fabien. Vous pensiez vraiment que je m'enfuirais aussi facilement ?

- Il y a plus, dis-je à voix basse.

- Allez-y, murmure-t-elle en retour.

- Je t’ai engagée pour m’accompagner à ce mariage, c’est vrai. Mais j’ai une autre tâche pour toi. J'avais un autre objectif en tête, et je ne t’obligerai pas à m’aider. Mais si tu acceptes, la somme que je te donnerai sera telle que tu n’auras plus jamais besoin de travailler pour le restant de tes jours, Nicolette.

Il est temps. Il est temps que je lui dise pourquoi je l’ai fait venir ici.

J'aime voir l’étincelle de curiosité qui jaillit dans son regard.

- Dites-moi tout.

Je déglutis.

- Cela doit rester un secret entre nous.

Elle acquiesce et soutient mon regard, sans ciller.

- Oui ?

- Mon frère Lyam a été pris en otage. Et pour obtenir sa libération, nous avons un contrat à assurer. Et pour ça, j’ai besoin de ton aide.

Elle me fixe en ouvrant de grands yeux pendant de longues secondes.

- C'est tout ? finit-elle par répondre.

Je la serre dans mes bras.

- Fabien, vous m’étouffez...

Je la libère de mon étreinte. Elle me regarde fixement.

- Alors dites-moi, qu’attendez-vous de moi pour vous aider à libérer votre frère ?

Je lui explique alors le chantage dont nous faisons l’objet. Quand j'ai fini, elle secoue la tête.

- Vous voulez donc que je sois... votre esclave... pour réussir à entrer à l’Underground et dérober un objet d’une valeur de deux cent cinquante millions d'euros. Que nous remettrons aux ravisseurs de votre frère en échange de sa libération.

- C'est le plan.

- Seulement... commence-t-elle avant de s’interrompre et de me lancer un regard curieux. Vous ne comptez pas leur remettre le talisman, je me trompe ?

- Bien sûr que non, nous ne les laisserons pas le garder du moins.

- Et une fois que vous les aurez localisés, vous... vous occuperez d’eux à leur tour, c’est ça ?

- Je n'ai pas le choix, dis-je en hochant la tête.

- Je vois. Eh bien je pense qu’il est temps alors.

Cette femme ne cesse de me surprendre.

- Temps de quoi ?

- Il est temps que je vous dise aussi toute la vérité sur moi. Mais avant, je voudrais vous poser une question.

- Oui ?

Je peine à imaginer ce qu'elle va révéler. Ce que je ne sais pas encore d'elle.

- Que savez-vous de ma famille ?

- Tu as une sœur et deux parents qui sont décédés. Ils sont morts dans un incendie.

Elle prend une profonde inspiration avant de se lancer.

- C'est vrai. Ma sœur est encore étudiante et nous nous sommes retrouvées à la rue après l'accident de mes parents. Elle bénéficie d’une bourse qui couvre tous ses frais de scolarité, est nourrie et logée, et fait la nounou quand elle a du temps libre. Elle soupire. Ce que je fais, ce n'est pas... moi. Si j’ai décidé d’exercer ce métier, c’est pour une seule raison, c’est pour ma sœur.

- Je comprends. Donc je vais t’aider, et tu vas m'aider.

Elle me regarde fixement.

- Merci, dit-elle. J'ai l'impression qu'on devrait... se serrer la main, quelque chose comme ça ? finit-elle par murmurer.

- Et si je te baisais une nouvelle fois ?

- Vous voulez baiser pour sceller notre accord ?

- Ma chérie, dis-je en me penchant sur elle et en laissant courir mes doigts dans ses cheveux. Tu viens d'accepter d'être mon esclave pour sauver mon frère. Tu veux vraiment que je mette ça par écrit ?

- Ce n’est pas comme ça que ça se passe d'habitude ?

- Je ne suis pas sûr qu’il y ait quoi que ce soit d’habituel dans tout ça.

Elle fronce les sourcils, visiblement contrariée.

- C’est-à-dire que ça semble un peu saugrenu dit comme ça.

- Un peu saugrenu? Quel euphémisme...

- Et en quoi ma mission consistera-t-elle exactement ?

- Eh bien c'est là que tu vas gagner l’argent que je t’ai promis, dis-je en tirant sur une mèche de ses cheveux.

- Comment ?

- En m'aidant à élaborer un plan. Mais ce soir, nous allons nous contenter de tirer de mon cousin toutes les informations que nous pouvons, il sera également présent à la répétition et au mariage, et il s’avère qu’il est chargé de la sécurité de l’Underground. C’est cet angle que nous allons prendre. Je vais devoir le payer, mais qu’importe, cela me fait même plaisir. Je lui fais confiance et il ne nous dénoncera pas.

- C’est pour ça que vous m’avez fait venir ici ?

Une fois de plus, je décide de lui dire la vérité.

- Oui.

Elle me regarde d’un air pensif.

- Ok. Donc ce soir, je suis censée entrer dans la peau d’une étudiante en philosophie qui vous aurait rencontré dans un café. Je prétends ne rien savoir des activités illégales que vous menez probablement. Et par la suite, une fois de retour en Corse, je vous tiendrai lieu de complice dans ce qui sera probablement le plus grand casse que l’île ait jamais connu, et nous libérerons votre frère. Et vous me donnerez deux millions en échange ? dit-elle en haussant les épaules.

- Exactement.

- Et dire que vous aviez peur de me l’annoncer parce que vous...

- Parce que j’avais peur que tu prennes la fuite ?

Elle me regarde et cligne des yeux, puis rejette la tête en arrière et rit si fort que je ne peux m'empêcher d’esquisser un sourire à mon tour. Son rire est tellement spontané qu'il est contagieux, que je ne peux réprimer un sourire.

- Qu’y a-t-il de drôle ? finis-je par dire en lui claquant les fesses d’un air taquin.

- Vous ai-je donné un seul instant des raisons de croire que j’étais une femme de principe et d’une moralité telle que je refuserais forcément votre proposition, alors que vous me proposez assez d'argent pour me permettre de changer de vie ? Alors que vous m'aidez aussi dans la mission que je me suis fixée ?

J’étais déjà fou de cette femme...

Mon téléphone vibre et une notification apparaît à l’écran.

- Merde, il faut qu'on y aille, dis-je en regardant l’heure.

Elle bondit de mes genoux et se précipite vers ses bagages.

- Il faut que je me maquille. Oooh, Fabien, est-ce que vous accepteriez que je porte une perruque ?

- Bien sûr.

- Et des vêtements de cambrioleurs ?

Je sors un costume de mon armoire et le pose sur le lit.

- Oui, bien entendu, même si je ne sais pas ce que tu entends par des vêtements de cambrioleurs.

Elle se tourne vers moi, affairée à passer un énorme pinceau à maquillage sur ses joues.

- Des vêtements qui m’aideront à entrer dans mon rôle. À me transformer en celle que je dois être. Mais je me demande...

Si elle savait la surprise que je lui réserve...

Debout devant le grand miroir suspendu au-dessus de mon bureau, elle ouvre de grands yeux pour passer une brosse à mascara dans ses cils, qui semblent s'allonger comme par magie.

Je termine ma toilette, mets du déodorant et de l'eau de Cologne.

- Oh mon dieu, c'est pour ça que vous sentez si bon, dit-elle en gémissant.

- Nicolette. Reste concentrée. Qu'est-ce que tu allais me dire ?

- Excusez-moi. C’est juste une idée stupide qui m’a traversé l’esprit. Vous vous souvenez de cette voiture qui avait failli nous écraser ? Vous comptez retrouver ce type et le tuer ? Est-ce qu’on en entendra parler au journal télévisé ? Vous allez lui faire du mal ?

Elle m’interroge tout en passant quelque chose de brillant sur les joues, j’imagine qu’elle n’a pas si peur que ça.

- Si c’est nécessaire.

Nos regards se croisent dans le miroir. Impossible de définir la façon dont elle me regarde, en tous cas, cela me donne envie de lui prouver que je suis tout à fait sérieux.

Puis comme si elle se ravisait, elle pose son pinceau et reste silencieuse.

- Nicolette...

- Quoi ?

- Finis ce que tu avais à me dire.

Je prends mon téléphone et le glisse dans ma poche pendant qu'elle saisit un tube de rouge à lèvres.

- Je voulais juste... eh bien, j'allais vous demander si vous étiez vraiment sérieux. Vous me… vous me défendriez vraiment ? Vous me protégeriez ? Mais si oui... pourquoi ?

Parce qu'elle m'appartient. Parce qu'elle est à moi.

Elle ne l’a pas encore compris. Cela viendra.

- Parce que je suis ainsi, lui dis-je. Tuer n’a rien de facile, et nous évitons de le faire à moins d'y être obligés.

- Mais lorsque vous l’êtes...

Je hausse les épaules. Pourtant, elle ne montre aucun signe de vouloir se dérober. Je me demande ce qui pourrait la pousser à le faire, mais jusqu'à présent, nous n’avons pas trouvé.

J’enfile ma veste de costume tandis qu'elle se met du rouge à lèvres.

Quand mon téléphone sonne, je réponds rapidement.

Maman a l'air presque affolée.

- Tu es le dernier, Fabien. Tu sais pourtant comment est ta tante. Tu arrives bientôt ?

- Non, finalement, on a décidé de commander un room service et de rester à la maison. Je regarde Nicolette en levant les yeux au ciel. Bien sûr que je viens, dis-je d’une voix plus douce dans le combiné pour rassurer ma mère. Ne t’inquiète pas, d’accord ?

Je raccroche.

- C’était votre mère ? me demande Nicolette tandis que je la prends par le bras pour l’entraîner vers la porte.

- Ma tante et ma grand-mère lui mettent tellement la pression qu’elle craque presque à chaque fois, une vraie cocotte-minute.

- Mince.

- Tu verras de quoi je parle dans quelques instants.

- Il y aura du vin ?

- Bien sûr.

- Bien, dit-elle en poussant un soupir. J’ai l’impression que nous allons en avoir besoin. Dites-moi, il faudra que je vous demande la permission ?

Elle a prononcé ces derniers mots d’un air malicieux. Je passe mes doigts dans ses cheveux et la tire vers moi. J’aime son parfum, son goût, la façon dont son corps se fond contre le mien.

- Tout à fait. Je vois que tu as compris les règles, bonne fille. Allons, passons le scénario en revue une dernière fois.

Une fois que nous sommes certains de l’avoir tous deux mémorisé, je l’embrasse une dernière fois pour sceller notre accord.

- Fabien, dit-elle dans un murmure guttural. Nous ferions mieux de descendre avant que votre mère n'envoie ses troupes à notre recherche.

Je laisse échapper un grognement et ouvre la porte. J’imagine qu'elle a raison.

Une certaine anticipation plane dans l’air quand nous sortons dans le couloir. Je ne me souviens pas de la dernière fois où nous avons organisé un événement de cette ampleur, mais je sais que Lyam était encore à l'école.

Lyam. Seigneur.

Nous ont-ils menti en nous disant qu’il était en sécurité ?

Mais je dois me concentrer sur la mission qui m’attend.

Pas une trace de poussière sur les meubles, les lignes laissées par le passage de l’aspirateur sont toujours visibles, et on pourrait presque croire que ma mère a astiqué les lustres en cristal suspendus aux plafonds cathédrales tant ils brillent. Notre personnel de cuisine a probablement travaillé vingt-quatre heures sur vingt-quatre pendant plusieurs jours d’affilé en prévision de la réception de demain. Si Lyam était là, il aurait déjà trempé ses doigts dans la crème fouettée ou goûté un hors d'œuvre.

Je le ramènerai, et je trouverai celui qui a fait ça.

- J'ai tout lu sur les différences entre les mariages américains et les mariages français dans un magazine, me dit Nicolette alors que nous descendons. J'ai hâte de voir le cortège.

Lors des mariages parisiens, le marié va généralement chercher sa femme à leur futur domicile avant la cérémonie. Le cortège est conduit par des musiciens, la mariée et son père. Et lorsqu’ils se dirigent vers l'église, les enfants ouvrent la voie avec des rubans blancs qu'ils tendent en travers de la route, une sorte de barrière pour la mariée. Celle-ci coupe les rubans avec des ciseaux en se dirigeant vers l'église, symbolisant le fait qu'elle se fraie un chemin à travers les obstacles qui pourraient menacer le bien-être de son mariage. Lors du mariage de ma cousine Ambre, elle a utilisé un chalumeau, mais sa petite sœur Céline est passée sous les rubans.

Ambre est celle des deux qui est toujours mariée.

- J’ai hâte de goûter le croquembouche, dit Nicolette en me lançant un clin d'œil. On a des gâteaux de mariage aussi aux États-Unis, mais une pyramide de choux à la crème, c’est tellement mieux ! À moins qu’ils aient choisi de ne pas respecter la tradition, vous pensez qu’ils ont préféré prendre des macarons ?

Je hausse les épaules. Je n'en ai aucune idée.

- Ma famille est plutôt traditionnelle, lui dis-je.

- J’avais bien compris.

Je n'aime pas l'idée de devoir la partager ce soir, que d'autres puissent poser les yeux sur elle et profiter de sa beauté. Avant d'entrer dans la salle de bal pour assister à la répétition, je la tire vers la porte du bureau de mon père. Je prends son visage entre mes mains. Les voix des invités nous parviennent maintenant. Au lieu de me réprimander ou de rougir d'embarras, elle sourit d’excitation.

- Embrassez-moi, alors.

Je soulève son menton, ma bouche à un souffle de la sienne. C’est un véritable délice de la voir entrouvrir les lèvres et fermer les yeux, comme un battement d’ailes de papillon. Je dépose un baiser sur une paupière, puis sur l’autre. Des voix se rapprochent. J’effleure sa joue de mes lèvres. Je la sens se crisper. Et quand les voix semblent presque parvenues à notre hauteur, je pose ma bouche sur la sienne.

Puis... plus rien.

- Où sont-ils allés ? demande Nicolette, ouvrant grand des yeux inquisiteurs.

- À l'entrée du hall, à droite... Je pointe mon doigt par-dessus son épaule. Nous venons de passer devant.

- Alors vous saviez que personne ne nous surprendrait.

- C'est plutôt que j'en ai rien à foutre qu'on nous voit, dis-je en haussant les épaules.

- Ah, dit-elle doucement, presque pour elle-même. Peut-être que moi aussi, je devrais prendre cette habitude.

- Ce n’est pas ce que tout le monde fait ?

Je ne lui dis pas ce que je pense vraiment, que ce dont j'ai besoin, c'est de l’avoir elle dans ma vie.

Mais il nous faut aller parler aux invités, élaborer des plans et obtenir les informations dont nous avons besoin.

Nous retournons dans le grand hall.

- Ce soir, nous sommes en petit comité, lui dis-je. Demain, il y aura des centaines d’invités. Ce qui est parfait, j’aurai moins de mal à parler à mon cousin.

- Des centaines d’invités ? murmure-t-elle.

Peut-être avons-nous finalement trouvé quelque chose qui lui fait peur.

- Ne te préoccupe pas de cela, lui dis-je à mi-voix. Tout ce que tu auras à faire, c’est te concentrer sur moi et bien te tenir.

Elle me regarde avec des yeux brillants.

- Vous dites ça comme si c’était facile à faire.

 

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