Possède-Moi: Dark Romance et Mafia (Les Maîtres de la Corse) (French Edition)
Épilogue
OceanofPDF.com
Nicolette
U N an plus tard
- Deux espressos, s'il vous plaît, demande Fabien dans un anglais impeccable. Ça va tellement bien avec son déguisement de touriste américain que ça m'excite un peu.
- Tout de suite, monsieur, répond la serveuse, également dans un anglais parfait.
Fabien sort de l'argent liquide et le lui tend avec un regard confus.
- Faut-il laisser un pourboire ?
Quand la serveuse lui lance un regard condescendant, Fabien me fait un petit sourire, comme s'il s'agissait d'une blague entre nous. Ce que la serveuse ne sait pas, c'est qu’il le sait très bien. Il sait qu'on ne laisse pas de pourboire au personnel, mais quand celui-ci refuse, Fabien fait semblant de prendre un air contrit.
Fabien n'est pas plus américain que je ne suis blonde - mon déguisement du jour absolument fabuleux - mais cela nous amuse. Je porte un jean déchiré moulant et un T-shirt blanc arborant un drapeau américain tendu sur ma poitrine incroyablement généreuse. Les inserts mammaires sont vraiment plus amusants que les perruques. Aujourd’hui, j’ai une tignasse blonde et bouclée qui m'arrive presque aux fesses. Des extensions de cils et du rouge à lèvres rose vif viennent compléter l’ensemble.
Je lui fais un clin d’œil. Il est sexy comme l'enfer dans son sweat à capuche, son tee-shirt délavé et son jean déchiré. Je voudrais lui sauter dessus, avec ses allures de touriste décontracté, ici et maintenant. Ainsi vêtu, il presque aussi sexy que lorsqu’il avait enfilé cette panoplie du parfait professeur, que nous avions d’ailleurs étrenné dans le placard du couloir. Mais pour l'instant, il incarne le parfait stéréotype du touriste américain : son téléphone est en mode caméra, il parle fort, essaie de donner des pourboires à tout le monde, et sourit beaucoup.
Maintenant que j'y pense, le sourire ne fait plus partie de son rôle.
Il sourit quand on marche main dans la main.
Il sourit quand il se réveille à mes côtés.
Il sourit quand personne ne le voit, parce que Fabien Gérard est heureux.
Et moi aussi.
Tellement heureuse.
Je me réveille tous les jours à côté de l'homme de mes rêves. Bien sûr, notre relation n’est pas des plus conventionnelles. Son travail est… particulier. Il fait fi de la loi comme si c'était un jeu d'enfant, et il lui arrive parfois de rentrer à la maison fatigué et troublé.
Je ne pose pas de questions. Je ne veux pas de réponses, pas vraiment. J'ai découvert que nous avions des affinités avec sa mère, et elle m’a beaucoup appris : ne pose pas de questions si tu ne veux pas connaître les réponses.
Alors je n’en fais rien. Je me glisse sur ses genoux et je l'embrasse. Je le déshabille et l’entraîne jusqu’au lit. Nous faisons l'amour tendrement jusqu'à ce que les problèmes de la journée tombent comme nos vêtements, jetés, oubliés dans la certitude tranquille de notre amour.
« Quand les bons Américains meurent, ils vont à Paris », a dit Oscar Wilde.
Cela me plaît.
Fabien et moi fréquentons sa maison à Paris, et je ne m'en lasse vraiment pas. C'est comme un petit coin de paradis. Paris est une ville magnifique, qui regorge de culture et d’histoire, et dynamique. Et j’adore sa famille. Si Lyam est imprévisible et sauvage et qu'il a l’art de toute rendre excitant, Fabien est autoritaire, responsable et d’une loyauté sans faille, Thayer, lui, a un petit côté connard grincheux. Je ne sais toujours pas trop quoi penser du fait soit à la tête d’une maison spécialisé dans la relation en maîtres et esclaves... Je veux dire, le moi d'avant aurait été horrifié, mais... disons que je vois qu'il y a de nombreuses facettes de la vie que je n'aurais peut-être jamais vues avant, si ce n'était pour Fabien.
Je commence donc à l’apprécier.
En quelque sorte.
Je ne suis pas sûr d'aimer la façon dont il regarde ma sœur, alors je fais ce que je peux pour la tenir éloignée de lui.
Savannah et moi avons envisagé d'acheter une maison à Paris pour elle, mais nous avons réalisé que nous aimions la flexibilité que nous apportait la location d'un appartement. Pour l'instant, en tout cas. Nous avons fait des folies avec l'argent que j'ai gagné, mais j'ai fait de mon mieux pour rester prudente en investissant et en mettant de l’argent de côté.
Savannah passe la plupart de son temps à Paris, et depuis la semaine dernière, elle a commencé des études supérieures. Je n'ai jamais vu ma sœur si heureuse. Elle n'a aucune idée de ce que j'ai fait pour gagner cet argent et ne le saura jamais. Pour elle, la famille Gérard est en lien avec la mafia française, mais elle n’a pas besoin d’en savoir plus que ça.
- Asseyons-nous ici, dit Fabien en me faisant un clin d'œil. Tenant à la main deux assiettes, chacune contenant un croissant et une petite tasse d'expresso dont l'arôme me met l'eau à la bouche, il tourne la tête en direction d’un coin du café qui nous est familier.
C'est la table à laquelle nous nous étions assis la première fois. Où nous avions parlé de nos familles et de nos passés, de philosophie et de littérature. Où j’avais vu pour la première fois le gentleman sophistiqué aux manières impeccables et à la voix capable de faire fondre les culottes.
- Qu’y a-t-il de si drôle ? demande-t-il.
- Oh, rien.
D’un geste expert, il fait glisser les assiettes sur la table et se penche pour me pincer les fesses.
- Fabien ! dis-je dans un sifflement.
- J'ai demandé ce qu'il y avait de si drôle, dit-il, haussant les sourcils pour appuyer son propos.
Je me glisse sur mon siège pour qu'il ne puisse me pincer à nouveau et prends mon expresso.
- Je réfléchissais, dis-je en gloussant dans ma tasse. Je parle à voix basse, je ne veux pas compromettre notre couverture. Nous avons une mission à accomplir aujourd'hui. La dernière fois que nous sommes venus ici, je t’ai pris pour un parfait gentleman, dis-je.
- Beaucoup de choses ont changé en un an, dit-il en s'asseyant en face de moi.
Beaucoup.
Nous avons vendu la Maison. Une partie des femmes, dont Cosette et Gwen, ont déménagé pour travailler avec Thayer. Nous avons gardé le contact mais nous ne sommes pas revenus souvent. Notre séjour en Corse l’année dernière a été le plus long. Nous ne sommes revenus que pour rendre visite à tout le monde, nous assurer que les filles se sentaient bien chez Thayer, et parce que la rumeur nous était parvenue que la famille Lyon avait reçu un message anonyme à propos d’un rendez-vous concernant le talisman. Apparemment, personne n'a encore découvert où se trouve le vrai.
Mais personne ne le trouvera jamais.
Le vrai talisman appartient à mon mari.
Mon mari.
Je souris en regardant mon alliance, le seul bijou que je porte et qui ne fait pas partie de mon déguisement.
Fabien me prend la main.
- Tu es à moi, dit-il en passant son pouce sur la bague, à voix si basse que moi seul peut l’entendre.
JE SUIS ASSISE en face de Gwen dans le salon. Thayer, le maître de cérémonie, fait les cent pas derrière nous.
Je n'ai jamais vu un endroit tel que celui-ci. Officiellement, le Luxe est un hôtel de luxe.
Niché discrètement à distance de la ville sur la côte d'Ajaccio, seuls les membres et les invités privilégiés sont autorisés à franchir le portail situé à cinq cents mètres de l'entrée principale. En arrivant, la première impression est celle d’un hôtel de luxe comme les autres : miroirs argentés étincelants, lustres scintillants, sols en marbre brillant. Je me tourne vers le son apaisant de l'eau qui coule pour découvrir une véritable cascade, bordée de pierres blanches et argent, située le long d'un mur. Le hall est meublé d'élégants fauteuils en cuir blanc mat.
Mais cet hôtel n’a rien d’ordinaire.
Tout d’abord, il n'y a pas de chambres individuelles, seulement douze suites bien aménagées et au style décadent. Gwen et Cosette vivent dans le luxe et se partagent une suite au deuxième étage.
Au rez-de-chaussée, une conciergerie et le bureau des grooms, qui mènent à un large couloir avec des ascenseurs qui ronronnent presque lorsqu'ils s'ouvrent.
- Service de chambre, chuchote Cosette. Je te jure, Nicolette, les serviettes sont si épaisses et qu'on a l'impression d'être enveloppé dans des nuages.
Mais ce n’est pas seulement le lieu qui sort de l’ordinaire. Jamais je n’avais vu de tels clients. Le parfum du luxe et de l’opulence, du prestige et du pouvoir plane dans l’air.
Le parfum du sexe.
- Comment tu te sens ici ? dis-je à Gwen à mi-voix en me penchant vers elle.
- Oh, c'est plutôt pas mal, dit-elle d'un geste désinvolte de la main. Si on aime ce genre de choses…
Fabien m'a fait découvrir qu'en effet, j’aimais ce genre de choses.
Avec lui, bien sûr.
- Toutes ces choses dont nous pouvons profiter gratuitement, poursuit-elle en chuchotant. Les suites sont plus grandes que certaines maisons de ma connaissance. Nous avons une piscine gigantesque avec d'immenses fenêtres qui donnent sur la mer. Un spa ouvert vingt-quatre heures sur vingt-quatre, un salon, une salle de sport entièrement équipée. Ces adorables petits mini-réfrigérateurs dans les chambres, remplies de petites bouteilles de vin et d'eau gazeuse et de snacks.
Elle ouvre de grands yeux comme le ferait un enfant.
- Mais tout cela a un prix, Cosette, lui rappelle Gwen.
- Oh, je sais... dit-elle en se mordant la lèvre. Mais je vois que ces dernières paroles lui ont donné réfléchir.
À quelles exigences faut-il se plier pour devenir l'esclave d'un maître ? Le travail que nous exercions comme travailleuses du sexe était-il plus facile ?
Joëlle est partie travailler chez son cousin à Amsterdam, mais Gwen et Cosette ont toutes deux décidé temporairement de travailler ici. Mais cela commence à faire un moment maintenant…
Thayer et Fabien discutent à voix basse. Je ne sais pas sur quoi ils travaillent en ce moment, et honnêtement, je m'en fiche un peu. Le téléphone de Thayer sonne, Lyam entre et fait un clin d'œil à Cosette. Il s'éloigne, ses chaussures claquant sur le marbre du sol, puis appuie sur le bouton de l'ascenseur.
- J'ai bien vu ce qu’il venait de faire, dit Gwen. Cosette se mord la lèvre et secoue la tête.
- Laisse tomber, Gwen.
- Jamais de la vie.
Je les regarde à tour de rôle tandis que Fabien et Thayer continuent de parler.
- Tu as quelque chose à me dire ? dis-je à Cosette.
La voyant rougir, je comprends que j'ai touché un point sensible.
- Nicolette, murmure-t-elle en se rapprochant pour que je sois la seule à l'entendre.
- Oui ?
- Il aime... il m'a dit qu'il aimait... il aime les animaux de compagnie, balbutie-t-elle.
Je me force à réprimer un sourire, mais je ne veux pas qu'elle pense que je me moque d'elle.
- Qui, ma chérie ? lui dis-je en chuchotant.
- Ly.. Lyam, balbutie-t-elle, en secouant la tête.
- Je suis au courant. Il a des serpents, ce genre de bestioles le passionne, dis-je avec une grimace, mais elle secoue la tête avec véhémence.
- Nicolette, gémit-elle. Non. Pas ce genre d'animal de compagnie.
- Oh. Oh. Je cligne des yeux. Eh bien... Je crois que je ne suis pas au bout de mes surprises.
J’ai parfois l’impression de vivre dans un monde parallèle.
Je me demande si je ne devrais pas demander à Fabien de rentrer à Paris. L'idée même que Savannah, ma petite sœur, puisse un jour savoir ce genre de choses...
- Nicolette.
Je lève les yeux pour voir Fabien qui me regarde, de ce regard qui fait battre mon cœur. Ce regard qui me dit que je suis tout pour lui. Que je lui appartiens.
- Oui ? dis-je d’une voix un peu hésitante. Il me faut une minute pour me rappeler pourquoi. Je parie que les deux lignes roses qui sont apparues sur mon test ce matin, et dont j'ai bien l'intention de lui parler ce soir au dîner, ont quelque chose à voir avec ça.
- Tu as entendu ce que Thayer vient de me dire ?
Je tourne la tête pour voir le regard sévère de Thayer.
Un regard de grincheux.
- Non, pourquoi ?
Fabien sourit. Je sens mon cœur se serrer dans ma poitrine.
- On a besoin de nous pour une nouvelle mission, dit-il.
Je me lève et j'étouffe un cri. Quelque chose dans le hall du Luxe qui me donne envie de paraître raffinée et sophistiquée et... de dégouliner le fric, il faut bien l’admettre.
- Vraiment ? dis-je en essayant de paraître amusée.
Il sourit.
- Oui. Et maintenant, ramène ton cul ici, qu’on aille choisir notre tenue de soirée.
Notre code pour nos déguisements.
Je me dirige vers lui et le laisse me prendre par la main. Nous marchons ensemble vers la sortie.
Vers notre destination.
Vers le reste de notre vie.
OceanofPDF.com