Possède-Moi: Dark Romance et Mafia (Les Maîtres de la Corse) (French Edition)
Chapitre 17
DIX-SEPT
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Nicolette
PENDANT UN COURT MOMENT, j’ai l’impression que tout autour de nous s’est ralenti. Quand il a pris mon menton dans sa main. Qu’il m'a demandé si je lui faisais confiance. Qu’il s’est penché sur moi comme pour m'embrasser.
Mais la magie s’est dissipée. Et j'ai une tâche à accomplir.
Il a dit qu'elle était sexy.
Est-ce qu'il me trouve sexy ? Est-ce qu'il a aussi... comment a-t-il dit... des goûts sûrs ?
Alors que nous marchons côte à côte, je réalise que les couples que nous croisons se rendent peut-être au même endroit que nous.
Une femme porte un délicat collier en cuir, de ces colliers que l’on mettrait autour du cou d’un chat, assorti d’une fine chaîne dissimulée dans la paume de la main de son partenaire. Un autre couple, les mains enlacées, porte une tenue en latex noir brillant qui épouse parfaitement la forme de leurs corps magnifiques et musclés.
Et parmi eux, certains font-ils partie de la famille Lyon ?
- Elle est là, devant nous, dit Fabien à voix basse pour que moi seule puisse l’entendre.
Une grande blonde aux longues jambes, vêtue de noir et de rouge, comme Thayer nous l’a précisé, si tant est que l’on puisse parler de vêtements tant ils sont courts, s’approche de nous. Le haut n'est rien de plus qu'un fin soutien-gorge en dentelle, associé à une jupe en cuir noir moulante et si courte que je pourrais distinguer la courbe de ses fesses si elles n’étaient pas couvertes par des cheveux d’une longueur impressionnante. Ses talons font facilement cinq centimètres de plus que les miens, et elle porte un tatouage rouge flamboyant sur le haut de la cuisse droite.
Il aurait pu nous prévenir, me dis-je.
Et nous envoyer quelqu'un d’un peu plus attirant.
Serais-je jalouse ? Pourquoi serais-je jalouse d'une femme que je ne connais pas ? Pourquoi me soucierais-je de ce que pense Fabien ? Ce n'est pas sa petite amie, ni même quelqu’un qui compte à ses yeux.
C'est juste quelqu'un qui est payé pour faire un travail.
Et soudain, mon cœur se serre en pensant que c’est également mon cas.
Il faut que je me protège si je ne veux pas avoir le cœur brisé. Je ne peux pas tomber amoureuse de lui.
Mais c’est trop tard.
Je réprime une envie soudaine de pleurer car je sais bien que je ne suis rien à ses yeux. Je ne suis qu’un moyen pour lui d’arriver à ses fins.
Je devrais me trouver quelqu'un qui me protégera.
Et une idée soudaine vient saper ma détermination.
Lui me protégera
Savannah a besoin de moi.
Savannah.
Il faudra que je m’assure qu’elle va bien dès que nous aurons accompli notre mission.
Il faut que tu le fasses pour Savannah.
Nos pas résonnent sur le trottoir alors que nous nous rapprochons d’elle. Elle est parfaitement formée pour ce travail et hausse à peine les sourcils. Elle porte un grand sac en bandoulière sur l’épaule.
En me voyant, elle reste parfaitement immobile et se contente de détourner le regard pour regarder Fabien qui se tient toujours à côté de moi.
Tu oses le regarder, salope ?
Il est à moi.
Alors que nous ne sommes plus qu'à quelques pas d’elle, je serre plus fort la main de Fabien. Mon cœur bat la chamade.
- Ah, vous voilà, dit-elle en français.
- Bonjour ! dis-je en prenant ses deux mains dans les miennes et en levant les yeux vers elle, car elle est indéniablement plus grande que moi. N'oublie pas que ce n’est qu’un travail.
- Main gauche, me murmure-t-elle à l’oreille en glissant un petit sac en velours dans ma paume. Comme prévu, je lève la tête et lui fait la bise, une vague de parfum m’envahissant les sens. Sa chaleur et le charme qu’elle dégage me donnent soudain envie de mieux la connaître. Qui est cette femme qui obéit aux ordres de Thayer ? Fait-elle partie de celles que Fabien qualifie d’esclaves consensuelles ? Elle a pourtant l’air si solide, si puissante que je peine à comprendre comment une telle personne pourrait accorder sa confiance absolue à un homme comme Thayer.
- Merci beaucoup.
Et aussi vite qu'elle m'a saluée, elle me laisse m’écarter et Fabien reprend sa place à mes côtés.
- Au revoir, nous lance-t-elle d’une voix roucoulante. Autour de nous, les passants vont et viennent. Certains entrent par la porte qui se trouve dernière moi, d’autres en empruntant un escalier. Personne ne semble regarder dans notre direction.
Fabien claque des doigts.
- Nicolette.
Vient-il vraiment de m’appeler en claquant des doigts ? J'ouvre la bouche pour protester, mais ses recommandations me reviennent à l’esprit.
Je suis son esclave maintenant.
Nous sommes travestis.
Et nous devons entrer dans nos rôles dès maintenant.
Je me retiens de répondre et souris doucement.
- Oui, monsieur ?
- Ici. D’un doigt, il me fait signe de venir me poster à côté de lui. Je sens le poids du talisman peser dans ma poche tandis que j'obéis. Je laisse mes mains pendre à mes côtés alors que nous entrons dans le club.
- Montre-moi, dit-il dès que nous sommes à l'intérieur, cachés derrière la porte. J’espère que ça ressemble bien à l’original.
Avant de venir ici, j'ai fait quelques recherches. Je sais qu’il s’agit d’un sphinx en quartz et qu’il est suffisamment petit pour tenir dans la paume de la main. Un objet ancien et serti de pierres précieuses. Napoléon voulait quelque chose d'unique, qu’il serait le seul au monde à posséder. Et cet objet est très différent de tout ce qui avait pu être fait auparavant.
J'ouvre la petite poche en velours et fait glisser l’objet dans ma main.
- Mon dieu, murmure Fabien. C’est vraiment ressemblant, tu ne trouves pas ?
- D'après ce que j'ai vu en ligne, complètement. Et il pensait vraiment que ça lui portait chance ?
- Oui, dit-il en jetant un coup d'œil à sa montre. Il faut qu’on y aille. Allons-y.
Pense-t-il lui aussi que le talisman lui portera chance ?
Il prend la réplique et la glisse dans sa poche tandis que nous progressons main dans la main le long d’un couloir étroit, et passons un hall orné de tant de miroirs que j'en suis presque gênée, jusqu’à une série de doubles-portes sur la gauche menant à deux ascenseurs.
- Vous semblez presque savoir où vous allez, dis-je en essayant de cacher mon désarroi. Vous êtes déjà venu ici ou je me trompe.
Il ne t’appartient pas. Tu es là pour le travail. Pense à Savannah.
- Oui.
Ce n'est pas juste d’être jalouse qu’il soit déjà venu ici.
- L’Underground n'appartient donc pas à la famille Lyon?
- Pas du tout. Plusieurs autres familles fréquentent les lieux aussi.
Font-ils tous partie de la mafia ? Je suppose qu’en toute logique, crime organisé, perversion et exercice du contrôle vont de pair.
- Quand je claque des doigts, tu t'agenouilles, dit-il en murmurant doucement.
Je cligne des yeux.
- Pardon ?
Je devrais être révulsée à l’idée de m’exécuter. Je devrais me taire et obéir juste parce que je m’y suis engagée, mais au fond de moi, je dois bien admettre que je suis… intriguée.
- Nous n'avons pas le temps, explique-t-il. Si nous avions eu le temps que nous avions prévu au départ, nous aurions déjà passé en revue tout cela, mais malheureusement, ce n’est pas le cas, donc pour l'instant, souviens-toi simplement d’exécuter mes ordres à la lettre.
- Ok... dis-je en déglutissant.
- Si tu me désobéis, je te punirai, et je doute que ce soit le genre de punitions que tu apprécies.
Oh, il y aurait donc un genre de punitions que j’apprécierais, et un autre qui ne serait pas ma tasse de thé ?
J'acquiesce, prenant note de ses instructions, mais mon cerveau reste comme hypnotisé, attendant qu’il m’en donne l’ordre.
M’agenouiller, vraiment ?
- Oui, monsieur, dis-je, non sans une certaine impatience.
- Est-ce une remise en question de mes ordres que sens poindre dans ta voix ? dit-il en resserrant ses doigts autour des miens. Tu me plais énormément, ajoute-t-il.
Cela fait-il partie du rôle qu’il joue, ou le pense-t-il vraiment ?
Joue-t-il la comédie ou est-ce bien réel ?
Des célibataires et des couples passent devant nous. À côté de moi, les bribes d’une conversation prononcée à mi-voix me parviennent. Les deux hommes à côté de moi se regardent, incapable de détacher le regard l’un de l’autre, comme s'ils étaient seuls au monde, même s’ils suivent le mouvement de la foule.
J’ai envie de lui. Tellement que ça me fait mal. Ça me ronge comme si j’avais l’estomac vide.
Contre toute attente, mon cœur bondit dans ma poitrine.
Peut-être est-ce le fait que nous soyons dans ce lieu. Peut-être que c'est parce que je ne veux pas que les moments qu’il nous reste à passer ensemble arrivent à leur fin. Peut-être ai-je peur, et qu’une part de moi sait que je suis amoureuse. Et ça faisait vraiment très très longtemps que cela ne m’était pas arrivé.
Je me reprends et tâche de me rappeler pourquoi je suis ici, ce que je dois faire. Je mets en sourdine ce désir inassouvi et je cherche un signe de la famille Lyon. Nous n'avons plus le temps. Je ne sais pas à quoi ils ressemblent, ni où ils seront, mais c’est alors que je réalise que Fabien, lui, le sait.
Il me suffit de le regarder.
Je ne suis pas le genre de femme à avoir besoin d'un sauveur, mais je mentirais en affirmant qu’au fond de moi, je n’espère pas… je ne désire pas…
Fabien m'attrape si soudainement que je n'ai même pas le temps de réagir. Il m’attire contre lui et passe ses doigts dans mes cheveux, me tirant la tête en arrière pour que je lui fasse face. Sans prévenir, sa bouche s'écrase contre la mienne dans un baiser sauvage. Nos lèvres s’entrouvrent, nos langues s'emmêlent. Il me tient la tête entre les mains tandis qu’il m’embrasse sauvagement, mettant à mal mes défenses déjà vacillantes.
Ses mains sont dans mon cou, sur mes épaules, elles parcourent mon corps comme s'il voulait en mémoriser chaque cellule. Arrivé à hauteur de mes fesses, il les saisit et me soulève à bras le corps. J’enroule mes jambes autour de lui et il continue à avancer ainsi, toujours unis dans un baiser qui me donne l’impression de m’être fondue en lui.
Quand il s’écarte enfin, je suis essoufflée, mais la pause n’est que de courte durée.
- Tu es à moi. Regarde-moi. Ne regarde rien d'autre que moi.
Heureusement qu'avec nos tenues extravagantes et notre attitude désinhibée, nous sommes parfaitement à notre place ici, car personne ne nous accorde le moindre regard.
Je le regarde fixement, les yeux plongés dans les siens, et j'ai envie de pleurer. Une file de personnes pénètrent dans l’Underground. Et à mesure qu’elles entrent, l'atmosphère dans la pièce se fait plus tendue. Les conversations se font plus discrètes et certains couples se rapprochent.
- La famille Lyon est arrivée, m’explique Fabien en murmurant à mon oreille.
Je sens la tension monter. Je déglutis et je hoche la tête contre son torse.
- Oui, monsieur.
- Quelle bonne fille tu es, dit-il avec approbation en déposant un baiser sur ma joue. Il me laisse glisser le long de son torse pour me reposer à terre, en profitant pour s'assurer que chaque centimètre de mon corps le touche au passage.
- J’avais cru que la dynamique maître-esclave excluait les compliments, lui dis-je à voix basse tandis qu’il me tient la tête. J’avais cru… que le maître ne se préoccupait pas du bien-être de son esclave.
- Il n’y a pas de règle, murmure-t-il. Et de toute manières, je n'aime pas les étiquettes, et les seules règles que j'aime sont celles que je pose à ton intention. Serait-il possible que tu sois mieux informée que je le pensais ?
- Peut-être est-ce à vous de le découvrir.
Le regard qu’il me lance est l’unique avertissement qu’il me donne avant la claque qui vient me cingler les fesses, devant tout le monde. Je réprime un cri, mais personne ne regarde dans notre direction.- C'est le moment, murmure-t-il à mon oreille.
- Le moment de...
À son claquement de doigts, je m’immobilise ;
Je retiens ma respiration et m’agenouille. Je déglutis en réalisant que mes yeux sont directement à la hauteur de sa ceinture.
Les souvenirs de ce qu’il m’a fait avec cet objet ressurgissent.
Je remarque la présence de crans argentées sur la ceinture que je ne me souviens pas avoir vus auparavant. Une clé en métal est suspendue à l’un d’eux.
- Voilà comment tu dois t'agenouiller, dit-il à voix haute, sans même prendre la peine de chuchoter cette fois. Il s’accroupit devant moi et saisit mon menton entre son pouce et son index, le baissant vers ma poitrine. Les fesses sur les pieds, les mains sur les genoux et le menton sur la poitrine, ordonne-t-il.
Je rectifie ma position pour satisfaire ses exigences.
- Là. Très bien. Et quand je t’ordonne de t'agenouiller, c'est ce que j'attends de toi. Compris ?
Je dois tenir mon rôle.
J'acquiesce et déglutis quand il passe ses doigts dans mes cheveux et tire.
- Excuse-moi, je n’ai rien entendu ?
- Oui, monsieur.
Mon pouls s'accélère et je sens une chaleur se répandre sur ma peau comme si quelqu'un avait craqué une allumette. Ce contrôle parfait qu’il exerce sur moi... la menace qui plane dans sa voix... la concentration dont il fait preuve.
Il joue un rôle. Il joue un rôle…
Pourquoi aimerais que ce ne soit pas le cas ? Je comprends tout à fait le principe de ne pas laisser quiconque poser les yeux sur moi, et j’ai déjà eu ma part d’échanges coquins, mais je n’avais jamais rien vécu de tel auparavant.
Et jusqu'à cet instant, je ne pensais absolument que je pourrais jamais en avoir envie.
Quand mes yeux croisent les siens, il tourne rapidement la tête pour regarder vers un coin de la pièce où quelques personnes se sont rassemblées, installées sur des chaises et des canapés rembourrés à l’air confortable. De là où je me tiens, j’ai un angle de vue différent sur la scène.
- Non, dit-il subitement. Je lève à nouveau les yeux vers lui et le vois regarder à nouveau en direction d’une porte derrière laquelle tout le monde est assis.
Deux hommes montent la garde de chaque côté, les mains dans le dos. Des gardes du corps ? Un homme vêtu de noir tenant une femme au bout d’une chaîne passe devant eux. Fabien me fait un petit signe de tête.
Il semblerait que nous ayons trouvé le propriétaire de notre talisman.
D'un simple geste, il me relève.
- Mais où va-t-il ? lui dis-je à l’oreille.
- Dans la salle libre, dit-il en poussant un juron
Je ne me souviens pas avoir payé pour entrer. Qu’entend-il par salle libre ? Parfois, j’ai l’impression de ne pas comprendre les termes qu’il emploie.
- Est-ce qu’on a payé pour entrer ? Heureusement, il y a assez de bruit ici pour que personne ne m’entende chuchoter.
Il acquiesce.
- Oui, je m'en suis chargé. Mais libre ne veut pas dire gratuit dans cet endroit.
Mon cœur bat plus vite. Mais de quoi parle-t-il ?
- Ah bon ?
- Cela veut dire que toutes les personnes qui entrent dans cette pièce peuvent être utilisées par ceux qui veulent d’elles. Ce sont généralement des personnes célibataires ou des échangistes, tu vois ce que je veux dire. En général, les couples n’y vont pas.
Je sens la crainte m’envahir, mais je dois me résoudre à accomplir la tâche qui m’attend. Ce n’est pas maintenant que je dois faire marche arrière.
Ce n’est qu’un travail. Rien qu’un travail.
Fabien lance un regard hostile en direction de la porte, comme s'il aurait voulu y mettre le feu.
Il nous faudra prétendre être en accord avec ce qui s’y passe si nous voulons pouvoir mettre la main sur le talisman. Si nous voulons sauver son frère. Et si voulons faire ce pour quoi nous sommes là.
Je suis là pour gagner la somme qu’il m’a promise, me dis-je, mais ce vague écho semble avoir perdu tout attrait.
Cela ne faisait pas partie du plan.
Une idée me traverse soudain l’esprit.
À côté de nous, trois personnes entrent dans la pièce, et ceux qui sont présents les saluent bruyamment. Il semblerait qu’elles jouissent d’une certaine popularité, et je profite du tumulte pour parler à Fabien.
- Nous pourrions simplement filer d’ici et leur donner la copie, lui dis-je à voix basse. On pourrait prétendre qu’il s’agit du vrai talisman et récupérer ton frère.
- Impossible, dit-il, l’air contrarié. Il ne fera pas illusion bien longtemps et ne pourra servir de doublure que de loin. N’importe qui l’examinant de près s’en apercevra rapidement.
Merde.
- Allons-y alors, dis-je en chuchotant. De toutes manières, nous ne sommes pas vraiment un couple, alors qu’importe que je joue la comédie avec d’autres. Mais à la manière dont il continue de me fixer, je réalise que ce n’est probablement pas une bonne idée.
Se pourrait-il qu’il ait vraiment des sentiments à mon égard ? J’ai l’impression d’être en train d’effeuiller une marguerite… Il m’aime, un peu, beaucoup, à la folie… pas du tout.
- Tenons-nous en au plan, dit-il d’une voix étouffée. Mais autant te prévenir, je ne te partagerai pas. Nous allons entrer dans cette pièce et trouver le moyen d’échanger les deux statuettes en tachant de nous fondre dans la foule. Et si quelqu’un essaie de t’acheter…
- Il vous suffira de leur dire que vous venez de le faire, dis-je. Nous échangeons un regard en silence. Les secondes s’écoulent lentement tandis qu’un feu s’allume dans ses yeux.
Je n’ai rien fait de plus que d’énoncer une situation bien réelle, alors pourquoi cela me fait-il si mal de prononcer ces mots ?
- Dis-lui que tu es déjà prise, me corrige-t-il.
Il y a une différence subtile entre les deux, mais je n’arrive pas vraiment à la saisir.
- Très bien, dis-je avec un haussement de tête.
Il passe devant moi, ce qui semble être la règle ici sachant qu’il est mon maître. À mesure que nous avançons, les bruits s’estompent. Tout est beaucoup trop calme, et ce calme est presque sinistre. J’ai les mains froides et mes genoux tremblent alors que j’avance à côté de Fabien.
- Reste derrière moi. Et suis mes instructions. Garde les yeux au sol. Bien.
Ici, c’est lui qui commande. Il est mon maître.
Un sentiment intense, presque viscéral me traverse. Un désir étrange, soudain et incroyablement érotique d’obéir à l’homme que j’appelle Maître. De le laisser prendre la direction des opérations. De garder la couverture de nos rôles le plus longtemps possible.
Je ne peux laisser le désir prendre le pas sur la tâche qui m’attend. Je ne peux me laisser séduire par le fait qu’il semble se soucier de moi ou par le contrôle et la propriété qu’il exerce sur moi.
Par la pensée que peut-être, il a des sentiments pour moi. .
Si je ne protège pas mon cœur…
Nous arrivons devant la chambre. Je ne sais pas à quoi je m'attendais, mais en tous cas, pas à ce que j’y découvre. Il y a au moins trois fois plus de monde ici que dans l’autre pièce. Des hommes, des femmes et des personnages aux allures androgynes se mêlent et rient, socialisent et discutent. D'autres encore sont visiblement très portés sur le voyeurisme.
La pièce est emplie de l’odeur chaude et sucrée du sexe, une odeur de séduction. Des haut-parleurs invisibles diffusent de la musique, et le son de verres qui s’entrechoquent me parvient.
- À deux heures, dit-il à voix basse.
Notre cible.
- Bienvenue.
Je sursaute au son de la voix qui vient de retentir à côté de moi. Ai-je le droit de lever les yeux sans y avoir été autorisée ? J’imagine que non. Je me contente donc de fixer le sol et d’attendre que Fabien salue notre hôte d’un hochement de tête.
- Merci, dit-il.
- Puis-je voir votre carte d’accès ?
Tous ce que je parviens à distinguer de l’homme sont ses chaussures en cuir parfaitement cirées et son pantalon de ville. Je réalise alors qu’une autre personne se tient à côté de lui, vêtue à l’identique. S’agirait-il d’agents de sécurité ?
Je sens mon esprit s’emballer. Peut-être Fabien peut-il prétendre qu’il l’a oubliée dans la voiture. À moins que nos noms figurent quelque part. Ou que l’on puisse leur graisser la patte…
- Bien sûr.
Fabien sort une carte de la coque de son téléphone et la présente à l’homme.
Il savait, alors. Il avait tout prévu. Il était parfaitement préparé.
Le garde s'écarte et nous laisse entrer.
- Vous étiez au courant ? dis-je.
- Baisse les yeux. Si je dois encore te le rappeler, je te punirai.
Je baisse les yeux.
- Vous étiez au courant ? dis-je à nouveau.
- Et j’ai entendu.
Je cligne des yeux. Comment peut-il me parler ainsi ?
- Ça suffit, dit-il d'une voix basse et posée. Glacée.
Pardon ?
Je suis prise d’une envie subite de le frapper.
- Comment ça, ça suffit ?
- Arrête de jacasser. Ses mots sonnent comme une mise en garde.
J'ouvre la bouche pour lui faire une réplique cinglante, mais visiblement, je l’ai poussé à bout.
Il s’assied sur le rebord d’une chaise qui semble être sortie de nulle part et m’attire sur ses genoux. Je sens mes joues s’enflammer de honte à l’instant où je réalise ce qu’il s’apprête à faire.
J'ouvre la bouche pour protester mais je comprends que c'est inutile. Une esclave doit être soumise à son maître. Il a parfaitement le droit de la punir s'il le juge bon. Elle ne peut pas désobéir et si j'étais vraiment une esclave, je saurais que ce n'est qu'une question de temps.
Pourtant, je ne peux réprimer un juron à la première piqûre de sa paume sur mes fesses. À côté de moi, une femme est en train de sucer un homme, et ses gémissements approbateurs couvrent mes couinements pathétiques.
Je me tortille sur les genoux de Fabien, et je sursaute en sentant une nouvelle fessée s’abattre sur mes fesses. Putain, ça fait un mal de chien. Il ne marque pas de pause, ne me laisse pas la moindre chance de reprendre mon souffle et sa paume s’écrase en cadence, encore et encore.
Quand il me fait descendre de ses genoux et me place face à lui, je suis encore pantelante.
- Tu as envie de dire autre chose, maintenant ? me lance-t-il en me défiant du regard de ne pas tenter de repousser les limites.
Je secoue la tête et déglutis. Il attrape mes cheveux et les enroule autour de son poing. L’excitation, aussi puissante qu’un verre de whisky, monte dans mes veines. Mes seins se gonflent et je sens mon ventre se crisper.
Sa voix me fait l’effet de la lave en fusion quand il approche sa bouche de mon oreille.
- Tu as ouvert ta bouche comme si tu voulais me répondre. Tu es sûre que tu as fini ?
Je me demande à moitié s'il n'a pas manigancé tout ça juste pour pouvoir me faire ça.
- J'ai fini, dis-je à voix basse.
Mes seins me font mal et mon sexe palpite. Il en a fait plus en une demi-minute de domination qu'en une séance complète de pelotage.
- Bien, chuchote-t-il. Alors touche-toi.
J'ai tellement envie d'être libérée, de faire taire ces palpitations incessantes entre mes cuisses, que j'obéis sans réfléchir. Je me fiche qu'il y ait des gens ici. Je me fiche qu'ils puissent me voir. Un talisman ? Quel talisman ? Je presse mes doigts entre mes jambes et gémis au plaisir de ressentir cette première vague de soulagement.
- Mon dieu, jure-t-il dans son souffle. Mon dieu. Je veux te goûter. Je veux te dévorer.
Je cherche alors des yeux un endroit où je pourrais écarter les jambes pour lui quand j’aurai repris mes esprits.
Je me caresse à nouveau et bat des cils, soutenant son regard.
- Je sais, dit-il dans un râle, je sais. Je me caresse à nouveau et un frisson me parcourt le corps alors que mon désir se fait plus intense et que je me rapproche de l’orgasme.
Viens ici, gronde-t-il, et d’un coup sec, il m’attire contre lui et repousse ma main. C’est ma chatte grogne-t-il. Et ton orgasme m’appartient.
Avec des gestes experts, il glisse sa main dans le bas de mon ventre et écarte mes vêtements avec des gestes précipités, jusqu’à trouver l’entrée de ma chatte gonflée et trempée.
À la troisième caresse, je vole en éclats. À la quatrième, je n peux même plus tenir debout, et à la cinquième, je me convulse contre lui et me mords la lèvre pour réprimer l’envie de crier son nom.
Me tenant contre lui d’un bras, il porte ses doigts à sa bouche et les lèche négligemment avant de laisser échapper un profond gémissement, presque animal.
- À moi, bon dieu.
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