Possède-Moi: Dark Romance et Mafia (Les Maîtres de la Corse) (French Edition)

Chapitre 15

QUINZE

 

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Nicolette

LES PENSÉES se bousculent dans mon esprit. Nous allons atterrir dans quelques minutes en Corse quand le téléphone de Fabien sonne.

Je ne sais pas comment il fait pour pouvoir recevoir des appels en plein vol, mais vu ce dont il est capable, j’imagine que l’appareil est doté de toute la technologie nécessaire pour permettre ce genre de communications.

Thayer le regarde avec insistance.

- Les suspects ont été appréhendés à l'aéroport. Notre plan a fonctionné. J'essaie de recoller tous les morceaux.

Quelqu'un lui en veut, ou peut-être… nous en veut plus exactement ? Je ne suis pourtant pas assez spéciale pour mériter l'attention de quelqu'un, mais des choses plus étranges se sont produites depuis que Fabien est entré dans ma vie.

La ou les personnes qui s’en sont prises à nous aujourd’hui pourraient aussi avoir saboté notre avion lors de notre vol vers Paris et peut-être que ce sont les mêmes qui nous ont attaqués au retour. Intéressant qu'ils n'aient rien tenté durant notre séjour chez lui, à Paris.

On dirait que ses hommes ont capturé les suspects... si c'est comme ça qu'ils les appellent ? Tout cela me semble si étranger.

Je ne veux pas penser à ce qui pourrait se passer ensuite.

- Tu as fait envoyer une équipe en Corse ? lui demande Thayer.

- Bien sûr que oui, répond Fabien en lui lançant un regard noir. Ils sont en position.

- Pourquoi vous attaqueraient-ils à l'aéroport plutôt que chez vous ? dis-je.

- Pour différentes raisons, dit Fabien. Ils veulent pouvoir nier et rester crédibles si jamais nous les capturons et leur faisons passer un interrogatoire. Et il leur est plus facile de prendre la fuite en avion. Il n’y a rien de plus personnel que le domicile d’une personne, dit-il en levant les yeux au ciel. Pour l’effet dramatique.

La simplicité avec laquelle il m’a répondu me déconcerte un peu. Il n'a même pas eu à réfléchir.

Il raisonne exactement comme ceux qui ont essayé de nous tuer.

Cette prise de conscience me met particulièrement mal à l’aise.

- Nous allons bientôt atterrir.

Je ne sais pas si je me fais des idées, mais à la manière dont il regarde Thayer, j’ai l’impression qu’il préfèrerait qu’il disparaisse.

Je me demande ce qu'il me ferait si nous étions seuls.

Je suis à lui, après tout. J’ai conclu un accord. Il me paiera grassement quand notre mission sera accomplie.

Mais je me demande... cela en vaut-il vraiment la peine ? Dans quel état finirai-je quand tout sera fini ? Et qu’adviendra-t-il de nous alors ?

À ses yeux, je ne suis rien de plus qu'une prostituée qu'il a engagée. Je me suis donnée encore et encore, si souvent que j'ai parfois l'impression de ne pas m’être suffisamment préservée. Je me demande parfois si la fin justifie les moyens.

Peut-être ne suis-je pas digne des sentiments que je m’imagine qu’il a à mon égard.

- Nicolette.

Je sursaute au son de sa voix grave et me tourne rapidement vers lui.

Il se penche vers moi et pose une main chaude et puissante sur mon genou.

- Détends-toi. Tout est sous contrôle. Nos gardes du corps sont postés à toutes les entrées de l'aéroport, et mes hommes vont interroger ceux qu'ils ont pu capturer.

- Ils vont les interroger sur place ?

- Oui.

Je frémis à l'idée de ce qu’un homme comme Fabien peut bien entendre lorsqu’il parle d’interrogatoire. S’il a tué l’homme qui m’avait attaquée dans ma chambre.

- Un instant, Fabien. Avez-vous appris quoi que ce soit sur l’homme qui… je m’interromps, et mon regard se tourne vers Thayer.

- Parle, dit Fabien. Nous n’avons pas de secrets l’un pour l’autre.

- L'homme qui m'a attaquée. Celui que vous avez tué. Est-ce que nous savons quelque chose sur lui ?

Se pourrait-il que l'attaque contre nous soit une sorte de vengeance ?

- Oui. C'est la première chose sur laquelle j'ai demandé à mes hommes d’enquêter. Nous n’avons pas eu grand mal à trouver ce que nous cherchions. C'était un touriste récemment divorcé, il était ici pour affaires.

- Quelles affaires ?

- Tourisme. Il travaillait pour une agence de voyage.

- D’accord.

- Nous allons trouver qui a fait ça, Nicolette, dit-il en poussant un soupir. Mes équipes travaillent dessus.

J'acquiesce, mais je ne parviens vraiment pas à comprendre ce qui se passe. La seule chose que je comprends, c’est que j’ai un travail à faire, et vu la somme qu’il m’a promise, je peux le faire. Il veut le talisman, et je suis son ticket d’entrée pour y parvenir. C’est par le talisman qu’il est obsédé, pas par moi, et je suis ridicule de m’être laissée aller à... Oh, mon dieu, me dis-je en sentant une soudaine bouffée d’émotion mêlée de honte monter en moi. Je me suis laissé aller à tomber amoureuse de lui.

Je ne peux pas me le permettre. Le pire dans mon métier, c’est de nourrir des sentiments pour l’homme qui m’a achetée. Nous le savons toutes, nous qui travaillons dans ce secteur. Laisser les émotions interférer avec le sexe nous mène directement à notre perte.

Il faut que je cesse avant d'atteindre le point de non-retour.

Mais cette manière qu’il a de me toucher...

Cette manière qu’il a de me protéger. Je suis peut-être une femme forte, qui est arrivée jusqu'ici par ses propres moyens, mais je me mentirais à moi-même si je me laissais à penser ne serait-ce qu’une minute qu'une petite partie de moi ne veut pas être digne de la protection d'un homme comme lui.

Cette manière qu’il a de penser, de parler, de marcher…

- Nous allons atterrir, merci de vous préparer s’il vous plait, nous dit notre steward. Nous redressons les dossiers de nos fauteuils et je regarde par le hublot.

Qu'est-ce qui nous attend à l'atterrissage ? Qui que soient les personnes qui sont à nos trousses... ont-elles eu le temps de réunir une autre équipe en découvrant que nous n'atterrissions pas à l’endroit prévu ?

Je tâche de faire le vide dans mes pensées et de me concentrer sur l’instant présent.

Je suis ici pour travailler.

Et je suis largement payée pour cela.

Tout ce que j’ai à faire, c’est d’aller jusqu’au bout.

N’importe qui serait prêt à faire n’importe quoi pendant quelques heures ou quelques jours pour gagner une telle somme, me dis-je. Bon sang, j'ai fait bien pire pour des sommes bien plus dérisoires.

Non pas que j'en sois fière.

- Nicolette ?

Je me retourne pour découvrir que Fabien me regarde fixement.

- Oui ?

Il a l’air inquiet.

- Ça va ?

- Oui, bien sûr, dis-je pour balayer ses inquiétudes. Je pensais simplement à ma sœur. Je n’ai pas encore réussi à la joindre aujourd’hui, et d’habitude, nous nous appelons tous les jours.

- Pourquoi ne l'appelles-tu pas ? Tu devrais avoir du réseau maintenant, et si tu n'en as pas, tu peux utiliser mon téléphone.

Maintenant que son bandage est fait, il se rhabille.

Je regarde mon téléphone. Super, j’ai un signal.

J'appelle Savannah. Elle n’a cours que dans une heure, c’est l’heure parfaite pour la joindre.

Mais son téléphone se contente de sonner et je tombe sur sa messagerie.

C'est étrange.

- Salut, c'est moi. Rappelle-moi quand tu auras mon message.

Et en fronçant les sourcils, je lui envoie un rapide texto.

Salut ma belle. C'est moi.

Pas de réponse.

Peut-être est-elle sortie hier soir et a-t-elle décidé de faire la grasse matinée, peut-être... Mais il faut que j’arrête de faire des suppositions, je ne peux pas me permettre de m’inquiéter pour l’instant. Et de toutes façons, vu la distance qui nous sépare, impossible pour moi d’aller la voir.

- Tout va bien ?

Je sens une boule se former dans ma gorge en regardant Fabien. Cela fait tellement longtemps que personne d’autre que moi ne s’est inquiété pour elle que je me sens un peu nostalgique en entendant sa question.

- Oui, dis-je, tâchant de dissimuler mon inquiétude et de passer outre le tremblement de ma voix. Je n'arrive pas à joindre ma sœur, mais je suis sûre qu'elle va... bien. Je regarde par la fenêtre pour qu'il ne voie pas les larmes qui me montent aux yeux.

Je continue pourtant à penser à elle, je ne peux pas m'empêcher de m'inquiéter.

Plus que quelques jours, me dis-je. Plus que quelques jours avant que notre marché ne touche à sa fin. Et j’aurai alors assez d’argent pour retourner la voir.

Pour partir.

J’ai de plus en plus de mal à ravaler la boule dans ma gorge.

Sans mot dire, Fabien me prend la main et la serre.

- Nous atterrissons dans cinq minutes, nous dit l'hôtesse de l'air.

Respire. Je prends une profonde inspiration et expire lentement.

- Tu veux réessayer ?

Je m’exécute, mais encore une fois, je tombe sur sa boîte vocale.

- Je suis sure que tout va bien, dis-je, tâchant de m’en convaincre.

- As-tu de la peine à la joindre le matin, d’habitude ?

- Non... Pas du tout. D'habitude, c'est à cette heure que l’on se parle.

Le voir froncer les sourcils ne fait rien pour apaiser mon inquiétude.

Une pensée terrifiante me traverse soudain l’esprit.

- Vous ne pensez pas que ceux qui nous attaqués…

Non. Ce serait la pire chose qui puisse arriver...

- À mon avis, il est même extrêmement improbable qu'ils sachent qui vous êtes, et encore moins qu'ils dépensent de l’énergie ou des ressources pour s'en prendre à votre sœur. Dans tous les cas, je vais faire en sorte de m’assurer qu'elle va bien. J'ai des contacts à Boston.

C’est ça. Exactement ça, cette capacité qu’il a à agiter sa baguette magique comme le ferait un magicien pour s’assurer que ceux auxquels je tiens sont en sécurité. Et cela me suffit. Je sais bien que ça ne devrait pas être le cas. Mais je ne peux pas appuyer sur un bouton et éteindre mon cœur.- Il faut qu’on atterrisse en toute sécurité. Il faut qu’on arrive à la Maison sans incident. J'ai mis en place autant de mesures de sécurité que possible, mais nous allons devoir être prudents. J’ai des amis pas loin de l’endroit où vit ta sœur.

J'ouvre la bouche pour répondre, mais la referme, réalisant que c’est inutile.

J’ai besoin de son aide. Et Savannah aussi. J'ai besoin de m'assurer que ma sœur va bien.

Thayer me regarde.

- Vous avez demandé une arme à Paris, me lance Thayer en me regardant. Vous savez tirer ?

- Absolument pas. Mais je ne voulais pas me retrouvée à votre merci et sans arme.

- J’en prends note, dit Fabien avec un sourire.

- Seigneur, dit Thayer en levant les yeux au ciel. Si tu pouvais garder les préliminaires pour un autre moment ?

- C'est toi qui as décidé de venir avec nous. J’avais prévu autre chose pendant ce vol.

- Mon dieu, dit Thayer en grimaçant.

Nous sommes presque arrivés. Je veillerai à ce que nous revenions sur ce point, à m’occuper de Savannah, à m’assurer qu’elle va bien. Mais je ne lui serai d’aucune utilité si je suis morte, alors il est temps que j'écoute Fabien.

Une fois de plus.

- Ce fils de pute, lance Fabien dans un souffle. Il regarde Thayer. As-tu déjà livré à Milo notre part du marché ?

- Je m’en suis chargé dès que tu m'as demandé de le faire. Pourquoi ?

- Je viens de recevoir un texto, il dit que les organisateurs ont modifié l’horaire pour ce soir. Nous avons une heure, Nicolette, dit-il en regardant sa montre.

Seigneur. Une heure pour rentrer en toute sécurité, nous assurer que Savannah va bien et nous habiller pour la circonstance.

En tenue d’esclave.

Rien qui sorte de l’ordinaire. Bien.

Mon cœur bat un peu plus vite en pensant à ce qui nous attend.

- Je suis prête, dis-je en prenant une profonde inspiration et en hochant la tête.

Les yeux de Fabien se plissent quand il me regarde... et un sourire vorace se dessine lentement sur son visage.

- Tu vis pour ça, n'est-ce pas ?

- Pour quoi ?

- La montée d'adrénaline. L'excitation. Les missions impossibles, dis-je en haussant les épaules.

- Peut-être, dit-il. Peut-être que j'aime les possibilités qui s'offrent à nous.

Thayer grogne.

- Et c'est reparti.

Interprète-t-il tout ce qu’il dit comme une allusion au sexe ?

Quoi qu’avec Fabien... c'est peut-être le cas.

Les roues de l'avion touchent le sol.

Mon cœur bat à toute allure et je prends conscience du peu de temps qu’il nous reste et de tous les enjeux de cette mission.

- Prends ma main, m’ordonne Fabien. Et qui qu'il arrive ensuite, fais exactement ce que je dis. Thayer et moi te protégerons, quoi qu'il advienne.

- Oui, dit Thayer en acquiesçant.

- Compris. Les hommes grands, musclés et effrayants vont me protéger. Tout ce que j’ai à faire, c’est d'écouter et d'obéir. C'est parti, monsieur. Thayer secoue la tête vers Fabien.

- Tu as un don pour les choisir, n'est-ce pas ? dit Thayer à l’attention de Fabien, secouant la tête.

- Tais-toi.

- Mec, je dis juste que si tu venais chez moi, tu...

- Si tu ne la fermes pas, c’est moi qui vais t’aligner, lui dis-je en grognant.

L'idée même de Fabien avec une autre femme, surtout une femme qui se considère comme son esclave...

J’ai l’impression que la colère est une bonne motivation avec moi. J’ai l’impression que je serais capable de courir un putain de marathon.

À la seconde où l’avion s’immobilise, Fabien et Thayer se lèvent d'un bond, armes dégainées comme si elles faisaient partie intégrante de leur corps. Mon Dieu, j'aimerais savoir tirer. J'aimerais avoir une...

Fabien dégaine un couteau et me le glisse dans la main.

- Si jamais quelqu'un te touche ou essaie de te faire du mal, tu utilises ça. Assure-toi de leur faire mal. Compris ?

Mon pouls s'accélère. Dire que j’ai déjà du mal à écraser une araignée.

- Euh, ok. Au fait, j’ai déjà précisé que je n’aimais pas le sang ?

- Putain de merde, murmure Thayer en soupirant.

- Tout ira bien, dit Fabien. N'y pense pas trop. Tu es plus courageuse que tu ne le crois, et plus forte que tu ne le parais... murmure-t-il à mon oreille en se penchant vers moi.

- Et plus intelligente que tu ne le penses ? dis-je. Est-ce que tu viens de citer Winnie l'ourson ?

- Techniquement, Christopher Robin, dit-il en me faisant un clin d'œil. Vous pensez que je ne lis qu'un seul genre de livres ?

Cet homme ne cesse de me surprendre.

- Ça suffit, les tourtereaux, dit sèchement Thayer. Il est temps de nous préparer.

Tous deux forment un bouclier humain devant moi. De l'autre côté du hublot, des gardes en armes apparaissent comme s'ils venaient de se matérialiser.

Mais tout a l’air normal. On pourrait penser que c’est un après-midi tout ce qu’il y a de plus normal en Corse.

La porte s'ouvre.

- Laissez les bagages, dit Fabien. Nous n'avons pas beaucoup de temps, nous les récupérerons plus tard.

- Oui, répondent les hommes d’une seule voix. J’ai l’impression qu’ils sont à ses ordres comme s’ils étaient à l’armée. Je suppose qu’il y a un peu de cela.

Nous nous déplaçons comme un seul homme, nos mouvements presque synchronisés. Je regarde autour de moi pour m’assurer de ne rien voir d’anormal, mais rien. Juste une petite vieille tout ce qu’il y a de plus ordinaire qui pousse un chariot encombré de bagages, et un…

Mais… Fabien vient pourtant de dire à ses hommes de laisser nos bagages. Alors pourquoi l'un d'eux...

- À dix heures ! crie Thayer avant de me pousser contre Fabien. Nous plongeons au sol et Fabien appuie sur la gâchette.

Il n’attend pas. Ne prend pas le temps de se poser de questions. Il appuie sur la gâchette sans la moindre hésitation. L'homme qui poussait les bagages s'écroule face contre terre. Oh mon dieu. Et s’il...

Un nouveau coup de feu retentit, puis un autre. Thayer se lève d'un bond, enjambe l'homme allongé au sol dans une mare de sang, et se met à la poursuite d’un autre.

- Reste à terre, grogne Fabien, quand j'entends un autre coup de feu.

Quelqu'un bondit vers nous depuis le côté. Sans réfléchir, je crie, et ma voix déchire l'air. Sans réfléchir, je poignarde notre agresseur. La lame tranche les vêtements et la chair avec une aisance déconcertante. Quelque chose de chaud et humide coule sur ma main. Je vais m’apprête à frapper à nouveau, quand le bruit assourdissant d'un coup de feu retentit juste à côté de moi.

Oh mon dieu.

- Ça va ? crie Fabien.

- Je vais bien, dis-je en murmurant. Arrêtez de me crier dans les oreilles et retirez ce gorille, il m’étouffe.

Avec un grognement, il écarte mon agresseur dont le corps était retombé lourdement sur moi. Je regarde mes mains couvertes de sang et le corps allongé sur l’asphalte, tombe à genoux et vomis.

Fabien écarte les cheveux de mon visage.

- Tout va bien, dit-il en soupirant. Dieu merci, c'est fini.

Je ne réponds pas tant je suis mortifiée et concentrée à éviter d’éclabousser ses chaussures. Ce n’est pas comme si elles étaient bon marché. Mon dieu, comment puis-je me préoccuper d’une telle chose alors que je viens de poignarder un homme.

- La voie est libre ! dit Thayer. On y va !

Passablement étourdie, je me relève en titubant. Fabien me soulève et me serre contre lui.

Cette façon qu’il a de me tenir, comme si je lui appartenais.

Comme si je comptais à ses yeux.

Comme si j'étais à lui.

- Quoi que vous fassiez, ne m'embrassez pas maintenant, dis-je en serrant les lèvres, ce qui est beaucoup plus difficile qu'il n'y paraît.

Il grogne quelque chose d'inintelligible en français.

- J'ai une haleine de vomi. Je ne m’en remettrai jamais.

Il me tire vers lui et dépose un baiser dur et chaud sur mon front.- Monte dans cette putain de voiture. Autant dire que l’ordre qu’il me donne est redondant, vu qu’il me pousse dans la voiture en même temps. Je le laisse m'attacher comme si j’étais une enfant. J’ai l’impression que s'il n'obtient pas quelque chose qu'il peut contrôler dans les dix prochaines secondes, son cerveau va exploser ou pire.

Thayer claque la portière et nous nous mettons en route pour la Maison.

- Juste une petite embuscade, commente Thayer.

- Ils n’ont pas eu le temps de s’organiser, dit Fabien.

- Ok. Tout va bien à la Maison. Le périmètre a été sécurisé.

- Très bien, dit Fabien en acquiesçant. Ont-ils pu tirer quelque chose de l'homme qu'ils ont capturé ?

- Il s'est tué avant qu'ils puissent l'interroger, dit Thayer dans un grognement et en détournant le regard.

Je porte ma main à ma bouche, de peur de vomir à nouveau. Fabien me regarde avec insistance.

- Nous en reparlerons plus tard, dit-il à voix basse à Thayer. Nicolette, si tu ne peux pas le faire...

Je déglutis.

- Tout va bien. J'ai juste besoin d'un peu d'eau.

- De l'eau ?

- Oui, de l’eau, dis-je encore. Vous savez, l’élément constitutif de la vie. Sans eau, la vie telle que nous la connaissons cesserait d'exister. Donnez-moi un peu d’eau, et je serai en pleine forme.

Fabien pince les lèvres et lèvre les yeux au ciel.

- Visiblement, elle a retrouvé la forme, dit-il à Thayer.

- Cosette, dis-je à mi-voix. S'il vous plaît, pouvons-nous nous assurer qu'elle va bien ?

Il acquiesce et sort son téléphone. Je m'attends à ce qu'il passe un appel, mais il se contente d’envoyer un texto et attend.

- Tout va bien, ils ont pu payer la caution et elle est de retour à la Maison. Nous avons une équipe d'avocats prêts à la défendre, et j'ai demandé à Gwen d'annuler tous nos clients pour le reste de la nuit.

La voiture roule en silence sur la chaussée et nous restons silencieux pour la première fois depuis longtemps. Ce silence soudain me paraît si étrange que je me râcle la gorge juste pour entendre un son.

- Est-ce que tu penses à ce que je pense ? demande Thayer à Fabien.

- Que pour la sécurité de tous, nous devrions peut-être fermer la Maison ? Je suis d’accord avec toi.

Je cligne des yeux. Fermer la Maison ?

Mais que se passe-t-il ? J’ai l’impression de sentir le sol se dérober sous mes pieds.

- Mais où iraient les filles ? dis-je, même si la question peut paraître un peu stupide. Il y a bien d’autres endroits où elles pourront exercer, mais aucun n’arrive à la hauteur de la Maison.

Parce qu'aucun des autres bordels n'a Fabien à sa tête.

Fabien et Thayer échangent un regard.

- Non, dis-je. Fabien, toutes les femmes n'ont pas envie de... de devenir des esclaves.

- Et ce sera à elles de décider, pas à vous, dit Thayer.

- Fais attention, dit Fabien en le dévisageant.

- Attention à quoi ?

- À la façon dont tu lui parles. Tu as beau être un gros tas de muscles, n’oublie pas que tu restes mon petit frère.

- Les garçons, les garçons, dis-je. N’oubliez pas que nous avons encore du pain sur la planche.

Fabien et Thayer se regardent fixement. J'éprouve un soudain élan de sympathie pour Avril, qui a dû élever non pas un, ni deux, mais trois ours.

- Nous n’avons pas oublié, dit Fabien. Est-ce que tu as réussi à joindre ta sœur ?

- Non, pas encore, mais je vais continuer à essayer, dis-je en secouant la tête.

Thayer regarde par la fenêtre, les lèvres pincées. J'ai l'impression qu'ils me cachent quelque chose d'important, mais nous n'avons pas le temps d'en parler, le temps presse et nous avons une mission à accomplir.

Et qui suis-je pour critiquer quoi que ce soit ? Je ne travaille pas avec eux. Je ne suis qu’une contractuelle.

J’essaie de rappeler Savannah.

Encore.

Et encore.

La voiture s’arrête devant la Maison.

Je respire profondément.

Cosette est en sécurité.

J'ai presque terminé.

Nous sommes en sécurité.

Je tâche de contrôler ma respiration.

J'ai poignardé un homme.

À cette pensée, j’ai la sensation que mon cœur s’arrête de battre. Je m'efforce de rester calme.

Savannah va bien. Il a envoyé quelqu'un pour s’en assurer.

Il va vérifier que tout va bien.

Je ferme les yeux pour tenter de maîtriser les émotions que je sens monter en moi.

Quand nous aurons terminé, et que j’aurai été payée, je n’aurai plus rien à faire avec tout ça.

Le temps qu’il me reste avec Fabien est maintenant compté.

Serai-je jamais la même après ça ?

 

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