Possède-Moi: Dark Romance et Mafia (Les Maîtres de la Corse) (French Edition)

Chapitre 10

DIX

 

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Nicolette

JE SUPPOSE que je devrais avoir peur, que je devrais être effrayée, ou ressentir au moins une certaine appréhension.

Mais rien de tout cela. J'ai l'impression d'être dans les pages d’un magazine glamour. J'ai encore du mal à me faire à l'idée de ce que représentent deux millions de dollars.

Je ne suis pas fière de tout ce que je serais prête à faire pour beaucoup moins que ça, mais c’est pourtant le cas. J'ai besoin de cet argent, et ce n’est pas seulement pour moi.

Savannah a besoin de moi. Elle a besoin de cet argent. Si je parviens à garder le cap et que je tiens mes engagements, je sais que notre avenir sera assuré jusqu’à la fin de nos jours.

Pour ce qui est de coucher avec l'un des types les plus sexy que j'ai jamais rencontré, j’avoue que ce n’est pas trop difficile. Faire croire à sa famille que nous nous sommes rencontrés dans des circonstances parfaitement innocentes et que nous sommes en couple, c’est du gâteau.

En revanche, voler un objet d’art d’une valeur de deux cent cinquante millions d'euros en étant complice de Fabien, là, j’avoue que les choses se compliquent, mais à chaque fois que je prends un nouveau client, je me mets dans la peau de celle qu’il voudrait que je sois.

Je peux le faire.

À la pensée d'être complice d'un crime qui pourrait me faire passer plusieurs années derrière les barreaux… non, il ne faut pas que je pense à ça.

Pense à Savannah. Ma petite sœur, au sourire spontané et au cœur tendre, qui dépend de moi pour tout, mérite de vivre dans une maison qu’elle pourra faire sienne. D’une voiture fiable. De vêtements qui ne tombent pas en loque, qu’elle n’aura pas achetés dans une friperie ou qui n’auront pas été donnés.

Savannah me cache probablement beaucoup de ce qu'elle doit se résoudre à faire pour survivre, tout comme moi d’ailleurs, mais je sais qu'elle a besoin de cet argent.

Je dois m’imaginer que j'ai été engagée pour jouer un rôle. Ni plus, ni moins.

Certes, il ne m'aime pas, mais nous pouvons prétendre que nous sommes amants.

Je ne l'aime pas, mais je peux feindre l'affection et la tendresse, et même la passion.

Je n’ai rien d’une voleuse, mais je peux faire semblant de m’y connaître et d’être une véritable professionnelle.

Je me répète qu’il y a beaucoup de choses que je pourrai faire avec deux millions de dollars.

La maison familiale de Fabien est à couper le souffle. Et ce n'est pas seulement du fait de l'attention minutieuse portée aux détails, de l'épaisse moquette duveteuse sous nos pieds, des bouquets de fleurs luxuriants qui ornent chaque surface plane, ou encore de l'abondance de personnel à l'intérieur et dans les jardins et des œuvres d'art présentes partout où le regard se pose. Il y a dans cet endroit quelque chose qui évoque le confort et le luxe.

Quand j'étais petite, ma mère avait travaillé quelques temps comme femme de ménage. Un jour où je n’avais pas école, elle m'avait emmené avec elle au travail. Je me souviens encore de cette maison. Quatre étages, deux cuisines dont une où le personnel prenait ses repas, une salle à manger et un bureau. Elle m’avait laissé explorer le deuxième étage pendant qu'elle s’occupait des salles de bain, trois au total à ce seul étage.

Je me souviens qu'une des chambres d'amis avait été la chambre de l'une des filles de la maisonnée, qui avait depuis grandi et déménagé. Sur une table dans le coin de la pièce se trouvait la maison de poupée la plus surprenante que j'aie jamais vue, avec un toit en vraies tuiles, de la vraie moquette au sol et, quand on actionnait le petit interrupteur, de vraies lumières qui éclairaient les couloirs et les pièces. J'avais passé des heures à admirer chaque détail, à fermer les portes et à m’imaginer que c’était là que je vivais. Jusqu’à aujourd'hui, j’avais toujours considéré cette maison comme le summum du luxe.

Jusqu'à maintenant.

- Fabien, dis-je en chuchotant, la main à son coude tandis que nous faisons notre entrée, cette maison est vraiment magnifique.

- Merci, dit-il en me retournant un sourire crispé.

Je ne comprends pas cette tension soudaine, jusqu'à ce que je voie un homme grand et mince au teint rougeâtre se diriger vers nous. Tout en lui est poilu, du sommet de son crâne à ses mains. Contrairement à Fabien et Thayer, il est vêtu d’un costume blanc, et j’ai l’impression de me trouver devant l’image stéréotypée du mafieux. Je m'attends presque à l’entendre parler comme un truand et à avoir une démarche de singe.

- Fabien, tu as réussi à te libérer, dit-il une fois arrivé à portée de voix. Et qui est cette jeune femme qui t’accompagne ?

Le sourire qu’il me lance me donne la chair de poule. Fabien m’attire plus près de lui.

- Chance, grogne Fabien sans même faire semblant de paraître civilisé. Je te présente

Nicolette. Nicolette, mon cousin, Chance.

Chance me tend la main comme pour que je lui tende la mienne.

- Touche-la, et je te tue, gronde Fabien.

Chance sourit, révélant des dents jaunies et une dent en or.

- Allons, allons, Fabien, inutile de sortir les griffes.

- Je ne sors pas les griffes, c’est d’ailleurs bien pour ça que tu es ici, chez moi.

Mon Dieu. J'espère qu’il ne s’agit pas du cousin que nous sommes censés soudoyer.

- Toujours le sens de l’humour à ce que je vois, dit Chance, malgré son regard qui s’est étrécit et son sourire qui a perdu toute chaleur.

- Oh, mais il ne plaisante pas, dis-je en lui rendant son sourire.

Fabien émet un grognement et nous entraîne vers le bar.

- Tu veux un verre de vin ? me demande-t-il en se penchant vers moi pour remettre une mèche de cheveux derrière mon oreille.

- Je préfèrerai une bière, dis-je à mi-voix. J’aime le vin, mais je préfère vraiment la bière.

- Ça ne me surprend pas.

Il commande nos boissons et me tend un verre recouvert d’une épaisse mousse.

J'avale une longue gorgée, vidant la moitié de mon verre. L’atmosphère de la pièce semble s'adoucir un peu malgré l’éclairage, et les voix me paraissent un peu moins grinçantes. Voilà, c'est mieux.

Il me présente ensuite des hommes qui travaillent pour lui, des cousins, des tantes et des oncles. J'ai du mal à me souvenir de tous ces visages qui défilent devant nous. Certains sont agréables et sympathiques, d'autres me regardent avec méfiance, d'autres encore avec une franche animosité. Je ne peux pas m'empêcher d'être un peu jalouse. Certains membres de sa famille sont peut-être fous, mais au moins il a une famille. Moi, je n'ai que Savannah.

Pourtant, je pousse un soupir de soulagement en voyant Thayer entrer dans la pièce et annoncer l'arrivée des mariés. Je ne les connais ni l’un, ni l’autre, et c’est un étrange rappel, presque violent, que je n'ai pas vraiment ma place ici.

Dans les mariages français, il n'y a pas de garçons ou de demoiselles d'honneur, simplement des enfants qui font office de filles et de garçons d'honneur, la répétition n’est donc qu’une simple formalité, une sorte de clin d’œil aux traditions de la mariée américaine. Bientôt, nous sommes assis à une longue table, face à une femme corpulente et aux épais cheveux gris, qui me fait penser à un furet.

- Et vous êtes ? me demande-t-elle.

- Nicolette. Je termine ma bière d’une seule traite et réalise qu’il faut vraiment que je mange, et vite. Fabien me tient la main sous la table.

J'aime son côté affectueux, comme s'il savait qu’à cet instant, j'ai besoin d'être rassurée. Une fois de plus, les mises en garde de mes amies me reviennent à l’esprit, et une fois de plus, je les fais taire. Je ne vais tout de même pas refuser les gestes d'affection de l'homme qui non seulement me paie deux millions de dollars, mais qui est aussi censé prétendre être mon cavalier.

Je vais entrer dans la peau de mon personnage du mieux que je peux.

- Grand-mère, je vous présente Nicolette. Nicolette, ma grand-mère.

Sa grand-mère lève le menton et me lance un regard perçant.

- Et comment vous êtes-vous rencontrés ?

Avril se tourne vers moi et sourit, curieuse elle aussi. Quelque chose dans le regard scrutateur que me lance sa grand-mère me met hors de moi. Je décide de faire fi de toute prudence.

- On s'est rencontrés lors d’un défilé de mannequins, lui dis-je en souriant. Fabien portait un Speedo. Je n'avais jamais rencontré un homme aussi à l’aise avec son corps. J'étais complètement sous le charme et j'ai décidé de faire sa connaissance.

Thayer renverse son verre de vin, attirant l'attention de l’assemblée sur lui. Fabien me pince la jambe mais il réprime un sourire.

Je ris en voyant son air désapprobateur.

- Pardon, je plaisantais, dis-je en souriant.

- Nous nous sommes rencontrés dans un café d'une librairie de Sartène, dit alors Fabien. Je m'étais arrêté pour faire une pause et lire un peu.

- Ah. Tu nous avais caché que tu savais lire, Fabien, dit Thayer quelques sièges plus loin.

Il grogne.

- Des livres, Thayer, tu sais, avec des histoires où il est question de gens, de relations, ce genre de choses. Je suis sacrément cultivé.

Son frère laisse échapper un ricanement avant de se tourner vers moi.

- Votre français est impeccable, Nicolette, mais vous n'êtes pas d'ici ?

- Effectivement. Je suis américaine.

- Oh, j'ai toujours voulu aller aux États-Unis, dit Avril. Fabien, il faudrait qu’on y aille.

- Il faudrait, répond-il en haussant les épaules. Il prend une gorgée de sa bière en pinçant mon genou sous la table. Une première fois, puis une deuxième. Je tourne la tête vers lui pour le voir fixer l'entrée. Un type ressemblant à Chance, en un peu plus âgé et d’allure moins simiesque, vient d’entrer dans la pièce.

Voici donc le cousin à qui nous allons devoir parler. Je fais un petit signe de tête à l’intention de Fabien.

Il faut que je me renseigne. Je n'en sais pas assez sur ce que nous faisons pour vraiment me préparer, mais je sais que nous n’avons pas beaucoup de temps et que nous sommes quasiment scrutés sous tous les angles.

- Il me parlera si je le paie, me chuchote Fabien à l’oreille en se penchant vers moi, mais il est beaucoup plus susceptible de te donner des informations qu’à moi. Si nous conjuguons nos efforts, nous obtiendrons ce dont nous avons besoin.

- D'où votre famille est-elle originaire ? demande sa grand-mère en me dévisageant.

- De Chicago.

- Et ils sont de bonne lignée ?

- Maman, gémit Avril. Comment peux-tu dire que quelqu’un est de bonne lignée ?

- Tu le sais quand tu le vois.

- Arrête. S’il te plait, dit Avril en secouant la tête.- Non.

Je ne veux pas que Fabien ou Avril s’inquiète pour moi dans une telle situation et décide d’intervenir.

- Je ne sais pas comment vous définissez une bonne lignée, mais mes deux parents sont décédés, vous ne pourrez donc malheureusement pas juger par vous-même.

Fabien passe son pouce sur ma cuisse. Je frissonne.

Les musiciens commencent à jouer, et des couples se lèvent de table pour gagner la piste de danse.

- Danse avec moi, dit Fabien.

- Vous me donnez le choix ?

- Non, me dit-il à l’oreille. C’est un ordre. Danse avec moi. Nous allons voir mon cousin et faire ce que nous avons à faire. Grand-mère, dit-il en se tournant vers elle, tu as laissé Maman épouser un paysan, et tu ne l’en as pas empêchée, alors je suis absolument certain que tu sauras trouver quelque part en toi la volonté de donner ta bénédiction à quelqu’un, quelle que soit sa lignée.

Elle grommelle quelques mots alors que nous quittons la table. Avril nous fait un signe de la main.

- J’étais ravie de faire votre connaissance, dis-je avant de partir. Je remarque que Chance me lance un regard curieux et que l'homme à côté de lui...

Je tourne à nouveau la tête vers l’homme.

- Fabien, dis-je en chuchotant. Ne regardez pas maintenant, mais qui est le type assis à côté de Chance ?

- C’est son père, mon oncle donc.

Seigneur. Je l'ai déjà vu au journal télévisé du soir. Généralement, regarder les informations avant d’aller me coucher ne m’aident pas à trouver le sommeil, je ne les regarde donc que rarement, mais un bar du coin les diffusait un soir où j’étais sortie boire un verre avec les filles.

Pour une raison quelconque, réaliser que son oncle est passé au journal télévisé semble élever encore les enjeux.

Je peux le faire, je peux le faire.

- Pourquoi ? me demande-t-il tout en m'entraînant sur la piste de danse avec une facilité déconcertante pour un grand gaillard comme lui.

- Je l'ai déjà vu, lui dis-je à mi-voix.

- Où ça ?

- Au journal télévisé. Il a été arrêté pour avoir pénétré par effraction dans une des banques les plus sécurisées de Paris. Comment est-il possible qu’il soit ici ?

- Il a peut-être été déclaré non coupable, dit Fabien en haussant les épaules.

À moins qu’il ait pu échapper à la prison du simple fait de sa position.

Intéressant.

- Fais comme si on parlait.

- Nous n'avons pas à faire semblant, il me semble que nous parlons déjà.

Pour toute réponse, il se contente d’émettre un grognement et de me rappeler à l’ordre.

- Vous n’êtes pas au courant ? dis-je, me remémorant des mots que j’avais lus sur un tee-dans une des boutiques de l'aéroport. Les femmes bien élevées entrent rarement dans l'histoire.

- Les femmes bien élevées reçoivent rarement des fessées, aussi, et j’ai bien l’impression que c’est ce qui t’attends, tu ne crois pas ?

Je sens mon pouls s’accélérer.

- Si vous le dites.

Son souffle dans mon oreille est si chaud et sensuel que je frémis.- Je sens ton excitation d'ici. Tu es en feu, je me trompe ?

- Non, dis-je en mentant de manière éhontée. Et c’est vous qui mentez, impossible que vous puissiez sentir mon excitation.

À moins qu’il soit véritablement un prédateur.

- Tu t'imagines allongée sous moi, n'est-ce pas ?

- Maintenant que vous le dites, forcément.

- Je parie que tu meurs d'envie de savoir ce que ça fait de sentir ma bouche entre tes jambes.

- Et bien entendu, je suis en train de me le demander maintenant... dis-je, reconnaissant à peine ma propre voix tant je suis maintenant excitée.

- Chut, murmure-t-il soudain. Dansons jusqu'à mon cousin Milo. Pas trop vite.

Je pose ma tête sur son épaule et je le laisse me serrer contre lui. C'est un excellent danseur et je le suis sans aucune difficulté.

J'aime qu’il me tienne dans ses bras. J'aime l'élégance simple de cette danse avec lui, mes pas suivant les siens. J'aime l'odeur de son parfum, la sensation de sa main posée sur ma hanche et de l'autre dans la mienne. J'aime cette impression d’être née pour des instants comme celui-ci.

- Salut cousin.

Son cousin se tient debout devant le bar, un verre à la main.

- Fabien, répond-il en faisant un signe de tête. Nicolette.

Il a dû entendre mon nom à la table, mais j’avoue que cela me perturbe. Fabien est le seul en qui j'ai confiance dans cette pièce, et c'est peu dire.

Il se montre certes poli, mais j’ai cette impression subite de parler à un loup domestiqué.

- Il faut qu’on parle. Tu as un peu de temps ?

Tour en parlant, il continue à me faire tournoyer en rythme sur la musique. Je me sens légère, comme une fée en plein vol.

- Bien sûr. J’ai toujours le temps pour toi.

Nous nous rapprochons, toujours en dansant.

- Le Carnaval de Sartène approche. J’imagine que tu t’es déjà chargé de tous les détails concernant la sécurité à l’Underground.

Il me paraît scandaleux que l'un des membres de la famille Gérard soit chargé de la sécurité du lieu, mais j’imagine que cela peut s’avérer très pratique lorsque la soirée implique la présence de maîtres et d’esclaves.

- Tout est déjà réglé. Mais en quoi cela t’intéresse-t-il ? Le sourire de son cousin s’est fait carnassier et son regard se pose sur moi.

À son regard complice, je comprends qu’il sait parfaitement ce que Fabien cherche à savoir.

- Tu voudrais l’amener à l’Underground.

- Exactement.

Milo fronce les sourcils. Quelqu'un rit derrière nous, et une femme pousse un cri de joie.

- Est-ce que ça a quelque chose à voir avec le fait que la famille Lyon doit récupérer le talisman ? Je n'ai pas besoin d'argent, Fabien, tu le sais, dit Milo d’un air blasé. Et on parle d’un objet qui vaut deux cents millions d'euros.

- Deux cent cinquante, dis-je, réalisant un peu tard que ma contribution est tout à fait inutile, mais c’est plus fort que moi, j’aime la précision. Fabien se contente d’émettre un grognement.

- Cela fait longtemps que tu veux rejoindre notre petite entreprise, dit Fabien, qui avait clairement pensé à cette monnaie d’échange avant d’entamer la conversation. Je t’offre dix parts.

Je pourrais jurer lire la cupidité dans les yeux de son cousin. Et pourtant, il secoue la tête en signe de refus.

- Non, je ne suis pas intéressé, Fabien.

Fabien ne peut pas lui dire que Lyam a été enlevé et qu’il est en danger. Il faut qu’il continue de prétendre que s’il veut le talisman, c’est uniquement pour son propre plaisir.

Il pousse un soupir.

- Qu’est-ce que tu veux, alors ? Dis-moi ton prix. Tu sais à quel point ça compte pour moi.

- Je le sais. Tout comme la majeure partie de ta famille. Il faudra que tu t’assures du silence de tes frères.

- Laisse-moi me charger de ça.

- Le talisman doit arriver mardi avant la parade. Six gardes armés seront postés en permanence à proximité, et il sera conservé dans un endroit sécurisé que je ne peux pas te révéler.

- Tu ne me dis toujours pas quel est ton prix, lui dit Fabien avec insistance.

Les yeux de Milo se posent sur moi. Je sais ce qu'il va demander avant qu'il ne le dise, et une soudaine nausée me prend.

- Une nuit avec Nicolette.

Fabien se raidit instantanément et il s’arrête de danser.

- Espèce de fils de pute.

- Fabien, ce n'est peut-être pas la meilleure réponse à faire à la seule personne capable de nous aider, lui dis-je à l’oreille.

- Une nuit, insiste Milo. Une seule nuit et je te donne toutes les informations dont tu auras besoin. Le lieu. Le nom des membres de l’équipe de sécurité. Je te donnerai même l’heure et les codes dont tu auras besoin pour entrer.

Fabien me fait pivoter et nous entraîne à nouveau sur la piste de danse.

- Fabien ! dis-je avec insistance. Vous devez accepter sa proposition. L’enjeu est trop élevé !

Il ne peut plus faire marche arrière maintenant.

- Le jeu n’en vaut pas la chandelle.

Malgré le nombre d’hommes que j’ai connus au cours de ma carrière et sans que je puisse me l’expliquer, l’idée de passer la nuit avec son cousin me donne la chair de poule.

- Mais vous ne pouvez pas abandonner, dis-je avec insistance.

- Tu veux dire que tu accepterais sa proposition ?

Je savais dès le moment où j’avais posé les yeux sur Fabien pour la première fois qu’il était dangereux. Et je l’avais presque oublié, jusqu’à cet instant.

Je déglutis.

- À moi aussi, l’idée me répugne, mais je vous ai fait une promesse.

La musique s'arrête. Les lèvres de Fabien se sont étrécies et ne forment plus qu’une fine ligne. Je déglutis.

- Je dis juste...

Il lève une main pour m’interrompre. Je le regarde respirer, les narines dilatées. Très bien, alors, laissons-lui le temps de la réflexion, me dis-je.

- Nous en reparlerons plus tard, me chuchote-t-il à l'oreille d’un ton menaçant alors que son cousin revient vers nous.

- Bien, dit Milo, tu penses que mon prix est trop élevé.

J’évite son regard. Je peine à comprendre pourquoi je me sens si mal à l’aise à l’idée de servir de monnaie d’échange, alors que j’ai été utilisée tant de fois que j’en ai perdu le compte.

Mais l’idée que Fabien refuse de partager me plait.

Et quand il m’attire vers lui, il me serre si fort qu’il n’y a plus le moindre espace entre nous. Mes seins sont écrasés contre son torse, ses mains dans mes cheveux, et alors que nous dansons au rythme lent de la musique, j'ai l'impression de ne faire plus qu’un avec lui.

- Je ne partage pas, Nicolette. La façon dont il prononce mon nom sonne comme une prière, la manière dont il détache chaque syllabe comme un appel au divin. Je ne te partagerai pas. Tant que tu es avec moi, notre accord exclut tous les autres hommes.

Et c’est comme si je sentais ces mots qu’il n’a pas prononcé jusqu’au plus profond de mon être. Et même une fois notre accord terminé.

Je ferme les yeux, la tête toujours posée contre sa poitrine, et l’espace d’un instant, j’aimerais que tout cela soit réel. Que nous n’ayons pas conclu un arrangement à court terme. Qu’il m’ait séduite à la loyale, et qu’une fois que la musique s’arrêterait, je n’aurais pas à rentrer chez moi. Seule.

Comme un vieux mouchoir usagé.

Je voudrais tant que tout cela soit vrai.

- Ça me plaît, lui dis-je en tout honnêteté. Je n'ai aucune envie d'être avec quelqu'un d'autre. Je veux suivre le plan convenu, mais je ne sais pas comment faire. Et votre frère…

- Sois patiente, tu verras. Milo fait tout pour me mettre en colère, mais ce qui l’intéresse, c’est l’argent. Il bluffe. Je n'ai jamais connu d'homme plus cupide que lui. Pourquoi penses-tu qu’il a accepté de prendre le poste qu’il occupe ? Il n’a absolument pas besoin de ce boulot pour vivre.

Et l’évidence me saute soudainement aux yeux.

- Il aime le pouvoir. Et l’influence que cela lui permet d’exercer, dis-je.

- Exactement. Alors à ton avis, comment faire pour le convaincre de nous donner ce que nous voulons ?

Ahh.

- Il nous suffit de lui donner encore plus de pouvoir et d'influence.

- Exactement, dit-il, et il desserre sa prise juste suffisamment longtemps pour m’embrasser sur la joue. Mais ce soir, nous dansons. Demain, nous assisterons au mariage. Et ensuite, nous mettrons nos plans à exécution.

Les mariés quittent la soirée quelques instants plus tard. Comme bon nombre de mariages célébrés en France, celui-ci durera toute la journée. Nous irons d’abord à la mairie pour le mariage civil, puis les mariés échangeront leurs vœux à l’église, après quoi nous nous retrouverons pour une réception et un bal. De ce que je sais, cela peut durer jusqu’à tard dans la nuit.

Alors que les invités commencent à leur tour à partir, je remarque que de plus en plus de personnes ont les yeux tournés vers nous. Quant à Milo, il fait les cent pas, comme s'il réfléchissait à la proposition de Fabien.

- Comptez-vous lui faire une nouvelle proposition ce soir ? dis-je à voix basse pour que seul Fabien puise entendre.

Il secoue la tête.

- Je vais le laisser réfléchir toute la nuit et j'en reparlerai avec lui demain matin. J'ai laissé entendre que j'avais peut-être un autre contact à Sartène qui serait en mesure de m'aider.

- C’est vrai ?

- À part toi, il n’y a personne, dit-il en poussant un soupir.

Je le regarde boire une dernière gorgée avant de lui répondre.

- Vous avez une haute opinion de mes compétences, Monsieur.

- Et c’est bel et bien le cas. J'ai quelque chose à te montrer avant que l’on regagne ma chambre.

Nous prenons congé de l’assemblée et empruntons le couloir qui mène à sa chambre, mais il ne s'arrête pas à notre porte. Au lieu de cela, il m’entraîne un peu plus loin, et nous passons quelques portes fermées, jusqu’à arriver devant une petite porte étroite tout au bout du couloir.

- C'est votre placard sous l'escalier ?

- On peut dire ça.

Il sort son téléphone de sa poche, ouvre une application et le place près de la porte. Une lumière clignote, et un clic se fait entendre, signalant que la porte est déverrouillée. Il pose son pouce sur un petit panneau, une deuxième mesure de sécurité semble-t-il, avant de pousser la porte.

Je pense d’abord qu’il nous a conduits dans un placard de service tant la porte est petite. Mais quand il ferme la porte derrière nous et actionne l’interrupteur, je réalise que nous sommes dans une petite pièce semblable à un dressing. Sur des cintres, un vaste éventail de vêtements sont suspendus, mais je remarque aussi la présence… de costumes ? Sur la droite, une série de vêtements suspendus à des cintres accrochés à d’épaisses barres cylindriques, et de l’autre côté, je découvre une volée d’étagères robustes débordant de chaussures soigneusement rangées par type, bottes, basket, sandales et mocassins.

Au début, je ne comprends pas vraiment ce que je vois, mais Fabien me fait une démonstration de ce que la pièce recèle.

- Viens ici, Nicolette.

Je m'approche pour me retrouver face à lui. Il appuie sur un bouton circulaire situé à côté de l'un des panneaux de bois. Une porte s’ouvre dans un léger ronronnement. Fabien tend la main pour en sortir une magnifique perruque rousse et bouclée. Il me la pose sur la tête, visiblement habitué à manier de tels objets, puis me tend une paire d'épaisses lunettes noires. J’ai du mal à me reconnaître dans le miroir qu’il me tend.

- Tu as vu ça, dit-il comme le ferait un enfant fier de son jouet et un peu timide, les mains enfoncées au fond des poches.

J'appuie sur un autre bouton, et le panneau qui se trouve devant moi, sur lequel se trouve des vêtements de femmes, pivote vers l'arrière pour être remplacé comme par magie par un deuxième panneau. Perruques et chapeaux, costumes et vestes, pantalons de travail robustes et gants épais, lunettes de sécurité et lunettes à monture métallique. Je laisse ma main courir sur chaque article.

- Je suis impressionnée, dis-je en chuchotant. Chaque tenue est à sa taille, probablement faite sur mesure. Il y a des uniformes de pompier et de policier, des uniformes de livreur et des tenues de concierge, et même un costume noir et un col blanc de prêtre. Une veste en tweed avec un pantalon kaki, des jeans délavés, des bottes et des t-shirts. Un autre panneau à tiroirs révèle des dizaines et des dizaines de faux passeports. Je les examine l’un après l’autre, sentant ma mâchoire se décrocher. Dans chaque passeport, il y a une photo de Fabien, mais tous sont différents et aucun ne mentionne son vrai nom.

Mais qui est cet homme ?

Je devrais avoir peur. Je devrais lui demander de me ramener chez moi, que je ne veux pas être mêlée à tout ça. Mais ce n’est pas mon genre de fuir devant ce qui me fait peur. Non. Et d’ailleurs, je n’ai pas peur.

Je suis fascinée. Intriguée. Et pour être franche, un peu excitée.

- C'est incroyable, dis-je à mi-voix. Vous pouvez vous transformer en qui vous voulez.

Un autre bouton fait apparaître un panneau encombré de vêtements féminins, de perruques, de robes et de chaussures à talons.

- Qui a porté ça avant moi ? dis-je, sans prendre la peine de cacher ma jalousie.

- Tu es jalouse, Nicolette ?

Je ne mentirai pas.

- Bien sûr.

Un sourire vient illuminer son visage.

- Tu es jalouse de la femme qui a pu les porter avant toi ?

- Oui, dis-je en lui tournant le dos. Vous pensiez vraiment être le seul à l’être ?

Lentement, il me fait pivoter vers lui. Il écarte la mèche de cheveux retombée sur mes yeux et me saisis par le menton.

- Tu as le droit d'être jalouse. Et cela me plait. Et pour répondre à ta question, c’est pour toi que j’ai acheté tout cela. Personne d'autre n’y a jamais touché. Seulement toi.

Pour moi ? Juste pour moi ?

Comment a-t-il fait pour se procurer tout cela aussi vite ? Cet homme doit avoir des relations dans toute l'Europe.

- C'est la chose la plus cool qu'on m'ait jamais offerte. Je peux faire un essai ? dis-je en le regardant avec curiosité.

- J'insiste pour que tu le fasses, dit-il d’une voix soudainement rauque.

- Que voulez-vous que je mette ? J’aime le feu qui s’allume dans son regard, et ma voix se fait plus basse. Vous savez, dis-je d’un ton aguichant. Pour la prochaine fois que vous me baiserez.

Je maintiens le bouton enfoncé, regardant les panneaux défiler devant moi, et je souris.

Il passe ses doigts dans mes cheveux et m’attire contre lui.

- Qui te dit que je t’autoriserai à t’habiller la prochaine fois que je te baise ?

Je me mords la lèvre, j’ai envie de rentrer dans son jeu. J’ai envie qu’il me domine, qu’il prenne possession de moi.

- Personne, monsieur.

Il retire ma main du panneau, m’immobilise le bras le long du corps et appuie sur le bouton. Les tenues défilent : robes et jeans, jupes et leggings, chaussures à talons et ballerines, perruques, bijoux...

- Déshabille-toi, me chuchote-t-il à l’oreille. Des bruits de pas résonnent dans le couloir, de l’autre côté de la porte puis s’éloignent. Ne t’inquiète pas, me dit-il, personne ne vient jamais ici. Obéis avant que je te punisse.

- Et si je vous disais que je voulais être punie ?

Ses sourcils se froncent et ses lèvres se serrent… Peut-être aurais-je dû m’abstenir de prononcer ces derniers mots.

Je sens mon pouls s’accélérer lorsqu’il recule de quelques pas, me saisit par le coude et me fait pivoter pour m’entraîner vers les étagères sur lesquelles les chaussures s’alignent.

- Fabien, dis-je dans un souffle. Qu'est-ce que vous...

Je retiens mon souffle en distinguant l’éclair argenté d'un couteau et lorsqu’il presse la lame sur mon cou, un sentiment de panique m’envahit. Qui est cet homme ? Me serais-je totalement trompée ? Je savais qu'il était dangereux, je savais même qu'il était capable de tuer, mais je pensais...

Le couteau tranche le tissu de ma robe aussi facilement que s’il traversait du beurre.

- Je t'achèterai tout ce que tu veux, murmure-t-il. Mais je t'ai dit de te déshabiller, et tu as décidé de me tester.

Mon soutien-gorge et ma culotte gisent au sol à côté de la robe, en lambeaux.

- Et maintenant, penche-toi par-dessus le meuble à chaussures. Et garde les mains en avant, je veux les voir.

J’obéis, oscillant entre la peur et l'excitation. Il ne va pas me tuer. Peut-être va-t-il... me prendre ici, dans ce placard ?

Je tourne la tête pour regarder derrière moi en entendant le cliquetis d’une ceinture que l’on défait. Il soutient mon regard tout en retirant sa ceinture d’un geste fluide, avant de la replier entre ses mains. Je m’attends à ce qu’il la laisse tomber à terre et déboutonne sa braguette, mais il semblerait qu’il ait une autre idée en tête.

- Tu vas encore discuter ? me lance-t-il.

Je secoue la tête en signe d’étonnement. D'un geste rapide, il fait claquer sa ceinture sur mes fesses. Je pousse un cri, choquée par son geste. Choquée de voir à quel point c’est douloureux. Et choquée de réaliser que j’en veux plus.

Ma bouche est sèche quand il s'approche de moi. D’une main, il me saisit par le coup, tandis que de l’autre, il m’assène un nouveau coup de ceinture.

- Dis-moi, Nicolette, cela te plait-il toujours autant d’être punie ? me demande-t-il tandis que le cuir de sa ceinture vient me cingler une nouvelle fois les fesses. Une onde de chaleur monte entre mes cuisses, me faisant littéralement palpiter, alors qu’il sillonne ma peau de coups secs, mais dont la douleur reste supportable.

- Je ne sais pas, dis-je avec sincérité, d’une voix étonnamment lointaine.

- Touche-toi, grogne-t-il. Touche-toi pendant que je te fouette et quand j'aurai fini, tu me diras si tu t'es décidée.

Je glisse une main entre mes jambes. Je meurs d’envie de me caresser, dans l’espoir de soulager ce feu qui brûle en moi, mais plus je me touche, plus je suis excitée.

J’ondule au rythme de sa ceinture, mes caresses suivant ses mouvements. J'ai l'impression que je pourrais jouir d’un instant à l’autre, l’orgasme est si près que j’ai du mal à respirer, mais à chaque fois qu’il me fouette, je m’éloigne un peu du bord du précipice dans lequel je m’apprête à sombrer, seulement pour ressentir un manque encore plus pressant qu’au coup précédent.

Je pousse un cri en sentant la première vague d’extase me traverser, vaguement consciente qu’il a laissé tomber la ceinture au sol et m’a saisie par les hanches. Je sens sa queue en érection derrière moi, ses doigts entre mes jambes, trouvant mon sexe alors que je continue à me caresser.

- Jouis avec moi, murmure-t-il. Je veux que tu jouisses en même temps que moi.

Quand sa queue me pénètre pour la première fois, c’est comme s’il m’avait coupée en deux. Je déploie tous les efforts possibles pour ne pas jouir. Cette sensation qu’il m’étire, me remplit, me complète et je gémis et ondule contre lui, impatiente de ressentir cet orgasme qui me libérera.

- Bonne fille, me murmure-t-il à l’oreille, malaxant mes fesses douloureuses et m’arrachant un cri. Et maintenant, qu’est-ce que tu penses ?

- C'est parfait.

Ses gémissements se mêlent aux miens. Je ne peux plus me retenir. Je sens son sperme chaud se déverser en moi, et des éclairs m’étourdissent les sens, des étoiles me brouillent la vue, et j’ondule sous lui dans une danse extatique.

Je suis dans un état de félicité si total que je ne peux plus respirer, et des spasmes de plénitude me parcourent le corps jusqu’à ce que je m’effondre contre lui, à bout de forces.

Et à cet instant, je sais.

Peu importe les hommes que j’ai pu connaître avant lui.

Je sais que désormais, je ne pourrais plus jamais avoir de relations sexuelles avec un autre homme que lui.

 

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