Possède-Moi: Dark Romance et Mafia (Les Maîtres de la Corse) (French Edition)
Chapitre 21
VINGT-ET-UN
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Nicolette
- TU N’ AS RIEN VU ?
Lyam, le frère de Fabien, est le portrait craché de sa mère, version masculine. Il est assis avec un verre rempli de glaçon, et une forte odeur d’alcool me parvient depuis l’autre côté de la pièce. Il est dix heures du matin, mais quelque chose me dit que les frères Gérard ne s’embarrassent pas vraiment de suivre les normes.
Charmant.
Fabien fait les cent pas dans la pièce. Il m'a à peine regardée depuis notre retour, mais il m'a serrée dans ses bras comme si j'allais tomber en morceaux s'il me lâchait.
Il ne faut pas que je me laisse aller à penser que cela peut vouloir signifier quelque chose.
Ce n'est pas le cas.
Thayer est assis à côté de Lyam et regarde ses frères d'un air renfrogné tandis qu'il essaie de rassembler les pièces du puzzle. Depuis notre retour, aucun d’entre eux ne m’a regardée.
Je fixe ma tasse de thé noir devenu froid. Je trouve ça étrangement symbolique, comme si mes propres attentes avaient refroidi, et qu’il était maintenant temps de passer à autre chose.
J'ai posé ma tasse.
- Je n'ai pas dit ça, répond Lyam d’un ton laconique. J'ai dit que je n’avais vu aucun visage. Que je n’avais entendu aucun nom. Tout ce que je sais, c’est que j’ai vu des uniformes de gendarme, c’est la seule chose dont je sois sûr.
Quelqu'un frappe à la porte.
- Qui est-ce ? dit Fabien d’un ton acéré. Si cet homme pouvait frapper quelqu’un à la gorge rien qu’avec sa voix, il venait de le faire.
Bon sang, ces hommes démarrent vraiment au quart de tour.
- C'est moi, Gwen !
Je lui reconnais le mérite de ne pas se laisser impressionner.
- Entrez, dit-il en claquant des doigts.
Je me lève, mon thé froid oublié, et vient accueillir Gwen et Cosette.
- Nicolette ! s’exclame Cosette en me prenant dans ses bras.
Fabien s'approche de nous. Difficile de croire qu'il y a quelques minutes à peine, il était prêt à commettre un meurtre à mains nues.
- Cosette, comment ça va ? dit-il en lui prenant le bras, avec une telle délicatesse que je sens ma gorge se nouer.
Il ne veut pas de toi. Il ne tient pas à toi. Tu n'es rien d'autre qu’une simple recrue à ses yeux.
- Je vais bien, monsieur, dit-elle doucement. Merci beaucoup pour tout ce que vous avez fait.
- Monsieur, il faut que je vous parle, dit Gwen en s’éclaircissant la gorge.
- En privé ?
- Euh... cela vaut peut-être mieux ? répond-elle en regardant Thayer et Lyam. Visiblement, elle ne sait pas qui ils sont.
Fabien acquiesce, effleurant le bras de Cosette en passant devant elle, puis rejoint Gwen pour discuter à voix basse. Je regarde Thayer, qui se contente de me répondre par un silence de pierre, puis Lyam.
- Et vous, qui êtes-vous ? me demande Lyam en inclinant la tête sur le côté.
Comment me présenter ? Qui suis-je ?
- Nicolette, dis-je pour toute réponse.
- Enchanté de vous rencontrer, Nicolette, dit Lyam. Ah, c’est donc le charmeur de la famille, me dis-je. Et vous... travaillez ici ?- Elle est avec Fabien, grogne Thayer.
Lyam lève les yeux au ciel.
- Évidemment.
Ouais, mais je n’ai aucune envie de me retrouver au beau milieu de ces types qui puent la testostérone à plein nez.
- Pas pour longtemps, leur dis-je, au moment précis où Fabien nous rejoint avec Gwen. Fabien continue de m’ignorer et regarde ses frères. S'il a entendu ce que je viens de dire, il ne le montre absolument pas.
- Gwen, et c'est tout à son honneur, a un peu mené l’enquête, commence-t-il. Lyam, il faut qu’on te tienne au courant de ce qui s’est passé, c’est important pour comprendre la suite. Est-ce que tu as fait la connaissance de Nicolette ?
- Tout à fait.
- La nuit où je l’ai rencontrée, un de nos clients l’ont agressée.
Surpris, Lyam cligne des yeux.
- Ici ? Dans les locaux ?
Fabien acquiesce.
- Merde, murmure Lyam dans son souffle. Ils n’ont peur de rien. Et quand tu l'as découvert, tu as fait ce que n'importe lequel d'entre nous aurait fait.
Fabien baisse les yeux en regardant Gwen et Cosette, mais acquiesce.
- Oui. Gwen a effectué des recherches. Nous pensions qu'il s'agissait d'un simple client, d’un type sans importance. Un banal touriste venu pour affaires. Une information que nous n’avions eu aucun mal à trouver. Beaucoup trop facile à trouver, après mure réflexion.
Thayer laisse échapper un juron.
- Si ce n'était pas un putain de touriste, qui as-tu tué, mon frère ?
Je ne peux m’empêcher de relever la désinvolture avec laquelle ils parlent de tout cela, comme s’il s’agissait d’une simple tâche à cocher sur une liste.
- Il nous avait donné un faux nom, de fausses informations. En réalité, c’était un officier de police venu de Paris.
Lyam gémit.
- Il ne voulait donc pas qu'on le découvre ?
- Peut-être. Ou alors il avait des complices et il lui fallait absolument une couverture.
Thayer pousse un grognement et secoue la tête.
- En bref, c'est beaucoup moins simple que ce que nous avions imaginé, c’est bien ça ?
- Exactement.
Thayer regarde Gwen.
- Vous viendrez avec moi à l'Ambassade. Nous proposerons à celles qui veulent nous rejoindre des salaires plus qu’intéressants et des primes, et celles qui décideront de partir recevront une généreuse indemnité de départ.
- Vous me demandez de rejoindre votre établissement ? demande Gwen d’un ton méfiant.
Soudain, Thayer ressemble à s’y méprendre à Fabien.
- S'il vous plaît, dit-il, les dents serrées.
Gwen lève le menton d'un air hautain.
- Très bien, alors. C’est d’accord.
Les muscles de la mâchoire de Thayer se contractent.
- Notre proposition s’applique également à vous, ajoute-t-il.
- Je vous remercie, dit Gwen en inclinant la tête. C'est très généreux de votre part. Je ne suis pas certaine d’être très douée en matière de relations maître-esclave, mais je tâcherai de prendre votre offre en considération. Cosette cligne des yeux.
- Mon dieu. Je m’absente juste une journée, et voilà le résultat..., dit Cosette en clignant des yeux.
Lyam éclate de rire et se lève.
- Je sais exactement de quoi vous parlez, dit-il. Eh bien, je crois qu’on a du pain sur la planche. Est-ce que nous nous sommes déjà rencontrés ?
Cosette secoue la tête en signe de négation.
- Je travaille ici. J’ai été arrêtée et Monsieur a payé la caution.
- Bon sang, les gars, nous avons du retard à rattraper
- Ce soir, dit Fabien. Nicolette et moi devons finaliser notre arrangement, dit-il en le congédiant.
Je suis un peu abasourdie. Son frère a été pris en otage, et il se permet de le faire patienter pour pouvoir me parler avant ? Je crois que je ne comprendrais jamais comment les hommes fonctionnent. Ou du moins comment Fabien fonctionne.
Gwen me regarde.
- Tu es sûre que ça va ? me demande Gwen, ignorant délibérément le regard assassin que lui lance Fabien.
- Bien sûr. Je vous rejoins dans une minute, dis-je en soupirant.
Ils ne sont pas les seuls à avoir du retard à rattraper.
La porte se ferme dans un bruit sourd.
Nous sommes seuls.
Je le sens respirer derrière moi. J’ai l’impression d’avoir été enfermée avec un taureau enragé.
Je ne dois pas perdre de vue pourquoi j'étais si furieuse contre lui. Je ne dois pas oublier ce qu'il a fait.
- Viens ici.
Je le toise du regard.
- Je ne sais pas si vous avez remarqué, mais nous ne sommes plus à l’Underground, monsieur Gérard, et je ne compte pas continuer à vous obéir.
- Oh, je m’en suis aperçu, dit-il en prenant appui contre le bras du canapé. Tu veux donc que je te paie. Que je finalise notre accord. Et ensuite, tu pourras partir.
Et je ne te reverrai plus jamais.
Je sais que mes yeux se sont mis à briller malgré tous les efforts que je fais pour garder mon calme. Si seulement j’étais capable de me contrôler.
- Oui.
Dieu merci, ce n'est qu'une syllabe, car je doute de réussir à contrôler ma voix.
Non. Non, je ne veux pas partir. Je ne veux pas que nous soyons séparés. Je veux rester ici avec toi.
Ma place est ici.
Je déteste l'idée qu'il puisse être avec une autre que moi. Je déteste l'idée que je puisse avec un autre que lui.
- Tu as donc fait tout ça uniquement pour l’argent ? me lance-t-il.
Ses mots me font l’effet d’une gifle en pleine figure.
- Pour quelle autre raison l’aurais-je fait ? dis-je, incapable de poursuivre.
- Pour bien des raisons, Nicolette, murmure Fabien.
Non. Pas mon nom. Quand il prononce mon nom...
Je secoue la tête. Je ne peux pas être avec lui, c’est impossible. Nous ne pouvons pas former un couple.
Nous sommes trop différents, aux antipodes même. Si je suis un rayon de soleil, lui est un nuage d’orage, sombre, froid et dangereux.
Mais ensemble, nous pouvons être le soleil qui perce les nuages après la tempête.
Non, non, non.
Je ne peux pas remettre tous mes principes en question. Je ne peux me résigner à abandonner une partie de moi-même. Et il faut que j’aille retrouver ma sœur, je le lui dois.
- Je te laisserai partir à la fin de notre accord, dit Fabien en s'avançant vers moi. Involontairement, je recule. À une condition, ajoute-t-il.
- Vous n’avez pas le choix, dis-je en levant le menton. J’ai rempli ma part du contrat. À vous de remplir la vôtre maintenant.
Il se tient maintenant devant moi. Nous sommes si proches que nos orteils se touchent et je dois lever la tête pour pouvoir continuer à le regarder dans les yeux.
- C'est ce que tu penses, murmure-t-il, avant de lever une main vers mon cou et d'enrouler ses doigts dans ma nuque, comme si je lui appartenais.
Je lui appartiens.
- Souviens-toi de notre rencontre, Nicolette. Souviens-toi de qui je suis. Et souviens-toi de ce que j'ai fait.
Comment pourrais-je l’oublier ?
Il a tué l'homme qui m'avait agressée. Comment ai-je pu penser un seul instant qu'il me laisserait partir ?
- Vous me menacez ? Voyant qu’il ne répond pas, je tente de l’attaquer par un autre angle. Vous m’avez proposé deux millions deux dollars.
C'était trop beau pour être vrai. Trop d'argent pour trop peu de travail. Comment ai-je pu être naïve au point de croire qu’il me verserait une telle somme…
- Consulte ton compte bancaire.
Je soutiens son regard pendant de longues secondes avant de sortir mon téléphone. J'ouvre l'application.
Et je vois le plus gros solde de toute l'histoire de mon compte en banque.
Je me fais la réflexion qu'il y a des millionnaires qui ont moins d'argent que ça.
- Très bien, vous n’avez pas menti, dis-je en essayant d’adopter un ton détaché, mais en réalité, j’ai plus l’air d’une enfant grognon au sortir de la sieste. Comment avez-vous eu accès à mon compte ?
Pas de réponse.
- Eh bien, dis-je en me détournant. Mais j’ai l’impression que mes pieds sont lourds comme du plomb et je peine à les lever.
L’argent est sur mon compte.
N’était-ce pas ce que je voulais en définitive ?
Je dois rentrer retrouver Savannah.
Il faut que… je voie Gwen et Cosette.
La liste des choses que je dois faire s'amenuise. Je lève les yeux vers lui.
- Vous avez dit qu'il y avait... une condition, dis-je dans un murmure.
Donne-moi une raison de rester.
- Une dernière fois.
Mon cœur fait un bond dans ma poitrine. Je passe ma langue sur mes lèvres soudainement sèches et déglutis.
- Une dernière fois... quoi ?
- Laisse-moi te faire l'amour. Avant que notre contrat touche à sa fin.
C'est le moins que je puisse faire, me dis-je en tachant de me raisonner, comme si j'avais besoin de me convaincre que c’est la chose à faire. Comme si je lui devais bien ça.
Mais au fond de moi, j’ai envie de cette dernière fois.
Qu’il me prenne dans ses bras une dernière fois.
Qu’il m’embrasse une dernière fois.
Que la bête me fasse chavirer une dernière fois.
- Tu peux partir, dit-il. Tu as l’argent sur ton compte. La Maison est fermée et comme les autres, tu auras le choix entre prendre ton indemnité de départ ou travailler dans l’établissement de Thayer. Mais il me reste encore une heure à passer en ta compagnie.
Je jette un œil à la pendule et réalise avec une soudaine angoisse qu'il a raison.
Nous n’avons plus qu’une heure.
Et que va-t-il faire de cette heure ?
- Très bien. Je suis une femme de parole. Je vous ai dit que je tenais toujours mes promesses. Alors allons-y.
Je commence à me déshabiller tandis qu'il détache le premier bouton de sa chemise.
- Ok, allons-y.
La partie rationnelle de mon cerveau me hurle que c’est une très mauvaise idée.
La partie primitive, elle, exulte de joie.
Et en mon for intérieur, je m’interroge. En réalité, me serait-il vraiment impossible d’être avec lui ? Ou se pourrait-il que je sois incapable de ne pas être avec lui ?
Je suis une travailleuse du sexe. C’est mon métier. Et je suis très douée pour les relations sexuelles sans attaches.
Je ne suis pas certaine de comprendre ce qu’il essaie de me prouver, mais ce que je sais, c’est que j’ai furieusement envie de lui.
Je retire mon haut et le lance par-dessus mon épaule, tandis qu’il retire les manches de sa chemise, exhibant ses bras bronzés et parfaitement sculptés.
Quel frimeur.
- Je m’occupe du reste, me dit-il.
- Sinon quoi ? lui dis-je d’un ton sarcastique, le défiant mentalement d’essayer de me dominer.
- Ou je te collerai une fessée bien méritée avant de te déshabiller et de te baiser contre cette putain de fenêtre.
Eh bien, il semblerait qu’il ait accepté de relever le défi…
Je me débarrasse du reste de mes vêtements, ne gardant que mes sous-vêtements, et les jette en tas derrière moi.
Je m’avance vers lui, les bras croisés sur la poitrine.
Il reste immobile, ne portant désormais qu’un simple boxer qui lui moule les fesses à la perfection.
Ma poitrine se soulève au rythme de ma respiration qui s’est accélérée.
Lui reste froid comme le marbre.
Je me sens sexy, avec mes cheveux décoiffés qui me donnent un air sauvage.
Il est beau comme le diable.
Tellement beau.
Pfff.
- Tu as ton argent, Nicolette.
Mais pourquoi se sent-il obligé de me le rappeler ? Pourquoi maintenant ? Qu'ai-je fait pour qu'il ait envie de me jeter ça à la figure ?
- Je suis au courant.
- Alors je veux que ce soit parfaitement clair. J'ai fait ma part. Et toi, en tant que femme de parole, tu feras la tienne.
Qu'est-ce que ça veut dire ?
- C’est-à-dire ? dis-je sans comprendre où il veut en venir ?
Et quand il s’avance vers moi, je ne peux contrôler le frisson qui me parcourt tout le corps.
Il tend la main vers la petite table posée à côté du canapé, derrière moi. Je ne regarde pas, je ne veux pas qu'il pense que je suis incapable de contenir ma curiosité.
Et pourtant, je meurs d’envie de voir ce qu’il fait.
Quand il revient vers moi, il tient une cravate soyeuse enroulée autour de son poing. Non, pas une cravate. Plusieurs.
- Tu as promis d'être à moi.
- C’est vrai, dis-je en acquiesçant.
Mais que se passe-t-il ?
- Alors tu vas faire exactement ce que je te dis.
Ah, c'est donc là qu'il veut en venir.
Je hoche la tête.
- Ça me va, dis-je d’une voix que j’essaie de contrôler pour me protéger. En souvenir du bon vieux temps.
- À genoux, dit-il en claquant des doigts.
De tous les...
Mais je m’agenouille sans discuter. Comme il me l'a appris. Comme il exige que je le fasse. Je déglutis en sentant monter en moi une étrange et soudaine vague d’émotions qui me prend au dépourvu.
Fabien, comment peux-tu être à la fois si parfait et si mauvais ?
- Ouvre la bouche, Nicolette.
Mon nom, la façon dont il prononce mon nom...
J'obéis. Et je suis prise de tremblements quand il passe le lien de soie sur ma bouche comme un bâillon de fortune.
- Les mains derrière le dos.
Quelque chose me dit que ce n'est pas une bonne idée, mais... je lui ai dit que je lui obéirais.
J'ai mis mes mains dans mon dos.
- Voilà, dit-il. Maintenant, tu ne peux plus me couper la parole pendant que je parle, ajoute-t-il, l'air plutôt content de lui tandis qu'il me ligote les poignets.
Oh, non, il n’a pas osé faire ça.
Je ne peux pas bouger. Je ne peux pas parler.
Je suis entièrement à sa merci.
- Je ne vais pas nier que je me suis renseigné sur ton passé, dit-il en tournant autour de moi pour examiner son travail. C’est effectivement ce que j’ai fait. J'ai cherché à savoir qui tu étais. À connaître ton histoire. Je voulais savoir pourquoi tu étais ici, et quel genre de femme tu étais.
Pourquoi ? me dis-je. Mais je ne peux lui poser la question, puisque l’ogre a décidé de me bâillonner.
- Tu te demandes pourquoi j’ai fait ça.
Ce n’est pas comme si mes pensées étaient difficiles à deviner.
- Mmm ? dis-je, heureuse de pouvoir au moins exprimer ma colère par une syllabe étouffée.
Fabien se tient devant moi. Posant un doigt sous mon menton, il m’oblige à lever les yeux vers lui. Je suis presque obligée de me tordre le cou pour le regarder.
- Je t'avais vue sur nos vidéos de surveillance. Et dès la seconde où je t'ai vue, j'ai eu envie de toi. Je savais que tu étais à moi. Que tu m'appartenais.
Je devrais le haïr. Je devrais au moins me dire que je le déteste, mais au fond de moi, je sens ma résistance s’étioler.
Fabien.
- Alors j'ai fait un choix.
Mon menton toujours entre ses doigts, il m’oblige à le regarder dans les yeux.
Impossible de détourner le regard.
Il sait exactement ce qu'il fait.
Fabien.
- Et j’ai décidé de te convaincre, dit-il doucement. Je savais que tu étais une femme forte. Je savais que si tu étais ici, c’était pour une bonne raison. Et j’espérais qu’en t’enlevant ta raison de travailler ici, tu n’aurais plus besoin de ce job. J’espérais qu’en t’obligeant à passer du temps avec moi, j’arriverais au moins à te convaincre que tu étais en sécurité avec moi.
Il se penche et me prend par les coudes pour m’aider à me lever. Les mains toujours nouées dans le dos, je ne peux me lever sans vaciller. Il me stabilise sans peine, puis se penche et me soulève dans ses bras.
Il y a tant de choses que je voudrais dire et ce mutisme forcé est particulièrement frustrant.
Je veux lui dire qu’il a mal agi. Lui dire qu'ici, dans le monde réel, où les gens ne jouissent pas d’un statut de super-héros qui leur permet d’être riches et puissants et de ne pas se préoccuper de choses aussi triviales que le respect de la loi, que nous n’espionnons pas les gens. Nous respectons la vie privée. Nous n’essayons de les manipuler pour arriver à nos fins.
Mais je ne peux rien dire. J’ai l’impression qu’il a fini de parler car il reste silencieux.
Il m’emmène jusqu'à sa chambre, toujours ligotée dans ses bras. Il arbore un air de détermination sinistre qui ne semble pas de bon augure et mon pouls s'accélère quand il me dépose sur le lit et disparaît de mon champ de vision. Je tends le cou pour le voir, mais il déambule dans la chambre, visiblement affairé. Je l’entends tirer les stores. La lumière se tamise. J’entends le bruit inimitable d’une allumette que l’on craque, puis d’une flamme qui vacille.
Je le sens s’approcher avant même de le voir. Ses mains puissantes me ligotent à nouveaux, passant des liens doux et soyeux mais solides autour de ma taille, de mes jambes, de mes seins. Je suis allongée sur le côté et le regarde fixement, essayant silencieusement de lui demander ce qu’il peut bien être en train de foutre, bordel ? Mais il a parfaitement conscience de ce que je pense et préfère m’ignorer.
J'ai décidé que j'allais te convaincre.
- Quand tu te soumets ainsi à moi comme ça, c’est quelque chose sur quoi tu peux te reposer, dit-il, ce qui me déconcerte d'abord car je suis sur le lit et je ne m'appuie sur rien. Mais je réalise non sans surprise que je résiste à tous les niveaux. Mentalement. Physiquement. Émotionnellement. Je lui refuse tout contrôle sur moi. J'essaie de faire celle qui boude pour qu’il me laisse partir, mais il continue à enrouler ses liens autour de moi, et je sens mon mental commencer à céder.
Tout ce que je peux faire, c’est lutter contre ces entraves, ce qui est tout sauf confortable, ou me détendre.
Et je décide alors de me laisser aller contre mes liens.
Je ne peux pas parler, mais au moins, je peux respirer librement. J’inspire profondément, et expire lentement.
- Et maintenant, tu vas m’écouter, Nicolette. Je suis sûr que nous aurions pu avoir une conversation raisonnable sans t’attacher, mais si après tout cela, tu décides quand même de partir, au moins je pourrai garder ce souvenir de toi.
Il s'arrête un instant, caressant un lien soyeux du bout des doigts. Et le geste qu’il avait eu lors de notre rencontre me reviens en mémoire, comment il avait effleuré ma joue de son pouce.
- Un diamant à l’état brut.
Ma gorge se serre et je sens les larmes monter. J’ai de plus en plus de mal à me rappeler pourquoi je suis en colère.
- Tu t'attendais à ce que les choses se passent comme dans une relation classique, dit-il en haussant les épaules avec désinvolture tout en nouant une dernière cravate. Tu aurais voulu que nous allions dîner, que nous allions au cinéma. Que nous ayons une petite conversation de temps à autre. Peut-être un peu de sexe de temps en temps, médiocre. Ou alors peut-être pensais-tu que cela se rapprocherait des nuits que tu passes avec tes clients. Juste du sexe dénué d’émotions, un simple travail.
Un simple travail.
Combien de fois ai-je pensé ça ?
- Mais les choses ne seront jamais normales entre nous, dit-il avec certitude avant de se pencher pour effleurer ma joue de ses lèvres. Tu es tout sauf normale. Tu es une perle rare. Tu vaux plus que tout au monde à mes yeux.
Combien de fois s'est-il battu pour moi alors qu’il aurait pu se concentrer sur autre chose ou quelqu’un d’autre ? Je l’ai vu se battre pour moi quand nous avons libéré son frère.
- Je le vois dans tes yeux, dit-il doucement en passant ses mains le long de mes bras entravés. Tu ne sais pas pourquoi tu es si spéciale. Tu ne comprends pas. Mais si tu m’en donnes le temps, si tu m’accordes une autre chance, je te montrerai.
Il a raison. Je ne comprends pas, absolument pas, mais je suis tellement tentée de lui donner cette autre chance.
Mais même en imaginant que tout irait bien entre nous, je ne pourrais pas laisser ma sœur seule aux États-Unis. Maintenant, j’ai l’argent dont j’ai besoin pour prendre soin d’elle comme il se doit. Si j’ai fait ce sacrifice, c’était pour pouvoir faire de mon mieux pour elle, et je ne peux pas laisser mes intérêts personnels prendre le pas sur elle, même si je le voulais.
C’est un mafieux, me dis-je.
Et toi, tu es bien une prostituée, me rétorque aussi tôt une petite voix en moi.
Je cligne des yeux pour cacher mes larmes.
- Je ne m'excuserai pas, dit Fabien. J'ai fait ce que j’avais à faire et je le referais sans hésiter. Je ne peux pas te promettre une vie normale. Si tu décides de nous choisir, tu choisis tout sauf la normalité. Et je te promets l'amour éternel. Tu seras avec un homme qui te protégera, quelles que soient les circonstances. À nouveau, il m’embrasse sur la joue. Et ça, ça veut dire que je t'aime.
Je me débats contre les liens mais cela ne fait que les resserrer davantage. Je peux respirer. Je peux penser. Je peux voir. Mais je suis parfaitement consciente de ma vulnérabilité face à lui.
Je ne voulais pas me soumettre à lui émotionnellement. Alors il m’a obligé à le faire en me forçant physiquement.
Je dois tout de même saluer le courage de cet homme. Il aurait pu se défendre. Il aurait pu hurler de colère. Il aurait pu me laisser partir.
Mais non. Il a préféré faire taire ma résistance et de nous donner une autre chance.
Et quand il passe sa main dans mon dos, par-dessus les liens, je sens encore un peu de ma résistance s’estomper. Je n’avais jamais compris le pouvoir du bondage jusqu'à cet instant.
J'ai envie de fermer les yeux et de me laisser porter par cette sensation, mais je ne veux pas le quitter des yeux. En l’observant me regarder comme il le fait, au plus profond de moi, je sais qu’il dit la vérité.
Il m'aime.
Il n'essayait pas de me manipuler.
Il utilisait simplement les outils à sa disposition pour me convaincre, tout comme il le fait maintenant.
Ça ne veut pas dire que tout ce qu'il a fait était bien, ou qu’il n’aurait pas dû faire autrement. Mais en toute honnêteté, je ne peux pas dire que j’ai toujours fait les bons choix non plus. Nous sommes juste deux êtres qui essaient de comprendre les choses, et de faire les choses bien, avec nos imperfections.
Jusqu'à présent, privée de la possibilité de parler, de protester ou même de communiquer verbalement de quelque manière que ce soit, je me suis laissé consumer par mes pensées. J’ai tout analysé. J’ai lutté contre les protestations que ma petite voix intérieure me soufflait, car au fond de moi, ce que je veux, c’est être avec Fabien.
Mais bientôt, le mouvement de mes pensées cesse complètement.
Attachée, soumise, mes résistances réduites à néant... je commence à ressentir.
Je dois lui faire confiance. Dans la position de faiblesse dans laquelle je me trouve, il pourrait me faire du mal s’il le voulait.
Mais il n’en fait rien.
Il pourrait profiter de moi à sa guise.
Mais il n’en fait rien non plus.
Au lieu de cela, ses caresses presque chastes, dans mon dos, sur mes épaules, dans ma nuque, par-dessus les liens qui se chevauchent, me semblent érotiques. Une chaleur sensuelle circule entre nous à chaque contact. Mon corps entier semble dévoré par une attente teintée de plaisir. À chaque fois que ses yeux rencontrent les miens, mon cœur s’emballe.
Et soutenant mon regard, il suit les lignes de mes liens sur mes seins, encore et encore, jusqu’à ce que mes mamelons se durcissent à leur contact, et qu’une chaleur familière se mette à battre entre mes cuisses. Il a réduit mes résistances à néant, et j’ai perdu toute capacité de me retenir.
J’étouffe un gémissement. Il me répond par un grondement grave et sensuel, qui monte du plus profond de sa poitrine. Je sens une vague d’anticipation me réchauffer les veines. À chaque seconde qui passe, mon envie de lui se fait plus forte.
Je voudrais tendre la main vers son visage et caresser sa barbe. Je voudrais lui dire que je le veux, que je ne veux pas briser ce qu’il y a entre nous.
Je voudrais lui dire que je suis désolée.
Lui dire que je l’aime.
Mais toujours dans l’incapacité de parler, je ne peux que recevoir. Son attention.
Le contact de ses mains, de sa bouche, la sensation de son souffle chaud sur ma peau.
Les mots qu’il me murmure.
- Je t'aime.
Son amour.
Lentement, les yeux toujours plongés dans les miens, il commence à défaire mes liens. Et à chaque nœud qu'il desserre, il masse ma chair attendrie et la réchauffe.
Il entrelace ses doigts dans les miens, juste assez longtemps pour me serrer doucement la main. Et nous échangeons des mots en silence.
Les liens retombent sur le lit comme des rubans, jusqu'à ce qu'il ne reste plus que celui qui m’entrave la bouche. Il se penche vers moi et pose son front contre le mien. Nos respirations se mêlent. J’essaie de déchiffrer ses pensées, mais en vain.
- Je veux t’embrasser, dit-il dans un murmure tremblant en prenant mon visage entre ses deux mains.
Je hoche la tête.
- Je t'aime, Nicolette. Je suis désolé. Je t'aime.
Et il détache la cravate en satin qui me servait de bâillon et m’embrasse. Je sens mes émotions affluer dès que sa bouche rencontre la mienne. Mon cœur bat tellement fort que j’ai l’impression qu’il va exploser, au point d’en être étourdie. Sa langue caresse la mienne, et je le laisse prendre possession de moi, envahie par des ondes de plaisir.
Sans détacher sa bouche de la mienne, il me prend dans ses bras et me soulève, et me débarrasse de mes sous-vêtements.
Il me fait glisser sur lui et me caresse. J’ai tellement envie de lui. Mes hanches commencent à onduler. Et je laisse échapper un cri en sentant sa queue dressée presser contre ma chatte. Nos désirs palpitants se rejoignent. Son premier coup de reins est d’une telle perfection que je sanglote de soulagement.
- Je t’aime dis-je en chuchotant alors que nos corps se soulèvent et retombent, unis.
- Je t’aime, murmure-t-il en retour, et mon envie de lui se fait encore plus forte.
Et quand je finis par jouir dans un feu d’artifice, secouée par un violent orgasme, il jouit à son tour, et nous sombrons dans un silence apaisant.
Tout a déjà été dit.
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