Possède-Moi: Dark Romance et Mafia (Les Maîtres de la Corse) (French Edition)
Chapitre 20
VINGT
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Fabien
N OUS N ’AVONS PAS le temps de parler, et je ne peux même pas commencer à lui donner un début d’explication.
Et même si c’était le cas, je ne sais pas si cela ferait une quelconque différence.
J’informe Thayer que nous partons. Il sait ce que cela signifie. Il s’assurera que nous avons une équipe à proximité pendant que nous sommes aux Bains de Caldane,
Si nous tendons une embuscade à celui qui a pris mon frère, ça ne se terminera pas bien pour nous. Nous le savons. Mais si j’ai la moindre possibilité de les appeler en renfort, je n’hésiterai pas un seul instant.
- Nicolette.
- Quoi ? dit-elle entre ses dents en me lançant un regard glacial.
- Je me fous que sois furieuse contre moi, quand nous serons là-bas, tu feras ce que je te dis. Tu sais que je préfèrerais de loin que tu ne sois pas là.
- Intéressant qu'un homme comme vous ne souhaite pas ma présence ici. Vous n'avez pourtant aucun scrupule à me faire suivre, à fouiller dans ma vie privée et à prétendre que notre relation est...
Comme si elle en avait trop dit, elle se ravise et pince les lèvres, secoue la tête et se détourne de moi.
Nous sommes à quelques minutes des Bains.
Je n’ai pas le temps de lui expliquer quoi que ce soit, et même si c’était le cas, je doute qu’elle m’écoute. Mais nous ne pouvons vraiment pas parler maintenant.
Je remarque qu'elle a un sac sur son épaule.
- Qu'est-ce qu'il y a dans ce sac ?
- Le couteau que vous m’avez donné, dit-elle, le regard toujours fixé sur le paysage qui défile au dehors.
- Tu ne peux pas le prendre avec toi.
- Comme si vous aviez le droit de me donner des ordres, rétorque-t-elle dans un souffle, évitant toujours mon regard.
J’aurai une arme sur moi aussi, même si je devrai m’assurer que cela reste discret.
Si nous n’étions pas fâchés, si nous avions été honnêtes l’un envers l’autre, nous aurions pu discuter longuement du déroulement de cette prochaine étape.
Sur mes genoux.
Si je le pouvais, je la secouerais. Et puis je l’embrasserais. Et enfin, je la baiserais jusqu’à lui faire passer l’envie de protester.
Mais je ne peux pas me permettre de penser à ça maintenant. Nous devons accomplir cette dernière mission, sans quoi tous les efforts que nous avons fait jusqu’à présent auront été vains.
Dès le début, j'étais déterminé à ramener Lyam sain et sauf. Il m'a assuré qu'il allait bien. Je me doute qu’il n’a pas été malmené, car celui qui l’a enlevé sait probablement quelles seraient les conséquences s’il osait toucher à un cheveu des membres de ma famille. Je serais capable de décimer des villes entières pour lui rendre justice et le venger s’ils osaient faire quoi que ce soit.
- Je me fiche que tu sois en colère.
- C’est une évidence.
- Ça suffit. Je donne un coup de volant et gare la voiture sur le bas-côté.
- Je sais que tu es furieuse, dis-je en me tournant vers elle. Et nous en discuterons plus tard. Pour l'instant, nous aurions trop à perdre en nous permettant de telles conneries.
- Ce n’est pas comme si c’était moi, l’auteur de ces conneries. Mon dieu, j'ai hâte que tout ça se termine.
À nouveau, elle détourne le regard, mais je ne la laisse pas faire. L’attrapant par le menton, je l’oblige à me regarder dans les yeux.
- Écoute-moi, dis-je d’une voix sourde. Je sais que je t’ai blessée. Mais si nous ne nous serrons pas les coudes maintenant, cela pourrait vraiment mal finir.
Elle ouvre la bouche pour protester mais se ravise. Je ne peux qu'espérer qu'elle écoute mon raisonnement.
- Bien.
Mon dieu, qu'est-ce que je ne donnerais pas pour lui coller une fessée et la baiser jusqu’à faire disparaître toute résistance de son corps, là, à l'arrière de cette voiture.
Et je ne suis pas du genre patient.
- J'apporterai le talisman conformément aux instructions qu’ils m’ont données. Ils me remettront mon frère. C'est comme ça que ça doit se passer. Ils s'attendront à ce que j'attaque, ce que je n'ai pas l'intention de faire alors que nous sommes en infériorité numérique et en position désavantageuse. J'ai des renforts à proximité, et la seule chose que nous avons à faire aujourd’hui, c’est de découvrir qui a fait ça.
- Compris, dit-elle avec un signe de tête.
Très bien, finalement, il semblerait que l’on puisse arriver à quelque chose.
- Alors allons-y. Mon équipe trouvera qui a fait ça.
- Et vous vous vengerez. Chouette.
Putain.
Je donnerais tout pour que nous nous rapprochions à nouveau. Apaiser la colère dans son regard et réchauffer la froideur de sa voix. Et abattre le mur qu’elle a érigé entre nous. Je voudrais tant la tenir dans mes bras, et lui dire que je l’aime.
- Nicolette. Si je te dis de courir, tu cours. Si je te dis de te jeter à terre, tu te jettes à terre. Les hommes qu’ils avaient postés à l'Underground vous ont vue, et ils ont exigé que tu viennes avec moi, même si j’avoue que je ne comprends pas pourquoi.
Je lis la peur dans son regard. Mais je ne veux pas qu’elle ait peur, je veux qu’elle comprenne dans quoi nous nous engageons.
Je reprends la route et appuie sur l’accélérateur, conduisant à vive allure.
- Que savez-vous des Bains de Caldane ?
- Euh... rien, à vrai dire.
Les thermes de Caldane sont à vingt minutes de la Maison.
Les vingt minutes à la fois les plus longues et les plus courtes de ma vie.
- C’est un spa en pleine nature, lui dis-je. Le centre est niché au cœur des montagnes, et de l’eau sulfureuse chauffée circule dans des bains à remous. Visiblement, ça permet de soigner l’arthrite et les éruptions cutanées.
- Et à votre avis, pourquoi nous ont-ils demandé de les retrouver à cet endroit ?
Je quitte la grande route pour emprunter la petite route qui y conduit. Thayer m’a fait un plan et m’a expliqué où nous garer, sous le couvert des arbres, à un endroit où nous aurons suffisamment de liberté pour nous permettre de nous approcher plus furtivement.
- Je suppose qu’ils auront un avantage sur nous ici, mais je ne sais pas lequel. Peut-être qu’ils connaissent un passage secret, ou sont en contact avec quelqu’un qui connaît parfaitement les lieux. Mais peu importe, ils auront choisi un endroit qui leur procurera un avantage sur nous, c’est une certitude.
- C’est donc à l’écart ?
- Oui, et fermé au public.
Elle fronce les sourcils, l’air pensif.
- L’endroit idéal pour noyer quelqu’un alors, non ?
- Tout à fait.
Je m'arrête et gare la voiture.
- Eh bien, c'est charmant.
Les Bains de Caldane sont encore baignés dans l’ombre du petit matin. Des lumières éclairent l'eau sous la surface des sources calmes. Conçus pour prendre l’allure de piscines, ces bains majestueux et opulents sont entourés de statues et de pierres, et des projecteurs sont orientés directement sur la surface scintillante. Je tends un bras vers Nicolette pour la tenir contre moi, mais elle me repousse immédiatement.
Je serre les temps et nous poursuivons notre progression côte à côte.
Ce fossé qui s’est creusé entre nous me répugne. Et l’idée qu’elle puisse partir dès la fin de notre petit arrangement me bouleverse. J’ai peur que sa colère à mon égard la mette en danger.
Je dois sauver mon frère, mais aussi Nicolette.
Et je veux ce talisman.
- Est-ce que tu vois quelqu’un ? dis-je à Nicolette à voix basse.
Caché sous les arbres, Thayer se tient assis, prêt à passer à l’attaque. Il n’a que deux hommes avec lui. Nous ne pouvions pas en prendre plus sans nous mettre en danger.
- Il y a quelqu’un assis sous cet auvent, dit-elle en indiquant la direction d’un signe de la tête.
Je pourrais reconnaître cette coupe de cheveux à des kilomètres. Lyam.
J’ai fait tout mon possible pour arriver jusqu’ici. Je me suis concentré sur ce que je devais faire pour le libérer. Mais en le voyant ainsi seul, sa silhouette se découpant sous le toit taillé dans la roche, je sens mon cœur s’emballer.
Je voudrais me précipiter vers lui. Le ramener à la maison, à notre mère, qui doit être folle d’inquiétude à l’heure qu’il est. Je voudrais retourner toute cette colère accumulée contre celui qui a semé la panique dans ma famille.
Mais je n’en fais rien. Je reste calme.
J’adresse un signe de tête à Nicolette.
- Tu fais…
- Exactement ce que vous me dites de faire, oui, oui, je sais.
Je serre les dents et essaie de me reconcentrer. Bientôt, elle sera seule avec moi, et nous réglerons ce problème.
- Arrêtez-vous là, dit-une voix.
Pas un bruit autour de nous.
- Vous avez enlevé mon frère. Ma voix résonne dans le silence. Vous m'avez forcé à dérober un objet qui aurait pu nous coûter la vie, à moi et à ma partenaire. Et vous n’avez pas les couilles de vous montrer ?
À nouveau, le silence.
J'entends un bruit à ma gauche. Et à ma droite. Nicolette me regarde, les yeux écarquillés mais l’air déterminé.
- Déposez le talisman sur la fontaine.
Je regarde autour de moi jusqu'à voir une fontaine taillée dans la pierre à côté d'un des bains à remous. Dans la fraîcheur du matin, de la vapeur s'élève de l'eau.
- Donnez-moi d'abord mon frère.
Le silence.
De là où nous sommes, je vois Lyam se lever et marcher vers nous. Je fais signe à Nicolette de déposer le talisman sur la fontaine. À la seconde où Lyam arrive à ma hauteur, je le prends dans mes bras.
- Qui a fait ça ? Tu as une idée ? lui dis-je à l’oreille.
- Non, dit-il rapidement. As-tu donné les rats à mes serpents pendant mon absence ?
Mais de quoi parle-t-il ? Tout ce qui l’inquiète à cet instant, c’est de savoir comment vont ses serpents ? Nicolette le regarde comme s'il avait perdu la tête.
Je ne m'occupe jamais de ses animaux. C'est lui qui s'en charge et qui doit s’assurer de les tenir hors de la vue de ma mère, qui les considère comme des sortes de créatures maléfiques.
Les serpents, les rats...
Mais....
Dans le langage de ma famille, les politiciens sont des rats. Il n’est pas en train de prendre des nouvelles de ses serpents, il me dit simplement que celui qui est derrière tout ça est un rat.
- Merci d'avoir amené la fille, résonne la voix forte et puissante à travers les haut-parleurs. Et le talisman. Maintenant, lâchez votre frère, le moment est venu de faire un choix.
Un frisson glacial me parcourt la colonne vertébrale. Je n'aime pas être en position de faiblesse. J'imagine Thayer rôdant derrière moi, déterminé à ne pas me laisser gérer seul cette affaire.
- Oui, monsieur Gérard, le moment est venu de faire un choix. Tout comme vous m'avez forcé à choisir.
Quoi ?
Je parcours l’éventail des possibilités dans mon esprit. Qui sont ces gens ? De quoi parlent-ils ?
Comment osent-ils me menacer ?
Les rats.
Les politiciens.
Faire un choix...
Et quand je comprends enfin, j’en ai froid dans le dos.
- Qui êtes-vous ? dis-je. Et de quel choix parlez-vous ? J’ai rempli ma part du marché. Je prends mon frère et je...
Nicolette pousse un cri. Je tourne la tête dans sa direction, mon arme dégainée. Deux hommes masqués l’ont saisie chacun par un bras.
- Votre frère ou la fille. L’un d’eux pourra repartir d’ici vivant.
Je vais les tuer.
Sans perdre une seconde, je secoue la tête et laisse échapper un rire forcé.
- Est-ce supposé être un choix difficile ? Allez-y, prenez-la.
Je m'attends à ce que Nicolette ait l'air furieuse, mais rien de tel. Au lieu de cela, ses dents claquent et son corps est parcouru de tremblements, comme si je l'avais giflée. Et peut-être l’ai-je fait. Les mots peuvent parfois être plus blessants qu’une arme.
Je touche mon oreillette qui me permet de communiquer directement avec Thayer.
- Maintenant.
Je lance mon arme à Lyam et m’empare de la seconde que je garde dans un étui. L'homme qui tient Nicolette dégaine à son tour, mais trop tard. Ma balle lui transperce la peau et les os. Je l’ai atteint entre les deux yeux. Nicolette crie et tombe à genoux alors que trois hommes armés se précipitent vers nous. Mais mes hommes sont plus rapides. Ils sont préparés.
Lyam ne rate jamais son coup, et Thayer est un homme totalement dénué de scrupules. Nos adversaires tombent comme des mouches. Une balle perdue touche le talisman. Il tombe comme une étoile tombée du ciel, et atterrit dans un bassin en projetant une gerbe d’eau.
Je le fixe pendant une fraction de seconde. Je pourrais aller le récupérer. Je pourrais le prendre et m'enfuir, mais alors je devrais laisser Nicolette.
Je la prends dans mes bras, la jette par-dessus mon épaule et me mets à courir.
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