Possède-Moi: Dark Romance et Mafia (Les Maîtres de la Corse) (French Edition)
Chapitre 2
DEUX
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Nicolette
- A LLONS, beau gosse, dis-je en tapotant le lit à côté de mon dernier invité. Voyant qu’il ne bouge pas, je lui tape sur le côté du bras. Hé ho, Prince Charmant, il est temps de te lever et de retourner au travail ou d’aller retrouver ta femme ou qui que ce soit d'autre qui t'attend !
Il se retourne et s'appuie sur un coude. Vêtu de son seul caleçon, faisant jouer ses biceps, il a l’air de penser qu'il est le cadeau de dieu aux femmes. Il n’est pas repoussant - plutôt musclé et bien habillé, dans le style d'un comptable anonyme, mais on ne peut pas vraiment dire qu’il a mis le feu à ma culotte.
- Il me reste encore un peu de temps pour un deuxième round, dit-il de manière suggestive, en français.
Mais même cette belle langue ne parvient pas à me séduire. Je préfère de loin quand les touristes qui fréquentent ces lieux viennent et se contentent de s’exprimer simplement, dans leur propre langue
- Heureux de l’apprendre, dis-je en lui adressant un sourire forcé, tout en me redressant dans le lit. Mais ce n'est pas mon cas, et je suis au regret de t’informer que tu n’as payé que pour une passe. Je tapote des doigts sur la tête de lit, tout en calculant dans ma tête s’il me reste assez de temps pour prendre une douche et me raser avant l’arrivée de mon prochain client. Visiblement, les hommes d’affaires apprécient tout particulièrement de pouvoir tirer leur coup à la va-vite à l’heure de leur pause déjeuner.
Je commence à m’inquiéter en le voyant plisser les yeux.
- Alors c’est tout ce que c'est pour toi ? demande-t-il à voix basse. Un travail ?
Je sens mes yeux s'écarquiller devant l’absolue stupidité de sa question.
Non, abruti, me dis-je. Je fais ça pour le plaisir.
Mais je me contente de lui retourner un sourire forcé.- Hum, dis-je, tu es resté coincé dans le pays des rêves à ton réveil ? Parce qu'avant de faire ta petite sieste, il me semble que nos rôles respectifs étaient très clairs. Oui, c'est un travail, dis-je en secouant la tête. Un travail que tu connais parfaitement puisque cela fait maintenant trois semaines que tu viens régulièrement.
- Donc tu t’en souviens. Tu ne t’en rappellerais pas si cela ne signifiait rien pour toi.
Je n'oublie jamais aucun détail, je n'oublie jamais aucune date, et je me souviens précisément de la première fois qu’il est venu me voir. Mais cela ne veut absolument rien dire.
Parfois, j’ai vraiment le sentiment que le métier que j’exerce est d’une simplicité ahurissante. Et d'autres fois, comme à cet instant, je me demande si je ne devrais pas consulter un psychiatre.
Je prends une profonde inspiration et tâche de me rappeler mon objectif, mon but ultime. Ce travail n’est que temporaire.
Si je suis là et que je fais ça, c’est parce que je veux offrir à ma sœur une vie meilleure. Elle le mérite. Si je suis là, c’est parce que c'est le moyen le plus rapide et le plus efficace de s’en sortir lorsqu’on vient de nulle part, et ce n’est pas maintenant que je vais faire marche arrière.
Alors quand ça se corse, quand ça devient inconfortable ou difficile, je tâche de me dire que je peux le faire. Que j’y arriverai. Et dans l’immédiat, cela veut dire faire sortir ce trou du cul de ma chambre.
Ce n’est pas un client assez important pour que je me donne la peine de discuter.
Je resterai professionnelle, mais ferme.
Je secoue la tête et pose les pieds au sol.
- Ton temps est écoulé. Tu as payé, et je t’en ai donné pour ton argent. Maintenant, si tu veux bien, je te laisse cinq minutes pour…
Il me saisit le bras par derrière et me tire vers lui sur le lit. Tous les signaux passent au rouge. Instinctivement, je lance mon coude en arrière. Le coup a porté, je sens que j’ai heurté quelque chose de dur.
- Salope ! siffle-t-il en lançant une bardée de jurons. Cette distraction momentanée me donne le temps d'appuyer sur le discret petit bouton d'appel dissimulé sous mon lit. J’ai le temps de l’actionner à trois reprises avant de me retrouver à plat ventre sur le lit, son corps pesant de tout son poids sur moi.
- Dégage ! dis-je en hurlant, mais il est beaucoup plus lourd que moi et qui plus est, il est furieux. D'un coup sec, il m’a arraché ma culotte. Un sentiment de terreur m’envahit. J’ai beau avoir appuyé sur le bouton d’alarme, je ne peux m’empêcher de penser à ce qui risque de se passer dans les prochaines secondes. Il va me violer. Il va m'agresser. Il va me pénétrer de force, et il n’y a rien que je puisse faire pour l’en empêcher.
Un bruit de pas martelant le sol dans le couloir se rapproche.
- Alors comme ça, tu as appelé à la rescousse ? grogne-t-il à mon oreille. Mais ça ne t’aura servi à rien tu sais. J’avais verrouillé la porte et j’ai volé la clé, aucune chance que tu la retrouves.
Putain, ce connard avait tout planifié. Mon dieu.
- Au secours ! dis-je en hurlant de toutes mes forces. À l’aide !
Il enfonce mon visage dans le matelas pour étouffer mes cris. Je me débats, incapable de respirer, et parviens finalement à prendre une bouffée d'air au moment où des voix se font entendre de l’autre côté de la porte.
- C'est fermé à clé ! Qui a la clé ? Il nous faut la clé !
Il m’écarte les jambes de force, comme s'il savait que le temps lui était compté et qu'il fallait qu’il aille jusqu'au bout. Je me jette de tout mon poids sur le côté, dans un mouvement si soudain que je parviens à le bousculer suffisamment pour réussir à rouler sur le sol. Mais je ne fais pas deux pas avant qu'il ne m’attrape par les cheveux et me tire en arrière. La douleur résonne dans mon crâne. Je pousse un cri.
Un son de clés en métal dans une serrure. Le bruit d'une poignée de porte que l’on actionne. Des voix de femmes, aiguës. Je hurle à nouveau quand il me pousse sur le bord du lit et me force à nouveau à écarter les jambes. Je sanglote, me débattant autant que je peux sous lui, quand un grand bruit résonne contre la porte. Le son d’une voix masculine, grave, au son de laquelle mon agresseur s’interrompt.
- Bouge de là.
Est-ce la voix d’un autre client ? Les secondes semblent durer des minutes, quand un bruit sourd résonne contre la porte, suivi du bruit de bois qui se brise.
- Qu'est-ce que...
Le visage toujours plaqué contre le lit, je ne vois rien, je n'entends que le bruit du bois qui se fracasse et des voix inquiètes. Et soudain, le poids qui m’écrase disparaît. Je relève la tête pour voir mon agresseur se balancer en l'air, comme suspendu par une corde. Un homme gigantesque, plus grand que nature et absolument furieux, l’a attrapé par le col et le tient devant lui. Je retiens mon souffle. Le soulagement que j’ai ressenti m’étourdit presque.
L’homme, grognant comme un animal, jette mon agresseur dans les airs en un geste rapide, comme s'il s’agissait d’un vulgaire chaton. Mon agresseur atterrit contre le mur dans un craquement écœurant et s'effondre sur le sol.
Joëlle et Gwen se précipitent à mes côtés, Cosette saisit une couverture moelleuse et me la passe autour des épaules. Gwen jette un coup d'œil à ma joue ensanglantée, pousse un cri furieux, puis se retourne et balance un coup de pied rageur dans le corps étendu sur le sol.
- Recule, Gwen. Laisse-le-moi, souffle l'homme gigantesque, les narines dilatées.
Mon agresseur a écarquillé les yeux de façon comique et se recroqueville dans un coin de la pièce.
- Mon dieu, mon dieu, dit-il en français, en relevant les mains pour se couvrir le visage.
- Ne regarde pas, ma chérie, me dit Cosette. Laissons Monsieur s'occuper de lui. Viens avec moi. On va nettoyer ces plaies et te préparer une bonne tasse de thé bien chaud.
Étourdie, je me laisse conduire jusqu'à la porte. Derrière nous, Monsieur, qui qu’il soit, a saisi l'homme par les cheveux. J'entends le son de son poing puissant le frapper. Au moment où je m’apprête à passer la porte, j'entends mon agresseur implorer sa pitié.
Quinze minutes plus tard, je suis assise sur le lit de Cosette, vêtue de vêtements qu’elle m’a prêtés. Je tiens ma tasse de thé à deux mains, mais je tremble tellement que je crains d'en renverser partout sur moi.
- Doucement, dit Cosette d’un ton inquiet, les sourcils froncés. Grande et mince, avec ses cheveux blonds, ses yeux verts qui lui donnent un regard si doux et ses taches de rousseur sur le nez, on dirait une petite poupée de porcelaine. En total contraste avec Gwen, une femme audacieuse et effrontée, aux cheveux noirs de geais et à la bouche maquillée de rouge. J’ai l’impression d’être entourée d’un ange et d’un démon. De sa main, Cosette me caresse les cheveux. J'espère qu'il l'a tué, dit-elle d’un ton féroce.
Je ne lis pas la moindre pointe d'exagération dans ses yeux.
- Qu’il l’a tué ? dis-je à mi-voix, malgré les battements furieux de mon cœur. Peut-être que cet homme peut m'aider. Peut-être que c’est lui, mon ticket…
Je peine à garder un ton calme.
- Qui était-ce ?
Gwen fait les cent pas dans la pièce, jurant et marmonnant.
- Il avait tout prévu. Il savait que tu nous appellerais à l’aide, et il a réussi non seulement à verrouiller la porte mais aussi à cacher la clé. J'espère qu’avant de l’achever, Monsieur va le torturer.
- L’achever ? dis-je, encore plus interloquée. Putain, j’ai l'impression de regarder une émission de télé-réalité. C'est comme ça que vous réglez les problèmes en France ? S'il vous plaît, les filles, dites-moi qui est cet homme. On ne peut quand même pas simplement tuer quelqu'un.
Gwen s’interrompt et vient se poster devant moi. Elle me regarde en clignant des yeux, visiblement surprise.
- On ne peut pas… Moi, je ne peux pas. Mais Monsieur Gérard ? Lui, il peut. Tu ne sais pas ça ?
Je sens l’excitation monter et je tape du pied pour tenter d’évacuer ce trop-plein d’énergie.
- Gwen, ma chérie, je crois que personne ne lui a jamais expliqué… dit Joëlle avec une grimace.
- M’expliquer quoi ? Dites-moi ce qui se passe, ça commence à devenir vraiment exaspérant.
Joëlle entortille une de ses boucles rouge vif autour de ses doigts et se mord la lèvre en regardant Gwen.
- C'est le propriétaire, dit Gwen. Le très fier, très sévère et très effrayant propriétaire de cet établissement. Elle fait une pause. Et il prend la sécurité de ses filles très au sérieux.
- Oui, j’en ai entendu parler. C’est d’ailleurs une des raisons pour lesquelles je suis venue ici.
Ok, donc je ne suis pas totalement dans le noir. Il n'y a pas si longtemps, Cosette et moi étions colocataires à l'université avant que la tragédie ne frappe. C'est elle qui m'a fait venir ici. Elle m'a promis la sécurité, et de l'argent à foison.
Une bonne raison de venir.
- Nicolette, dit Gwen avec un soupir. Le nom de famille de Monsieur est Gérard. Ce nom ne te dit rien ?
Le nom reste comme suspendu dans l’air, aussi lourd qu’un nuage chargé de pluie, mais impossible de savoir pourquoi.
Elle attend de voir ma réaction avant de poursuivre. Alors quand je secoue la tête en signe d’ignorance, elle pousse un soupir.
- Elle est américaine, Gwen, lui rappelle Cosette. Elle est nouvelle ici.
- Mais tu ne lui as absolument rien dit ?- Je sais certaines choses, dis-je en guise de protestation, refusant de voir mon amie ridiculisée davantage. Explique-moi juste qui est cet homme.
Elle regarde en direction de la porte, puis tourne les yeux en direction de Cosette.
- Dis-lui, siffle Cosette.
Je veux savoir. Il faut que je sache.
- C’est...
Des pas lourds résonnent dans le couloir derrière la porte. Gwen, qui n'a pourtant peur de rien ni de personne, cligne des yeux et me regarde fixement. Quant à Cosette, elle se lève d'un bond. Joëlle regarde fixement la porte. Nous sursautons toutes en entendant un coup retenir contre la porte.
- Oui ? couine Cosette. Qui est-ce ?
- Fabien. Je peux entrer ?
- Fabien ? dis-je tout haut.
Gwen se contente de hocher la tête.
- Oui, oui, bien sûr, entrez !
La porte s'ouvre, et Monsieur Fabien Gérard pénètre dans la pièce.
Plus tôt, alors que j’étais aux prises avec mon agresseur, la vague impression que j'avais eue de lui était celle d'une sorte de monstre capable d’affronter un ouragan, un homme aux poings d'acier et assez autoritaire pour qu'un adulte mouille son pantalon devant lui. Mais maintenant, apaisée par la tendresse de mes amies et le thé chaud, j’ai l’esprit un peu plus clair.
Il se déplace avec assurance et clairement, il en impose. Grand et musclé, il est plus grand que tous les hommes que j’ai jamais croisés dans cet établissement et pourtant, il se marche avec une grâce surprenante. Je suppose que cela a quelque chose à voir avec la confiance absolue qui se lit dans sa démarche, la certitude qu'il n'est pas seulement le propriétaire de ce lieu, mais qu'il impose le respect à tous ceux qui s'en remettent à son autorité.
Il s’est débarrassé de sa veste de costume qu’il portait un peu plus tôt. Je m’imagine qu'il l'a retirée pour s’assurer que les coups qu’il a probablement donnés à mon agresseur étaient aussi efficaces que possible… à moins que ce soit seulement mon imagination.
Et maintenant, je découvre sous ses manches relevées des bras forts, bronzés et musclés. Je ne peux m’empêcher de les fixer jusqu’au renflement de ses biceps, et je laisse mon regard remonter jusqu’à ses puissantes épaules saillant sous le tissu coûteux de sa chemise.
Mais je m’arrête de respirer en réalisant qu’après avoir déboulé dans cette pièce comme un général venu inspecter ses troupes après une bataille, il se dirige droit vers moi. Je me souviens alors que je ne suis vêtue que d’un pyjama trop grand qui révèle un décolleté généreux et ne dissimule pas grand-chose.
En dépit de sa taille imposante, il se déplace vite et avec grâce. Je ne sais pas ce qu'il va faire une fois arrivé à ma hauteur, et je m'attends presque à ce qu'on se percute. Mais une fois devant moi, il s’arrête et se penche. Un parfum d’eau de Cologne de luxe me parvient aussitôt et me laisse comme hypnotisée.
- Tu es blessée ? me demande-t-il. Voyant que je ne réponds pas immédiatement, il fronce les sourcils, s’imaginant probablement que je ne comprends pas bien le français, car il répète sa question, en anglais cette fois-ci. Are you hurt ?
- Non, dis-je, je n’ai rien.
Il me regarde fixement de ses yeux marrons, fascinants et sévères sous ses épais sourcils, mais d’où émanent une certaine chaleur. Une barbe de quelques jours recouvre sa puissante mâchoire, et cela le rend encore plus intimidant, comme s'il était inutile pour un homme de son rang de prendre la peine de se raser par simple respect des conventions.
Et quand il tend la main vers mon visage et m’effleure doucement la joue du bout des doigts, je retiens ma respiration, comme sidérée.
- Il t'a fait du mal.
Derrière lui, Gwen me regarde, les yeux écarquillés. Je rirais si je pouvais respirer tant son expression est comique.
Je secoue la tête et reprend bruyamment ma respiration.
- À peine. Vraiment, je… je vais bien.
Accroupi face à moi, son regard est si intense que je ne peux détourner les yeux.
- Dis-moi ce qui s'est passé.
Je lui raconte l’incident dans un flot de paroles. Il me faut toute la maîtrise dont je suis capable pour m’assurer que ma voix ne vacille pas. Et quand je lui raconte la manière dont il m’a menacée, je vois son regard s’assombrir.
- Alors il aura mérité ce que je lui ai fait, dit-il d’un ton ferme.
Je déglutis et m’abstiens de répondre, parce que je ne sais pas de quoi il est véritablement capable et que j’ai de plus en plus de mal à parler.
Le souffle court, je le regarde se redresser de toute sa hauteur et reculer. À nouveau, je peux respirer librement.
Il se met à arpenter la pièce de long en large, les mains enfouies dans ses poches.
- Nous allons renforcer les mesures de sécurité ce week-end. Gwen, tu as bien fait de m’informer immédiatement de l’incident. Mais sachant que je suis rarement là, il faut clairement que la sécurité soit renforcée en mon absence. Je ne manquerai pas de te récompenser pour ta réactivité et ta méticulosité.
Gwen sourit et rougit légèrement. Je crois que c'est la première fois que je la vois rougir, d’ailleurs.
- Merci, monsieur.
J’avoue que je suis un peu déstabilisée. Gwen n'appelle personne « monsieur ». À tel point que c’est généralement à elle que les hommes font appel pour être dominés quand c’est le genre de pratiques qu’ils apprécient.
- Votre nom ?
Avec un sursaut, je réalise que c’est à moi qu’il vient de s’adresser.
- Nicolette.
- Nicolette, répète-t-il.
Une étrange lueur brille dans ces yeux, indéchiffrable, à la fois terrifiante et fascinante. Je sens mon cœur se gonfler en l’entendant prononcer mon nom, même si mon instinct me hurle de me méfier.
Mais je ne ferai pas marche arrière. Si je suis ici, c’est pour une bonne raison, et je refuse de reculer maintenant.
- Un joli prénom, dit-il, l’air presque pensif.
Si j’entendais ces paroles de la bouche d’un autre, je prendrais ça pour un simple flirt. Mais de sa part, j’ai l’impression que c’est le plus beau des compliments.
Quelque chose me dit qu'il ne flirte pas. Il n'en a pas besoin.
- Merci.
Maintenant, c’est moi qui rougis.
Peu importe mon but, au fond de moi, je suis incapable de me défaire de ma nature de bonne fille, clairement le résultat de l’éducation que j’ai reçue.
- Tu as d'autres clients ce soir ? m’interroge-t-il. Gwen, lance-t-il en se tournant vers elle, est-ce que tu as reçu mon message ?
Gwen pâlit. Certes, il a posé sa question sans la moindre rudesse, mais ses mots sont teintés de menace. Je frissonne et secoue la tête.
- Prends le reste de la nuit, tu seras quand même payée, me dit-il. J'ai quelques affaires à régler. Je reviendrai te voir un peu plus tard dans la soirée.
Cosette prend une profonde inspiration. Ce n’est qu’à cet instant que je réalise que j’avais à nouveau cessé de respirer moi aussi. Il se redresse et se dirige vers la porte.
- Et si tu as besoin de quoi que ce soit, Gwen t’indiquera où me trouver. Il s’interrompt. Nicolette, poursuit-il. Un bien joli prénom pour une bien jolie femme. Et Gwen, j’attends des explications sur l’absence de réponse au message que je t’ai envoyé.
Dès l’instant où il quitte la pièce, l’air devient étrangement plus froid, comme si quelqu'un avait masqué le soleil. Je frissonne. Inexplicablement, je ressens le besoin étrange de le voir revenir.
- Waouh, murmure Joëlle une fois Fabien parti.
- Mon dieu, dit Gwen en s'effondrant sur le lit. Elle tire son téléphone de sa poche et ouvre l'application de messagerie sécurisée que nous utilisons pour communiquer entre nous. Non. Et, merde, jure-t-elle.
- Gwen, qu’est-ce que c’est que ce bordel ? l’interroge Cosette.
Elle soupire.
- Il m’avait demandé de libérer ton agenda ce soir, Nicolette.
- Quoi ?
Cosette émet un son qui ressemble à un couinement.
- Il t’a dit de ne pas lui réserver de clients, et tu l’as quand même fait ?
Gwen hoche la tête, embarrassée.
- Je n’avais pas vu le message. Elle me regarde brièvement, puis regarde les autres filles tour à tour. Ce n'est pas bon. Vraiment pas bon, se lamente-t-elle.
Je la dévisage en silence. Jamais je n’avais rencontré un tel homme auparavant. Et sans pouvoir m’expliquer pourquoi, je sais que je n’en rencontrerai jamais d’autres comme lui.
Je revois encore la façon dont il est entré dans la pièce, comment il a soulevé mon agresseur sans la moindre difficulté. Comment le corps de l'homme s'est écrasé contre le mur, les os brisés.
- À votre avis, qu’est-ce qu'il lui a fait ? dis-je en chuchotant.
Gwen détourne le regard.
- J’imagine qu’on ne préfère pas savoir. Mais je suis absolument sûre qu’on ne le reverra plus jamais par ici. Elle esquisse un sourire forcé, puis me regarde avec curiosité, avant de voir l’inquiétude lui voiler le regard. Je suis quand même inquiète, ajoute-t-elle.
- Pourquoi ? dis-je, tandis que Joëlle et Gwen échangent un regard.
- Eh bien, dit Gwen, en s'asseyant sur le lit. Il faut que tu saches que... Monsieur a une certaine... réputation.
- Tu veux dire que tout le monde lui obéit au doigt et à l’œil ? dis-je, consciente que je serais tout à fait capable de tomber sous le charme de cet homme.
Je ne suis pas certaine de savoir ce que je ressens à cet égard. D'un côté, je déteste l'idée que quelqu'un me dise ce que je dois faire. D’un autre... si j'étais le centre d’attention de ce type à la virilité sauvage, d’un homme aussi puissant...
- Oui, je crois que c’est une évidence, dit Gwen en étouffant un petit rire. Mais... non. C'est plus que ça. Tu as vu la sollicitude dont il a fait preuve à ton égard tout à l’heure. À ta place, je ne me méprendrais pas, c’est tout sauf de la gentillesse.
Je sens mon cœur se serrer.
- Seigneur, absolument, acquiesce Cosette. Ce n’est absolument pas de la gentillesse.
Et pourtant, cela m’en avait eu tout l’air. Ça faisait longtemps que personne ne s’était montré gentil avec moi. Disons que ce n’est pas vraiment le genre de choses qu’inspire notre profession.
- Pourquoi pas ?
Cosette grimace.
- Parce que ce n’est pas ce genre de type, ma chérie. Il est... comment dire ? Il est un peu... enfin... disons qu’il est un peu fou.
Je ris, convaincue qu’elle est en train de me taquiner, mais voyant les autres filles garder leur sérieux, je m’interromps immédiatement.
- Euh, tu penses qu'il a posé des micros dans cette pièce et qu’il est en train de nous écouter, dis-je en chuchotant, réalisant soudain que c’est une possibilité.
Gwen sourit.
- Non, nous avons toute l’intimité dont nous avons besoin dans nos chambres, mais il est vrai que tous les autres espaces sont strictement surveillés.
- Je vois, dis-je en me tapotant le menton. Alors... euh… En quoi est-il fou ?
- Eh bien, il est plutôt du genre… obsessionnel, dit Gwen.
- Le genre de gars à vérifier dix fois s'il a bien éteint la cuisinière avant d'aller se coucher, tu veux dire ?
- Non, non, pas ce genre d’obsession, dit-elle d’un ton frustré en se mordillant la lèvre. Quand il s’intéresse à quelque chose ou à quelqu'un, poursuit-elle après avoir pris une profonde inspiration, il en fait une sorte de... de fixation. C’est presque une addiction. J'ai entendu dire que lorsqu'il était petit, il collectionnait tout ce qui avait un rapport avec Napoléon, et je dis bien tout.
Je laisse échapper un petit rire nerveux.
- C’est vrai que les enfants font parfois des choses étranges.
- Oui, dit Gwen. Mais ça va plus loin que ça. Quand il... fait une fixation sur quelqu'un ou quelque chose, il fait tout ce qui est en son pouvoir pour le posséder. Un jour, il a vu une Lamborghini d’un modèle rarissime, il n’en existe que trois au monde. Et il a décidé qu’il lui en fallait une.
- Et alors ? On ne peut pas dire que ce soit vraiment bizarre.
- C’était la voiture du Premier ministre, Nicolette, dit Gwen, comme si cela pouvait expliquer quoi que ce soit. Ce dernier a refusé l'offre de cinq millions de dollars que Monsieur lui avait faite, et quelques jours plus tard, il a mystérieusement été assassiné. Et devine qui est aujourd’hui propriétaire de cette voiture ?
- Non, dis-je, en secouant la tête. C'est de la folie. Ça ne peut être qu'une coïncidence.
Joëlle soupire.
- Peut-être, mais nous avons toutes entendu des histoires sur lui.
- Il a reçu plusieurs offres pour acheter cet endroit, mais il les a toutes refusées.
- Pour faire bref… disons qu’il vaut mieux qu’il n’ait pas de vues sur toi.
- Vous me faites un peu flipper maintenant, les filles, finis-je par admettre.
Je sens encore la chaleur de son pouce sur ma joue. Peut-être ai-je faim de ces gestes tendres, besoin de sentir que quelqu’un se soucie de moi. J’avais trouvé cela si bon que j’ai du mal à concilier l’image du gentil géant qui a pris de mes nouvelles avec celle d’un tueur impitoyable, capable de projeter un homme contre un mur et de lui réserver je ne sais quel sort.
Mais je ne peux pas les laisser me faire peur ainsi. J’ai l’impression qu’elles sont un peu surprotectrices.
- Ok, donc c'est le type de gars à être obsessionnel. Mais j’avoue que je ne comprends pas vraiment pourquoi vous, les filles, vous avez si peur de ça. N’y a-t-il pas autre chose que vous ne me dites pas ?
Gwen soupire et se penche en avant.
- Tu ne vois pas ?
- Tu ne vois pas quoi ?
- Gwen, de toute évidence, elle ne sait vraiment rien, dit Cosette. Elle se tourne vers moi, un air douloureux sur le visage. Monsieur n’est pas du genre à lâcher le morceau. Un vrai pitbull. Une fois qu’il t’aura, eh bien… il refusera de te redonner ta liberté…
Je ris et lève les yeux au ciel, mais au fond de moi, je dois bien admettre que je ne fais pas la maligne.
- Ok les filles, là, vous me faites vraiment flipper. Je n’ai rien de spécial. Je ne suis absolument personne. Juste une fille tout ce qu’il y a de plus banal...
- Monsieur Gérard t’a tirée d’un mauvais pas. Il t’a sauvée. Et dans son esprit, il considère probablement que tu lui appartiens maintenant. On a bien vu comment il te regardait.
Je détourne le regard et regarde par la fenêtre.
- J’en doute vraiment.
Cosette laisse échapper un gémissement.
- Nicolette ? Peut-être que tu ne le vois pas encore, mais je t’assure que tu t’en apercevras bien assez tôt. C’est toi, sa nouvelle obsession. Regarde bien.
- On devrait la faire partir, murmure Joëlle en pâlissant. J'ai de la famille au nord de Paris. On pourrait l’y emmener en avion...
Je secoue la tête et me lève, me débarrassant de la couverture.
- Les filles, les filles, s'il vous plaît. Votre réaction est complètement démesurée. S’il est propriétaire de cet endroit, il y a peu de chances qu’il fasse quoi que ce soit de stupide après m’avoir littéralement sauvée.
Gwen me regarde en clignant des yeux, puis fait un signe de tête à l’intention de Joëlle.
- Joëlle, tu ferais mieux de les appeler…
- Euh, non. Je me dirige vers la porte et les regarde en secouant la tête. Je n'ai pas fait tout ce chemin et économisé tout cet argent pour tout abandonner. C’est hors de question, leur dis-je. Si je suis ici, c’est pour bonne une raison, et je ne laisserai pas un homme, aussi grand et effrayant qu’il soit, me chasser. Aucune chance.
Cosette pousse un soupir.
- Elle a raison. Ça n'a plus aucune importance de toute façon. Maintenant qu'il l'a vue, elle ne pourra plus se cacher. Même si elle essayait, il la retrouverait.
J'ignore les frissons qui me parcourent la colonne vertébrale et secoue à nouveau la tête.
- C'est ma première soirée libre depuis des semaines, les filles. J’ai envie de sortir m'amuser. Bonne nuit.
- Nicolette...
Je quitte la pièce et referme la porte derrière moi.
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