Possède-Moi: Dark Romance et Mafia (Les Maîtres de la Corse) (French Edition)

Chapitre 3

TROIS

 

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Fabien

- TU AS DES PISTES ? dis-je à Thayer dans le combiné en faisant les cent pas dans mon bureau.

- Non, aucune, répond-il.

Je laisse échapper un juron. Les derniers événements tournent en boucle dans mon esprit. Qui sont ces types qui nous menacent, et pourquoi ?

J'ai besoin de Nicolette, et maintenant.

- Tiens-moi au courant si tu entends quoi que ce soit.

- Bien sûr.

Je raccroche

Je n'ai aucune intention de suivre les ordres de quiconque, mais je découvrirai qui est derrière tout ça. Je récupérerai mon frère. Et je tuerai ceux qui se sont aventurés à nous menacer.

Nicolette.

Je la dédommagerai largement pour ses... services... je suis même prêt à l’acheter.

Une fille si bien foutue, si belle, presque violée sous mon propre toit…

Si je n'avais pas déjà tué le fils de pute qui l’a agressée, je le ferais maintenant. Je doute l'avoir fait suffisamment souffrir. Il a pleuré et il a imploré ma pitié avant que je l'achève, mais j'aurais dû le faire saigner encore plus avant de le faire.

J'aurais dû l’obliger à me regarder dans les yeux quand je lui ai ôté la vie. J'aurais dû lui faire ressentir la peur qu'elle a ressentie quand il l'a attrapée et qu'elle s'est recroquevillée sous lui. Si je n’avais pas pensé que ça l’aurait terrifiée, je l'aurais pris par le cou et je l'aurais obligé à s'excuser avant de lui mettre une balle dans la tête.

Et je réserverai le même sort à celui qui a osé enlever mon frère.

Que quelqu’un ait pu penser que je laisserais un sombre connard s'en tirer ainsi me déconcerte.

Peut-être que je suis devenu trop faible. Trop indulgent. Peut-être faudrait-il que je fasse comprendre au reste du monde que ce n’est pas le cas. Ce qui sera parfaitement clair une fois que j’aurai fait un exemple de ces abrutis.

Je reste assis dans mon bureau, les yeux rivés sur les caméras de surveillance. Si j’accorde aux femmes qui travaillent pour moi une certaine intimité, chaque centimètre carré de ce lieu est placé sous étroite surveillance. Mais il faut que nous trouvions un meilleur système que les simples boutons d'appel que j'ai installés dans leurs chambres.

Et si elle ne l'avait pas atteint à temps ? Et s'il avait réussi à l’en empêcher ?

Je sens mon esprit s’emballer.

J’ai peur de savoir ce qu’il adviendra de ma mère si nous ne retrouvons pas Lyam.

Ce n’est qu’en sentant une douleur dans les doigts que je réalise que j’ai serré violemment les poings et bondi sur mes pieds à cette pensée. Je regarde avec surprise les marques rouges en forme de demi-lune que mes ongles ont laissées sur la paume de mes mains.

Nicolette.

J'ai des caméras sur elle en permanence. J'ai déjà décidé qu'elle était à moi. J'avais dit à Gwen d’annuler tous ses clients, je voulais que personne d’autre ne puisse la toucher, et voilà le résultat, voilà ce qui s’est passé.

Je me passe les doigts dans les cheveux et prends une profonde inspiration pour me calmer et me retenir de casser quelque chose.

M’empêcher de recommencer.

Je consulte les images de surveillance de la salle commune et les passe à la loupe, à la recherche d'un autre homme qui pourrait me paraître suspect. Je décroche le téléphone.

- Oui, Monsieur ?

- Gwen, libère le calendrier de Nicolette pour toute la semaine. Nous ne prenons pas de réservations plus d’une semaine à l’avance, et je n’ai pas besoin de plus. Je veux lui donner le temps de se remettre de l’incident de ce soir.

- Oui, Monsieur. Et je vous prie de bien vouloir m’excuser de ne pas avoir eu votre message plus tôt.

J’inspire profondément.

- Comment se fait-il que tu ne l’aies pas vu ?

- Je n'ai pas reçu la notification. Même à travers le combiné, j’entends sa grimace dans sa voix.

- Que ça ne se reproduise pas. Cette femme a de la chance de ne pas m’appartenir.

- Oui, bien entendu. C'est très aimable à vous d’accorder un peu de libre à Nicolette.

- Je m’apprête à discuter de l’amélioration de la surveillance avec l’équipe de direction, et nous aimerions que tu participes à la discussion.

- Volontiers.

- Je te tiens au courant.

Hormis Thayer et moi, personne n’est au courant pour Lyam, et il faut qu’il en reste ainsi.

Je raccroche et j'appelle Louis. Il est possible que l'attaque qui s’est produite ici ait quelque chose à voir avec l'enlèvement de mon frère.

- Patron ?

- Je veux qu’on vérifie les antécédents de chaque homme qui entre dans l’établissement.

- Vous savez bien qu’on a déjà essayé, mais comme notre clientèle est essentiellement touristique...

- Je te demande seulement de faire ce que je te dis. Si je dois te donner des explications, autant trouver quelqu'un capable de s’en charger sans poser de questions.

- Oui, monsieur, répond Louis après une courte pause. Je m'en occupe. J’aurai mis en place un système d’ici...

- Demain.

Une nouvelle pause.

- Ce sera fait.

- Merci. Passe-moi Jean-Pierre.

Jean-Pierre est le détective le plus compétent que nous ayons.

- Tout de suite, monsieur.

Je continue à visionner les images. J’essaie de me convaincre que j’essaie d’identifier ceux qui pourraient constituer une menace pour mes filles, mais je sais que c’est autre chose que je cherche. Ou plutôt quelqu’un d’autre.

La voix de Jean-Pierre résonne dans le combiné alors que je suis en train de faire défiler les images de la semaine dernière. À chaque fois que je la vois à l’écran, j’interromps la lecture pour prendre des notes.

Littéralement.

Sa couleur préférée est le rose.

Elle possède en tout et pour tout une seule paire de chaussures de marque et un sac à main de marque, qu'elle fait alterner avec d'autres pièces moins coûteuses.

Elle ne sait pas qu'à partir de ce soir, j'aurai accès à sa chambre.

Au vu des images que je visionne, elle semble attirée par les livres aux reliures bordeaux de la bibliothèque de la salle commune. Après avoir mené l’enquête, j’ai découvert qu’il s’agissait d’ouvrages rédigés par les plus grands philosophes de notre temps. Intéressant.

Je remarque également qu’elle se déplace toujours à pied et n’a pas de voiture. Elle utilise toutes les infrastructures que nous avons à disposition dans nos locaux – la piscine, la salle de gym, la cuisine collective. Alors que beaucoup de femmes qui travaillent pour moi préfèrent vivre en dehors de l’établissement, Nicolette a choisi d’élire domicile ici. Ce qui me laisse à penser qu’elle économise autant qu’elle peut. Si c’est le cas, c’est qu’elle a un objectif en tête. Cette fille a un but.

J’interromps mon enquête pour répondre à Jean-Pierre.

- Monsieur ?

- Il faut que je te parle de quelque chose. Seuls mon frère Thayer et moi en avons connaissance, c’est donc strictement confidentiel.

- Je vous écoute, monsieur ?

- Lyam a été enlevé. Thayer t’en dira plus. Mais je veux que tu trouves tout ce que tu peux sur l'Underground. Je veux des noms, des lieux, des bilans financiers.

- Oui, tout de suite, monsieur.

Je ne m’épargnerai aucun effort pour faire de Nicolette ma propriété malgré l’enquête que nous devons mener pour retrouver mon frère.

- Je voudrais aussi que tu trouves tout ce que tu peux sur une femme qui travaille pour moi, une certaine Nicolette.

Je continue à regarder les vidéos tandis que je lui parle.

Elle prend des œufs au petit-déjeuner. Typiquement américain, me dis-je. Je la vois rarement faire une pause à midi, alors je ne sais pas encore ce qu’elle a l’habitude de manger pour le déjeuner, si toutefois elle mange. Elle a ce tic de s’entortiller une mèche de cheveux autour du doigt, l’habitude nerveuse de balancer ses cheveux en arrière, et passe toujours un coup de fil entre son dîner et son client du soir.

- Autre chose ? m’interroge Jean-Pierre

- Je veux savoir combien elle a économisé. Comment elle dépense son argent. Je veux que tu accèdes à son téléphone et que tu me communiques tous les contacts de son répertoire. Je veux savoir depuis combien de temps elle est ici, qui l'a envoyée, et toutes autres informations que tu pourrais juger importantes.

- C’est noté.

Non seulement Jean-Pierre est minutieux, c’est également un as pour contourner la loi, et c'est précisément pour ça que je l'ai engagé.

- Pour l’essentiel, c’est du tout cuit, il ne me faudra que quelques minutes pour obtenir ces informations. Je vous les envoie par e-mail, monsieur ?

- Sur mon téléphone.

- Bien, monsieur.

Je raccroche. Une notification s'affiche sur mon appareil quelques instants plus tard.

Jean-Pierre.

Je clique sur les liens qu'il m'a envoyés et je parcours ces informations avec voracité, avide de tout ce que je pourrais découvrir sur cette femme.

Nicolette.

D'après ce que j'ai vu sur les images, elle est du genre chaleureuse et extravertie. Je pourrais parier qu’elle a une intelligence hors du commun. Je fais défiler le résumé qu'il m’a envoyé, les informations qu'il a obtenues et que nous avons déjà dans nos archives, ainsi que celles qui sont du domaine public.

Ses parents sont décédés quelques mois plus tôt dans l’incendie de leur maison. Elle et sa sœur cadette étaient les seuls enfants du couple. L'une de ses camarades d'université lui a conseillé de venir travailler chez nous.

Cela ne me surprend pas. Même si la rumeur veut que les femmes qui travaillent pour moi sont généralement toxicomanes ou malades mentales, en réalité, la plupart d'entre elles essaient simplement de survivre après avoir vécu des passages à vide - un ex-mari les a laissées sans ressources, des parents décédés en les laissant sans le sou, ou encore des femmes qui ont vécu toute leur vie dans la pauvreté et cherchent un moyen rapide de s’en sortir.

C’est volontairement que nous engageons de telles femmes, car elles font preuve de loyauté envers nous et nous sont reconnaissantes de la sécurité et du confort que nous leur offrons en leur permettant d’avoir leur propre toit. Nous payons mieux que n'importe quelle autre maison close en Europe, et elles sont bien traitées.

Malheureusement, il semblerait que notre processus de sélection des clients laissent beaucoup à désirer. Et je compte bien y remédier.

Une nouvelle notification s'affiche, puis une troisième. Je les fais défiler l’une après l’autre.

Rien sur Lyam. Nous n'aurons peut-être rien du tout avant d'aller à l’Underground. Mais j’en sais maintenant plus sur Nicolette.

Elle communique régulièrement avec une femme prénommée Savannah. Sa sœur, je suppose. À part ça, ses seuls autres contacts sont les femmes qui travaillent ici. Son monde est petit et se limite pour l’essentiel aux personnes présentes entre ces murs.

Une bonne chose si je veux arriver à mes fins.

Je fais défiler son compte bancaire et hausse les sourcils. Elle a vingt mille euros d'économies. Je me demande pourquoi elle économise, serait-ce dans un but bien précis ?

Pourquoi est-elle ici ?

Je veux tout savoir d’elle. Je veux savoir ce qu'elle aime et ce qu’elle déteste. Qu’est-ce qui la rend heureuse et qu’est-ce qui la rend folle ? Quelle est la fête qu’elle préfère, et qu’est-ce qui l’a poussée à quitter les États-Unis pour venir ici ? A-t-elle des passions, envisage-t-elle de faire carrière dans un domaine particulier ? Est-elle plutôt du matin ou du soir ?

Mais plus que tout cela, je veux savoir où elle se trouve à cet instant. À cette minute même. Je ne peux pas appuyer sur un bouton pour retrouver mon frère, mais elle, je peux.

Je me remets à faire les cent pas dans la pièce, le bruit de mes chaussures étouffé par l’épaisse moquette de mon bureau. Est-elle en sécurité ? A-t-elle peur ? Est-elle en train de se repasser en boucle le souvenir de ce qui s’est passé ce soir ? Je veux savoir. J'ai besoin de la voir.

Mon regard se porte à nouveau sur les images des caméras de sécurité. Mon pouls s'accélère en voyant une silhouette féminine à l’abondante chevelure brune près du couloir qui mène à la salle de gym, mais ce n’est que lorsqu’elle se retourne que je réalise que ce n'est pas elle. Je laisse échapper un juron, faisant défiler les images de plus en plus rapidement. Où est-elle ? Où a-t-elle bien pu aller ? Je l’ai libérée de ses obligations pour toute la nuit et toute la semaine, mais je sais déjà que ça ne sera pas suffisant. À l’idée qu'un autre homme puisse la toucher...

Je me fige en la voyant quitter l’établissement sur mon écran. Elle a tourné à gauche et est partie en direction du nord dix minutes plus tôt. Où est-elle allée ? Putain, je veux qu’il y ait des yeux en permanence sur elle, et de préférence les miens.

Je me lève pour partir, et saisit mon téléphone pour appeler Louis.

- Mon frère est toujours avec toi ?

- Non, il est parti il y a une minute. Que puis-je faire pour vous ?

- Nicolette est partie, elle a pris la direction du nord. Sais-tu où elle a pu aller ?

Il réfléchit un instant.

- Je ne suis pas sûr. Il y a peu d’endroits ouverts à une heure aussi avancée de la nuit il me semble ?

- Non, rien à proximité.

- Donnez-moi une seconde. Il reste silencieux, probablement le temps de faire une recherche sur son téléphone. Il semblerait que les seuls endroits ouverts soient un bar et une librairie, poursuit-il.

- Je veux les noms de ces endroits. Envoie-les-moi par texto.

Je suis prêt à parier qu'elle n'irait pas dans un bar après ce qui s'est passé aujourd'hui, et d'après ce que je sais déjà d'elle, je serais prêt à mettre ma main à couper qu’elle ira à la librairie.

Je raccroche. J’entre dans la salle de bains adjacente à mon bureau et enfile une tenue plus décontractée. Je saisis mon portefeuille et mon téléphone, et sors.

Il faut qu’elle pense que je l’ai retrouvée par accident, que c’est une simple coïncidence. Elle ne doit pas s’imaginer que je la harcèle. Et pourtant...

J'appelle Louis une nouvelle fois.

- Patron ?

- Fais envoyer deux douzaines de roses de couleur rose dans la chambre de Nicolette avec une carte. Je t’enverrai le message à lui transmettre par texto.

- Bien, monsieur.

Je réfléchis quelques instants avant d’envoyer mon message.

Un petit quelque chose pour égayer votre chambre, avec toutes mes excuses pour ce qui s'est passé plus tôt. Fabien

Un message inoffensif, sobre. Un message qui ne lui fera pas soupçonner que je suis sur le point de la faire mienne.

 

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