Proviseure à Vaulx-en-Velin

Chris Laroche · Chapitre 1 sur 12

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Proviseure à Vaulx-en-Velin

Prologue. Itinéraire de Lyon à Vaulx-en-Velin

Prologue.

Itinéraire de Lyon à Vaulx-en-Velin

On ne naît pas proviseure, on le devient.

Pas depuis très longtemps d’ailleurs : jusqu’au début des années

soixante-dix, l’usage voulait que l’on réservât ce titre, uniquement masculin, au chef d’un établissement de garçons. Dans les lycées « de jeunes filles », comme on disait à l’époque, c’était « madame la Directrice » qui veillait au bon fonctionnement des enseignements, et à la moralité des élèves que lui confiaient leurs parents. Des changements autrement plus importants que la banalisation du titre de « proviseur » ont affecté le système éducatif : la mixité s’est généralisée dans l’enseignement secondaire et celui-ci s’est ouvert à des secteurs de la population qui en étaient jusque-là exclus.

On « devient » proviseure, donc, mais les vocations de chef d’établissement sont rarement précoces. On imagine mal un enfant proclamer devant le cercle de famille perplexe : « Quand je serai grand, je serai proviseur ! »

Aucun chef d’établissement sans doute n’avait jamais imaginé dans sa jeunesse le trajet qui a fait basculer son existence vers ces étranges fonctions.

La tradition française veut que les proviseur(e)s des lycées d’enseignement général et technologique, des lycées professionnels, les principaux et principales de collèges soient issus pour la plupart du corps enseignant.

Ayant parfois derrière eux de longues années de présence devant les élèves, ils ont, à un moment de leur carrière, fait un choix, celui de quitter leur classe. Franchir ce pas, passer de l’autre côté du miroir, c’est le résultat d’une démarche dont les motivations conscientes ou inconscientes sont propres à chaque individu qui l’entreprend.

L’itinéraire personnel qui m’a menée au métier de proviseure que j’exerce aujourd’hui ne saurait donc être considéré comme représentatif, et encore moins exemplaire, de la corporation.

D’abord maîtresse auxiliaire, puis adjointe d’enseignement, puis professeure certifiée dans divers établissements de l’agglomération lyonnaise, j’ai enseigné les lettres classiques pendant trente ans.

En 1995, élevant seule trois filles qui allaient entreprendre des études

supérieures, j’ai décidé de préparer le concours de l’agrégation.

Mes motivations étaient très claires : un meilleur salaire, et travailler

moins (quinte heures de cours hebdomadaires pour les agrégés au lieu des dix-huit imposées aux titulaires du CAPES). Après une année « monacale », au cours de laquelle j’ai mené de front préparation du concours, service complet d’enseignement et responsabilités familiales, j’ai réussi le concours.

L’année suivante j’ai accepté d’effectuer, en sus de mon service,

quelques vacations à l’Université Lyon-II, comme chargée de cours de littérature française pour les étudiants en DEUG. J’ai beaucoup aimé cet enseignement, mais je n’avais pas de projet de recherche.

Un jour, par hasard, dans la salle des professeurs du lycée Saint-Exupéry

de Lyon, où j’enseignais, une collègue CPE (conseillère principale d’éducation) m’explique les récents aménagements dans le mode de recrutement et dans la formation des personnels de direction.

On laisse aux candidats, me dit-elle, à l’issue d’un stage de six mois, la

possibilité de retourner dans leur poste antérieur si le nouveau métier ne leur plaît pas.

Aller voir ailleurs sans brûler ses vaisseaux, répondre à l’appel du

changement sans prendre des risques irresponsables dans ma situation familiale, c’est une occasion qui me convient parfaitement et qu’il ne faut surtout pas laisser passer.

Enseignante, je n’avais perçu que des aspects partiels de l’activité des

divers « patrons » des collèges et lycées où j’avais exercé.

Pourtant, quand j’ai abordé le stage de formation, après avoir, en

novembre 1996, réussi le concours de personnel de direction, je me suis vite passionnée : on nous initiait à des aspects de l’éducation qui étaient pour moi une terra incognita : droit, sociologie, économie, ressources humaines. On nous donnait l’opportunité de découvrir « en situation » des institutions comme un commissariat de police, une administration municipale, autres acteurs de cette réalité urbaine dont j’allais, moi aussi, bientôt devenir partie prenante. Ces rencontres balayèrent de mon esprit bien des préjugés et idées toutes faites sur ces métiers et sur les hommes et les femmes qui les exercent.

Nous devions également effectuer un stage de trois semaines en

entreprise : pour moi ce fut Carbone Industrie, une entreprise de technologie de pointe installée à Villeurbanne.

Mon stage au collège des Quatre-Vents, à L’Arbresle, me permit aussi de

découvrir les particularités de ce gros établissement situé dans une zone semi-rurale du département du Rhône. J’ai eu la chance d’y travailler auprès d’un principal passionné, Claude Sublet, qui insufflait à cet établissement son inépuisable énergie.

Je me suis donc à mon tour passionnée pour cette formation et j’ai très consciemment choisi de poursuivre ce parcours.

Un bon rang au concours m’a permis d’obtenir, comme première affectation, un poste de proviseure adjointe dans un grand lycée situé en zone urbaine. C’est ainsi qu’en septembre 1997 j’ai rejoint le lycée Jean-Paul-Sartre de Bron, un lycée de 1 230 élèves, comportant des sections générales et technologiques, un « gros bahut ». J’y ai appris à mettre « les mains dans le cambouis » d’une organisation complexe où il faut ajuster emplois du temps, occupation des salles, gestion du personnel...

En venant à Bron je renouais aussi avec le tropisme qui m’avait, à plusieurs reprises au cours de ma carrière, amenée dans l’est de l’agglomération lyonnaise, cette ceinture de cités qui va de Rillieux au nord à Vénissieux au sud, en passant par Décines et Vaulx-en-Velin.

Les difficultés économiques en ont affecté le développement urbain, et Vaulx-en-Velin n’est pas la seule commune à souffrir d’un « déficit de représentation » dans les médias. Mais au-delà des clichés négatifs sur les « banlieues », et sans minimiser la réalité des problèmes sociaux, je connaissais aussi la vitalité des « acteurs de terrain », comme on dit, qui l’investissent dans ces zones urbaines, en particulier dans le système éducatif.

C’est donc en toute connaissance de cause que, au bout de trois ans, pour la rentrée 2000, j’ai posé ma candidature au poste de proviseure du lycée Robert-Doisneau, qui avait ouvert ses portes en 1995.

 

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