Proviseure à Vaulx-en-Velin

Chris Laroche · Chapitre 12 sur 12

Pages du PDF

Proviseure à Vaulx-en-Velin

Épilogue. Jusque-là, tout va bien !

Épilogue.

 

Jusque-là, tout va bien !

« Jusque-là, tout va bien ! », dit l’homme qui tombe du trentième étage d’un immeuble en passant à la hauteur du quinzième.

L’histoire est connue, et la formule sert souvent au lycée. Elle permet d’exprimer en souriant l’impression que la situation est fragile, que tout peut s’écrouler l’instant suivant. C’est une impression partagée par beaucoup de chefs d’établissement, renforcée par l’expérience d’un métier où le quotidien consiste souvent à gérer de l’imprévu.

À ceux qui ne croyaient pas à l’intérêt d’ouvrir un lycée général et technologique à Vaulx-en-Velin, il est possible de renvoyer des réalités largement positives. Celles-ci ne se résument pas aux succès médiatisés du lycée Robert-Doisneau comme l’admission de trois de ses élèves à l’IEP de Paris. La moins visible, mais la plus précieuse à mes yeux, est certainement l’attachement des élèves à leur lycée, qui a largement contribué à la diminution de l’absentéisme, ainsi qu’au développement d’une culture du respect.

Nous n’avons pas découvert le dispositif miracle qui permettrait de gommer les difficultés socio-économiques dans lesquelles se débattent beaucoup de nos élèves et leurs familles, mais nous essayons de leur donner un peu plus d’armes pour les affronter : un peu plus d’estime d’eux-mêmes, d’ambition, de plaisir à apprendre et à prendre leur formation en main. La plupart d’entre eux ne manquent ni de courage ni de la force nécessaire.

L’autre caractéristique forte du lycée est l’engagement des professeurs auprès des élèves. Depuis la génération des « pionniers » de 1995, qui ont ouvert le lycée sous la conduite de Jacques Garden, le premier proviseur, c’est une constante.

La plupart des enseignants ont « choisi Doisneau » pour se consacrer à des élèves dont ils savent bien qu’ils sont, à leur arrivée dans leur classe, plus éloignés d’un niveau d’excellence que des enfants de milieux plus favorisés. Ces mêmes enseignants pourraient rêver de rejoindre, dans des établissements au public plus ciblé, un auditoire idéalement prêt à les suivre dans un cours magistralement élitiste. Mais ils ont précisément une telle passion de leur propre discipline qu’ils se battent au contraire pour la faire partager à des élèves qui n’y voient parfois que des mystères et des difficultés incalculables.

À eux aussi, toutes et tous, je voudrais rendre hommage ici, et leur redire combien je les admire. Je pense qu’ils le savent, mais voilà, c’est écrit.

Quand une collègue, agrégée de lettres classiques, en poste à Doisneau depuis l’ouverture du lycée, a rejoint l’an dernier un prestigieux lycée du centre-ville de Lyon, elle a présenté à son nouveau chef d’établissement les activités pédagogiques dans lesquelles elle avait pris l’habitude de s’impliquer, manifestant l’intention de proposer des projets du même type à ses nouveaux collègues.

« Oh, ici, n’allez pas trop vite, madame ! », lui a-t-on conseillé.

Elle sait qu’elle est arrivée sur une autre planète, et sans doute pour un autre métier.

La planète Doisneau poursuit donc sa trajectoire.

Les risques de déstabilisation sont importants. Les objectifs d’amélioration des résultats au baccalauréat, en particulier, sont essentiels, quoi que nous puissions penser de notre mauvais rang au « palmarès des lycées ». Les élèves ont besoin d’être « tirés vers le haut » par la dynamique de la réussite.

Nous savons que nos efforts pour développer chez eux la culture de la responsabilisation et du travail personnel donnent déjà des résultats solides. C’est une œuvre de longue haleine, dans un contexte dont j’ai tenté de décrire les difficultés.

Il ne s’agit pas de faire du lycée un territoire coupé du monde, mais de permettre à tous ses membres d’y trouver leur place dans le respect de tous, en essayant de préférer la confrontation au conflit. Mais, dans le contexte actuel, l’établissement n’est pas à l’abri de tentatives de démonstrations militantes d’où qu’elles viennent, et d’OPA, sur les élèves comme sur les enseignants, venant d’intégrismes de toutes sortes, politiques comme religieux, de l’extérieur comme de l’intérieur.

Je suis donc pour l’instant une militante... du développement durable du lycée Robert-Doisneau. Mais sans doute ce militantisme n’a-t-il pas été encore suffisamment efficace puisque cet établissement reste le seul lycée général et technologique de l’académie qui ne soit pas doté d’une filière post-baccalauréat à ce jour.

Il est vrai que la période n’est pas favorable à l’ouverture de nouvelles sections de techniciens supérieurs (préparant les BTS). Malgré cela nous travaillons à nouveau à des projets d’offre de formation au-delà du baccalauréat, en liaison avec deux autres établissements de l’Est lyonnais.

Les Vaudais ont attendu longtemps un lycée.

Ce lycée, aujourd’hui, attend une formation post-baccalauréat — classe prépa, BTS ou autre... — qui indiquerait ostensiblement que l’effort du service public d’éducation dans les zones difficiles est soutenu. Cela serait un signe fort de reconnaissance du dévouement et de l’efficacité de tous les personnels qui le font vivre au jour le jour.

Vaulx-en-Velin, le 31 mai 2005.

 

OceanofPDF.com

Cet ouvrage a été imprimé par la

SOCIÉTÉ NOUVELLE FIRMIN-DIDOT

Mesnil-sur-l’Estrée

pour le compte des Éditions Plon

76, rue Bonaparte

Paris 6e

en août 2005

 

Cet ouvrage a été composé et mis en pages

chez Nord Compo (Villeneuve-d’Ascq)

 

Imprimé en France

Dépôt légal : août 2005

N° d’édition : 13936 - N° d’impression : 75041

 

OceanofPDF.com

Vous avez terminé Proviseure à Vaulx-en-Velin

Chris Laroche

Des livres comme celui-ci

Après le livre

Pages fournies avec cette édition, gardées ici pour référence.