Proviseure à Vaulx-en-Velin

Chris Laroche · Chapitre 8 sur 12

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Proviseure à Vaulx-en-Velin

7. La loi, l’ordre et la fête

7.

La loi, l’ordre et la fête

Elle est debout à l’entrée de mon bureau, le visage ravagé :

« Madame, il faut que je vous parle, c’est urgent !

— Entre, qu’est-ce qui t’arrive ? »

Justine est au bord des larmes.

« Madame, on m’a volé mon portable ! »

Ce n’est que cela, je respire. L’usage des téléphones portables est interdit dans l’enceinte du lycée. Il est évidemment impossible d’en empêcher la possession. Leurs propriétaires doivent, en principe, les garder éteints. Et comme dans la plupart des établissements scolaires, on vient régulièrement signaler à l’administration une disparition de portable. Il est bien difficile de trouver une parade. Nous rappelons régulièrement aux élèves et aux familles que la possession de ces appareils relève de leur responsabilité, et il est en général impossible de déterminer exactement à quel moment le portable a disparu.

Justine pleure :

« Il était tout neuf !

— Écoute, Justine, c’est dommage, certes, mais tes parents sont assurés, peut-être que si tu déclares ce vol, et si vous avez gardé la facture de l’achat, tu pourras être dédommagée.

— C’est-à-dire que... c’est un cadeau de mon cousin.. »

Très naïve, je suggère de demander la facture de l’achat au cousin.

« C’est-à-dire que, euh..., mon cousin avait eu une occasion. »

Je finis par comprendre...

« Voyons, Justine, tu viens me demander de t’aider à retrouver un portable “tombé du camion”, comme on dit ? C’est ça ? Ce portable avait peut-être été volé à quelqu’un qui le regrette autant que toi ?

— Euh... »

Justine sèche ses larmes.

Dans un environnement où la débrouille, les trafics divers, les combines plus ou moins louches sont bien souvent le seul moyen de survivre, beaucoup d’élèves arrivent au lycée avec des codes qui leur sont propres et un rapport à la loi plutôt distendu. Cela ne veut pas dire, bien sûr, qu’ils sont constamment « hors la loi », mais on constate que, pour certains d’entre eux, la frontière entre le permis et l’interdit reste plutôt floue et sujette à variation en fonction des circonstances. On n’a jamais expliqué à Justine le sens du mot recel. Je m’emploie donc à lui faire comprendre qu’il existe, dans le droit français, des articles qui punissent ceux qui sont convaincus d’utiliser des portables « tombés du camion ». Elle m’écoute bouche bée, comme si je lui racontais une histoire venue d’une autre planète.

Il faut donc saisir l’occasion de leur passage au lycée pour que ces élèves soient amenés à fréquenter des lois et des règlements autrement que sous la forme brutale de la sanction pénale.

Un lycée public n’est pas un Heu public. Son accès est réglementé, la vie de la communauté éducative est organisée et codifiée dans un règlement intérieur qui rappelle les droits et les devoirs de chacun. C’est le conseil d’administration de l’établissement qui en adopte le texte. Les élèves et les parents le signent à la rentrée scolaire. Il est expliqué et commenté en classe par les professeurs. Mais cela ne peut suffire à faire vivre des règles communes. Pour qu’elles soient intégrées, acceptées, respectées, il faut beaucoup de paroles, d’échanges, de rappels de leur sens.

Et chaque incident disciplinaire est l’occasion de vérifier la pertinence du règlement. Comme on a pu le voir dans le premier chapitre, à l’automne 2000 ce sont les interventions des élèves élus au conseil d’administration qui ont fait comprendre à leurs camarades la nécessité du respect des locaux où ils vivaient et travaillaient. Lorsqu’un problème majeur survient, c’est toujours la communication et l’échange qui permettent de le circonscrire et si possible de le résoudre.

Dans un lycée, la plupart des élèves ont dépassé l’âge de la scolarité obligatoire (seize ans). Je le rappelle souvent à tel (le) ou tel(le) : « Tu es ici parce que ton conseil de classe a jugé que c’était une bonne orientation pour toi, mais aussi parce que tu l’as choisi, tu l’as voulu. »

Il est donc d’abord possible de s’appuyer sur cette notion de choix pour développer leur sens des responsabilités. Il est également souhaitable de renforcer l’intérêt des élèves pour leur scolarité au lycée en donnant toute leur place aux structures de participation de ce que l’on nomme, dans le jargon administratif, la « Vie lycéenne ». Sous cette étiquette, on désigne toutes les instances, commissions, conseils et autres conférences auxquelles participent les délégués élus des élèves. Beaucoup de ces institutions sont nées à la suite des mouvements revendicatifs qui avaient touché les lycées en mai 1968. Avec le temps et le départ progressif à la retraite des personnels qui avaient connu le fonctionnement passablement autoritaire des anciens lycées, ces instances nouvelles sont parfois remises en question. Elles sont trop lourdes à gérer, estime-t-on parfois, et l’on se contente souvent du « minimum administratif » de trois réunions annuelles de la conférence des délégués de classe.

Mais on peut aussi tenter d’en faire un rouage solide du fonctionnement de l’établissement, ainsi qu’un instrument éducatif : la nécessité du respect de la loi, si difficile à faire admettre sous forme de leçon impromptue de droit ou de morale, comme dans le cas de Justine, peut alors s’imposer d’évidence. Mais il faut pour cela que les élèves aient le sentiment d’avoir été entendus, d’avoir été traités comme des citoyens en devenir, et non comme des sujets en attente. Cela ne veut pas dire qu’un lycée doit être le décalque, en miniature, d’un système politique démocratique, avec tous ses éléments. Le « contrat d’éducation » qui existe entre l’État et la société civile implique le maintien de la distance pédagogique entre l’enseignant et l’enseigné. Mais cela ne signifie pas pour autant que les élèves doivent être soumis en tout temps et en tous lieux à l’injonction « Apprends et tais-toi ! »

Donner de la substance et de la vie aux instances de la « Vie lycéenne » ne constitue pas, par ailleurs, une perte de temps ou une charge de travail, qui serait impossible à assumer par un personnel de direction déjà accablé de tâches. Il n’est pas nécessaire de mettre toujours en branle les « grosses machines » institutionnelles, avec leur cortège de lourdeurs bureaucratiques (convocations, ordres du jour, procès-verbaux de séances, etc.).

Ainsi, en cas d’urgence, une réunion de dix minutes du conseil des délégués au moment de la récréation permet de toucher très rapidement toutes les classes pour sensibiliser à un problème, pour faire passer une information et pour entendre ce que souhaitent faire « remonter » les élèves. C’est le cas, par exemple en ce mois de novembre 2001, lorsqu’un groupe d’élèves m’apporte une pétition : ils sont en effervescence. La grogne est montée à propos des conditions de restauration, et voilà qu’ils dénoncent en vrac la qualité des plats, la lenteur du service, les conditions de travail des personnels. Le petit groupe suit un ou deux meneurs, en l’occurrence des meneuses, des filles non dépourvues de caractère. L’une d’elles, en particulier, a eu une altercation au service de midi avec une employée affectée au self et n’a pas supporté que je lui donne tort et lui demande de s’excuser.

Je prends la feuille de la pétition, mais j’explique aux élèves :

« Je constate votre émotion, mais il n’est pas possible de vous laisser fonctionner comme cela, en groupe de pression. Il y a des structures de discussion prévues au lycée : toutes les classes sont concernées, ce n’est pas l’affaire privée d’un groupe de copains. Toi, Souad, tu es déléguée de classe, et là, tu dis que tu parles “au nom des élèves”, mais tu ne les as pas consultés, vous vous êtes regroupés en quelques minutes autour de la colère d’une de vos camarades, c’est différent. Il faut que tu comprennes que tu ne peux pas te transformer en meneuse d’un groupe de pression. Mais vous avez raison sur deux points :

« — le premier : il y a un problème,

« — le deuxième : il faut en parler.

« Eh bien, la conférence des délégués est faite pour ça, elle sera convoquée dans l’amphithéâtre pour la récréation de 16 heures ! D’ici là, calmez-vous, rassemblez vos arguments, informez vos délégués de classe de ce que vous pensez. Nous discuterons lors de cette conférence de ce qui se passe à la restauration. »

Et dans l’amphithéâtre, effectivement, à la récréation suivante, les délégués font le point plus sereinement.

Les problèmes sont posés et discutés : trop de temps d’attente à certaines heures, pas de « rab » en quantité suffisante en fin de service, demande de plats hallal, c’est-à-dire conformes aux rites alimentaires musulmans.

On met alors en place des mesures à court et à moyen terme : un cahier de remarques sera mis à la disposition des élèves au self à condition que les messages soient signés. Notons qu’à ce jour, près de trois ans après sa mise en place, ils ne sont pas encore parvenus à respecter cette mesure : les écrits sur ce « cahier de doléances » se sont, pour l’heure, limités à quelques inscriptions ordurières non signées.

À la demande de viande hallal, je réponds en rappelant la règle adoptée à la restauration :

« Le menu doit toujours proposer le choix entre un plat garni carné et un autre non carné (œufs ou poisson), donc autorisé pour les musulmans pratiquants. C’est une formule qui permet à chacun de se nourrir quelles que soient ses habitudes alimentaires (religieuses, diététiques, etc.). Tout le monde est traité de la même façon. Il n’est pas question d’organiser systématiquement la prise en compte d’une religion quelle qu’elle soit. »

J’insiste sur la manière de poser les problèmes dans une collectivité :

« Il faut que ce soit l’occasion de réfléchir sans excitation et de trouver ensemble des solutions. »

Les contestataires, pour autant, ne se sont pas tus immédiatement, ni ne sont rentrés sagement dans le rang. L’acceptation sans protester d’un compromis établi par consensus n’est pas une attitude spontanée chez des adolescents un peu fougueux. Mais ce n’était pas là le but de l’opération. Il s’agissait de faire savoir au plus grand nombre que la parole des élèves, même excessive, était écoutée, et qu’en discutant calmement on pouvait trouver des solutions à peu près acceptables par chacun.

Il faut du temps pour donner vie et identité à une communauté éducative. Il faut aussi de la volonté chez les adultes, de la disponibilité, et de surcroît une réelle aptitude à ne pas se décourager devant les échecs.

Les deux CPE (conseillers principaux d’éducation, que l’on appelait jadis surveillants généraux), sont au cœur du dispositif de dialogue avec les lycéens et leurs familles. Ce sont eux qui ont la charge du suivi de la scolarité des élèves, des rapports avec les parents lorsqu’un problème d’assiduité, de travail ou de conduite se pose. Ils s’investissent beaucoup dans toutes les activités du lycée, et c’est une chance pour l’établissement.

Un des acquis les plus solides de ce travail collectif est sans doute l’association, aux règles écrites dans le règlement intérieur, de quelques règles non écrites propres au lycée, déjà évoquées plus haut à propos des affaires de voile islamique. Elles ne sont pas secrètes, mais au contraire très clairement explicitées, présentées aux élèves à chaque rentrée, expliquées à nouveau lors de chaque incident, discutées au sein du CVL, reconnues parce qu’elles ont du sens. Elles découlent toutes du même principe : la vie privée s’arrête à la porte du lycée, où nous venons vivre quelque chose en commun qui mérite de chacun un effort particulier.

Mais cela n’est pas facile car la loi et le droit sont des notions abstraites et lointaines qu’il nous faut, que nous le voulions ou non, incarner tous les jours.

En témoignent ces quelques formules parmi les plus fréquemment employées par les élèves quand se pose un problème de discipline :

« Vous avez pas le droit de m’interdire ça, c’est pas écrit ! »

« J’ai le droit, c’est pas interdit ! »

« Mais, M’dame, j’savais pas, on m’l’a jamais dit ! »

Et c’est toujours au moment où nous nous réjouissons du calme de l’établissement que survient l’incident à traiter en urgence, le coup de pied donné dans la porte des toilettes, la porte claquée, le flagrant délit de cigarette fumée au fond de la cour, le portable qui sonne, etc.

Nous avons donc du pain sur la planche, surtout quand les adultes, au lycée ou à l’extérieur, ne sont pas toujours eux-mêmes convaincus que les élèves ont effectivement des droits. Il s’agit bien d’un processus collectif de construction d’un « vivre ensemble », très civique, qui implique toute la communauté éducative, y compris les parents d’élèves.

C’est dans cet esprit qu’a été installé en octobre 2000 dans le lycée le Conseil de la vie lycéenne (CVL). Cette instance, dont le principe a été fixé par le décret du 5 juillet 2000, peut paraître compliquée à mettre en place (élection de sept élèves pour deux ans par tous les élèves du lycée, élection de trois élèves pour un an par les délégués de classe), mais cela s’est fait.

Le système éducatif évolue lentement : il a fallu du temps pour que les délégués des parents puissent siéger dans les conseils de classe. On peut supposer que la reconnaissance des droits individuels et collectifs des lycéens, et en particulier du droit à se mêler du fonctionnement de leur établissement, a représenté dans certains lycées une petite révolution culturelle. Le lycée Robert-Doisneau a bénéficié de sa jeunesse : le développement des instances de participation lycéenne n’a pas rencontré d’opposition chez les personnels adultes, bien au contraire.

Le CVL réunit donc dix élèves élus, ainsi que dix représentants des personnels et des parents d’élèves, mais seuls les élèves ont le droit de vote. Ce sont eux qui décident de l’ordre du jour des réunions. Le CVL est présidé par le chef d’établissement, mais la vice-présidence est assurée par un (ou une) élève. Il peut se saisir de tout problème de la vie de l’établissement, et le conseil d’administration doit prendre en compte ses travaux.

Les débuts ont été laborieux : beaucoup trop d’interventions des adultes

— à commencer par moi —, et pas assez de temps de parole accordé aux élèves. Mais nous avons progressé : les élèves élus au CVL en 2003 sont autonomes et dynamiques, ils sont entrés en contact avec des lycéens d’autres établissements, prennent des initiatives.

C’est ainsi par exemple que, participant « ès qualités » aux mondanités

de la vie publique vaudaise, ils ont rencontré, à l’occasion des traditionnels vœux du maire au début de l’année, d’autres acteurs de la vie locale, et monté un projet de réunion d’information au lycée entre élèves et policiers sur le thème des possibles carrières dans cette administration. Son organisation a donné lieu à une scène de comédie entre Karim, un des élus au CVL, et le brigadier de service au commissariat.

Karim : « J’ai rendez-vous avec le capitaine B. Le brigadier : — Ah ! Et qu’est-ce que tu as fait ? Karim : — Non, monsieur l’agent, je viens voir le capitaine pour

organiser un débat à Doisneau... »

Vérification faite, le brigadier de l’accueil, toujours un peu perplexe, introduit Karim dans le bureau de son chef.

D’autres rencontres, toutes aussi improbables en dehors du cadre du lycée, ont pu être organisées avec le concours du CVL. Les élèves ont pu ainsi écouter des responsables d’entreprise leur raconter leur parcours personnel : un autodidacte explique comment il a monté « sa boîte », une directrice de société parle de son investissement dans une ONG, une responsable d’agence d’Air France décrit le déroulement des entretiens d’embauche de la compagnie aérienne. Cela n’a rien de cette « tribune accordée au Medef » dénoncée par quelques militants syndicalistes ou politiques. Pour nombre d’élèves, ces visites sont l’occasion de préciser leur vocation, et même de glisser, en douce, leur CV dans la main de l’invité...

Une autre instance, la Maison des lycéens (MDL, ci-devant foyer socio-éducatif), gérée par les représentants élus des élèves, a pour mission de proposer des loisirs, récréatifs et culturels, à l’ensemble de la communauté lycéenne. Elle existe sous la forme d’une association régie par la loi de 1901 et son budget est alimenté par les cotisations des familles et quelques subventions. Il n’est pas toujours facile de trouver chaque année, au lycée, des élèves majeurs (c’est obligatoire) disposés à s’investir dans la MDL. Mais bon an, mal an, depuis 2002 cette institution fonctionne, a de l’argent en caisse, et prend des initiatives : sorties de ski, concert de jazz au lycée, invitation d’un peintre pour l’initiation au dessin. Au-delà de ces activités classiques, elle peut servir de support à des initiatives « de la base », comme l’organisation de l’élection de « Miss et Mister Doisneau ».

C’est l’histoire d’une classe qui voulait partir en voyage.

Pour trouver le financement, les élèves ont imaginé toutes les activités

possibles : ventes de petits pains, de calendriers, de bougies... Ils ont finalement décidé de faire une fête avec participation aux frais.

L’annonce du thème retenu a désespéré une bonne partie de la salle des

professeurs : élection d’une Miss Doisneau ! Les plaisanteries ont fusé devant cette victoire de la télé et de Madame de Fontenay réunies.

Mais les élèves ont plus d’humour que les adultes, heureusement. Ils se

sont très bien organisés — musique, jury, défilé de mode et buffet.

Bien sûr, les élèves volontaires pour concourir et défiler devant leurs

camarades et les professeurs présents ont fait un triomphe. Ils étaient tous, garçons et filles, à la fois heureux de faire la fête ensemble, et pleins d’humour et de distance. Ils ne reproduisaient pas les concours de Miss, ils en organisaient une joyeuse parodie.

Deux cents lycéennes et lycéens ont donc vécu ensemble trois heures de fête sans aucun incident et sont rentrés chez eux fort contents.

L’année suivante, c’est la MDL qui a repris l’idée pour en faire profiter tous les élèves. À nouveau le lycée a vécu un moment collectif de fête et de rire.

Au printemps 2004, deux classes de première qui veulent aller visiter Paris ont aussi imaginé avec leurs professeurs plusieurs actions pour financer leur voyage, dont une fiesta de métissage des musiques qui a très bien réussi (120 élèves s’y sont retrouvés).

Ces fêtes ne sont peut-être pas à première vue les activités les plus pédagogiques, mais elles ont plus d’importance qu’on ne pourrait le croire : filles et garçons se retrouvent entre eux pour partager librement la danse et la musique loin du regard du quartier, des parents, des voisins. C’est très sage, les professeurs sont présents, nous nous relayons à l’entrée pour « faire le pitbull » et décourager les intrusions extérieures. À la sortie les élèves s’attardent longuement en groupes sur le parking avant de rentrer « au quartier ».

Voilà. Nous sommes à Vaulx-en-Velin, et, ces soirs-là en particulier, il fait vraiment bon y vivre. Mais je prends tout de même la précaution de prévenir le commissariat, et une patrouille de police veille sur les abords de l’établissement, pour prévenir tout incident.

Il faut pourtant reconnaître qu’il est assez facile de mobiliser les élèves autour d’un projet de fête. En revanche, c’est quand une initiative ne réussit pas qu’on peut prendre la mesure du chemin qui reste à parcourir. Les échecs nous questionnent et nous ramènent à de lourdes réalités.

Des professeurs ont organisé une conférence sur la poésie arabe, l’amphithéâtre est plein... mais, à la sonnerie de cinq heures, les élèves se lèvent tranquillement et quittent l’amphithéâtre, alors que le conférencier n’a pas terminé.

Le concert de musique country donné au moment de la pause de midi a enthousiasmé son public... mais les élèves étaient au maximum quarante sur un effectif total de plus de six cents.

Des élèves se pressent au centre culturel pour le spectacle de l’atelier danse (hip-hop, danse de rue...) ; ils adorent... mais plusieurs d’entre eux se montrent incapables de supporter cette réussite : ils hurlent, couvrent le son et interpellent régulièrement les danseurs, gâchant le plaisir du reste du public, et les professeurs qui ont donné de leur temps et de leur énergie pour préparer le spectacle ont envie de baisser les bras. Il faut bien constater aussi que les droits de réunion, d’expression, de publication au lycée sont encore exercés par une minorité, la plupart se contentant, au mieux, d’être des consommateurs passifs des activités proposées. Mais en va-t-il différemment dans d’autres secteurs de la vie sociale et associative ?

 

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