Sous l’étoile d’automne

Knut Hamsun · Chapitre 9 sur 34

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Sous l’étoile d’automne

Chapitre IX

 

Le puits était fini, la tranchée creusée et le poseur de tuyaux était venu. Il choisit Grindhusen comme aide pour la pose, et on me mit à préparer la voie pour les tuyaux de la cave au premier étage de la maison.

Tandis que je travaillais à la tranchée dans la cave, Ma-dame y descendit un jour. Je lui criai de faire attention, mais elle prit cela avec le plus grand calme.

— Il ne doit pas y avoir de tranchée ici ? demanda-t-elle en tendant le doigt. Et là il ne doit pas y avoir de tranchée ?

Finalement elle mit le pied au mauvais endroit et glissa dans la tranchée sur moi. Nous voilà bien là. Il ne faisait pas clair chez nous, et pour elle qui venait de la lumière du jour, il devait faire tout à fait sombre. Elle tâta la tranchée et dit :

— Est-ce que je puis remonter ?

Je la soulevai. Ce n’était pas une affaire, elle avait le corps très mince bien qu’elle fût mère d’une grande fille.

— Ah ! par exemple ! dit-elle en secouant la terre de sa robe. Voilà qui est enlevé ! Il faudrait que tu m’aides un jour à arranger quelque chose au premier étage, veux-tu ? Mais il faudra choisir un jour où mon mari est à la paroisse annexe, il n’aime pas les changements. Quand aurez-vous terminé vos travaux au presbytère ?

Je fixai un délai, une semaine ou quelque chose comme cela.

 

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— Où irez-vous en quittant d’ici ?

— À la ferme voisine. Grindhusen nous a engagés pour arracher les pommes de terre…

Puis je montai à la cuisine et découpai un trou dans le parquet avec une scie à main. Mademoiselle Elisabeth ne put éviter d’avoir affaire dans la cuisine pendant que j’étais oc-cupé à ce travail, et bien que je lui fusse antipathique elle prit sur soi de me dire quelques mots et de s’arrêter un moment à regarder mon travail.

— Pense ! quand tu n’auras plus qu’à tourner un robinet, Oline, dit-elle à la servante.

Mais Oline qui était vieille n’avait pas l’air ravie le moins du monde. C’était blasphématoire d’amener l’eau jusque dans la cuisine, dit-elle. Vingt années durant elle avait appor-té toute l’eau dont on avait besoin, à quoi s’occuperait-elle maintenant ?

— À te reposer, dis-je.

— Me reposer ? L’homme est bien créé pour travailler.

— Et coudre ton trousseau, dit la demoiselle en riant sous cape.

C’était un propos de jeune fille, mais je lui étais recon-naissant de prendre part à notre conversation et de rester un moment dans la cuisine. Grand Dieu ! Comme je devins moi-même adroit à placer le mot juste et à faire le gamin. Je me le rappelle encore. Soudain on eût dit que Mademoiselle Elisabeth avait réfléchi qu’il n’était pas convenable pour elle de rester plus longtemps avec nous et elle nous quitta.

 

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Le soir, comme maintes fois déjà, je montai au cime-tière ; mais quand je vis que la demoiselle y était avant moi, je décampai et allai flâner dans le bois. Là-dessus je pensai : Elle sera certainement touchée de ma modestie et elle dira : Le pauvre, c’est un trait délicat de sa part. Il ne manquerait plus qu’elle me suivît dans le bois. Alors je me lèverais de ma pierre et je saluerais. Elle serait un peu gênée, et dirait : Je passais simplement par là… c’est une si belle soirée… Qu’est-ce que tu fais là ? Je suis assis là, tout simplement, répondrais-je, et j’aurais l’air de revenir de très loin, avec mes yeux innocents. Et en apprenant que je suis simplement assis là tard dans la soirée, elle comprend que je suis une âme profonde et un rêveur, et elle s’éprend de moi…

Elle était encore au cimetière le soir suivant et une pen-sée folle me traversa la tête : c’est moi qu’elle cherche ! Mais en l’examinant de plus près, il s’avéra qu’elle était occupée à arranger une tombe, ainsi ce n’était pas moi qu’elle cher-chait. Je me faufilai dans le bois, remontai jusqu’à la grosse fourmilière et observai les bestioles aussi longtemps que j’y pus voir clair, puis je m’assis et tendis l’oreille, écoutant tomber les pommes de pin et les grappes des sorbiers. Je chantonnais, parlais à voix basse et réfléchissais ; de temps à autre j’étais forcé de me lever et de marcher un peu, à cause du froid. Les heures passèrent, la nuit vint, j’étais si amou-reux que j’allais tête nue et me laissais transpercer par les regards des étoiles.

— Où en est la nuit ? demandait parfois Grindhusen quand je rentrais dans la grange.

— Il est onze heures, répondais-je. Bien qu’il fût deux et même trois heures du matin.

 

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— Alors tu trouves qu’il est temps de se coucher ? Que le diable t’emporte ! Réveiller les gens quand ils se sont en-dormis décemment.

Grindhusen se retourne sur l’autre côté et se rendort au bout d’un instant. Ce n’était pas compliqué pour Grindhusen.

Mais, aïe, comme un homme entre deux âges se rend ri-dicule quand il est amoureux. Et n’était-ce pas moi qui de-vais servir d’exemple comme quoi il était possible de trouver le calme et la paix ?

 

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