Sous l’étoile d’automne

Knut Hamsun · Chapitre 5 sur 34

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Sous l’étoile d’automne

Chapitre V

 

Le lundi matin Grindhusen revint et nous commençâmes à creuser. Le vieux pasteur vint encore vers nous et demanda si nous ne pourrions pas lui sceller un poteau sur le chemin qui montait à l’église. Il avait grand besoin de ce poteau, il y en avait eu un là autrefois, mais le vent l’avait renversé ; il s’en servait pour y clouer des affiches et des publications.

Nous dressâmes un nouveau poteau et nous y prîmes tant de soin qu’il était droit comme un cierge ; en guise de toit nous le coiffâmes d’un capuchon de zinc.

Tandis que j’étais occupé à poser ce capuchon, j’amenai Grindhusen à proposer de peindre le poteau en rouge ; il lui restait encore un peu de peinture rouge de la cabane de Gunhild. Comme le pasteur préférait avoir le poteau blanc et que Grindhusen abondait tout bonnement dans son sens, j’objectai que des affiches blanches se voient mieux sur fond rouge. Alors le pasteur sourit de ses innombrables rides au-tour des yeux et dit : Oui, tu as raison.

Il n’en fallut pas davantage ; ce sourire et cette petite approbation étaient assez pour me rendre fier et heureux dans mon for intérieur.

La jeune demoiselle vint aussi, adressa quelques paroles à Grindhusen, plaisanta même avec lui et demanda qu’est-ce que c’était que ce cardinal rouge qu’il dressait là ? À moi elle ne dit rien et ne me regarda pas quand je la saluai.

Le déjeuner fut un dur moment, non pas que le manger ne fût pas assez bon, mais Grindhusen mangeait sa soupe si

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salement, et il avait le tour de la bouche tout luisant de lard. Comment doit-il manger la bouillie ? pensai-je hystérique-ment.

Comme Grindhusen se renversait sur le banc dans l’intention de faire sa sieste dans ce même état graisseux, je lui criai tout à trac :

— Mais essuie-toi donc la bouche, mon vieux !

Il me regarda, s’essuya et regarda sa main.

— La bouche ? dit-il.

Force me fut de tourner la chose en plaisanterie, je dis :

— Haha ! je t’ai bien fait marcher, Grindhusen !

Mais j’étais mécontent de moi-même et je sortis aussitôt de la buanderie.

Du reste il faut que j’amène la jeune demoiselle à ré-pondre quand je la salue, pensai-je ; à bref délai elle doit être informée que je suis un homme à idées. Il y avait ce puits avec la conduite d’eau ; hein ! si j’apportais un plan complet ! Il me manquait un viseur, pour arriver à déterminer la hau-teur de chute du sommet du coteau, et je commençai à tra-vailler à cet appareil. Je m’en tirai avec un tuyau de bois sur lequel je mastiquai deux simples verres de lampe comme montants et je remplis le tout avec de l’eau.

Les petits travaux au presbytère se multipliaient, une marche de pierre à remettre d’aplomb, un soubassement à réviser ; quand on dut rentrer la récolte de céréales, il fallut mettre en état l’armature de la passerelle de la grange. Le pasteur tenait à ce que tout fût bien en ordre et pour nous cela n’avait pas d’importance, puisque nous travaillions à la

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journée. Mais à mesure que les jours passaient je me trouvais de plus en plus mal à l’aise dans la compagnie de mon cama-rade. Par exemple, le voir appuyer le pain sur sa poitrine et le couper avec un couteau de poche plein de beurre qu’il lé-chait constamment, me causait une grande torture ; ajoutez à cela, qu’il ne se lavait pas de toute la semaine, d’un di-manche à l’autre. Le matin, avant que le soleil se levât et le soir après qu’il était couché, il lui pendait au nez une goutte claire. Et puis il avait des ongles ! Et ses oreilles étaient si difformes !

Ah ! j’étais un parvenu qui avait appris les bonnes ma-nières au café. Je ne pus me retenir de me plaindre du manque de propreté de mon camarade, et créai ainsi entre nous un désaccord croissant : j’avais grand’peur qu’un beau jour nous dussions nous séparer. Nous n’échangions que les paroles strictement indispensables.

Le puits restait là tel quel, sans être creusé. Le dimanche vint et Grindhusen était allé chez lui.

Mon viseur était terminé ; l’après-midi je montai sur le toit du bâtiment principal et installai mon appareil. Je cons-tatai tout de suite que la visée atteignait le coteau plusieurs mètres au-dessous du sommet. Bien. Même en comptant un bon mètre du sol au niveau de l’eau dans le puits, il y aurait de la pression en surplus.

Tandis que j’étais étendu sur le toit à faire mes visées, je fus découvert par le fils du pasteur. Il s’appelait Harald Melt-zer. Qu’est-ce que je faisais là-haut ? Je mesurais le coteau, pourquoi donc ? Pourquoi voulais-je en connaître la hau-teur ? Laisse-moi viser aussi ?

 

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Ensuite je me procurai une corde de dix mètres et mesu-rai le coteau de la base au sommet ; Harald m’y aida. Quand nous redescendîmes au presbytère je me présentai au pas-teur et exposai mon plan.

 

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