Sous l’étoile d’automne
Chapitre VI
Le pasteur m’écouta avec patience et ne m’éconduisit pas sur-le-champ.
— Qu’est-ce que tu racontes ! dit-il en souriant. Oui, peut-être. Mais cela va coûter très cher. Et d’ailleurs pour-quoi ferions-nous cela ?
— Il y a soixante-dix pas jusqu’au puits que nous avons commencé à creuser. C’est soixante-dix pas à marcher pour les bonnes, été comme hiver, par bon et mauvais chemin.
— Oui, c’est vrai. Mais cela coûtera les yeux de la tête.
— Sans compter le puits, qu’il vous faut faire en tout état de cause, la conduite avec les tuyaux et le travail ne revien-dront pas à plus d’une couple de cent couronnes, dis-je.
Le pasteur tressaillit.
— Pas plus ?
— Non.
J’attendais un peu à chaque fois pour répondre, comme si j’étais circonspect de nature et comme si j’étais né tel : mais il y avait longtemps que j’avais tout combiné.
— Ce serait un grand allègement, dit le pasteur pensi-vement. Et puis le réservoir dans la cuisine fait bien du gâ-chis.
— Et toute cette eau qu’il faut monter dans les chambres à coucher.
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— Bah, les chambres à coucher n’en tireraient quand même aucun avantage. Elles sont au premier étage.
— Nous poserons la canalisation jusqu’au premier étage.
— Nous ferons cela ? Jusqu’au premier étage ? Y aura-t-il assez de pression pour cela ?
Ici, je laissai attendre ma réponse encore plus longtemps pour donner plus de poids à ma garantie.
— Je crois pouvoir garantir que le jet d’eau monte plus haut que le toit de la maison, dis-je.
— Non, pas possible ! interrompit le pasteur. Viens, al-lons voir où tu voudrais mettre le puits.
Nous gravîmes le coteau, le pasteur, Harald et moi. Je fis viser le pasteur avec mon appareil et le convainquis que la pression serait plus que suffisante.
— Il faudra que j’en parle à ton camarade, dit-il.
Alors je répondis, sapant la réputation de Grindhusen :
— Oh ! il ne s’y connaît pas.
Le pasteur me regarda.
— C’est ton avis ? dit-il.
Nous redescendîmes. Le pasteur parlait comme pour soi-même.
— Tu as raison, c’est un perpétuel portage d’eau l’hiver. Et l’été aussi, pour ce qui est de ça. J’en parlerai à ma fa-mille.
Le pasteur rentra.
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Dix minutes passèrent, puis je fus appelé sur le perron principal où toute la famille du pasteur était rassemblée.
— C’est toi qui veux nous installer une conduite d’eau ? demanda la dame avec affabilité.
Je saluai de mon bonnet, tenace et circonspect, et le pasteur répondit pour moi :
— Oui, c’est l’homme.
La demoiselle me jeta un regard curieux et se mit aussi-tôt à bavarder avec Harald. La dame continua à m’interroger : Serait-ce réellement une canalisation comme en ville, on tournerait un robinet et l’eau viendrait ? Et pa-reillement au premier étage ? Quelques centaines de cou-ronnes ? Écoute, je trouve que tu devrais faire ça ! dit-elle à son mari.
— C’est ton avis ! Viens, nous allons remonter sur le co-teau et prendre les visées tous ensemble.
Nous gravîmes le coteau, installâmes le tuyau et tout le monde prit les visées.
— Comme c’est extraordinaire ! dit Madame.
La demoiselle ne dit pas une parole. Le pasteur deman-da :
— Mais y a-t-il de l’eau ici ?
Je répondis avec beaucoup de sens qu’il était difficile de le certifier ; mais il y avait de bons indices.
— Quels indices ? demanda Madame.
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— La nature du terrain le long du coteau. En outre il pousse ici de l’aulne et de l’osier. Et l’osier aime l’humidité.
Le pasteur hocha la tête et dit :
— Il connaît bien son affaire, le gaillard, Marie.
Sur le chemin du retour, Madame en était arrivée à ce point de vue insoutenable qu’elle pourrait se tirer d’affaire avec une servante de moins. Pour ne pas la trahir je fis cette remarque :
— Surtout peut-être l’été. L’arrosage du jardin s’effectuera avec un tuyau qui passera par la fenêtre de la cave.
— As-tu jamais entendu chose pareille ! interrompit-elle.
Et encore je n’osais pas souffler mot d’une canalisation pour l’étable. Dès le début mon attention avait été attirée sur ce fait qu’avec un puits de dimensions doubles et une bifur-cation de tuyaux vers l’étable, la laitière en éprouverait le même allègement que la cuisinière. Mais cela doublerait aus-si les frais, à peu près. Il n’était pas prudent de se lancer dans un si vaste plan.
Déjà, dans l’état actuel des choses, il me fallut consentir à attendre le retour de Grindhusen. Le pasteur dit qu’il vou-lait une nuit de réflexion.
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