Sous l’étoile d’automne

Knut Hamsun · Chapitre 10 sur 34

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Sous l’étoile d’automne

Chapitre X

 

Il vint un homme qui voulait ravoir ses outils de maçon. Hein… Grindhusen ne les avait donc pas volés ! Comme tout était ennuyeux et médiocre chez Grindhusen, en rien il n’était large, en rien original.

Je dis :

— Manger et dormir et travailler, tu n’es que cela, toi, Grindhusen. Voici un homme qui vient chercher les outils. Tu les as simplement empruntés, malheureux.

— Tu es un idiot, dit Grindhusen, vexé.

Et pour le radoucir, comme maintes fois déjà, je tournai mes paroles en plaisanterie et en risée.

— Qu’allons-nous faire ! dit-il.

— Parions que tu le sais très bien !

— Je le sais ?

— Oui. Si je te connais bien.

Et Grindhusen était radouci.

Mais à la méridienne, comme je lui coupais les cheveux, je l’offensai de nouveau, en lui recommandant de se laver la tête.

— Qu’un gars sur l’âge comme toi puisse être aussi ridi-cule ! dit-il.

 

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Et Dieu sait si Grindhusen n’avait pas raison. Il avait conservé tous ses cheveux rouges, bien qu’il fût grand-père…

Est-ce que des revenants commençaient à hanter la grange ? Qui y était entré subitement un jour, y avait mis de l’ordre et l’avait gentiment arrangée ? Grindhusen et moi avions chacun notre place pour nous coucher ; je m’étais acheté deux couvertures, lui, par contre, couchait chaque nuit tout habillé, tel qu’il se trouvait et s’enfouissait dans le foin n’importe où. Maintenant on avait ajusté les deux cou-vertures que je possédais, si bien que cela ressemblait à un lit à s’y tromper. Je n’avais rien là-contre, c’était sans doute une des servantes qui voulait m’apprendre un peu les bonnes manières. Ça n’avait pas d’importance.

Je devais maintenant pratiquer un trou dans le parquet au premier étage, mais Madame me pria d’attendre au len-demain, le pasteur devait aller à la paroisse annexe, et je ne risquerais pas de le déranger. Mais quand vint le lendemain matin ce fut encore remis, Mademoiselle Elisabeth était prête à aller chez le marchand faire de grandes emplettes et je dus l’accompagner pour porter les paquets.

— Bien, dis-je, j’irai vous rejoindre après.

L’étrange fille s’était-elle décidée à supporter ma com-pagnie ? Elle dit :

— Mais trouveras-tu le chemin tout seul ?

— Oh ! oui. J’y suis déjà allé, c’est là que nous achetons notre manger.

Comme je ne pouvais pas décemment me promener par toute la paroisse dans mon costume de travail taché de

 

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glaise, je mis mon pantalon habillé, mais gardai mon bourge-ron. Ainsi équipé je me mis en marche derrière elle. Il y avait plus d’une demi-lieue1 à marcher ; le dernier quart j’aperçus de temps à autre Mademoiselle Elisabeth devant moi, mais je veillai à ne pas lui arriver trop près sur les talons. Une fois elle se retourna ; je me fis tout petit et me fourrai dans la li-sière du bois.

La demoiselle resta chez une amie au bourg et je revins à la maison vers midi avec les marchandises. Je fus invité à manger dans la cuisine. La maison était comme morte, Ha-rald était partit, les servantes cylindraient le linge, seule Oline vaquait dans la cuisine.

Après le déjeuner je montai dans le couloir du premier étage et commençai à scier.

— Viens donc m’aider un peu là-dedans, dit Madame en passant devant moi.

Nous dépassâmes le bureau du pasteur et entrâmes dans la chambre à coucher.

— Je voudrais changer mon lit de place, dit Madame. Il est trop près du poêle en hiver, c’est bien chaud.

Nous transportâmes le lit près de la fenêtre.

— Ne crois-tu pas que ce sera mieux ici ? Plus frais ? demanda-t-elle.

 

1 La lieue norvégienne = 10 kilomètres.

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Mes yeux tombèrent sur elle par hasard, elle avait son malicieux regard du coin de l’œil. Aïe ! Ma chair s’émut et je perdis la tête, je l’entendis qui disait :

— Es-tu fou ! Oh, non, mais… la porte…

Puis j’entendis mon nom chuchoté plusieurs fois…

Je découpai mon trou à la scie dans le couloir et mis tout en ordre, Madame était tout le temps présente. Elle au-rait tant voulu parler, s’expliquer, et elle riait et pleurait, sans désemparer.

— Le tableau qui est accroché au-dessus de votre lit, ne devrions-nous pas le déplacer aussi ?

— Oui, c’est une idée, répondit Madame.

Et nous rentrâmes dans la chambre.

 

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