Un mystérieux amour
Aveu
Peut-être—car les jeux de l’immense nature Suivent, m’avez-vous dit, une inflexible loi— Ce qui fut vous aura quelque étrange aventure
Avec ce qui fut moi.
De votre être effacé peut-être une parcelle Rencontrera, là-bas, là-haut, je ne sais où, Un débris de mon cœur, qui maintenant recèle
Son amour tendre et fou.
Peut-être—c’est, je crois, ce qu’apprend la chimie— Quelque combinaison étroite surviendra;
Un peu de votre cœur au cœur de votre amie
Tout à coup se fondra.
Et la fatalité des effets et des causes,
Bien que cruelle, et dure, et froide, aura rempli Ce que serments, aveux, promesses, douces choses,
N’auront point accompli.
Aveu
, le sentiment étrange qui nous lie,
A Que nous analysons ainsi tranquillement,
Est-il plus que l’amour, n’ayant point sa folie,
Ni son aveuglement?
Nos cœurs, à contempler tout ce qui les divise, L’avenir, le passé, mille abîmes sans fond, Perdent l’heure où le temps, qui sans cesse improvise,
Les mêle et les confond.
Nous revenons toujours à ces dures pensées, Toujours nous nous lassons à ce travail amer; Conflit stérile et vain des vagues insensées,
Troublant l’immense mer!
L’Océan infini des tendresses profondes,
Entrevu dans nos yeux, pourtant se creuse en nous; Mais l’orgueil vient sans cesse en irriter les ondes
De son souffle jaloux.
Hélas! qu’avons-nous fait?... Lorsque cette tourmente En écume livide a changé le flot pur,
S’apaise-t-il jamais dans la douceur charmante
De son premier azur?
Des secrètes douleurs trop puérile image! L’univers éternel ne nous ressemble pas: Pouvons-nous, comme lui, lorsqu’a cessé l’orage,
Revenir sur nos pas?
Eh bien, écoute donc, puisque l’heure est si brève, Puisque dans peu de jours il faut nous séparer, Ce que mon cœur, cédant au charme de son rêve,
Ose te murmurer:
«Je t’aime!...» Ah! tu le sais... Ma révolte était vaine. Je t’ai craint. J’ai voulu, c’est vrai, me délier; Mais tu m’as trop comprise, et mon âme hautaine
A dû s’humilier.