Un mystérieux amour

Daniel Lesueur · Chapitre 27 sur 58

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Un mystérieux amour

Inquiétude

Et vous, que berce au loin la mer étincelante, Quand le soleil rougit les vagues de cristal, Que vous dit la splendeur du monde oriental? Nul désir n’émeut-il votre âme vigilante?

Vous courbez-vous sans plainte au joug du sort fatal?

 

Pénétrer le secret des forces souveraines, Vous suffit-il?... D’un œil tranquille et d’un cœur fier, Les verriez-vous étreindre et broyer votre chair? Ah! du fond du néant j’aime insulter ces reines, Et pleurer longuement sur tout ce qui m’est cher.

 

Inquiétude

 

reviendrez un jour de votre exil farouche;

V Un jour vous reverrez notre ciel pâle et doux;

Mais l’adieu qu’en partant me laissa votre bouche,

Vous en souviendrez-vous?[1]

 

Au fond de votre cœur et de votre mémoire, Ce tendre mot d’adieu, faible écho du passé, Tout un monde inconnu, surgissant dans sa gloire,

L’aura-t-il effacé?

 

Vous en souviendrez-vous?... Sur cette rive étrange, A l’ombre des palais, au bord du lac sacré, Parmi les temples d’or baignés des flots du Gange,

L’avez-vous murmuré?

L’avez-vous dit parfois, descendant en vous-même, Non plus prêt à me fuir, non plus comme un adieu, Mais sûr de votre cœur, et dans l’ardeur suprême

D’un solennel aveu?

 

L’avez-vous dit ainsi loin de moi?... L’Inde antique N’a-t-elle point, jalouse, épié le secret

Qui, devant sa beauté rayonnante et mystique,

Rendait votre œil distrait?

 

Oh! pour vous quelquefois j’ai peur de sa vengeance. Sur la jungle fiévreuse erre un souffle de mort, Et le tigre royal rôde avec diligence

Dès que l’homme s’endort.

 

Oh! j’ai peur... Gardez-vous, s’il vous souvient encore, Lorsque vous me quittiez, de votre dernier mot, Dans les bois, sur le fleuve, ou près du roc sonore,

De le dire tout haut.

 

Car la nature altière, imposante et terrible, Que vous étudiez, connaît bien son dessein; L’homme, vile poussière, est passé dans son crible,

Et se perd dans son sein.

 

Rien pour elle n’est moins qu’un être et qu’une vie. L’Inde veut l’âme esclave et joue avec la chair. En prononçant mon nom, craignez qu’elle n’envie

Un souvenir trop cher.

 

C’est moi qui redirai, lorsque mon cœur se serre, Et tremble pour vos jours auxquels il est lié, Ce mot magique et doux, ce mot qui fut sincère,

Mais peut être oublié.