Un mystérieux amour

Daniel Lesueur · Chapitre 31 sur 58

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Un mystérieux amour

Le Retour

Un petit passereau module un chant timide, Puis s’étonne, et soudain vole tout éperdu.

 

Oh! combien je jouis de ces métamorphoses! Chacune tour à tour va grandir mon espoir. Des fleurs!... Il va s’ouvrir des fleurs sur le sol noir! Venez... Il ne faut pas faire mentir les choses, Et les arbres m’ont dit que je vais vous revoir.

 

Le Retour

 

est donc terminé, ce long, ce pesant rêve,

I Où mon cœur vous suivait bien loin sous d’autres cieux.

Vous êtes près de moi. Mon regard qui se lève

Va rencontrer vos yeux.

 

Vos jeux... devant lesquels ont passé des merveilles, Et qui, las de sonder pourtant et de savoir, Après les jours brûlants, durant les sombres veilles,

Se fermaient pour me voir.

 

Vos yeux changeants... où j’aime à surprendre votre âme: Tantôt douce, et croyante, et tendre, et se livrant, Tantôt sceptique au point que leur cruelle flamme

Me brûle en m’effleurant.

Votre amour me ravit, comme aussi votre doute: En vain vous proclamez un fatalisme obscur, Je saurai malgré vous placer sur votre route

Un bonheur calme et sûr.

 

Je connais le secret de la détresse affreuse Dont le plus fort se sent tôt ou tard accablé; Tout au fond de notre être un abîme se creuse

Qui jamais n’est comblé.

 

Et plus le cœur est grand, plus le vide est immense. Sur votre cœur, ami, je me penche en tremblant... L’espoir de le remplir me saisit—ô démence!—

Enchanteur et troublant.

 

Je ne puis qu’apaiser l’âpre mal qui le blesse, Tromper, jour après jour, son éternel désir, Puisque le bien suprême est pour notre faiblesse

Impossible à saisir.

 

Mais j’ai rêvé du moins d’accomplir cette tâche. Je vous consolerai de l’immortel ennui.

Mon amour à vos yeux voilera sans relâche

Le néant, même en lui.

 

Vous ne me direz plus qu’il est court et fragile, Que la satiété mène aux mornes adieux.

Par lui vous garderez, sous votre front d’argile,

L’esprit serein des dieux.

 

Au bout de ce chemin, rude et plein de vertige, Que vous suivez, marchant vers un but inouï, Beau lis, il fleurira, mystique, sur sa tige

Toujours épanoui.