Un mystérieux amour
La Nature et l’Amour
Découvrir à la fois dans la main que l’on presse La virile énergie et l’exquise tendresse,
Un ferme et cher soutien.
Être deux, se livrer sans jamais se connaître, Et se trouver nouveaux et plus charmants peut-être
Après chaque entretien.
Aimer tous deux les champs où frissonnent les roses, Les flots bleus, les parfums, les puériles choses,
Les bois mystérieux,
Accueillir la gaîté qui rit et qui s’éveille,
Et fixer sur la vie, étonnante merveille,
Un regard sérieux.
Tout voir, tout admirer, tout chercher, tout comprendre Au fond d’un cœur, miroir qui prend tout pour tout rendre,
Cœur à notre âme uni;
Savoir que rien n’est beau ni grand qu’il ne reflète, Et, comme en s’y peignant l’univers s’y complète,
Y trouver l’infini.
O rêves, rêves d’or que formait ma jeunesse, Vous êtes devenus, riants et pleins d’ivresse,
Une réalité.
Je ne demande rien que prolonger cette heure: Dieu même n’en ferait pour moi point de meilleure
Dans son éternité.
La Nature et l’Amour
donc, ô vallons! ô lacs purs! ô retraites
A Où rayonne l’amour sur la bruyère en fleur,
Ils ne vous ont chantés, les orgueilleux poètes,
Qu’au sein de leur douleur.
Ils ne vous ont parlé, par leurs voix immortelles, Que lorsqu’en vos abris ils sont revenus seuls, Et qu’ils n’ont plus trouvé sous vos ombres si belles
Que d’horribles linceuls.
Leurs vers ont découlé de leur lèvre tremblante Lorsqu’ils ont parcouru votre désert sacré, Y suivant pas à pas la fuite grave et lente
D’un fantôme adoré.
Et ce n’était point vous alors que leur tristesse Se plaisait à parer d’un charme déchirant: C’était leur amour mort et c’était leur jeunesse
Qu’ils cherchaient en pleurant.
Ils vous ont accusés de rester impassibles Lorsqu’ils marchaient pensifs en sanglotant tout bas, Et que dans vos sentiers leurs rêves impossibles
S’envolaient sous leurs pas.
Bien peu leur importaient vos airs gais ou moroses Quand leur bonheur semblait ne pas devoir finir, Mais plus tard ils ont dit que l’éclat de vos roses
Blessait leur souvenir.
Ils se sont étonnés que vos grâces divines Devant leur désespoir resplendissent toujours, Et que vous n’eussiez point fait prendre à vos ravines
Le deuil de leurs amours.
Que n’ai-je, ô bois charmants! leur sublime génie, Puisque je suis heureuse et que vous m’enchantez, Puisque celui dont l’âme à mon âme est unie
S’avance à mes côtés!
Puisque je vois briller parmi vos frêles herbes En paillettes de feu les traits d’or du soleil, Et que sur les sommets de vos arbres superbes
Reluit le jour vermeil.
Puisque tout est chansons, que tout est rire et joie Sous vos ombrages frais, dans les cieux, dans mon cœur. Oh! pourquoi donc faut-il que l’écho ne renvoie
Que l’accent du malheur?
Pourquoi n’avons-nous pas des mots pleins de délire Qui fixent à jamais nos bonheurs fugitifs,
Alors qu’un léger mal arrache à notre lyre
Des accords si plaintifs?
Pour élever vers vous une voix attendrie
Beaux asiles profonds où mon cœur fut bercé, Non, je n’attendrai point l’heure où la rêverie
S’en va vers le passé.
Non, je n’attendrai point de la trouver déserte La place où mon ami se reposa souvent,
Et seule, d’écouter dans la forêt inerte
Les longs soupirs du vent.
Voyez, nous sommes deux, nous savons vous comprendre, Notre aveugle bonheur ne cache point vos cieux, Votre sereine paix rend notre amour plus tendre
Et plus mystérieux.
Nous revenons à vous toujours, ô solitude! Votre calme imposant plaît à notre fierté;
Les bois silencieux, dans leur noble attitude,
Ont tant de majesté!
Notre âme, qui remonte aux sources de la vie, D’un monde étroit et vain fuyant les trahisons, S’agrandit tout à coup et s’élance ravie
Vers vos purs horizons.
Nos pas en vos chemins errent à l’aventure, Vos aspects imprévus nous font longtemps rêver, Et tout autour de nous la tranquille nature
Semble nous approuver.
Qu’il monte donc vers vous l’encens de nos hommages, Dans nos félicités il doit vous être offert;
Et puissions-nous encor vous bénir, ô bocages!
Quand nous aurons souffert.
Aujourd’hui, l’œil perdu dans vos riants abîmes, Nous sentons les liens qui nous tiennent unis, Se serrant doucement au souffle de vos cimes,
Devenir infinis.
Et, songeant que demain les heures envolées, Blancs spectres, flotteront en ces muets séjours, Émus, nous voyons naître en vos vertes allées
Les plus beaux de nos jours.