Amour dans une petite ville

Wang Anyi · Chapitre 12 sur 18

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Amour dans une petite ville

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Ce jour-là, les enfants de la ville arborent tous, accroché au cou, un petit filet multicolore auquel pend une touffe de glands de couleurs vives. Il contient un gros œuf de cane vert pâle et se balance de droite et de gauche. Un train qui passe en grondant au milieu de la rue fait trembler le sol. Les narines de tous les passants sont noires comme des cheminées. D’innombrables immeubles plus ou moins hauts, carrés ou rectangulaires, se dressent, aussi fiers que stupides, telles des boîtes d’allumettes. Quand vient le soir, sur toutes leurs faces brillent les carrés des fenêtres, les rues deviennent encore plus bruyantes. Les lampadaires, en forme de fleurs de

magnolia, cachés parmi les feuilles des arbres-parasol{15} éclairent à distance régulière. Les voitures se croisent à vive allure et, de chaque côté de la route, le flot des bicyclettes semble leur ouvrir la voie dans un concert de sonnettes. Les vitrines sont illuminées comme en plein jour par des tubes fluorescents aux vives couleurs. Sur les murs voisins sont placardées de nombreuses affiches qui profitent de la lumière de ces vitrines pour annoncer une grande variété de spectacles joués par des troupes venues des quatre coins du pays. Un tel foisonnement éblouit.

Leurs modestes affiches en mince papier jaune pâle, moitié plus petites que les autres, risquent d’être arrachées par le vent. Ils n’ont pas osé les coller sur les autres, ils les ont mises à côté, comme des enfants près de leurs grands-parents. Les trois premières représentations font cependant salle comble. Il y a tant de monde ici ! Une foule de gens qui vont et viennent, se bousculent et se faufilent, imperturbables, entre les voitures. Les coups de klaxons stridents qui offensent les oreilles montent jusqu’au ciel. Tout à coup, un rugissement brutal couvre les klaxons : un train passe dans un grondement de tonnerre, puis ils reprennent le dessus, juste un peu moins arrogants. Quand on regarde au-delà de tous ces cubes d’immeubles brillamment éclairés, on remarque une colonne de fumée noire qui s’élève lentement dans le ciel d’un bleu profond ; flottant harmonieusement, elle s’élargit pour s’épanouir en une belle pivoine noire. Si vous laissez errer votre regard, vous découvrez que le ciel est orné de ces splendides motifs noirs aux formes changeantes qui se rejoignent pour vous encercler comme dans un conte de fées. La fumée noire se dissout dans le ciel dont le bleu fonce peu à peu : la lumière des réverbères qui ressort sur le rideau noir de la nuit devient de plus en plus vive.