Amour dans une petite ville
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Avant-propos
Amour dans une petite ville fit scandale lors de sa première parution en 1986 dans la revue Littérature de Shanghai, au point qu’il fallut attendre près de huit ans pour que paraisse enfin en Chine populaire un recueil intitulé Sanlian (« Trois amours »), qui reprenait ce roman ainsi que deux
autres publiés à la même époque{1}. Ce texte, tranchant sur la pruderie officielle ambiante, osait parler d’amour physique, sujet considéré jusqu’alors comme tabou.
Wang Anyi choisit pour protagonistes un garçon et une fille destinés à devenir danseurs dans une compagnie locale au temps de la Révolution culturelle. Il n’est pas indifférent que l’auteur ait elle-même passé plusieurs années dans une troupe analogue à la même époque.
Elle les décrit au départ très jeunes adolescents : ils n’ont guère reçu d’éducation en un temps où l’école n’enseignait que des slogans politiques, ils n’ont aucune expérience de la vie et se retrouvent seuls, loin de leur famille. Partageant la même salle où ils s’entraînent assidûment, ils vont être lentement mais irrésistiblement attirés l’un vers l’autre.
Il peut ne pas être excessif de voir dans cette convergence de contraintes choisies la recherche d’une écriture forte qui personnaliserait, voire personnifierait, ces contraintes. On les retrouve en effet, sous d’autres formes, dans les deux autres récits parallèles du recueil de 1993, où il s’agit chaque fois d’amours étroitement situées.
Le garçon et la fille vivent une lente montée du désir, minutieusement décrite par l’auteur jusqu’à la scène cruciale du pas de deux. Malgré le rigorisme de l’époque, qui prétend interdire les rapports sexuels avant le mariage, obéissant à leur obsession l’un de l’autre, ils vont tout naturellement franchir le pas. Ils sont entraînés malgré eux dans une passion qui les dépasse : « Ils ignorent ce qu’on appelle l’amour, ils savent simplement qu’ils ont un besoin irrépressible l’un de l’autre. »
Pourtant, ils prennent très vite conscience d’avoir transgressé un interdit et, nous est-il dit, commis une faute morale irréparable. Surtout, ils se sont mis au ban de cette société où la liberté de l’individu doit s’effacer au profit de la collectivité. Dépassés par la faute, ils sont torturés par le remords mais enfermés dans leur secret, car « ils vivent en un temps d’obscurantisme, sans un aîné pour leur ouvrir l’esprit ».
Par l’extrême densité de ce texte, par son écriture envoûtante, à la fois charnelle et détachée, l’auteur donne une grande force à cette quête haletante du plaisir constamment entravée par le monde environnant. Le livre refermé, ce récit continue à brûler en nous comme un feu qui ne veut pas s’éteindre.
Cette traduction est dédiée à Roger Chazal, son premier relecteur.
Tous mes remerciements à Madame Wang Anyi qui a bien voulu répondre à mes questions sur les figures de danse classique.
Un très chaleureux merci à mes amies, Mesdames Gui Yufang à Pékin, Madeleine Bonnaud et Nicole Genest en France pour leur patiente relecture et leurs remarques judicieuses.
Enfin, merci à Florence Remy pour son enthousiasme communicatif et la pertinence de ses observations.
Marcilly-le-Châtel, mai 2007
YVONNE ANDRÉ
OceanofPDF.com