Amour dans une petite ville

Wang Anyi · Chapitre 4 sur 18

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Amour dans une petite ville

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Une charrette qui part vers le sud acheter du fourrage passe au trot dans

la rue. Elle arbore, en guise de voile{4}, un morceau de drap. Tête basse, la vieille jument souffle ; près d’elle caracole un poulain en liberté, levant haut ses jambes grêles. Tantôt il ouvre la marche, tantôt reste à la traîne, tantôt folâtre de droite et de gauche, bousculant l’éventaire de gelée de pois verts d’une grand-mère, sans que personne ne s’en formalise. Tout le monde s’écarte devant lui et le laisse batifoler.

Sur les murs où la chaux pelée laisse voir les briques sont placardées de grandes affiches annonçant les programmes du cinéma et du théâtre. La place de cinéma coûte dix centimes et trente celle de théâtre. Les films montrent des ombres qui se meuvent avec talent, tandis qu’au théâtre les acteurs, certes moins bons, sont présents en chair et en os. Somme toute, le prix est justifié. Chaque soir, les deux salles font le plein de spectateurs, juste comme il faut.

Le soir venu, quand tous les marchands ambulants sont repartis et que les boutiques ont fermé leurs volets, dans l’obscurité de la rue, les pavés reflètent le brillant clair de lune. Les portes se ferment, les fenêtres se closent, puis, un moment plus tard, les lumières s’éteignent. Les enfants rêvent à leur vie quand ils seront grands, les vieux songent au temps de leur jeunesse. Quant aux hommes et aux femmes qui ne sont ni jeunes ni vieux, ils se livrent dans l’obscurité à d’autres plaisirs et sèment des graines de vie. L’an prochain à pareille époque, dans la petite ville, seront apparues de nouvelles vies vagissantes.

À présent régnent calme et obscurité.

Au cinéma, sur l’écran lumineux, s’agitent des silhouettes humaines, jouant une histoire faite de tristesse de la séparation et de joie des retrouvailles. Au théâtre, sur la scène brillamment éclairée, des acteurs bien réels jouent des personnages imaginaires.

Ils s’entraînent sans relâche : voudraient-ils s’arrêter qu’ils ne le pourraient pas. En effet, si elle s’arrêtait, elle s’épaissirait encore davantage, et lui n’ose pas prendre la moindre once de graisse, car s’il s’étoffe en largeur, il paraîtra encore plus petit. Ils en sont donc réduits à s’entraîner durement.

En réalité, cela n’est pas si pénible, c’est même plutôt plaisant. Elle a tant grossi qu’aucun vêtement ne lui va et qu’elle se sent gauche et mal à l’aise dans tout ce qu’elle fait. Elle n’est en harmonie avec elle-même que lorsqu’elle a ôté un à un tous ses vêtements, ne gardant que son maillot de danseuse. Quand elle enchaîne des mouvements qu’elle ne fait pas dans la vie courante, elle sent monter en elle une sensation de bien-être. Se regardant sur toutes les faces dans le miroir, elle songe qu’il est vraiment injuste de la trouver laide et gauche. Telles des perles, les gouttes de sueur roulent sur sa peau satinée. Sa chevelure trempée de sueur colle sur son long cou épais. Ses cheveux, plantés bas sur la nuque, descendent presque jusqu’en haut de son dos. Ils bouclent en séchant, si bien que, vue de profil dans le soleil, elle a l’air d’un mouton. Quant à lui, c’est seulement en collant d’entraînement qu’il a l’air un peu élancé. D’ailleurs, quand on possède une telle maîtrise des arts martiaux, une petite taille n’a plus aucune importance. Lorsqu’il exécute des figures de