Berceuse - Tome 2

Amanda Hocking · Chapitre 10 sur 34

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Berceuse - Tome 2

CHAPITRE 10 - Chant de sirènes

CHAPITRE 10

 

Chant de sirènes

 

D epuis qu’elle avait nagé la veille, Gemma se sentait revigorée. Après

qu’elle ait surmonté son sentiment de culpabilité sur le fait de goûter à cette

expérience, elle se sentit assez bien. Penn ne lui avait pas tellement parlé

après cela, et cela convenait très bien à Gemma.

Penn avait passé la majeure partie de la veille dans sa chambre avec

Sawyer, faisant toutes sortes de sons que Gemma croyait seulement

entendre dans la porno. Puis, Penn s’était levée tôt ce matin et avait déclaré

qu’elle et Lexi iraient une nouvelle fois faire les boutiques, laissant encore

Thea responsable de Gemma et Sawyer.

Gemma ne se sentait pas encore à son meilleur, mais la mélodie de l’eau

l’importunait à peine, et ses frissons et sueurs nocturnes avaient disparu.

Alors, elle décida d’en profiter. Elle mit son bikini et alla sur le balcon pour

s’étendre au soleil. C’était une journée magnifique, et elle voulait la

savourer.

Le problème était que Gemma ne s’était jamais réellement allongée au

soleil. Elle était toujours bronzée, mais c’était parce qu’elle passait

beaucoup de temps à la baie. Il ne fallut pas longtemps avant qu’elle

abandonne ; elle ne pouvait simplement pas demeurer immobile aussi

longtemps.

Le balcon à l’extérieur de sa chambre se tenait à environ six mètres au-

dessus du sol. Les plafonds du rez-de-chaussée étaient hauts, mettant les

balcons exceptionnellement hauts. Une balustrade de barres horizontales,

peinte en blanc, évidemment, courrait autour pour empêcher quiconque

d’accidentellement passer par-dessus.

Gemma s’avança sur le bord et s’assit, laissant pendre ses jambes de

l’autre côté, et déposa les bras sur la barre la plus basse. Elle fixa l’océan et balança les jambes.

— Je vois que tu te sens mieux, lança Thea du balcon voisin du sien.

Chacune des cinq chambres faisant face à l’océan avait son balcon, et la

chambre de Thea était la plus proche de celle de Gemma.

— Beaucoup mieux, admit Gemma.

— C’est l’océan qui fait ça, tu sais, poursuivit Thea. Il y a quelque chose

dans la transformation qui guérit toutes tes douleurs.

— Ouais, j’avais compris ça.

— Si tu nages chaque jour, tu gagnes du temps, dit Thea. Ça empêche ton

corps de complètement se désagréger. Mais éventuellement, tu devras

manger.

Elle marqua une pause, passant une main dans ses cheveux.

— Mais si tu veux reporter ça, alors je te suggère de te baigner aussi

souvent que tu peux.

— Merci, dit Gemma, réellement surprise que Thea lui offre des conseils.

Thea ne répondit rien. Elle demeura dehors encore un moment, puis se

tourna et retourna à l’intérieur de la maison.

Gemma savait qu’elle devait suivre le conseil de Thea, mais elle ne le

voulait pas maintenant. Elle se sentait bien, du moins ce qui ressemblait le

plus à bien depuis qu’elle était arrivée ici. Elle avait ressenti tant de douleur

dernièrement que la seule absence de douleur était merveilleuse.

Elle était sur le point de se lever et d’aller nager quand Sawyer arriva en

flânant sur le balcon. Il avait ôté son chandail aujourd’hui, décidant de se

promener en pantalon à cordons. Cela ne gêna pas réellement Gemma. Son

cœur appartenait peut-être à Alex, mais elle n’était pas aveugle.

— Est-ce que je peux me joindre à toi ? demanda Sawyer.

Gemma haussa les épaules.

— C’est ta maison. Tu peux faire ce que tu veux.

— Est-ce que c’est ma maison ?

Sawyer avait l’air perplexe alors qu’il s’assit près de Gemma, laissant

pendre ses jambes par-dessus le bord du balcon.

— Ouais, c’est ta maison.

Gemma lui lançant un regard étrange.

— Du moins, c’est ce que tu m’as dit l’autre jour.

— C’est vrai, c’est vrai.

Il secoua la tête, comme pour éclaircir ses idées.

— Bien sûr. C’est ma maison.

Il s’appuya contre la balustrade, déposant le menton dans ses bras.

— C’est juste que dernièrement, ça semble être davantage la maison de

Penn.

— Ouais, je comprends, dit-elle.

Il soupira, et elle se tourna vers lui.

— Est-ce que tu tiens à elle ?

— Penn ? demanda Sawyer, puis il hocha rapidement la tête. Oui.

Évidemment que je tiens à elle. Je suis fou d’elle. Je ne pense pas pouvoir

vivre sans elle.

— Pourquoi ? lui demanda directement Gemma.

— Parce que…

Il plissa le front, ayant apparemment l’air de trouver difficile une seule

raison.

— Je me sens anxieux quand elle n’est pas là, comme si je n’arrivais pas à

me mettre à l’aise.

Gemma savait que Sawyer ne tenait pas réellement à Penn, du moins pas

autant qu’il le montrait. Mais elle pensa qu’il avait au moins invoqué la

beauté ou la voix de Penn comme raison pour lui être aussi dévoué.

Elle se demanda ce que cette absence de raisonnement signifiait. Peut-être

que Sawyer n’aimait pas du tout Penn. Si Penn retirait le chant des sirènes, il la détesterait peut-être. Mais Gemma n’allait probablement jamais savoir

ce qu’il ressentait vraiment pour Penn.

— Je sais que je l’aime, finit par dire Sawyer. Mais quand j’essaie de

penser à une raison, c’est le brouillard. Tout ce que je peux entendre, c’est

sa chanson.

— Si tu essaies de réfléchir, sa chanson engloutit tout ? demanda Gemma.

— Ouais, en quelque sorte.

Il hocha la tête.

— Parfois, c’est celle de Lexi aussi, mais habituellement, c’est celle de

Penn. Elle chante beaucoup pour moi. Je ne crois pas qu’elle aime ça quand

Lexi le fait.

— Pourquoi dis-tu ça ? questionna Gemma.

— Elle me dit tout le temps de ne pas écouter la chanson de Lexi,

expliqua-t-il. Et c’est vraiment difficile à faire, car sa chanson est la plus

belle que j’ai entendue.

— Ouais, je suis d’accord.

Le chant de Lexi n’avait plus le même pouvoir sur Gemma qu’il avait

déjà eu. Elle se sentait encore contrainte de chanter avec elle, mais elle ne

ressentait aucun besoin de donner des ordres ou de participer à celles des

sirènes. Tout de même, la voix de Lexi était la plus jolie que Gemma n’avait

entendue.

— Crois-tu…

Le visage de Sawyer se crispa, comme s’il ressentait de la douleur.

— Est-ce que Penn m’aime ?

Gemma fut surprise qu’il lui posât même la question et ne sut pas quoi

répondre. Elle considéra brièvement lui mentir, lui disant des choses qu’elle

crut qu’il voulut entendre, mais elle n’en vit pas l’intérêt.

— Que t’a-t-elle dit ? lui demanda Gemma, évitant prudemment de lui

répondre directement.

— Quand je lui dis que je l’aime, habituellement, elle éclate de rire,

répondit Sawyer. Elle ne me dit pas exactement ce qu’elle ressent pour moi.

Elle me crie beaucoup dessus et me dit que je suis un idiot.

— Non, Penn ne t’aime pas, lui dit Gemma. Elle ne fait que se servir de

toi. Je ne sais même pas si elle t’apprécie.

Elle se tourna vers lui, afin d’observer sa réaction. Ses yeux bleus

demeurèrent fixés sur l’océan, et il sembla chagriné, mais pas surpris.

— Ouais. C’est ce que je croyais.

Et sa voix sembla déçue, mais davantage que du manque d’affection de

Penn.

— Elle t’a jeté un sort, fit Gemma, essayant d’amoindrir sa peine. Elle est

une sirène et elle a utilisé ses chansons pour te faire croire que tu ressentais

quelque chose pour elle. Mais ce n’est pas vrai.

— Non, dit rapidement Sawyer. Non, ce n’est pas vrai. Je l’aime

véritablement. Ce n’est pas un sort.

— Eh bien, tu peux croire ce que tu veux, mais c’est un sort.

Elle se retourna vers l’eau.

— Tu crois réellement que Penn est une sirène ? lui demanda Sawyer.

— Ouais.

— Lexi et Thea aussi ?

— Ouais.

Il réfléchit à la question, puis demanda :

— Qu’est-ce qu’une sirène ?

— Une sirène est un genre de femme-poisson, mais elles peuvent

enchanter les gens grâce à leur voix, d’ordinaire les hommes, répondit

Gemma.

L’explication était plus longue, mais elle ne crut pas que Sawyer devait

connaître tous les détails. La version abrégée ferait l’affaire.

— Oh, dit-il. Es-tu une sirène ?

— Ouais, je suis une sirène, lâcha Gemma, sa voix emplie de regret.

— Mais tu n’es pas comme les autres.

— Parce que je ne suis pas aussi jolie ?

— Non, non, vous êtes toutes jolies.

Il fit un geste, afin d’écarter l’idée.

— Mais quand je suis près de toi, je peux réfléchir. Tu me donnes une

sensation différente.

— Une sensation différente ?

Gemma souleva un sourcil.

— Tu ne m’as jamais touchée.

— Non, pas une sensation physique. La manière que… tu es, je suppose,

expliqua Sawyer. Ta présence quand tu arrives dans une pièce. Tu sembles

réelle. Les autres filles, elles me donnent la sensation d’être un rêve que j’ai

fait la nuit. Ou parfois un cauchemar. Et je ne sais pas pourquoi tu dis que

tu n’es pas jolie, ajouta Sawyer. Tu es aussi belle qu’elles, peut-être même

plus, quand tu souris.

Gemma sourit.

— Merci.

— Si ça ne fonctionne pas entre Penn et moi, penses-tu que nous

pourrions sortir ensemble ? demanda Sawyer.

— Toi et moi ?

Gemma rit.

— Non, je ne crois pas.

— Pourquoi pas ? s’enquit Sawyer. As-tu un petit ami ?

Elle continua à sourire, mais cela devint douloureux. Gemma avait essayé

de ne pas trop penser à Alex, puisque cela ne lui ferait aucun bien, et son

cœur se serrait un peu chaque fois qu’elle le faisait.

— Ouais, dit-elle laconiquement. J’ai un petit ami.

— Alors, pourquoi n’est-il pas ici ? demanda Sawyer. Je ne crois pas que

je pourrais tolérer d’être éloigné de toi, si j’étais ton petit ami.

— Il, euh…

Gemma s’humecta les lèvres et baissa les yeux vers la plage sous elle.

— Il a dû rester à la maison. Il y est plus en sécurité.

— Oh. Tu veux dire à cause de Penn ?

— Ouais.

Elle hocha la tête.

— À cause de Penn.

— Est-ce que tu l’aimes ? voulut savoir Sawyer.

— Ouais, je l’aime.

Gemma rit à nouveau, mais cette fois, pour s’empêcher de pleurer.

— Je l’aime tellement.

— Est-ce qu’il t’aime ? demanda Sawyer.

Gemma pensa au dernier baiser qu’elle avait partagé avec Alex dans la

cabane avant qu’elle parte avec les sirènes. Il avait paru réel et vrai, la

traversant comme l’électricité. Penn avait soutenu qu’Alex ne pourrait plus

l’aimer maintenant qu’elle était une sirène, mais Gemma connaissait Alex,

et il ne pouvait pas simuler ce qu’il ressentait pour elle.

— Ouais, répondit enfin Gemma, des larmes plein les yeux. Je crois que

oui.

Elle renifla.

— Désolée d’être aussi émotive.

— Ça va. De toute façon, je ne vais probablement pas me souvenir de

cette conversation, dit Sawyer, faisant preuve d’une étonnante conscience

de soi.

Gemma s’essuya les yeux et le regarda.

— Que veux-tu dire ?

— Je n’arrive plus à me souvenir de grand-chose, maintenant.

Il secoua la tête.

— Tout est un brouillard d’images.

— Je suis désolée, dit-elle tristement. Pour tout ceci. Je suis désolée que

les sirènes te fassent ça. Tu sembles être quelqu’un de gentil. Tu mérites

mieux.

— Je ne sais pas. Je ne suis pas désolé. C’est plaisant.

Il sourit, mais le sourire sembla triste.

— Il y a quatre belles filles dans ma maison, et je suis amoureux de Penn.

Certaines choses sont étranges, et ma mémoire n’est pas fameuse, mais

c’est quand même… plaisant.

— J’espère que c’est vrai, dit Gemma.

Sawyer poussa un long soupir.

— Moi aussi.

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