Berceuse - Tome 2

Amanda Hocking · Chapitre 3 sur 34

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Berceuse - Tome 2

CHAPITRE 3 - Révélations

CHAPITRE 3

 

Révélations

 

M ême si tous les trois avaient passé la journée entière à fouiller les livres

de mythologie, ils n’avaient pas réussi à découvrir grand-chose sur la

manière d’aider Gemma. Mais quand Harper revint à la maison après son

travail, elle se sentait mieux que depuis la nuit où Gemma était partie.

Il était rassurant d’avoir Alex et Marcy à ses côtés pour chercher, même si

Marcy n’était pas d’une si grande aide. Harper n’était pas seule, et cela

rendait le sauvetage de Gemma davantage possible.

Ce sentiment d’espoir s’évapora l’instant où Harper entra par la porte

avant et vit son père.

Brian se tenait au centre du salon. Il avait l’air de venir d’entrer dans la

pièce, puis d’avoir oublié où il allait ou pourquoi, alors il s’était simplement

arrêté. Il ne s’était pas rasé ce matin, il avait des poches sous les yeux, et sa

peau avait le teint terreux.

— Allô, papa, dit Harper en fermant doucement derrière elle la porte

avant.

Il leva les yeux vers elle avec un semblant de sourire sur les lèvres.

— Allô, ma chérie.

— Tu n’es pas allé au travail aujourd’hui ? lui demanda Harper.

Quand elle était partie pour son travail ce matin, il était encore à la

maison, mais Harper avait espéré qu’il s’y rendrait. Il ne lui restait plus de

congé payé, et toute la famille aurait de très gros ennuis, s’il perdait son

travail. Non seulement il était le soutien de la famille, mais son assurance

maladie aidait à garder la mère de Harper en résidence.

— J’ai pensé qu’elle allait peut-être rentrer à la maison, dit Brian, sa voix

normalement chaude devenue rocailleuse d’épuisement et de chagrin.

— As-tu mangé aujourd’hui ? demanda Harper en passant devant son père

vers la cuisine. Je peux te préparer quelque chose.

— Je n’ai pas faim, répondit Brian.

— Allez, papa. Je vais te préparer quelque chose.

Harper se rendit dans la cuisine et ouvrit le frigo. Elle sortit des viandes

froides et de la mayonnaise. Quand elle commença à lui préparer un

sandwich, Brian s’était traîné jusqu’à la cuisine et s’était assis à la table.

— As-tu eu de ses nouvelles ? demanda-t-il.

— Non.

Elle étala la mayonnaise sur le pain et évita de le regarder pendant qu’elle

parlait.

— Tu sais que je te l’aurais dit, si j’en avais eu.

— Je ne comprends simplement pas pourquoi elle s’est enfuie, dit-il, une

frustration maintenant familière s’emparant de lui. Il y avait tant de choses

qu’elle voulait faire. Et elle fréquentait même Alex. Pourquoi vouloir partir

? Même si elle était en colère contre moi.

— Elle n’était pas en colère contre toi, le rassura Harper.

Elle mit le sandwich dans une assiette, puis le déposa devant son père,

toujours sans réellement le regarder.

— Tu sais que ce n’est pas à cause de toi.

— Mais ça n’a aucun sens ! insista Brian. J’ai téléphoné à son entraîneur

de natation aujourd’hui, et il a dit que ses temps étaient incroyables

dernièrement. Elle a travaillé tellement fort pour ça. Pourquoi tout laisser

tomber pour s’enfuir avec de stupides filles ?

— Elle a seize ans, papa.

Harper se rendit à l’évier pour rincer les quelques morceaux de vaisselle

qui s’étaient accumulés, juste pour avoir quelque chose à faire.

— Les adolescents sont imprévisibles.

— Mais pas vous deux, dit Brian, parlant plus fort pour être entendu par-

dessus l’eau qui coulait. Gemma est peut-être obstinée, mais j’ai toujours su

à quoi m’attendre avec elle. C’est comme si durant la dernière semaine, elle

s’était transformée en quelque chose d’autre.

Harper laissa accidentellement tomber une assiette, qui se fracassa

bruyamment dans l’évier.

— Et le moment ne pourrait pas être plus mal choisi, poursuivit Brian.

Avec ce tueur en liberté qui pourchasse les adolescents.

Il prit une respiration laborieuse.

— Quelque chose lui est arrivé, Harper.

— C’était tous des garçons, fit Harper, essayant d’interrompre le fil de ses

pensées. Et j’ai vu Gemma partir. Elle m’a dit qu’elle s’enfuyait. Elle va

bien.

— Elle ne va pas bien ! cria Brian.

Harper s’appuya contre l’évier et ferma les yeux. Pendant un moment,

tout ce qu’elle put faire fut de respirer profondément pour s’empêcher de

péter un plomb. Ses mains tremblèrent, et elle voulut pleurer. Elle devait

convaincre son père que tout allait bien, alors qu’en réalité, elle n’avait

aucune idée si Gemma allait bien ou s’ils allaient la revoir un jour.

— Je suis allé voir les policiers aujourd’hui, dit Brian, sa voix redevenue

plus calme.

— Ah oui ? demanda prudemment Harper. Qu’est-ce qu’ils ont dit ?

— Ils la recherchent, répondit-il. Ils ne donnent pas la priorité aux fugues

d’adolescents. Avec tout ce qui se passe en ce moment, ils vont faire ce

qu’ils peuvent.

— C’est bien.

Harper avait terminé la vaisselle, mais elle laissa l’eau couler, préférant ce

son qui noyait le silence et la tension de la pièce.

— Harper, arrête l’eau, dit Brian. Je dois te dire quelque chose.

Elle ferma le robinet, mais saisit un torchon pour essuyer le comptoir,

essayant encore de s’occuper.

— Harper. Assois-toi. Je dois te parler.

— Juste un instant, papa, dit Harper en frottant une tâche inexistante sur

le comptoir.

— Harper, lâcha Brian, avec une fermeté dans la voix qui fit tressaillir

Harper.

Elle plaça le torchon sur l’évier, puis s’approcha de la table et s’assit en

face de lui. Tout ce temps, elle garda les yeux baissés, craignant sa propre

réaction si elle le regardait directement.

À voir son père aussi défait, elle était terrifiée à l’idée qu’elle pourrait tout

lui raconter. Mais elle ne pouvait pas lui parler des sirènes ou de ce qui était

réellement arrivé à Gemma, et pas uniquement parce qu’il la croirait folle.

En fait, cela aurait été préférable que s’il la croyait. S’il apprenait que

Gemma était une sirène, qu’elle s’était enfuie avec de véritables monstres, il

perdrait la raison en essayant de la protéger, et Harper ne pouvait pas

endurer cette pensée.

— J’ai de mauvaises nouvelles, dit Brian gravement.

Il tendit la main par-dessus la table, voulant prendre celle de Harper, mais

elle ne voulut pas la lui tendre.

— Quand j’étais au poste de police, j’ai découvert quelque chose.

Elle déglutit, avalant l’acide douloureux dans son estomac qui voulait

monter. Elle n’était pas certaine de ce que Brian avait pu découvrir d’autre.

Et elle n’était pas certaine de pouvoir supporter d’autres mauvaises

nouvelles.

— Je ne sais pas comment te dire ça, mais…

Il fit une pause, tentant de trouver les mots.

— Bernie McAllister a été tué.

Et en une horrible poussée, tout lui revint, retirant tout l’air de ses

poumons et faisant des nœuds dans son estomac.

Harper avait réussi à oublier jusqu’à maintenant. Mais cela n’était pas tout

à fait juste non plus. Elle n’avait pas oublié. Il était impossible d’oublier la

mort d’une personne qui avait été aussi importante pour elle.

Son esprit avait refoulé ce souvenir, lui offrant quelques heures paisibles

supplémentaires où elle n’eut pas besoin d’y penser. Mais maintenant, tout

était revenu, l’image de son corps éviscéré à travers les arbres à l’extérieur

de sa cabane.

Bernie était l’une des personnes les plus gentilles qu’elle connaissait, un

doux vieux monsieur avec un léger accent britannique. Il avait aidé à

prendre soin de Harper et de Gemma après que leur mère se soit blessée

dans l’accident de voiture.

Puis, les sirènes l’avaient tué, vidé comme un poisson et le laissant pourrir

alors qu’elles dansaient, chantaient et démolissaient sa maison à la

recherche d’objets de valeur. Le pire était qu’il leur aurait volontiers donné

tout ce qu’elles auraient voulu, et non parce que les sirènes lui auraient jeté

un sort, mais parce que Bernie voulait aider tout le monde.

— Je suis tellement désolée, mon ange, dit Brian, sa propre voix emplie

de chagrin. Je sais à quel point tu l’aimais.

Harper plaqua une main sur sa bouche alors que des larmes silencieuses se

mettaient à glisser sur ses joues. Avec les images de son corps brûlant son

esprit, elle prit conscience qu’elle devait dire quelque chose. Son père ne

savait pas qu’elle savait déjà que Bernie était mort. Il ne devait pas le

savoir.

— Comment…, fit Harper d’une voix rauque, à peine capable de sortir ce

mot à cause de la boule bloquant sa gorge.

— Ils ne savent pas encore, dit Brian, mais il baissa les yeux en parlant.

Harper eut le sentiment que les policiers lui en avaient dit plus que ce

qu’il lui disait à elle. Pendant une fraction de seconde, elle les détesta pour

cela. Brian n’avait pas besoin de connaître les détails. Tout le monde devait

être épargné d’images horribles, si cela était possible.

— Ils ont trouvé sa maison saccagée, poursuivit Brian. Ils pensent que ce

serait un cambriolage ayant mal tourné.

Harper se demanda s’il y avait un peu de vérité dans tout cela. Est-ce que

les sirènes y étaient allées pour le voler et qu’il n’avait été qu’une victime ?

Ou est-ce que son meurtre était leur premier but et que le vol était survenu

après ?

— Il avait un rendez-vous chez le médecin en ville hier. Comme il ne s’y

est pas présenté, le médecin a envoyé les policiers pour vérifier. Avec un

homme de l’âge de Bernie vivant seul, le médecin était prudent. Mais

personne ne s’attendait à le trouver tué.

— Est-ce qu’ils ont des suspects ? s’entendit demander Harper.

Ses mains tremblaient, alors elle les déposa sur ses genoux, les serrant,

afin d’éloigner le tremblement.

— Pas encore, admit Brian. Mais ils cherchent.

Il fit une pause.

— Ils pensent qu’il s’agit peut-être de la même personne qui a tué ces

garçons.

Harper, hébétée, hocha la tête, sachant très bien que les mêmes monstres

ayant tué Luke Benfield et les deux autres adolescents avaient aussi tué

Bernie.

— Au moins, tu venais de passer du temps avec Bernie, dit son père,

essayant de changer le sujet et de mettre un peu de positif dans tout cela.

Le samedi précédent, à peine quelques jours plus tôt, Harper et Brian

avaient passé l’après-midi sur l’île de Bernie, prenant de ses nouvelles et

admirant son potager. Elle savait qu’elle aurait dû trouver du réconfort dans cela, un dernier bon souvenir avec un vieil ami, mais le réconfort n’était pas

possible pour elle.

— Je sais que ça fait beaucoup, dit Brian. Est-ce que tu tiens le coup ?

— Ouais, lâcha Harper de manière peu convaincante.

Heureusement, avant que son père puisse lui poser d’autres questions sur

comment elle allait, son téléphone se mit à sonner dans sa poche. Comme

elle fouillait sa poche pour le sortir, son cœur accéléra dans l’espoir qu’il

s’agisse de Gemma, puis elle vit le numéro. Ce n’était que Daniel.

Elle fixa l’écran et se demanda si elle devait ou non répondre. Une partie

d’elle le voulait vraiment. Et si elle était honnête avec elle-même, il aurait

été rudement bon d’entendre sa voix, même si elle ne cherchait pas

désespérément une épaule sur laquelle pleurer.

Mais sa partie logique l’emporta, et elle ignora l’appel. Il savait peut-être

quelque chose concernant Gemma, mais Harper craignit de ne pas pouvoir

se contenir devant son père, si Daniel lui disait quelque chose au sujet de sa

sœur.

Si Daniel avait découvert quelque chose, il laisserait un message, et

Harper le vérifierait la seconde où elle ne serait plus dans le champ de

vision de Brian. Et si Daniel n’avait rien découvert, ne pas répondre

épargnait à Harper le fait d’avoir une conversation avec lui. Elle ne pouvait

être distraite par lui en ce moment.

— Qui était-ce ? s’enquit Brian, sa voix s’illuminant à la chance que ce

fut peut-être au sujet de Gemma.

— Ce n’était que, euh, Marcy, du travail.

Harper se leva brusquement et enfouit son téléphone dans sa poche.

— Désolée, papa, je ne me sens pas très bien. Je crois que je vais aller

m’étendre.

Brian voulut dire quelque chose, mais Harper s’éloignait déjà, se pressant

vers l’étage. Mais elle n’alla pas à sa chambre. Elle se rendit dans la salle de bain, arrivant juste à temps à la toilette pour y vomir.

Quand elle eut terminé, elle s’assit sur les carreaux froids et posa sa tête

contre le mur. Elle ressortit son téléphone et vérifia sa boîte vocale,

simplement pour vérifier si Daniel avait laissé un message, ce qui n’était

pas le cas. Harper fit rapidement défiler la liste de ses contacts à la

recherche du numéro d’Alex.

— Allô ? répondit Alex.

— Nous devons trouver Gemma, dit Harper.

— Ouais, je sais.

— Non.

Harper secoua la tête, comme s’il put la voir.

— Ce que je veux dire, c’est que je me fous de ce qu’elle est ou de ce que

sont ces filles. J’en ai terminé des recherches. Nous devons la trouver elle.

Alex poussa un soupir de soulagement.

— Je me disais la même chose. Nous devons la trouver et la ramener par

tous les moyens nécessaires.

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