Berceuse - Tome 2

Amanda Hocking · Chapitre 29 sur 34

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Berceuse - Tome 2

CHAPITRE 29 - Instincts

CHAPITRE 29

 

Instincts

 

G emma avait pensé à la possibilité de traîner au rez-de-chaussée avec son

père. Elle aimait assez Indiana Jones et elle essayait de passer du temps

avec Brian pendant qu’elle le pouvait. Contrairement à Harper et Alex, elle

n’était pas convaincue qu’il existait une issue pour elle.

Ce n’était pas qu’elle n’était pas prête à essayer. Elle n’avait simplement

pas de grands espoirs.

En même temps, elle voulait passer du temps seule. Entre sa cohabitation

avec les sirènes et le fait d’être surveillée constamment depuis qu’elle était

rentrée à la maison, Gemma avait l’impression de ne pas avoir eu de temps

seule pour mettre de l’ordre dans ses idées.

Gemma ne dormait pas bien non plus, pas seulement à cause des

cauchemars concernant Jason ou de la mélodie de l’eau la tourmentant,

mais parce qu’elle se trouvait si éloignée des autres sirènes.

Hier, Alex lui avait dit qu’il l’aimait, et même si cela la ravissait

infiniment, cela soulevait une nouvelle question. Comment était-ce possible

? Les sirènes lui avaient dit à maintes reprises que ce n’était pas possible,

que personne ne pouvait véritablement aimer une sirène, mais Alex

l’aimait.

Il n’y avait aucun doute dans son esprit qu’il l’aimait. Alex ne pouvait pas

mentir de manière aussi convaincante, et quand ils étaient ensemble, il

agissait comme une personne normale. Elle avait passé suffisamment de

temps auprès de Sawyer pour comprendre comment un garçon agissait

quand il se trouvait sous l’emprise d’une sirène.

Alex n’agissait absolument pas ainsi. Il était lucide. Quand il avait dit à

Gemma qu’il l’aimait, il le pensait.

Elle s’était réveillée ce matin en espérant que la malédiction était brisée.

Mais évidemment, ce n’était pas aussi simple. Elle était encore une sirène,

peu importe les sentiments d’Alex envers elle.

Alors, de deux choses l’une, soit que les sirènes lui avaient menti, soit

qu’elles avaient tort sur le fait que les humains puissent aimer les sirènes.

Elles pouvaient lui mentir. Cela ressemblait à quelque chose que Penn

pourrait faire. Mais Thea semblait aussi convaincue qu’il était impossible

pour les sirènes d’être véritablement aimées, et Gemma en était venue à

faire confiance à Thea. Elle doutait que Thea lui mente pour le simple

plaisir.

Alors, Gemma avait tendance à croire qu’elles avaient tort. Et si elles

avaient tort à ce sujet, sur une chose qu’elles considéraient être une partie

cruciale de la malédiction, sur quel autre sujet avaient-elles tort ?

Gemma avait voulu discuter de cela avec Harper, mais elle n’avait pas eu

le temps. Quand Gemma était revenue de sa visite à Nathalie, Brian avait

passé le reste de la journée avec elle, alors elle n’avait pas pu en parler avec

Harper.

Et aujourd’hui, Harper avait été si occupée à se préparer pour sa sortie que

Gemma n’avait pas voulu gâcher cela. Elle pourrait lui en parler demain. En

outre, il ferait sûrement un grand bien à Gemma de se détendre et de ne pas

s’inquiéter au sujet de malédictions et de sirènes pendant un moment.

Elle déroba le livre électronique de Harper et décida de se vautrer sur son

lit. Les goûts de lectures de Harper et Gemma étaient énormément

différents, alors elle passa le plus clair de son temps à fouiller à travers le

livre et à rejeter les choix.

Harper était abonnée au magazine Spin**, et Gemma le parcourut. Elle

était allongée sur le dos, une jambe croisée sur le genou, chantonnant pour

elle-même et lisant au sujet de Florence and the Machine.

Puis, soudainement, cela la frappa. C’était comme si quelqu’un l’avait

frappée en plein ventre et expulsé tout l’air de ses poumons.

Elle s’assit dans son lit. Avec une absolue certitude, elle dit « Elles sont

ici. »

Elle sauta de son lit, et son esprit se mit à cavaler, tentant de trouver ce

qu’elle devait faire. Les sirènes n’étaient pas ici dans sa maison, mais

Gemma sut qu’elles étaient de retour à Capri. Et ce n’était pas à cause de

son lien avec les sirènes, même si cela renforça sa conviction et sa

connaissance.

C’était parce que Harper le savait. Il n’y avait pas d’autre façon de

l’expliquer. Quand Harper avait de graves ennuis, elle pouvait le ressentir,

de la même manière que Harper savait quand Gemma avait de graves

ennuis. C’était probablement ainsi que Harper avait été en mesure de savoir

que Gemma habitait dans la maison de bord de plage de Sawyer.

Il y avait une sorte de lien entre elles, et il était là depuis aussi longtemps

que Gemma pouvait se souvenir. Que ce soit une intuition intense ou un lien

psychique, Gemma ne le savait pas et s’en fichait. Mais elle le ressentit plus

fortement que jamais, peut-être parce qu’elle était une sirène maintenant et

que cela avait intensifié tout lien surnaturel qu’elle avait déjà. Elle savait

seulement qu’elle devait faire confiance à ce sentiment et qu’en ce moment,

il lui disait que Harper avait découvert les sirènes. Si elle n’était pas

immédiatement en danger, elle le serait très prochainement.

Quand Gemma s’était enfuie de la maison, elle avait laissé son portable, et

Brian avait menacé de l’annuler, quand elle était revenue. Heureusement, il

ne l’avait pas encore fait, et Gemma le saisit. Elle appela Harper, mais elle

tomba directement dans sa boite vocale.

Cela ne voulait pas nécessairement dire quelque chose. Il commençait à

faire noir, et le feu d’artifice devait être sur le point de commencer. Il devait y avoir tant de bruit sur la plage que Harper n’avait pas entendu son

portable.

Mais Gemma devait faire quelque chose. Elle devait se faufiler hors de la

maison sans que Brian l’en empêche.

Cela fut plus facile qu’elle crut. Il avait bu quelques bières aujourd’hui et

somnolait dans son fauteuil dans le salon devant la télévision. Il allait

probablement se réveiller quand le feu d’artifice commencerait, et à ce

moment, il remarquerait que Gemma n’était plus là.

Mais en vérité, cela ne l’inquiétait pas pour le moment. Elle devait juste

sortir de la maison.

Elle descendit silencieusement l’escalier, puis se pressa à travers la

cuisine et franchit la porte arrière. Elle venait à peine de sortir lorsque Alex

se précipita par la porte arrière de sa maison, et Gemma jura entre ses dents.

— Que fais-tu ? demanda Alex. Où vas-tu ?

— Les sirènes sont là, lui dit Gemma.

— Où ?

Il tourna sur lui-même, comme s’il s’attendait à ce qu’elles soient

dissimulées derrière lui.

— Je ne sais pas. Je crois peut-être à la baie, répondit Gemma. Harper est

là avec Daniel en train de regarder le feu d’artifice, et je dois me rendre

jusqu’à elle.

— Attends. Pardon ? demanda Alex. Ne devrions-nous pas nous éloigner

des sirènes, et non nous approcher d’elles ? C’est dangereux pour toi d’être

près d’elles.

— Non, je dois leur faire face, fit Gemma. Mais tout d’abord, je dois

trouver Harper.

— Et que va-t-il se produire, quand tu rencontreras les sirènes ? voulut

savoir Alex.

— Je dois les arrêter, expliqua Gemma. Je ne peux plus les laisser faire du

mal à qui que ce soit. Je vais trouver Harper, puis une manière de les

chasser.

Gemma n’était pas entièrement persuadée d’arriver à s’en tirer, mais elle

ferait tout ce qu’elle pourrait. Elle allait combattre les sirènes et les amener

à la laisser, elle et sa famille, tranquille, ou alors elle mourrait à essayer.

— D’accord, dit Alex. Mais je viens avec toi.

— Alex.

Gemma grogna.

— Tu ne peux…

— Écoute, je ne te laisserai pas partir et être blessée, insista Alex. J’ai

mes bouchons d’oreille et je viens avec toi. Maintenant, veux-tu rester ici et

en discuter, ou veux-tu aller trouver ta sœur ?

Gemma ne voulait pas perdre davantage de temps à discuter, alors elle se

mit à courir vers la baie. Elle était beaucoup plus rapide qu’Alex, et il fit

son possible pour la suivre. Elle ralentit un peu, car elle ne voulait pas le

perdre de vue, mais elle voulait aussi atteindre la plage aussi vite que

possible.

Malheureusement, elle avait largement sous-estimé la foule de la baie.

Gemma s’était dit que les sirènes seraient proches de l’eau ou au moins

dans un endroit plus isolé. Elle doutait qu’elles fassent quoi que ce soit en

public, pas quand il y avait autant de témoins, alors elles les attireraient vers

où il y avait moins de monde.

Elle courut le long de la plage, le plus près possible des docks, là où la

foule était la plus clairsemée. Elle scruta les environs, mais ne vit ni Harper,

ni Daniel, ni les sirènes.

Puis, Gemma remarqua qu’elle ne voyait plus Alex non plus. Il était juste

derrière elle quelques secondes auparavant, mais quand elle avait foncé

dans la foule, elle avait dû le perdre.

— Merde.

Gemma se frotta le front et regretta de l’avoir amené. Faire tuer Alex en

tentant de protéger sa sœur n’était pas exactement une situation gagnante.

Elle se retourna vers les docks, essayant de trouver où chercher, quand

Sawyer se trouva juste derrière elle, si près qu’elle faillit presque le percuter

en se retournant.

— Sawyer ! haleta Gemma. Tu m’as fait peur.

— Bien.

Il sourit. Avant qu’elle puisse réagir, il la saisit, plaquant la main contre sa

bouche pour l’empêcher d’appeler à l’aide ou de chanter.

** N.d.T.: Spin est un magazine américain traitant de musique.

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