Berceuse - Tome 2

Amanda Hocking · Chapitre 5 sur 34

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Berceuse - Tome 2

CHAPITRE 5 - Recherche

CHAPITRE 5

 

Recherche

 

H arper et Brian avaient réellement laissé aller les tâches ménagères,

depuis le départ de Gemma. Leurs esprits avaient été occupés sur autres

choses, alors la maison était en désordre. Des journaux parsemaient le

salon, et des bouteilles vides de bières couvraient la table près du fauteuil

de Brian. Dans la petite buanderie près de la cuisine, un tas de vêtements

sales se répandait par la porte, mais cela s’accumulait avant le départ de

Gemma.

Observant la pagaille, Harper se mâchouilla la lèvre. Elle ne voulait pas

faire le ménage, et ce n’était pas par paresse. Cela semblait un sacrilège. Sa

sœur avait disparu, et elle n’avait pas le droit de reprendre une vie normale,

comme si rien n’était arrivé.

Le problème était que Harper ne savait pas à quel autre endroit chercher,

et la vie réelle ne s’arrêtait pas simplement parce que Gemma était partie.

Les ordures devaient encore être sorties. Le gazon devait encore être tondu.

Et son père devait encore se rendre au travail.

Harper était censée travailler, elle aussi, aujourd’hui, mais elle n’avait

réussi qu’à convaincre Brian de partir en acceptant de demeurer à la

maison. Au cas où Gemma revenait ou appelait, il insistait sur le fait que

quelqu’un devait être à la maison en tout temps.

Après que Brian fut enfin parti au travail ce matin, Harper avait attendu

nerveusement près de la porte avant. Il avait déjà manqué deux jours cette

semaine et arrivait en retard aujourd’hui. Elle craignait que son emploi ne

l’ait pas attendu. Mais comme après une heure il n’était pas revenu, elle

laissa échapper un soupir de soulagement et poursuivit sa journée.

La première partie de la journée, elle la passa à téléphoner toutes les

associations d’enfants disparus qu’elle put trouver. Mais aucune ne mit Gemma en priorité sur leur liste, à cause de son âge et parce qu’elle était

partie de son plein gré.

Après avoir épuisé toutes les associations, elle s’assit près du téléphone à

la table de la cuisine, essayant de penser à d’autres gens à téléphoner ou

d’autres endroits à fouiller. Mais elle ne trouva rien.

Harper et Gemma avaient vécu toute leur vie à Capri et elles n’avaient

aucun lien étroit avec personne n’y habitant pas. Leurs grands-parents

étaient décédés, et elles avaient une tante et quelques cousins vivant au

Canada, mais elles ne les connaissaient pas vraiment.

C’est à ce moment que Harper remarqua l’état de la maison et décida de

faire quelque chose. Il n’y avait vraiment rien d’autre qu’elle pouvait faire,

du moins rien qui pouvait l’aider au sujet de Gemma ou des sirènes, et elle

devait mettre son énergie nerveuse au travail. Elle ne pouvait pas rester là à

regarder le téléphone toute la journée, espérant qu’il sonne.

Alors, elle nettoya.

Harper commença par le lavage, puisqu’il débordait, puis poursuivit dans

le salon. Elle jeta les ordures, passa l’aspirateur, puis épousseta. Dans la

cuisine, elle frotta les planchers, nettoya le frigo et réarrangea les casseroles

et les chaudrons dans le placard.

Alex arriva peu de temps après que Harper eut décidé de s’attaquer au

sous-sol. Chaque Noël, quand ils montaient le sapin et les décorations,

Harper promettait de parcourir les vieilles boîtes, de se départir des objets

sans valeur et de mettre en ordre les souvenirs. Elle avait décidé

qu’aujourd’hui était enfin ce jour.

— Harper ?

Alex était à l’étage, appelant son nom. Selon les craquements de ses pas

au-dessus de sa tête, il se trouvait dans le salon.

— Je suis en bas ! cria Harper vers l’escalier du sous-sol, espérant qu’il

l’entendrait.

Elle était assise sur une vieille chaise longue, qu’elle avait dû voler à une

très grosse araignée à longues pattes. Quand la chaise avait été nettoyée de

ses toiles, elle s’y était assise avec une vieille boîte sur les genoux et avait

commencé à y fouiller.

Jusqu’à maintenant, le contenu de la boîte semblait composé de

documents et de dessins de l’époque où Harper et Gemma étaient enfants.

Tous les documents portaient l’écriture de leur mère, comme « Harper,

première année, sept ans » ou « Gemma, carte de fête des Mères, trois ans

», griffonnée au dos.

Cela expliquait aussi pourquoi la boîte ne contenait des items que

jusqu’au moment où Harper était en troisième et Gemma en première.

C’était l’année où Nathalie avait été victime d’un accident de voiture, et

même si Brian adorait ses filles, il n’avait jamais été aussi doué pour garder

des choses comme leur mère l’avait été.

Harper tira une photographie pliée et délavée par l’âge. Elle avait été

collée sur un morceau de papier cartonné rose découpé en forme d’un cœur

de travers. Des cursives peu soignées en haut annonçaient « ma famille » de

l’écriture de Gemma.

La photo les montrait tous les quatre, Brian, Nathalie, Harper et Gemma, à

la plage. Gemma et Harper portaient des maillots de bain assortis, mauve

avec des fleurs blanches et un frison dans le bas. Harper avait presque

oublié cette journée, mais c’était onze années plus tôt.

Ils avaient tous l’air heureux, même Gemma, qui ne voulait pas sortir de

l’eau pour la photographie. Nathalie avait dû la soudoyer d’un cornet de

glace.

— Harper ? lança Alex d’un ton incertain du haut de l’escalier du sous-

sol, ce qui la tira de ses pensées.

— Ouais.

Harper remit la photographie dans la boîte et la mit de côté.

— Désolé, je me suis permis d’entrer, fit Alex en descendant les marches.

J’ai frappé, mais tu n’as pas répondu.

— Non, ça va.

Harper se leva et épousseta la poussière de ses genoux. Les boîtes étaient

restées là pendant tellement longtemps qu’elles avaient amassé une bonne

quantité de saleté et de toiles d’araignée.

— Je n’ai pas dû t’entendre frapper.

Quand Alex arriva en bas de l’escalier, il jeta un regard circulaire dans le

sous-sol, lequel était faiblement éclairé par quelques ampoules pendant du

plafond. Il portait en bandoulière un sac de cuir brun pour ordinateur

portatif. Il le rajusta avant de tourner son attention vers Harper.

— Que fais-tu ici ? lui demanda-t-il.

— Un peu de ménage.

Elle s’était distraitement essuyé les yeux, lesquels avaient un peu enflé

pendant qu’elle fouillait dans la boîte.

— Il y a longtemps que je veux réorganiser cette pagaille.

— Je vois, dit Alex, même si cela n’avait pas l’air d’être le cas. En tout

cas, je suis venu parce que je voulais te montrer sur quoi j’ai travaillé toute

la matinée.

— Tu as travaillé sur quelque chose ? questionna Harper.

Quand ils s’étaient parlé la veille, aucun des deux n’avait réussi à trouver

un plan concret de ce qu’ils devaient faire pour Gemma. Le mieux qu’ils

avaient eu était que Harper fasse quelques appels. Alex avait offert son aide,

mais ils avaient convenu qu’il serait préférable si les appels provenaient

d’un membre de la famille plutôt que du petit ami de Gemma.

— Ouais, c’est sur mon ordinateur portatif.

Il tapota son sac à la hauteur de sa hanche.

— Si tu veux voir.

— Ouais, évidemment.

Alex chercha des yeux un endroit où s’asseoir. Il ignora la vieille chaise

longue qui était encore couverte de toiles d’araignée, même si Harper les

avait essuyées, et s’assit sur une marche de l’escalier. Puis, il sortit son

ordinateur portatif et l’installa sur ses cuisses.

— Je sais que tu as fait des appels, mais je voulais aussi faire quelque

chose, fit Alex alors que Harper s’approchait de lui.

Elle tenta de s’asseoir sur la marche près de lui, observant l’écran de son

ordinateur pendant qu’il exécuta quelques clics.

— Alors, je suis allé sur Internet.

En quelques secondes, une grande photographie de Gemma apparut,

emplissant presque l’écran. Elle souriait, ses longs cheveux ondoyants

chatoyaient dans les rayons du soleil. Harper avait pris cette photo quelques

semaines plus tôt lors de la dernière journée d’école.

— J’ai pris cette photographie de sa page Facebook, expliqua Alex.

Au-dessus de la photo de Gemma, était écrit, en grosses lettres, « Est-ce

que vous m’avez vue ? ». Alex descendit sous la photo, là où toute

l’information pertinente était énumérée, comme l’âge de Gemma, sa taille,

la dernière fois où elle avait été vue et l’adresse courriel

info@TrouverGemmaFisher.com.

— Qu’en penses-tu ? demanda Alex en regardant Harper avec espoir.

— C’est son propre site Web ? demanda Harper, évitant de répondre

immédiatement à sa question.

Il hocha la tête.

— Ouais, j’ai aussi joint quelques sites d’enfants disparus. Et j’ai aussi

monté une page Facebook.

Il tapota quelques autres touches, et la page Facebook surgit, montrant la

même photographie utilisée sur son site Web. Celle-ci portait le titre « Est-

ce que vous avez vu Gemma Fisher ? ».

— Quelques personnes ont déjà écrit sur le mur, remarqua Harper.

Elle s’avança, afin de lire les messages.

Les seules personnes ayant écrit sur le mur jusqu’à présent étaient des

filles avec qui Gemma était allée à l’école et son entraîneur de natation, et

tous partageaient le même sentiment : qu’ils n’avaient pas vu Gemma, mais

espéraient qu’elle rentrerait bientôt à la maison.

— Ouais, il n’y a pas encore de super tuyau, mais je viens de la lancer, dit

Alex. Il faudra un peu de temps pour qu’elle décolle.

— Tu crois que les gens vont écrire, s’ils la voient ? demanda Harper.

— Je ne sais pas, admit Alex. Mais j’espère que oui. Peut-être le feront-

ils.

Il soupira.

— Enfin, je ne sais pas où chercher ou quoi faire d’autre. De cette

manière, d’autres gens pourront nous aider.

— C’est vrai.

Harper s’appuya contre les marches.

— C’est vraiment bien, Alex. Je suis contente que tu y aies pensé.

— Peut-être qu’elle les verra, dit Alex, la voix plus basse, comme s’il se

parlait à lui-même. Peut-être que si elle se rend compte à quel point elle

nous manque, elle reviendra.

Harper se détourna de l’ordinateur et regarda directement Alex. Il avait

l’air inquiet et chagriné.

— Alex, elle n’est pas partie parce qu’elle ne tient pas à nous, dit

doucement Harper. Ou parce qu’elle ne pense pas que nous tenons à elle.

Il baissa les yeux. Quand il parla, sa voix parut tendue.

— Je sais. J’ai juste pensé… peut-être que si elle se rend compte à quel

point je tiens à elle…

— Alex.

Harper plaça la main dans son dos pour le réconforter.

— Ces sirènes ont fait quelque chose à Gemma. Tu ne l’as pas vue partir

parce que tu étais assommé, mais Gemma ne voulait pas partir avec elles.

Elles ont une emprise sur elle, et elle est partie pour nous protéger, nous

protéger toi et moi, parce qu’elle tient à nous.

— J’aurais dû faire plus, dit Alex, laissant aller sa frustration. Je suis son

petit ami. Je devrais l’aider.

— Et c’est ce que tu fais, dit Harper, puis se corrigea. Eh bien, tu fais tout

ce que tu peux.

— Ça ne me semble pas suffisant.

Elle émit une profonde respiration.

— Je sais. Je ressens la même chose. Mais c’est tout ce que nous pouvons

faire pour le moment. Alors, ça devra être suffisant.

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