Berceuse - Tome 2

Amanda Hocking · Chapitre 15 sur 34

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Berceuse - Tome 2

CHAPITRE 15 - Superstition

CHAPITRE 15

 

Superstition

 

L ’idée venait de Marcy, et Harper la trouvait idiote. Harper s’était

réveillée lundi matin avec une énergie et une détermination renouvelées de

retrouver Gemma. Elle était partie depuis déjà une semaine, et Harper

n’avait pas encore eu de nouvelles de sa part.

Avant de se rendre au travail, elle fit sa routine matinale d’appels à tout le

monde à qui elle pensait. Alex poursuivait sa fouille sur Internet, et pas

uniquement sur ses pages concernant TrouverGemmaFisher, mais aussi en

ratissant toute nouvelle histoire qui pouvait avoir un lien avec les sirènes.

Le problème était que Gemma pouvait être littéralement n’importe où.

Elle avait put nager de l’autre côté de l’Atlantique, d’après ce que Harper

en savait, ce qui rendait impossible d’établir une location. Donc, jusqu’à ce

que Harper obtienne un indice ou une piste, elle était prise à faire des appels

téléphoniques, à fouiller le Web et à poursuivre sa vie quotidienne en

espérant que Gemma prenne soin d’elle.

Alors que Harper était au travail, Alex passa à la bibliothèque, et les deux

se mirent à se lamenter du manque d’options de recherche pour Gemma.

C’est à ce moment que Marcy eut sa brillante idée.

— Pourquoi ne demandez-vous pas à Gemma où elle est ? demanda

Marcy.

Harper était debout à la photocopieuse en train de faire les dépliants de

juillet pour le programme d’été de lecture. Alex était assis dans la chaise de

Harper du bureau, et tous deux furent complètement pris au dépourvu par la

question de Marcy.

— Pardon ? demanda Harper en se retournant pour la regarder.

Marcy était assise sur le dessus du bureau, même s’il y avait un très bon

siège juste à côté, et était concentrée à se confectionner un collier de trombones.

— Vous n’arrêtez pas de dire que Gemma pourrait être n’importe où,

comme en Espagne, au Japon ou dans le Kentucky.

— Je n’ai jamais dit le Kentucky, la corrigea Harper. Les sirènes n’iraient

pas au milieu du pays. Elles voudront demeurer près de l’océan.

— Voilà, exactement.

Marcy se mordit la lèvre en signe de concentration alors qu’elle essaya de

défaire un trombone qui s’était plié.

— Elle pourrait être n’importe où. Donc, la manière la plus facile est de

lui demander.

— Nous ne pouvons pas simplement lui demander, dit Alex. Nous

n’avons aucune idée de comment la joindre. Elle a laissé son portable, et

j’ai vérifié son compte Twitter et sa page Facebook, mais elle n’y est pas

allée.

Marcy roula les yeux.

— Je ne veux pas dire l’appeler ou lui envoyer une carte postale.

— D’accord…, dit Harper après que Marcy eut passé un long moment

sans rien dire. Comment proposes-tu que nous la joignions ?

— En utilisant le monde spirituel, dit Marcy.

— Le monde spirituel ?

Harper arqua un sourcil.

— Tu veux dire comme dans Capri, Vin, Liqueur et Spiritueux ?

Marcy leva les yeux de ses trombones pour fusiller du regard Harper.

— Mais Gemma n’est pas morte.

Alex s’appuya contre le bureau et regarda Marcy.

— Elle n’est pas un fantôme, alors on ne peut pas juste lui demander.

— Elle n’est pas un fantôme, acquiesça Marcy. Mais ton ami l’est, ainsi

que Bernie.

— Mon ami ? questionna Alex. Tu veux dire Luke ?

— C’est ça.

Marcy finit son collier et le passa à son cou.

— Bernie et Luke ont été tués par les sirènes. Au moins l’un d’eux est un

esprit tourmenté, hanté par le fait que ses meurtrières s’en sont tirées, et je

parie qu’ils tiennent les sirènes à l’œil aussi.

Harper roula les yeux.

— Oh, allez, Marcy. C’est ridicule.

— Tu crois réellement que Luke pourrait savoir où Gemma et les autres

sirènes se cachent ? demanda Alex, ignorant le commentaire de Harper.

— Probablement.

Marcy hocha la tête.

— Enfin, si Penn t’avait tué et extrait ton cœur de ton corps, puis s’était

enfuie pour batifoler dans l’océan, ne serais-tu pas en colère et ne la

poursuivrais-tu pas ?

— Oui, probablement, raisonna Alex. Alors, comment procédons-nous ?

Comment allons-nous les joindre ?

— Alex ! lança Harper, incrédule. Tu ne vas pas réellement adhérer à ça.

— Ta sœur est une sirène, commença Alex en la regardant. Elle peut se

transformer en sirène. Mais les fantômes sont invraisemblables, selon toi ?

Harper croisa les bras sur sa poitrine et s’appuya contre la photocopieuse,

mais ne dit rien. Alex avait marqué un point sur lequel elle ne pouvait pas

vraiment riposter, mais cela ne signifia pas qu’elle ne trouvât pas que tout

ceci était stupide.

— Est-ce que je dois aller chercher une planche de Ouija ou quelque

chose du genre ? s’enquit Alex.

Marcy pouffa bruyamment.

— Ouija. Pff. C’est tellement n’importe quoi.

— D’accord, dit Alex. Alors, comment joignons-nous les esprits ?

— Pourquoi est-ce que je ne vous rencontrerais pas à ta maison après le

travail et j’apporterais tout ce dont nous avons besoin ? suggéra Marcy.

Même si Harper trouvait cela imbécile, elle n’avait pas de meilleure idée,

alors elle accepta. Alex rentra chez lui, et après le travail, Marcy retourna

chez elle prendre ses choses, puis devait les rencontrer chez Alex.

Harper attendit à l’extérieur en compagnie d’Alex, assis sur les marches

avant de sa maison. Il n’était pas certain de ce qu’il devait apporter, ni s’il

devait apporter quelque chose, alors il avait pris sa caméra qu’il utilisait

pour enregistrer les tempêtes et un canif en forme de batarang de Batman.

— Tu crois vraiment que ça va fonctionner ? demanda Harper en

l’observant sortir et rentrer la lame de son canif.

— Je ne sais pas, admit-il. Mais je ne sais pas quoi faire d’autre. Je dois

faire quelque chose et je manque d’idée.

— Est-ce que je peux te demander quelque chose ?

Alex haussa les épaules.

— Bien sûr.

— Pourquoi es-tu…

Harper essaya de choisir ses mots avec soin.

— Tu es très passionné en ce qui concerne la recherche de Gemma, et j’en

suis heureuse. C’est juste que… c’est un peu étrangement intense, puisque

toi et Gemma n’avez pas été ensemble très longtemps.

— Est-ce que c’est ta question ? demanda Alex en la regardant.

— Ouais. Je ne comprends simplement pas pourquoi tu y tiens autant.

— Mais je la connais depuis pratiquement toujours, fit remarquer Alex. Et

ce n’est pas comme si j’avais soudainement commencé à ressentir quelque

chose pour elle le jour où on a entamé notre relation. Enfin, elle me plaît

depuis…

Il laissa sa phrase en suspens, comme s’il se rendait compte qu’il en

admettait plus qu’il le voulait.

— Depuis quand te plaît-elle ? questionna Harper.

Il bougea, mal à l’aise.

— Je ne sais pas la date exacte.

Harper savait qu’Alex et Gemma se plaisaient depuis un moment,

possiblement depuis plus longtemps qu’eux-mêmes le savaient. Alex

pouvait être là en train de regarder un film avec Harper ou en train de faire

des devoirs avec elle, mais dès que Gemma entrait dans la pièce, il pouvait

à peine se concentrer sur ce qu’il faisait.

Cela avait fini par mettre à rude épreuve son amitié avec Alex. Cela ne la

tracassait pas tant que Gemma lui plaise. C’est juste que cela la dérangeait

qu’ils soient en train de traîner dans sa chambre, que Gemma se trouvait de

l’autre côté du couloir dans la sienne et qu’Alex se rendait soudainement

dans l’embrasure de la porte de la chambre de Gemma. C’était énervant,

alors Harper avait cessé de la fréquenter autant.

— Je crois que je l’ai remarqué il y a quelques mois, dit Harper. Tu ne

cessais de lui lancer des regards.

— Ce n’est pas vrai, dit-il rapidement. Je ne sais même pas ce que ça

signifie.

— Il n’y a rien de mal à ça, fit Harper. Je suis simplement curieuse de

savoir depuis combien de temps tu as le béguin pour ma sœur.

— Je ne sais pas.

Il soupira. Quand il parla de nouveau, sa voix était plus douce.

— Depuis peut-être des années.

— Des années ? demanda fortement Harper, pensant qu’elle avait

sûrement mal entendu.

— Je ne sais pas.

Il baissa les yeux et parut mal à l’aise.

— Enfin, ce n’était pas un béguin. C’est simplement qu’elle me plaisait

beaucoup, et elle a toujours pensé que j’étais un rat de bibliothèque. Puis, au cours de la dernière année, quelque chose a changé, et elle a commencé à

me regarder comme si j’étais une personne, et non un rat de bibliothèque

qui traînait avec sa sœur aînée. Et là, je crois… je ne sais pas.

— Alors, tu es attiré par Gemma depuis un très long moment ? demanda

Harper, encore en train d’analyser ce qu’il disait.

— J’imagine que oui, admit-il. Désolé.

— Pourquoi es-tu désolé ? fit Harper.

— Parce que nous étions amis et que je ne te l’ai pas dit ? répondit Alex,

comme s’il n’était pas certain de la raison pour laquelle il s’excusait. J’ai

l’impression que je n’aurais pas dû avoir un béguin pour ta sœur.

— Honnêtement, je suis à l’aise avec ça, dit Harper en lui souriant pour le

lui prouver. Je trouve seulement ça étrange de ne pas l’avoir compris.

— Donc, c’est pour ça que je flippe autant, dit-il avec un sourire triste. Je

réussis enfin à être avec Gemma, puis elle… disparaît.

— Ça me rendrait folle aussi.

Elle fit tourner sa bouteille d’eau entre ses mains, la fixant alors qu’elle

lui posa la question suivante.

— Alors… es-tu amoureux de Gemma ?

— Je…

Il passa la main dans ses cheveux bruns et hésita à répondre.

Marcy s’arrêta devant la maison, faisant hurler bruyamment le klaxon de

sa Gremlin alors qu’elle se garait. Elle sortit de la voiture, trimballant un

porte- document à l’effigie de Capitaine Planète, et s’avança vers la maison.

— Alors, est-ce que mes chatons sont prêts à joindre les esprits ? demanda

Marcy, mais avant que quiconque puisse répondre, elle remarqua le canif

d’Alex. Est-ce que c’est un batarang ? As-tu l’intention de lancer un

batarang à l’esprit de ton meilleur ami décédé ?

— Non.

Il sortit la lame, afin de la lui montrer.

— C’est un canif.

— Oh, alors, tu vas poignarder un fantôme, dit Marcy. C’est tellement

mieux.

— Je ne savais pas quoi apporter. J’ai pensé que nous aurions peut-être

besoin de quelque chose pour nous défendre, expliqua-t-il.

— Eh bien, non, dit Marcy. Maintenant, allez. Procédons.

Marcy se tourna et commença à s’éloigner.

— Où vas-tu ? dit Alex en sautant sur ses pieds.

— Ouais, où cette chose aura-t-elle lieu ? demanda Harper en suivant

Marcy et Alex, qui s’éloignaient de leurs maisons.

— Le corps de Luke a bien été retrouvé dans l’endroit boisé près de la

baie ? s’enquit Marcy. C’est là que nous allons. Sa connexion avec la Terre

y sera la plus forte. Ça le rendra plus facile à joindre.

Le boisé où Harper et Alex avaient découvert les corps n’était pas très

loin de l’endroit où ils habitaient. Aucun des deux n’y était revenu depuis

qu’ils avaient montré à la police où aller. Ce n’était pas un endroit où

Harper avait envie de retourner, alors elle ralentit, quand Marcy expliqua

que c’est là qu’ils se rendaient.

— Tu viens, Harper ? demanda Alex, jetant un regard vers elle par-dessus

son épaule.

Il n’avait pas du tout ralenti. Harper savait que la découverte des corps

l’avait réellement secoué, lui aussi, mais apparemment, il était plus brave

qu’elle avait cru.

— Euh… ouais.

Elle soupira et les rattrapa.

Heureusement, quand ils arrivèrent près de la forêt de cyprès longeant la

baie Anthemusa, ils n’y entrèrent pas. Marcy s’arrêta abruptement avant.

Elle déclara qu’elle sentait de mauvaises énergies et qu’apparemment, cela

interférerait avec le contact des esprits.

— Nous allons nous asseoir là-bas.

Marcy fit un signe vers un endroit gazonné tout près des arbres.

— Assoyez-vous en cercle.

— Est-ce que ça ne devrait pas être la nuit ou quelque chose du genre ?

demanda Alex, mais il fit quand même ce qu’on lui demandait.

Il s’assit en tailleur, et Harper et Marcy s’assirent de chaque côté de lui,

afin de former un petit cercle.

— Comment ça, être la nuit ? demanda Marcy.

Elle déposa son porte-document sur ses cuisses et se mit à y fouiller.

— Ça me semble juste étrange de faire une séance ou quelque chose

comme ça à l’extérieur sous un vif soleil, dit Alex.

— Ouais, j’ai l’impression que nous devrions être dans une pièce

terrifiante avec des chandelles et de l’encens, acquiesça Harper.

— C’est parce que vous êtes des idiots, leur répondit Marcy.

— Dit une fille qui transporte des choses vaudou dans un sac de Capitaine

Planète, marmonna Harper.

Marcy la foudroya du regard.

— Personne ne nargue Capitaine Planète. Il garde à distance les pillards,

les truands et les mauvais esprits. Et je ne pratique pas le vaudou. Ce n’est

pas mon truc.

— Quel est ton truc ? questionna Harper.

— Ceci.

Marcy sortit quelques pierres noires, un livre usé et une grosse chandelle

blanche.

— Je croyais que tu avais dit que les gens amenant des chandelles étaient

des idiots, fit remarquer Alex.

— Non, j’ai dit que vous étiez des idiots.

Marcy plaça la chandelle au centre du cercle, puis disposa soigneusement

les douces pierres noires autour. Quand Alex tendit la main pour en toucher une, Marcy le frappa. Ensuite, elle mit de côté son sac et ouvrit le livre sur

ses cuisses.

— Et maintenant, quoi ? demanda Harper, quand Marcy sembla avoir

terminé de tout arranger.

— Je vais lire dans ce livre, expliqua Marcy. L’incantation est en latin. Je

ne sais pas pourquoi. Je suppose que les morts parlent une langue morte. Il

est important de ne pas m’interrompre et de ne pas parler. Demeurez

sagement assis jusqu’à ce que j’aie terminé.

Après que Harper et Alex eurent hoché la tête en signe de compréhension,

Marcy ouvrit le livre et commença sa lecture. Harper n’avait aucune idée de

la signification de la majorité des mots, mais ici et là, elle en comprenait un

comme « necro » et « terra ».

Dès que Marcy eut terminé, la chandelle s’alluma. Une flamme bleuâtre

enflamma la mèche, et même si la chandelle était blanche, la cire qui en

coula était noire.

— Comment as-tu fait ça ? voulut savoir Harper.

— Je suis magique, répondit pragmatiquement Marcy en refermant le

livre. Tout est prêt. Nous devrions être en mesure de parler à Luke

maintenant.

— Réellement ? demanda Alex. Je peux simplement… lui parler ?

— Ouais. Je commencerais par l’appeler par son nom, voir s’il est dans

les parages et a envie de parler.

— Comment saurons-nous s’il veut parler ? demanda Alex. Est-ce qu’il

va simplement répondre ?

— Les pierres vont vibrer, si quelque chose est présent.

Marcy fit un geste vers les pierres noires.

— Puis, nous lui parlons et décidons comment il va nous répondre.

Habituellement c’est dans le genre de « cogner une fois pour oui, deux fois

pour non ».

— Comment sera-t-il en mesure de nommer un endroit, alors ? questionna

Alex. Si nous disons « Où est Gemma ? », il ne peut pas répondre par un

seul cognement, et nous pourrons dire « Ah oui, Toledo. »

— Commençons par voir s’il est ici, et nous partirons de là, suggéra

Marcy. Tu commences, Alex, puisque tu étais le plus proche de lui.

— D’accord. Euh…

Il prit une profonde respiration et commença prudemment.

— Luke ? Euh, Luke Benfield ? C’est moi, ton ami Alex. Euh, je voulais

savoir si tu avais envie de parler.

Ils attendirent quelques minutes. Quand il n’y eut pas de réponse, Alex

essaya de nouveau. Même Harper se joignit à lui, et finalement Marcy

essaya de nouveau l’incantation. Mais peu importe ce qu’ils disaient, ils

n’obtinrent pas de réponse.

Tout l’après-midi, ils tentèrent de communiquer avec Luke. Le chaud

soleil leur tapa dessus, et Marcy ronchonna à quelques reprises au sujet de

la chaleur, mais poursuivit la séance. Les pierres finirent par vibrer à deux

reprises, mais Marcy ne réussit pas à établir d’autre contact.

— Alors, c’est tout ? demanda Alex, quand Marcy commença à ramasser

ses choses. Nous abandonnons ?

— Désolée, Don Juan, répondit Marcy alors que le soleil commença à

descendre. Il n’y a rien de plus que je peux faire. Nous allons devoir

retourner à l’ancienne méthode de recherche.

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