Berceuse - Tome 2

Amanda Hocking · Chapitre 12 sur 34

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Berceuse - Tome 2

CHAPITRE 12 - Compulsion

CHAPITRE 12

 

Compulsion

 

A —

ujourd’hui est la première journée du reste de ma vie, dit Gemma à son

reflet.

C’était sa tentative de mots d’encouragement, mais ce n’était pas très

efficace.

Elle avait fini par comprendre ce que Penn lui avait dit l’autre jour.

Gemma avait choisi de suivre les sirènes, et comme elles étaient

immortelles, c’était un très long engagement. Elle ne pouvait pas passer le

reste de l’éternité à se morfondre parce que ce n’était pas ce qu’elle avait

voulu. Elle vivait avec elles depuis près d’une semaine et elle avait

suffisamment boudé.

Certes, elle avait dû laisser derrière tout ce qu’elle aimait, ses amis, sa

famille, son petit ami et sa carrière en natation, pour laquelle elle avait tant

travaillé. C’était là suffisamment de raisons pour avoir le cœur brisé, mais

elle s’était donné du temps pour avoir de la peine. Maintenant, il était temps

d’en tirer le meilleur parti.

Depuis qu’elle avait commencé à se baigner tous les jours, elle se sentait

beaucoup mieux, pas fantastique, mais mieux. Elle ne se sentait plus

nauséeuse, ce qui rendait sa faim plus intense, mais jusqu’à maintenant, elle

s’en sortait.

Thea lui avait raconté qu’Aggie avait été gentille. Thea elle-même ne

semblait pas si mal. Cela signifiait que même si être une sirène n’était pas

un choix, être méchante l’était. Alors, Gemma allait simplement choisir de

ne pas être méchante et tirer le meilleur parti de tout ce que la vie avait à

offrir.

Elle se réveilla déterminée à avoir une meilleure attitude sur la question.

Elle se leva, se doucha, s’habilla et descendit pour voir ce que les sirènes avaient planifié pour la journée.

Gemma les trouva toutes les trois avec Sawyer dans le salon en train de

regarder le film Splash sur leur écran plat géant. Thea était allongée sur le

ventre, le menton appuyé dans les mains, tandis que Lexi et Penn étaient

assises sur le canapé blanc avec Sawyer entre elles.

Lexi riait sans cesse de ce qui se passait sur l’écran, mais Gemma

n’arrivait pas à dire si c’était parce qu’elle trouvait le film drôle ou si c’était

à cause de la manière dont les sirènes y étaient représentées.

— Hé, tout le monde, dit Gemma.

Penn se tourna vers elle. Ses yeux étaient aussi sombres et sinistres que

toujours, mais un sourire séducteur dansait sur ses lèvres.

— Regardez, les filles, c’est vivant !

Sawyer sembla dérouté pendant un instant, mais quand Lexi éclata de rire,

il se joignit à elle.

— Comme tu as dormi toute la matinée, Penn a cru que tu étais peut-être

morte, expliqua Lexi en gloussant.

— Eh bien… non.

— Que veux-tu ?

Penn posa le coude sur le dossier du canapé, afin de lui faire face.

— Rien.

Gemma tenta d’afficher un large sourire.

— Je voulais voir ce que vous aviez de prévu aujourd’hui.

Penn plissa les yeux.

— Pourquoi ?

— Je voulais voir si peut-être je pouvais me joindre à vous, dit Gemma.

Pour la première fois, Thea se tourna pour la regarder. Pendant un

moment, les trois sirènes la fixèrent. Sawyer était trop occupé à regarder le

film pour s’en rendre compte.

— Nous regardons simplement un film, finit par dire Lexi, mettant un

terme au duel des regards. C’est probablement ce que nous ferons toute la

journée, si tu veux traîner avec nous.

— Certainement, ça a l’air amusant.

Gemma comptait s’asseoir sur l’autre canapé du salon, mais Lexi se

déplaça, glissant vers Sawyer. Il était assis près de Penn avec une main sur

sa cuisse, mais quand Lexi s’approcha, il sourit et passa un bras autour

d’elle.

— Et voilà.

Lexi tapota sur l’espace vide du canapé.

— Tu peux t’asseoir près de moi, Gemma.

— Il n’y a pas suffisamment de place, dit Penn en fusillant Lexi du

regard.

— Penn, il y a amplement de place.

Lexi fit un geste vers l’espace près d’elle, et il y avait réellement plus de

place qu’il n’en fallait pour Gemma. En fait, Lexi n’aurait même pas eu

besoin de se glisser, et il y aurait eu assez de place pour elle.

— Non, il n’y en a pas, grogna Penn.

— Très bien.

Lexi soupira et se tourna vers Gemma.

— Désolée, je suppose que…

— Non, Lexi, il n’y a pas suffisamment de place pour toi, la corrigea

Penn.

La tête de Lexi se tourna brusquement pour regarder Penn.

— Pardon ?

— Tu sais, ça ira très bien, si je m’assis là-bas, intervint Gemma en se

dirigeant vers le canapé vide de l’autre côté de la pièce. Je vois très bien la

télé d’ici.

— Assieds-toi sur le plancher, Lexi, commanda Penn, ignorant Gemma.

— Penn, tenta de protester Lexi, mais Penn continua à la regarder

furieusement. Peu importe.

Lexi roula les yeux, puis se leva et s’allongea sur le plancher près de

Thea.

Maintenant que Lexi était chassée sur le plancher, Penn sourit

aimablement à Gemma.

— Pourquoi ne t’assois-tu pas sur le canapé avec nous ?

— Euh, tu es certaine ?

Gemma s’assit avec hésitation sur le canapé, faisant attention de mettre

autant de distance que possible entre elle et Sawyer.

Honnêtement, peu lui importait, où elle était assise. Mais il s’agissait

manifestement d’une sorte de joute de pouvoir de la part de Penn, et elle ne

voulait pas y être mêlée, particulièrement lorsqu’elle venait de décider de

tirer le meilleur de la situation. Elle ne voulait pas commencer en mettant

en colère Penn ou Lexi.

— Oh, mon Dieu !

Sawyer rit et pointa la télévision.

— Elle croit que la caméra l’emprisonne dans la boîte. C’est tellement

drôle.

Finalement, en grande partie grâce aux commentaires insouciants de

Sawyer sur le film, la tension dans la pièce sembla s’atténuer. Gemma

s’installa sur le canapé et finit par apprécier le film. Elle ne l’avait jamais

vu, et il avait de bons moments.

Les moments les plus drôles étaient liés aux réactions de Sawyer. La

plupart du temps, quand Thea, Lexi et Gemma riaient, c’était à ce qu’il

avait dit. Mais Penn ne rit pas une fois.

De temps à autre, Gemma jetait un coup d’œil rapide vers Penn, qui fixait

l’écran le regard vide. Malgré cela, Gemma n’arriva pas à se défaire du sentiment que Penn l’observait du coin de l’œil, s’assurant que Gemma se

comportait bien.

Quand le film se termina, les filles se disputèrent sur le prochain film à

regarder, et Lexi finit par mettre Mannequin.

Gemma commença alors à se détendre. Qu’est-ce que cela faisait, si Penn

l’observait ? Ce n’était pas comme si elle faisait quelque chose de mal. Elle

regardait un film, comme tout le monde.

Apparemment, surgissant de nulle part, la faim de Gemma augmenta, une

faim vorace qui sembla se répandre de son ventre et la parcourir. Elle se

mordit la lèvre et se démena pour ravaler la sensation.

Puis, Sawyer rit, et Gemma se tourna, afin de le regarder. Mais c’était

quasiment comme si elle ne l’avait jamais vu avant. Il devait être la

personne la plus attirante qu’elle n’avait jamais vue : sa peau douce‐

bronzée, le contour solide de sa poitrine, la forte ligne de sa mâchoire et

même la façon dont ses cheveux blonds frôlaient sa nuque.

Tout son corps frissonna alors qu’une chaleur intense la traversa. Une

sorte de désir primitif commençait dans son ventre et se diffusait jusque

dans ses cuisses.

— Ça va, Gemma ? lui demanda Penn, brisant à peine la transe dans

laquelle se trouvait Gemma.

— Pardon ? demanda Gemma.

Elle cligna les yeux, essayant de clarifier ses idées, mais toutes ses

pensées concernaient le fait d’embrasser Sawyer et de déchirer sa chemise.

Il était si près qu’elle pouvait aisément le faire, et c’est à ce moment que

Gemma réalisa qu’elle s’était approchée de lui. Elle touchait presque la

douce peau chaude de son bras.

— Gemma, répéta Penn, sa voix plus dure, cette fois. Est-ce que le film te

plaît ?

— Euh, ouais.

Usant de toute sa volonté, Gemma se força à s’éloigner de Sawyer. Pour

être certaine, elle s’enfouit les mains sous elle, afin d’être assise dessus.

— C’est un bon film.

Les quelques minutes suivantes parurent s’étirer en heures. Tout ce à quoi

Gemma pouvait penser était Sawyer. Il était si beau et si près, et elle était

certaine qu’elle n’avait jamais voulu personne autant. Elle essaya de penser

à Alex, mais elle put à peine se souvenir de son visage, alors encore moins

comment elle se sentait vis-à-vis de lui.

Sans crier gare, Penn s’inclina et commença à embrasser Sawyer, et pas

un gentil baiser sur les lèvres. Penn grimpa sur lui, le chevauchant, et elle

l’embrassa profondément. Elle colla son corps sur le sien, et il gémit.

— Merde, alors, bredouilla Gemma à part, puis elle se leva.

Voir Penn se peloter avec Sawyer jouait avec sa tête. Cela augmenta son

désir tout en la dégoûtant à la fois.

Heureusement, sa partie logique l’emporta, et elle s’éloigna du canapé.

— Je crois que je vais aller nager, dit Gemma et pour une raison

inconnue, elle cria presque.

— Je viens avec toi, lança Thea en sautant sur ses pieds.

Lexi était toujours sur le plancher, mais elle s’était retournée pour

observer Penn et Sawyer en train de se peloter, ce qui était assez effrayant

selon Gemma.

Thea traversa la maison avec Gemma et sortit par la porte arrière. Dès que

Gemma sentit la brise de l’océan, elle constata qu’elle pouvait réfléchir à

nouveau. L’étrange désir s’était évaporé, laissant derrière de la confusion et

de la honte tandis qu’elle tentait de mettre de l’ordre dans ses sentiments.

Elle ne s’était jamais sentie ainsi avant ou n’avait jamais eu de pensées

aussi extrêmes. Cela devait avoir un lien avec le fait d’être une sirène. Cela

ne venait assurément pas de Gemma. Elle aimait Alex et trouvait qu’il était super beau. Pourtant, elle n’avait jamais voulu lui sauter dessus comme elle

l’avait voulu pour Sawyer.

— Je suis tellement heureuse que tu ailles te baigner maintenant, dit Thea

alors qu’elles marchaient sur la plage et se dirigeaient vers l’eau. Je

commençais à en avoir marre de te voir bouder.

— Pourquoi Lexi ne s’est-elle pas jointe à nous ? demanda Gemma quand

elles atteignirent l’eau. Que fait-elle là avec Penn et Sawyer ?

— Honnêtement ?

Thea se tourna, afin de lui faire face, et marcha à reculons dans les

vagues.

— Je ne veux même pas savoir ce que Lexi et Penn font quand je ne suis

pas là.

— Dégueu, dit Gemma, et Thea se mit à rire en signe d’assentiment.

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