Berceuse - Tome 2

Amanda Hocking · Chapitre 25 sur 34

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Berceuse - Tome 2

CHAPITRE 25 - Repas

CHAPITRE 25

 

Repas

 

L ’atmosphère dans la maison aurait dû être plus tendue. Gemma était

toujours dans le pétrin, et Brian allait encore être en colère contre elle, sans

mentionner le fait qu’elles n’avaient pas trouvé comment sauver Gemma

des sirènes. Harper était demeurée à la maison, n’allant pas travailler,

refusant de laisser Gemma sans surveillance, même pour quelques heures.

Harper et Gemma savaient que les sirènes viendraient ; ce n’était qu’une

question de temps. Elles avaient passé beaucoup de temps à discuter de

différents moyens pour briser la malédiction et à faire toutes les recherches

auxquelles elles avaient pensé, mais quand elles avaient vu qu’elles ne

trouvaient rien de nouveau ou d’important, elles s’étaient préparées à se

battre contre les sirènes.

Harper avait placé des bouchons d’oreille dans le tiroir de sa commode,

afin que le chant des sirènes ne l’enchante pas, et elle avait enfoui un

couteau de boucher sous son oreiller. Elle avait placé un bâton de baseball

sous son lit, et elles avaient entré la pelle et l’avaient mise dans le placard

de l’entrée.

Leur père possédait de nombreux outils, comme des scies et même un pic

à glace, dans son espace de travail dans le garage. Harper considéra les

entrer, mais ils paraissaient trop effrayants pour les utiliser pour se battre.

Elle allait toujours pouvoir aller les chercher, si elle en avait besoin, mais

elle espérait que cela ne serait pas nécessaire.

D’une certaine manière, tous ces préparatifs qu’elles avaient faits rappela

à Harper le film Maman, j’ai raté l’avion, comme si elles étaient des

enfants disposant des pièges pour des cambrioleurs. Gemma avait tout

accepté, mais avait paru incertaine.

Le problème était qu’elles ne savaient pas quoi faire d’autre. Elles

n’avaient pas trouvé de moyen pour briser la malédiction, alors il ne leur

restait qu’à se défendre. Harper allait faire tout ce qu’elle pouvait pour se

protéger, elle et sa famille, et si elle devait tuer les sirènes, elle le ferait.

Quand les préparatifs furent terminés et que Harper eut caché des armes

partout où elle avait pensé sans que Brian tombe dessus, une étrange paix

s’installa en elle. Elle avait fait tout ce qu’elle pouvait. Maintenant, elles

devaient attendre.

Brian rentra du travail ce soir-là étonnamment de bonne humeur. Sa fille

était à la maison saine et sauve. Comme c’était un jour férié dimanche, il

était en congé lundi, lui laissant une fin de semaine de trois jours. Cela

sembla donner le ton à toute la soirée.

Harper était en train de préparer des spaghettis aux boulettes de viande, et

Gemma avait offert de l’aider. Brian s’était ouvert une bière au salon et

regardait la télévision pour se détendre un peu après le travail, laissant les

filles dans la cuisine pour préparer le repas.

— Harper, lança Gemma, étouffant avec peine un gloussement alors

qu’elle tendait une boulette de viande déformée pour que Harper l’inspecte.

Que penses-tu de mes boules ?

— Tu es tellement immature.

Harper roula les yeux, mais ne put s’empêcher de sourire en coin à sa

sœur.

Elles se tenaient au comptoir de la cuisine à faire les boulettes. Harper

assaisonnait la viande crue, et elles façonnaient les boulettes. Elle avait fait

cela des centaines de fois auparavant, parfois avec l’aide de Gemma, mais

c’était la première fois que Gemma ne put s’empêcher de glousser.

— Oh, allez, Harper, dit Gemma, refusant de se décourager. C’est

marrant. Admets que c’est marrant.

— Vraiment pas.

Harper rit, mais uniquement parce que le rire de Gemma était contagieux.

Elle secoua la tête et fit un geste vers la boulette que Gemma

confectionnait.

— Celle-ci est toute molle.

Gemma éclata de rire en entendant cela, et même quand Harper lui fit de

gros yeux, elle rit davantage.

— Qu’est-ce qui te prend ? demanda Harper.

— Je suis juste heureuse d’être à la maison, j’imagine.

Gemma lança une boulette de viande en direction de Harper, mais elle la

manqua de près, et elle atterrit sur le plancher dans un floc désagréable.

— Hé, dit Harper. Ne gaspille pas la nourriture.

— Désolée.

Gemma déchira un essuie-tout pour ramasser la boulette de viande se

trouvant sur le sol.

— Mais quelle est la dernière fois où nous avons fait une bataille avec de

la nourriture ?

— Je ne sais pas.

Harper regarda par-dessus son épaule vers sa sœur.

— Quand j’avais quelque chose comme six ans.

— Exactement !

Gemma insista et s’appuya contre le comptoir près de Harper.

— Nous l’avons repoussée depuis trop longtemps.

— Je ne pense vraiment pas.

Harper secoua la tête, mais sourit.

— C’est un gaspillage de nourriture, et ça fait un gâchis que je devrai

nettoyer.

— Harper !

Gemma jeta la tête derrière et grogna.

— Disons que c’est ma dernière soirée ici…

— Ce n’est pas le cas.

Harper coupa Gemma et la regarda sévèrement.

— Nous trouverons une manière…

— Non, Harper, écoute-moi, la coupa Gemma. Je ne dis pas que c’est ma

dernière soirée. Je dis seulement que si c’était ma dernière soirée, car il y a

un risque que nous n’ayons pas de nombreuses soirées ensemble en famille.

Enfin, même si nous résolvons toute cette histoire de malédiction, tu pars

pour l’université dans quelques semaines.

— C’est ta justification pour gaspiller de la nourriture ?

Harper leva un sourcil.

— Non, je suis juste…

Gemma soupira. Elle regarda Harper, et ses yeux couleur de miel furent

emplis d’espoir.

— Amusons-nous ce soir, et nous penserons au gâchis demain.

— D’accord, céda Harper. Mais je ne fais pas de bataille avec de la

nourriture.

— Très bien.

Gemma se retourna et recommença sa confection de boulettes de viande

près de Harper.

— Mais tu vas au moins rire de mes blagues sur les boules ?

— Probablement pas.

Harper sourit.

— D’ailleurs, nous avons sans doute suffisamment de boulettes.

— Il n’y a jamais trop de boules, dit Gemma.

— C’est ce que les femmes disent, fit Harper, essayant de faire une blague

douteuse, et Gemma éclata de rire.

— Ce n’est même pas si drôle que ça, lâcha Gemma en continuant à rire.

Mais je n’arrive pas à croire que tu aies dit ça.

— Au moins j’essaie, répondit Harper.

Elle aurait même pu rire avec sa sœur, mais un bruyant cognement à la

porte avant interrompit ses pensées. Gemma ne sembla pas s’en apercevoir,

heureuse de continuer à glousser, mais Harper se rendit à l’évier pour laver

ses mains. Elle n’était pas certaine si les sirènes frapperaient à la porte, mais

elles l’avaient déjà fait, quand elles étaient venues chercher Gemma, alors

ça n’aurait pas étonné Harper.

— Harper, dit Brian en entrant dans la cuisine. Il y a quelqu’un à la porte

pour toi.

— Qui est-ce ? demanda Harper en se pressant de se sécher les mains sur

une serviette.

Gemma avait fini par contrôler son fou rire, se retourna et vit Brian dans

l’embrasure de la porte de la cuisine.

— Daniel, fit Brian, ce qui expliqua l’expression accablée de son visage.

Il n’était manifestement pas enthousiaste que des garçons viennent voir

ses filles.

— Oh, heu…

Harper se repoussa les cheveux derrière son oreille et secoua la tête.

— Je suis occupée à préparer le repas.

— Bien voyons, dit Gemma. Va parler à Daniel. Papa et moi pouvons

nous en occuper, n’est-ce pas ?

Brian parut réticent à accepter, mais Gemma lui sourit.

— Allez, papa. Si tu ne m’aides pas à préparer le repas, je vais trouver le

moyen de tout faire brûler. Même les nouilles.

— Vas-y.

Brian hocha la tête à Harper et lui fit un petit sourire.

— Je vais aider ta sœur.

— D’accord, alors.

Elle sourit faiblement à Brian et Gemma, essayant d’avoir l’air

reconnaissante, alors qu’elle ne le ressentait pas réellement.

Elle avait passé la journée avec sa sœur à se préparer à une attaque de

sirènes, alors elle devait probablement être affreuse. En outre, elle avait dit

à Daniel qu’elle ne voulait plus le voir, la journée précédente. Et cela avait

été assez difficile à faire la première fois. Elle ne voulait pas devoir le

refaire.

Dans le salon, Daniel se tenait dos à elle. Il était légèrement penché,

admirant les photographies alignées sur le manteau de la cheminée.

Harper l’observa pendant un moment, ressentant une pointe de douleur de

devoir le chasser, puis elle s’éclaircit la gorge.

— Daniel ? dit Harper, et il se retourna vers elle.

— Est-ce que ce sont tes parents ? demanda Daniel en pointant vers une

photographie de mariage de sa mère et de son père.

Elle hocha la tête.

— Ouais, ce sont eux.

— Ta mère est très jolie, commenta Daniel.

— Ouais, c’est vrai, acquiesça Harper en s’avançant vers lui. Gemma lui

ressemble vraiment.

— Ouais, je vois ça.

Daniel jeta un coup d’œil vers la photographie, comme pour confirmer

son observation, puis sourit à Harper.

— Mais tu es plus jolie.

Harper baissa les yeux vers ses pieds, rougissant un peu.

— Tu ne devrais pas dire de telles choses.

— Pourquoi pas ?

— Tu sais pourquoi, fit-elle.

Gemma et Brian rirent dans la cuisine, et Harper regarda vers la pièce.

— Je devrais réellement y retourner pour les aider.

— Ils rient, Harper, ils ne crient pas pour de l’aide, fit remarquer Daniel.

Et ton père est adulte. Je suis assez certain qu’il peut arriver à préparer le repas sans toi.

— Que fais-tu ici, Daniel ? demanda Harper, levant enfin les yeux vers

lui. Hier, j’avais cru être parfaitement claire.

— Tout à fait, acquiesça Daniel.

Harper le fixa, incrédule.

— Alors… pourquoi es-tu ici ?

— Après ton départ, hier, j’ai beaucoup réfléchi à ce que tu avais dit,

expliqua Daniel. Et ce qui en ressort le plus, c’est que tu as admis que je te

plais.

— Euh…

Elle soupira.

— Tu n’as absolument pas compris ce que je t’ai expliqué.

— Oui, j’ai compris, insista Daniel. Parfaitement, même. Tu dis que tu es

occupée avec ta sœur. Je dis que je peux t’aider, de la même manière

qu’Alex et Marcy le peuvent. Seulement mieux, car je suis celui qui a

trouvé Gemma, tu te souviens ?

— Je suis celle qui a su de quelle maison il s’agissait, dit Harper en

évitant ses yeux. Enfin, j’apprécie ton aide, mais nous aurions… nous

l’aurions probablement trouvée. Un jour.

— Peut-être, peut-être pas, consentit-il. Mais je t’ai aidée à la retrouver

cette fois-ci, je t’ai aidée à combattre les sirènes sur l’île, je t’ai aidée à la

secourir sur la plage et je les ai éloignées d’elle une fois. Ce que je veux

dire, c’est que si tu veux prendre soin de ta sœur, tu me veux de ton côté.

Non, efface ça.

Daniel fit un signe de la main.

— Tu as besoin de moi. Alors, tu ne peux plus utiliser ça comme excuse

pour te tenir à distance de moi.

— Ce n’est pas une excuse, dit Harper. J’essaie de faire ce qu’il faut.

Sincèrement. J’essaie de protéger Gemma et toi ! Tu as commodément oublié cette partie, Daniel.

Elle baissa la voix, afin que son père n’entende pas.

— Ce sont des monstres qui tuent des garçons, et tu es un garçon. Je ne

veux pas qu’elles te fassent de mal.

— Je n’ai pas oublié, dit Daniel. Tu ne peux simplement pas prendre des

décisions pour moi.

Harper fut véritablement offensée.

— Ce n’est pas ce que je fais !

— Mais tu essaies, dit Daniel. Si je choisis d’être en danger, c’est mon

choix. Si je veux être avec toi, même en sachant à quel point ce sera

dangereux, c’est mon choix.

— Mais Daniel…

Elle commença à protester, mais il plaça les mains sur ses épaules pour la

rassurer, la faisant taire.

— Alors, l’unique question qui importe vraiment est : est-ce que je te

plais ? demanda Daniel.

— Tu connais la réponse.

— Tu as raison.

Daniel eut un sourire satisfait.

— Je crois connaître la réponse, mais je veux te l’entendre dire, quand

même.

— Oui, dit Harper, presque comme si cela lui faisait mal de l’avouer. Tu

me plais.

Elle baissa les yeux et ouvrit la bouche pour discuter avec lui, alors Daniel

fit glisser les mains de ses épaules à sa taille.

Il l’attira délicatement vers lui, et elle leva les yeux. Ses bras étaient

détendus autour d’elle, alors il ne la força pas à demeurer là, mais elle ne

s’éloigna pas. Elle plaça les mains sur sa poitrine et le fixa dans les yeux.

— Tu me plais, dit doucement Daniel. Et je n’ai pas besoin que tu me

protèges. Je peux prendre soin de moi. Et je peux prendre soin de toi aussi.

— Tu n’as pas besoin.

— Je sais, dit-il, repoussant de son front les cheveux de Harper. Mais je le

veux.

Ses mains étaient chaudes contre son visage, et Harper aurait pu jurer

qu’elle sentit le cœur de Daniel battre à travers sa poitrine. Sa paume pressa

plus fort contre le bas de son dos, l’attirant vers lui, et elle glissa les bras

autour de sa nuque. Elle s’étira, se mettant sur la pointe des pieds… et à ce

moment, son père prononça son nom.

— Harper.

Brian beugla presque son nom en apparaissant dans le salon. Harper fit un

bond, afin de s’éloigner de Daniel.

— Allô, papa, désolée.

Harper s’empourpra et regarda partout dans la pièce mis à part vers son

père ou Daniel.

— Nous ne faisions que discuter. Nous ne faisions rien. Comment va le

repas ? Avez-vous besoin d’aide ? Je peux vous aider. Veux-tu que j’aille

dans la cuisine ?

— Non, le repas va bien, dit Brian.

Sa voix était bourrue, mais il la radoucit un peu.

— C’est en train de cuire, et ce ne sera pas long. Gemma est en train de

mettre les couverts, alors j’ai pensé demander si ton petit ami allait rester

pour manger avec nous.

— Oh, hum, ce n’est pas mon…

Harper tenta de balbutier une réponse, mais Daniel intervint.

— Ce serait fantastique, M. Fisher, dit-il. J’adorerais me joindre à vous. Je

n’ai pas souvent la chance de manger des repas maison.

— Donc, tu vis encore sur ce bateau, alors ? questionna Brian en croisant

les bras sur sa poitrine.

Harper se déplaça sur le côté, ses yeux passant nerveusement entre les

deux hommes.

— Pour le moment.

Daniel hocha la tête.

— Pourquoi habites-tu là ? voulut savoir Brian. Tu ne travailles pas ?

— Ouais, je travaille, répondit Daniel. Je fais majoritairement des petits

boulots, mais ça m’occupe.

— Tu fais de l’argent ? demanda Brian.

— Suffisamment pour subvenir à mes besoins, répondit Daniel. Mais c’est

difficile d’en mettre assez de côté pour habiter ailleurs. Mais j’y travaille.

— Le bateau doit être assez froid durant l’hiver ? demanda Brian.

— Oui, ça peut arriver, admit Daniel. Mais je m’en accommode.

— Ouais, j’imagine.

Brian se gratta la tempe et transféra son poids d’un pied à l’autre.

— Tu connais l’île, n’est-ce pas ? Tu as aidé Harper à la nettoyer la fin de

semaine dernière ?

— Vous voulez dire l’île de Bernie ? demanda Daniel. Ouais, j’y ai aidé

Harper.

— Je n’en ai pas besoin, dit Brian. Si tu veux y habiter, louer l’endroit, ça

m’irait. Ce ne serait pas gratuit, évidemment, mais je ne te chargerais pas

trop.

— Vraiment ? demanda Daniel, surpris.

— Ouais, sérieusement ? intervint Harper.

— Si tu es pour fréquenter ma fille, je ne peux pas te laisser vivre sur un

bateau, tenta d’expliquer Brian. Alors… l’île est là, si tu veux. Penses-y,

et… tu décideras plus tard.

— Le repas est prêt ! appela Gemma de l’autre pièce.

Harper laissa Daniel entrer dans la cuisine en premier, afin de pouvoir

sourire à son père. Elle esquissa le mot « merci », mais il le balaya d’un

signe de la main et la fit entrer dans l’autre pièce.

Le repas commença de manière un peu inconfortable, mais grâce à la

bonne humeur presque anormale de Gemma, la tension s’estompa

rapidement. Bientôt, tous les quatre parlèrent et rirent, et il y avait bien

longtemps que Harper ne se souvenait pas d’un repas familial où ils furent

aussi heureux.

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