C'est arrivé à Lucile
Chapitre 3
Alexia fait irruption dans la chambre de ses parents. Elle hurle et gesticule dans sa chemise de nuit. Ils sursautent. Ils ne comprennent pas ce qu’elle tente de dire. Elle danse d’un pied sur l’autre en agitant son portable. Elle crie et pleure en même temps. Ses cheveux sont collés à sa figure jusque dans sa bouche et la font suffoquer. Ses yeux sont rougis par ce qu’elle vient d’apprendre et qu’elle ne parvient pas à annoncer.
Bertrand, son père, est obligé de l’attraper par les épaules et de l’agenouiller dans le lit pour qu’elle se calme, tandis que sa mère tente de dégager les cheveux de son visage.
—Tu as fait un cauchemar, ma chérie, calme-toi.
Alexia hoquette. Elle avale ses larmes et aspire un filet clair qui coule de son nez. Elle l’essuie du revers de sa manche et réussit à lâcher, d’une voix tout à coup devenue sourde :
— Il est mort.
— Qui est mort ?
— Philippe, le père de Lucile. Il est mort.
Bertrand et Stéphanie échangent un regard stupéfait.
— Tu as fait un mauvais rêve. Tout va bien, ne t’inquiète pas. Je vais te ramener dans ta chambre.
Sa mère la serre dans ses bras, elle veut la bercer comme lorsqu’elle était petite. Alexia a toujours été sujette aux cauchemars. Ils ont l’habitude de l’entendre pousser des hurlements et raconter des histoires extravagantes de monstres, de voleurs et de fantômes. Généralement, ils la rassurent avant de la reconduire dans son lit, à moitié endormie.
Mais Alexia se dégage avec brusquerie et s’emporte :
— Vous comprenez ce que je vous dis ? Il est mort. Lucile vient de me laisser un message. Je n’ai pas répondu au téléphone, j’ai cru que c’était le réveil et j’avais encore sommeil.
— Écoute, avance prudemment son père. J’ai aperçu Philippe ce soir. Nous sommes rentrés en même temps, il m’avait l’air d’aller très bien.
— Eh bien, maintenant, il est mort, je vous dis. Il est mort, mort, mort, et c’est horrible !
Alexia, la tête baissée, les yeux au sol, murmure :
— Ce n’était pas un cauchemar. Pourquoi personne ne me croit ?
Il n’y a qu’elle qui mesure ce qui se passe. C’est dingue, ils ne bougent pas. Ils restent sur le bord du lit, à moitié endormis, complètement ahuris. Elle leur annonce quelque chose d’atroce et ils ne comprennent rien. Ils ne la croient pas. Ils pensent qu’elle les a encore réveillés avec un cauchemar et qu’ils aimeraient bien se rendormir.
Il va pourtant bien falloir qu’ils réagissent.
Elle se redresse et, affrontant leur air incrédule, compose le numéro de sa messagerie. Après quelques secondes, elle branche le haut-parleur. On reconnaît Lucile, mais sa voix est plus grave que d’habitude. Les mots sortent avec une extrême lenteur, comme si chacun pesait une tonne et qu’il lui fallait fournir un effort démesuré pour les prononcer.
« Alexia, c’est moi. J’aurais voulu que tu décroches. Je t’ai peut-être réveillée. Si tu as ce message… Non… Dès que tu as ce message, viens tout de suite. Il s’est passé quelque chose d’horrible. Mon père est mort. Tu entends ? Mon père est mort ! »
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