Conseil de discipline
Chapitre 11
Les jours avant le Jour de l’an s’étiraient à n’en plus finir. Dod n’arrêtait pas de faire des cauchemars, qui réveillaient tout le dortoir. Dans ces rêves horribles, Ivan était toujours l’acteur principal. Sacha n’arrêtait pas de lui demander ce qui n’allait pas et pourquoi, si tout allait si bien, comme le prétendait Dod, il faisait des cauchemars toutes les nuits. Dod ne savait que lui répondre.
Le Jour de l’an était arrivé et Dod se rendit avec Greg chez Ivan. Sacha fronça les sourcils en voyant Greg et Dod monter dans la même calèche.
— Savez-vous ce que maître Ivan veut vous montrer et quel est ce monde dont il vous a parlé ? questionna Dod, sur un ton inquiet.
— Non. Il n’a pas voulu m’en dire plus. J’imagine que j’en saurai davantage aujourd’hui ou demain.
Greg regardait Dod si intensément que celui-ci se sentit mal à l’aise.
— Tu as peur de ce qu’il va t’arriver, n’est-ce pas ? questionna Greg.
— Oui, Maître. Mais je veux faire ce que vous me demanderez.
— Quoi que ce soit ?
— Dod ravala sa salive et tenta de respirer profondément.
— Oui, Maître, répondit finalement Dod.
— Je t’avoue, Dod, qu’à ta place, moi aussi, je serais inquiet. Mais tu dois t’efforcer de me faire confiance pour que rien de grave ne t’arrive.
— Oui, Maître. Je sais que rien d’irréparable ne me sera fait, mais même ainsi, des tas de choses désagréables pourraient m’arriver.
— Sacha m’a dit que tu n’arrêtais pas de faire des cauchemars. De quoi rêves-tu ?
Dod rougit. L’idée de raconter à son maître toutes les horreurs qu’Ivan lui infligeait dans ses rêves le gênait.
— Dod. Sois honnête envers moi. Je ne peux pas juger du degré de difficulté que ceci représente pour toi si tu me caches tes peurs.
Dod lui raconta l’un de ses rêves les plus représentatifs de tous ceux qu’il avait eus.
— Pauvre petit esclave, dit Greg sur un ton sincèrement compatissant.
Dod avait envie de pleurer. Il ne savait pas quelle en était la cause. Était-ce sa peur ? La compréhension manifestée par Greg ? Ou le fait qu’il l’avait appelé « esclave » pour la première fois depuis son erreur ? Peut-être était-ce un peu de tout ça.
— Courage. Pense au bonheur que tu éprouveras quand tout sera fini et que je t’accorderai mon plein pardon.
— Je ne voulais pas…
— Shhhh ! Je ne veux pas entendre tes excuses, Dod. Si tu crois avoir eu tort de faire ce que tu as fait, accepte totalement ce qui va se passer. Considère que c’est une occasion de me prouver ta sincérité.
— Pardonnez ma faiblesse, Maître.
— Mais non, Dod. N’importe qui à ta place aurait la trouille. La plupart n’auraient probablement même pas voulu me suivre chez Ivan. Tu n’es donc pas si faible que ça.
Greg demanda à Dod sa liste d’erreurs, la lut et en discuta avec lui. Greg lui dit être surpris de tous les détails notés dans son carnet et de la sévérité de ses autocritiques.
Pendant le reste du chemin, Greg et Dod se parlèrent de leur famille, de leur enfance, de la carrière que Dod aimerait avoir et de l’opinion de son père à ce sujet. Il apprit à son maître qu’il était fils unique. Sa mère ayant dû subir une hystérectomie après sa naissance et qu’elle n’avait pas pu avoir d’autres enfants.
— Mon père espère que je m’occuperai avec lui de la boulangerie familiale après mes études, avait révélé Dod. Il aimerait que j’étudie en finances ou au moins en comptabilité, pour l’aider avec toute la paperasse et les chiffres. Mais mes résultats, en mathématiques surtout, ne sont pas si fabuleux. Je ne suis pas certain de pouvoir obtenir une bourse d’études avancées. De toute manière, administrer la boulangerie ne m’intéresse pas. J’aimerais étudier en lettres ou en arts. Au pis, j’étudierais en histoire ou en sciences politiques et je pourrais m’orienter ensuite en journalisme. Au moins, je pourrais écrire, peut-être même devenir critique artistique. Mais mon père dit que ce sont des domaines sans avenir, qui ne permettront pas de nourrir une famille.
— Et ta mère, qu’en pense-t-elle ?
— Tout ce qu’elle veut, c’est que je sois heureux.
— Tes parents t’aiment sûrement beaucoup.
— Oui, c’est vrai.
— Pour ce qui est de la bourse d’études, il te reste presque deux ans à faire à l’académie. Tu peux faire en sorte que tes notes s’améliorent assez pour que tu aies une chance d’obtenir une telle bourse. Ne penses-tu pas ?
Dod nota que si Greg pensait qu’il serait possible d’améliorer ses résultats, il ne proposait pas de l’y aider en lui fixant des objectifs, comme il l’avait fait pour Andreï et comme il le faisait habituellement pour tous les élèves dont il s’occupait. Greg n’était pas prêt à s’engager à l’aider pour l’instant. Ce fait désola Dod.
Dod découvrit que le frère aîné de Greg était allé vivre en Amérique et qu’il avait une jeune sœur, qu’il aimait beaucoup. Les parents de Greg auraient aimé que leur fils travaillât dans une école plus près de leur résidence ou qu’il poursuivît ses études en sciences. Greg avait toujours eu des résultats scolaires très au-dessus de la moyenne, terminant même sa formation générale bien avant l’âge habituel, alors ses parents ne comprenaient pas pourquoi il s’était contenté d’une maîtrise en éducation et en psychologie, alors qu’il aurait pu facilement devenir docteur en sciences, par exemple. Ils comprenaient encore moins pourquoi Greg tenait tant à continuer de travailler à cette académie en particulier. En plus de son rôle de maître de discipline, Greg enseignait aux plus jeunes élèves. Dod avait entendu dire que, contrairement à ce qu’on aurait pu croire, Greg était un professeur très apprécié par ses jeunes élèves, car il savait rendre ses cours très intéressants en démontrant tout ce qu’il enseignait de manière imagée, vivante et compréhensible et en suscitant la participation de la classe à toutes sortes d’activités amusantes, mais instructives.
Dod et Greg allaient bientôt arriver chez Ivan et Dod se sentait de plus en plus nerveux. Que lui faudrait-il faire pour prouver sa sincérité à Greg ? Quel rôle Maître Ivan jouerait-il ? Serait-il l’auteur d’une épreuve que Dod devrait traverser avec succès ? Le peu que Dod avait vécu lors de la venue d’Ivan à l’académie lui semblait à la limite de son endurance.
— Dod. Je voulais te dire que c’est l’anniversaire d’Ivan demain. Je lui ai acheté un cadeau, mais j’aimerais lui faire plaisir en acceptant de faire ce qu’il lui plaira. J’aimerais que tu m’aides à faire de cette journée quelque chose de spécial pour lui. Veux-tu m’y aider ?
— Oui, Maître, répondit Dod, en s’efforçant de sourire.
En fait, de devoir faire ce que maître Ivan voudrait pour lui faire plaisir le jour de son anniversaire n’enchantait pas Dod. Mais Ivan était le maître de Greg et ce dernier serait sûrement prêt à bien des choses pour rendre son maître heureux. L’y aider ? Oui, mais comment ?
Lorsqu’ils arrivèrent chez Ivan, un serviteur âgé les accueillit à la porte, leur montra leur chambre pour qu’ils y laissent leurs bagages, puis les conduisit au salon. Il leur demanda s’il pouvait leur offrir quelque chose à boire et leur dit que le repas serait bientôt prêt.
Maître Ivan arriva peu après, accompagné d’un jeune homme. Greg se leva pour leur serrer la main. Dod fit de même.
— Bienvenue chez moi, Greg, Dod. Je vous présente Arcady. Il est, disons, l’un de mes fils spirituels.
— Merci, Maître. Je suis vraiment honoré de ce que je viens d’entendre, affirma Arcady avec un sourire malicieux.
— Tiens-toi tranquille, mon beau petit chiot, ou je t’envoie passer la nuit à la niche.
— Il fait moins trente dehors, Maître. Je sais bien que vous ne me ferez pas ça.
— Cul nul. Tout de suite !
Le jeune homme regarda Greg, puis Dod, avant de commencer à baisser son pantalon.
— Greg, Dod, assoyez-vous, je vous en prie.
Le jeune homme, pantalon et sous-vêtement aux genoux, les mains jointes au dos, attendait patiemment. Maître Ivan s’était assis en diagonale sur le divan.
— À plat ventre sur mes genoux, Arcady.
Le jeune homme s’avança et s’étendit comme demandé, le haut de son corps portant sur le divan, ses jambes pendantes, les fesses offertes sur les genoux de maître Ivan, qui se mit à lui administrer une solide fessée. Après une bonne vingtaine de coups, la respiration d’Arcady était devenue rapide et bruyante. Dix énergiques coups plus tard, il gémissait. Dix coups plus violents encore et on l’entendit renifler. Ivan s’arrêta.
— Relève-toi et remonte ton pantalon.
Le jeune homme se releva et, après avoir essuyé ses larmes, il remonta ses vêtements. Greg et Dod ne purent faire autrement que de constater que le sexe d’Arcady, qui était flasque au moment où il s’était dévêtu, était maintenant en érection.
— Viens t’assoir ici, fit Yvan en pointant le sol à ses pieds.
Yvan s’assit à l’indienne aux pieds d’Ivan, comme demandé. Il gardait les yeux baissés. Yvan lui prit le menton et lui releva la tête.
— J’aime bien t’entendre gémir et te voir pleurer, tu le sais, Arcady, n’est-ce pas ?
— Oui, Maître, répondit le jeune homme en souriant à Yvan.
— Parfois, je pense même que tu en rajoutes. Tu ne me diras pas que cette fessée était si douloureuse que ça. Tu as connu bien pire, non ?
— Vous avez raison, Maître. J’ai connu pire, mais vous y mettez une belle énergie lorsque vient le moment de donner la fessée. Les derniers dix coups n’étaient pas que de l’inconfort, je peux vous l’assurer. Et puis, la présence de vos visiteurs ne m’a pas rendu la chose facile. Vous le savez, Maître, je n’aime pas me donner en spectacle.
— J’espère bien que ce n’était pas facile pour toi, Arcady. Et même si tes gémissements et tes larmes me plaisent, je n’aime pas que tu cherches à m’apitoyer.
Le jeune homme ne semblait pas aimer ce qu’il entendait, mais il ne répondit rien.
Le serviteur qui avait accueilli Greg et Dod vint alors annoncer que le repas était servi. Ivan invita tout le monde à passer à la salle à manger et les y guida. Greg, Dod et Ivan prirent un siège. Arcady reprit sa position aux pieds d’Ivan, qui, tout le temps du repas, nourrit Arcady comme s’il était un nourrisson ou un chiot. Arcady ne semblait pas s’en plaindre d’ailleurs.
Ivan interrogea Greg et Dod sur leur voyage. Puis il lui parla très directement de l’éjaculation sans permission de Dod, qui vit les yeux d’Arcady se lever rapidement vers lui, puis se rabaisser. Dod sentit ses joues devenir aussi rouges que les fesses d’Arcady.
— N’avais-tu pas dit à Greg que ton corps lui appartenait ? questionna Ivan.
— Oui, Monsieur, répondit Dod.
— N’as-tu pas pensé qu’il était contradictoire, si ton corps lui appartenait et alors qu’il t’avait interdit de jouir, de laisser quelqu’un d’autre que lui te caresser jusqu’à ce que tu éjacules ?
— Je… je n’y ai pas pensé, réussit à répondre Dod, qui n’avait plus faim malgré l’excellent repas.
— Pas pensé ! Ta bouche dit une chose, mais tes actes en disent une autre. T’en rends-tu compte ?
— Je… Je ne sais pas. Je n’ai jamais eu l’intention…
— Ne t’ai-je pas dit que je ne voulais pas entendre tes excuses, Dod ? demanda Greg.
— Oui, Maître.
— Réponds à la question de maître Ivan ?
— Je sais que je n’aurais pas dû faire ce que j’ai fait. Je le regrette. Si mes paroles et mes actes sont en contradiction, je veillerai à les remettre en accord, Monsieur.
— Que t’ai-je fait, Arcady, lorsque je t’ai surpris en train de te toucher alors que je te l’avais interdit ? lui demanda Ivan.
— Vous m’avez donné trente coups de canne, Maître, dont trois sur le sexe.
— Et je me suis montré généreux. J’ai été très tenté de t’envoyer des décharges électriques dans le sexe et sur les couilles en plus des coups de canne.
— Merci, Maître, de votre magnanimité.
Il n’y avait aucune ironie dans le ton de voix d’Arcady alors qu’il faisait ces remerciements.
Maître Ivan expliqua ensuite qu’il était en train de former Arcady pour faire de lui son assistant, afin d’éprouver les jeunes gens qui s’offraient à lui en esclavage. Il dit qu’ayant vécu tous les stades, de postulant à l’entraînement jusqu’à esclave en servitude constante chez son maître, il saurait très bien ce qu’il infligerait aux nouveaux postulants.
— Qui sont ces postulants ? demanda Greg.
— Des jeunes de la ville et des villages avoisinants surtout.
— Mais pourquoi viennent-ils s’offrir ainsi à vous ? questionna encore Greg.
— Ils ont entendu parler de moi, de tout mon équipement, que je vous montrerai plus tard, et de ce que je fais vivre à ceux qui viennent ici. Certains ont en eux ce désir irrépressible de servir. Ils recherchent un maître. Alors, ils viennent frapper à ma porte. Quelques-uns de ceux qui sont venus jusqu’ici n’étaient intéressés que par mon argent. De nombreux autres, qui se croyaient faits pour cette vie, ont abdiqué dès les toutes premières heures, souvent alors que rien ne leur avait été fait ou demandé. Il arrive que la seule vue de mon sous-sol suffise à éloigner ceux qui ne sont pas sérieux. Mais il en est resté quelques-uns, comme Arcady, que j’entraîne.
— Vous les entraînez ? À quoi ? osa questionner Dod.
— D’abord, à bien me servir, en tout. À se montrer disciplinés, patients, tenaces, courageux. Mon chef cuisinier leur donne des leçons de cuisine, pour qu’ils puissent préparer mes repas lorsque je vais à mon chalet ou lorsque je voyage, car il est rare que je parte seul. Mon serviteur leur montre à répondre à mes principaux besoins et à ceux de mes visiteurs. Je les oblige aussi à se garder en santé et en excellente forme physique, pour pouvoir exécuter même les plus durs travaux que je pourrais exiger d’eux. J’ai demandé à l’un d’eux d’apprendre plusieurs langues, pour me permettre de faire des affaires avec des entreprises étrangères. Il y a bien d’autres aspects, dont certains très intimes, que je ne vous décrirai pas, mais que vous pouvez certainement imaginer.
— Mais s’ils restent ici, j’imagine que vous devez les nourrir, les vêtir et tout le reste. Ça doit vous coûter une fortune, supposa Greg.
— Non, pas tant que ça. Arcady reste avec moi pour le moment, car je le forme pour m’assister. Il y en a quelques-uns qui travaillent pour moi. Mais la plupart travaillent ou sont aux études et ils ne viennent ici que lors de congés ou parfois les soirs de semaine, pour ceux qui restent le plus près d’ici.
— Mais comment se fait-il que ces jeunes savent ce que vous faites ici ? demanda encore Greg.
— Ah, tu sais ce que c’est, tu en trouves un, tu le formes, il en parle à un autre, qui en parle à un autre,… Arcady prend maintenant des cours d’arts martiaux, pour me protéger des jeunes qui veulent me forcer à les rencontrer et de leurs parents ou amoureux, qui veulent me forcer à ne pas les rencontrer.
Toute cette histoire avait rendu Greg et Dod songeurs.
— Je t’avoue, Greg, que si tu le voulais, je préférerais que ce soit toi qui deviennes mon assistant. Arcady est un brave gosse, mais toi, tu as l’intelligence et l’instinct qu’il faut pour vraiment comprendre ce qui doit être fait et comment le faire. Tu es un maître naturel.
— Pas si naturel que ça, Monsieur. Vous m’avez botté les fesses pendant des années pour que je devienne celui que je suis maintenant, répondit Greg en souriant.
— Tu sais, Greg, je me suis montré exceptionnellement exigeant et dur envers toi parce que tu étais un élève exceptionnel. Je savais tout ce que je pouvais obtenir de toi. Je n’ai pas eu d’autres élèves, ni autrefois à l’académie, ni maintenant, qui te soient arrivés à la cheville.
— Merci, Monsieur. Mais j’ai plusieurs élèves qui comptent encore sur moi pour les aider dans leur cheminement et je me vois mal les laisser tomber.
Pendant toute cette interaction avec Ivan, le cœur de Dod n’avait pas arrêté de battre à toute vitesse. Il aurait aimé aller dans sa famille ou même rester à l’académie plutôt que de se trouver chez Ivan.
— Je vous montrerai plus tard tous mes équipements, disons, d’entraînement et de discipline au sous-sol. Et je te parlerai, Greg, de ce que je voulais te suggérer de faire avec Dod, pour qu’il te prouve hors de tout doute sa sincérité envers toi.
Maintenant qu’il savait un peu ce qu’Ivan faisait de ses « loisirs », Dod était encore moins rassuré concernant ses intentions. Dod était sûr que la suggestion qu’Ivan voulait faire à Greg ne lui plairait pas.
Le repas se termina avec des discussions plus banales sur des sujets divers. Dod ne pouvait s’empêcher de regarder Arcady avaler les bouchées que lui tendait Ivan. Ce dernier caressait de temps à autre les cheveux du jeune homme à ses pieds. Quelques fois, ces caresses descendaient un peu plus bas et Arcady frissonnait. Le serviteur, qui venait servir les différents plats du repas, ne semblait voir aucun problème à ce qu’un jeune homme mange assis par terre.
Tirage n° 61905685 <3793643@27798487.com>
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