Conseil de discipline
Chapitre 7
Le lendemain, la journée lui parut horriblement longue, pas tant parce que son pantalon frottait douloureusement contre son scrotum que parce que, malgré l’irritation et même la douleur que ce frottement occasionnait (ou peut-être à cause d’elles), il était en constante érection. Pourquoi avait-il demandé d’attendre le lendemain pour enlever la cordelette ?
Quatre heures approchaient trop lentement. Quand la fin des cours arriva, Dod se rendit au gymnase aussi rapidement que son état le lui permettait. Quelle ne fut pas sa surprise de découvrir que Greg ne s’y trouvait pas. « Mais peut-être qu’il n’est pas encore arrivé », s’encouragea-t-il. Il prit donc la posture d’attente et espéra que Greg arrive vite.
Serguei vint chercher l’élève suivant sur le banc. C’était un tout jeune homme. Il tremblait tellement que s’il avait été seul sur le banc, sans doute celui-ci se serait balancé de tout côté. Après avoir jeté un regard indifférent au jeune élève, Serguei dit :
— Greg ne viendra pas. Il a été renvoyé du collège.
— Quoi ? !
— Le curé l’a accusé de… de toutes sortes de choses. Le directeur a mis Greg à la porte séance tenante.
— Non !
— Oh, que si !
— Le salaud !
— Qui ? Greg, le curé ou le directeur ?
Dod avait envie de répondre : « Le curé et le directeur ».
— Le prêtre.
— Ça, tu peux le dire. Il passe l’année à essayer de séduire Greg et comme celui-ci ne répond pas à ses avances, il le fait chasser.
— Ne pourriez-vous pas aller dire ça au directeur ?
— Le directeur a vu, comme tout le monde, le manège du curé, mais les accusations sont graves, alors il ne veut pas qu’on l’accuse de laxisme.
Dod s’était mis à pleurer sans s’en apercevoir.
— Allons, mon bonhomme. Je suis sûr que Greg n’aimerait pas que tu te laisses aller. Pourquoi ne pas agir comme s’il était toujours là et faire aussi bien que possible tout ce que tu as à faire ?
— Parce que je ne veux pas qu’on le renvoie !
Dod avait failli ajouter : « Je l’aime ».
— Il y aura pas mal d’élèves qui seront heureux de ne plus courir le risque de tomber sur lui ici, mais moi aussi, je crois qu’on n’aurait pas dû le renvoyer. C’est mon ami et il me manquera beaucoup.
La voix de Serguei s’était faite rauque à la fin de sa déclaration. Dod voyait de la tristesse dans les yeux du jeune maître. Il ne pouvait pas douter de sa sincérité.
— Où est-il maintenant ?
— Je ne sais pas. Je crois qu’il a appelé Ivan, son ancien maître de discipline, sur le sacro-saint téléphone du directeur. Ivan aurait parlé au directeur. Je crois qu’il doit venir ici. Le temps du voyage, je pense qu’il devrait être ici demain soir.
— Mais est-ce qu’il pourra faire quelque chose pour Greg ?
— Si quelqu’un peut faire quelque chose pour Greg, mon gars, c’est Ivan. Sa famille est très proche des plus hauts membres de la noblesse russe. Ivan ne s’en vante pas. Parfois, on dirait même qu’il en a honte. Il est plus fier du fait que son grand-père ait gagné une fortune à la force du poignet et de son intelligence en grimpant les échelons et en faisant de bons placements de son argent durement gagné. Mais tu vois, la richesse alliée à la noblesse est une combinaison fatale pour quiconque veut causer du tort à ceux qui comptent pour lui. Et Greg a toujours été son élève favori.
— Il paraît qu’il était très dur avec lui.
— Ivan est un monstre. Quand il était maître de discipline, il terrorisait tout le monde, moi compris. Greg était le seul qui osait le regarder en face et même lui tenir tête parfois. Je crois même que c’est la raison pour laquelle Ivan l’aimait autant.
— Alors, il y a une chance que Greg revienne.
— C’est possible. Je ne sais pas. Tout dépend devant qui d’autre le curé a placé sa plainte. Si l’évêque en a entendu parler, ce sera plus difficile de réintégrer Greg ici.
Après avoir remercié et salué Serguei, Dod sortit du gymnase et se dirigea rapidement vers la sacristie. Il fallait qu’il sache ce qui en était de cette plainte. Mais plus Dod approchait de la sacristie, plus sa colère augmentait. Il ne trouva pas le curé tout de suite. Il alla voir à la chapelle. Le curé était à genoux en train de prier. Dod s’en approcha.
— Oui, mon fils, dit le curé en l’entendant approcher.
— Je ne suis pas votre fils, salopard de merde.
— Vous êtes dans la maison du Seigneur, surveillez vos paroles.
— Ah, c’est à moi que vous dites ça, salaud. Comme si vous surveilliez les vôtres.
— De quoi parlez-vous ?
— Greg ne mérite pas ce que vous lui avez fait, dit Dod en commençant à pleurer.
Il s’en voulait de ses larmes.
— Qui êtes-vous ?
— L’un de ceux que vous prétendez qu’il abuse, espèce de violeur et de menteur.
— Violeur ?
— Vous savez très bien de quoi je parle. Si vous ne retirez pas votre plainte, moi et les autres élèves prétendument abusés par Greg déposerons une plainte contre vous disant que ce n’est pas lui, mais vous qui nous avez violés. Cette plainte, nous la déposerons aussi devant l’évêque.
— Mais c’est un mensonge ! s’insurgea le curé.
— Et ce que vous avez dit de Greg, ce n’est pas un mensonge ? Je suis sûr que vous n’avez pas mentionné que vous aviez voulu le violer.
— Je… Je n’ai jamais… !
— Menteur ! Il y a des liens bien pires que les chaînes. Vous avez voulu le forcer à faire vos quatre volontés sous la menace du renvoi. Et comme vous n’obteniez pas tout ce que vous auriez aimé avoir, vous l’avez fait renvoyer.
— Mais il… il cause du tort à…
— Personne ! Il ne cause de tort à personne, au contraire. Informez-vous, salaud de merde. Tous ceux dont Greg s’occupe réussissent mieux que tous les autres dans toutes les matières. Ils sont en meilleure forme physique. Il y en a même en ce moment qui sont partis participer à un programme d’entraide humanitaire en Afrique. Pouvez-vous en dire autant de ceux que vous côtoyez, salopard ! ?
Dod n’inventait pas. Ces derniers jours, il s’était intéressé à ces autres élèves dont Greg s’occupait. Il en avait parlé à Andreï à la cafétéria. Andreï et d’autres élèves à sa table lui avaient appris ce qu’il savait. Parmi les anciens élèves dont Greg s’était occupé, plusieurs avaient obtenu des bourses d’études publiques ou privées. Greg avait d’excellentes raisons d’être fier de son œuvre à ce collège.
— Est-ce vrai ?
— Vous osez venir vous agenouiller ici alors que tout ce que vous savez faire, c’est de vous venger en accusant bien meilleur que vous de toutes sortes d’horreurs. Greg était même prêt à vous donner ce que vous vouliez, dans la mesure du possible, tellement il ne voulait pas risquer de perdre ce lien avec ses élèves. Mais vous…
Dod sanglotait maintenant. Il préféra s’éloigner et laisser ce salaud en soutane tout seul à la chapelle.
— Jeune homme ! Jeune homme ! l’appela le prêtre.
Mais Dod continua son chemin et se rendit à la bibliothèque pour y étudier et y faire ses travaux. Son sexe avait débandé, mais ses testicules lui demandaient grâce. Pourtant, Dod n’aurait enlevé la cordelette pour rien au monde. Elle lui semblait être le dernier lien entre lui et son maître.
Le lendemain midi, après son repas, Dod se rendit à la chambre de Greg. La porte était grande ouverte. Les effets personnels de Greg, ses tableaux, tout ce qui aurait pu lui rappeler ce qu’il y avait vécu étaient partis. Dod manquait d’air.
— Il n’est pas là, Dod, dit Andreï, qui se tenait debout derrière lui.
— Je sais. Mais je…
— Tu espérais l’y trouver quand même ?
— Oui.
— Moi aussi. Je suis venu voir si on ne l’avait pas réintégré. Ivan est censé venir. J’espérais qu’il serait ici avec Greg.
— Où sont les autres ?
— Les autres ?
— Ceux dont Greg s’occupe.
— Probablement à leur dortoir ou à la bibliothèque en train de faire leurs travaux. Greg impose à tous ses élèves des défis à relever. Ils font tout ce qu’ils peuvent pour réussir à satisfaire ses attentes.
— Mais… ne savent-ils pas qu’il a été chassé ?
— Certains doivent le savoir. Probablement pas tous.
Sur ce, un jeune homme qui devait être du dernier niveau arriva et jeta un coup d’œil par la porte de la chambre de Greg.
— Bonjour, Alekseï ! le salua Andreï.
— Ivan n’est pas encore arrivé, j’imagine, supposa Alekseï.
— Je ne crois pas. Penses-tu que, s’il vient ici, il voudra nous rencontrer ? questionna Andreï.
— Probablement. En tout cas, il l’avait fait la dernière fois, répondit Alekseï.
— Ouais. Crois-moi, je m’en rappelle, affirma Andreï.
Les deux élèves s’étaient mis à rire ensemble. Mais dans leurs yeux, Dod crut lire un peu de peur.
— Tu dois être le petit nouveau, supposa Alekseï en regardant Dod. Comment t’appelles-tu ?
— David, Dod pour les amis.
— Alors tu permets de t’appeler Dod ?
— Oui, lui répondit Dod en souriant.
— Que dis-tu de ce qui s’est passé ? le questionna Alekseï.
— Je pense que ce curé est un salopard de la pire espèce, répondit Dod avec de la colère dans la voix.
— Oh, je crois que tu ne l’aimes pas beaucoup.
— Je suis allé lui dire ce que je pensais.
— Vraiment ? Et ?
— Je lui ai dit que, s’il s’était donné la peine de s’informer auprès des élèves dont Greg s’occupe, il n’aurait pas raconté toutes ces horreurs et que nous tous, ses élèves, n’hésiterons pas à mentir nous aussi lorsque nous accuserons Monsieur le Curé de viol devant l’évêque.
— Quoi ? ! s’exclamèrent les deux autres élèves ensemble.
— Je voulais le forcer à retirer son accusation.
— Greg n’aimera pas ça, Dod. Je peux te le dire. Il déteste les procédés déloyaux, affirma Alekseï.
— Je… Je ne veux pas qu’on le renvoie, répondit Dod en sentant encore une fois les larmes lui monter aux yeux.
Alekseï s’approcha de lui et lui pressa l’épaule.
— Nous non plus, mon pote. Nous non plus. Ivan arrivera peut-être à renverser la vapeur.
Dod hocha la tête. Il se sentait stupide de pleurer ainsi devant les deux autres élèves. Mais il vit qu’Alekseï serrait les dents et qu’Andreï détournait la tête, comme pour cacher que lui aussi avait du mal à retenir ses larmes.
— J’y pense. Je voulais te voir justement, Dod. Greg, avant de partir avec toutes ses affaires, m’a dit qu’il fallait que je t’enlève quelque chose. Il ne m’a pas dit quoi, mais il a dit que, toi, tu le saurais, dit Alekseï.
Dod rougit.
— Je… Je ne veux pas l’enlever. Greg l’enlèvera lorsqu’il reviendra.
— Et s’il ne revient pas ? questionna Alekseï.
— Il reviendra. Il faut qu’il revienne.
— Très bien. Comme tu veux. Moi, j’ai fait ce que Greg m’a demandé. Je ne peux pas te forcer à faire ce que tu ne veux pas, n’est-ce pas ? Mais si tu changes d’avis, tu n’auras qu’à venir me voir, proposa Alekseï.
Dod lui répondit d’un sourire, qui s’effaça lorsqu’il vit apparaître le curé au bout du corridor.
— Voilà le salaud, dit Andreï.
— Je ne veux pas le voir. S’il s’approche à moins de trois pyades de mois, je lui assène mon poing sur la gueule, affirma Dod.
Sur ce, il salua les deux autres élèves et commença à s’éloigner.
— David ! David ! criait le curé.
Comment avait-il pu apprendre son nom aussi vite ? Dod accéléra le pas autant que son inconfort le lui permettait.
— Ne partez pas si vite, criait le curé. Je veux vous parler.
— Que lui voulez-vous ? demanda Alekseï au curé en le retenant d’une main ferme par un bras.
— Je ne veux que lui parler.
— De quoi ?
— Ça ne vous regarde pas.
— Si ça concerne Greg, ça nous regarde, affirma Alekseï.
Dod tourna la tête pour voir la scène. Le curé regardait les deux élèves, l’un après l’autre. Dod vit la compréhension se faire sur son visage.
— Vous êtes aussi des élèves dont Greg s’occupe.
— S’occupait, précisa Alekseï sur un ton dur.
— Je voulais juste dire que j’ai… j’ai l’intention de retirer ma plainte.
Dod resta sur place.
— Pourquoi ne pas l’avoir déjà fait ? questionna Andreï.
— Eh, je… je voulais le dire à David d’abord pour que…, bégaya le curé.
— Pour qu’il ne mette pas ses menaces à exécution ? demanda à son tour Alekseï.
Alekseï eut un rire méprisant en voyant les yeux du curé s’agrandir de peur.
— Il n’y a bien que les menaces qui fonctionnent avec vous, n’est-ce pas ? insista Alekseï.
— Est-ce qu’il… ? commença le curé en pointant Dod d’une main tremblante.
— Non, nous n’avons rien fait… pour l’instant, répondit Andreï à sa question muette.
— Mais je crois qu’Ivan n’aimera pas beaucoup que quelqu’un comme vous soit notre confesseur. Il vous trouvera peut-être un nouveau poste en Arctique, ajouta Alekseï, menaçant.
— Quoi ? ! Qui est Ivan ?
— Il doit arriver bientôt. Vous découvrirez bien assez vite qui il est, répondit Alekseï.
— Pensiez-vous vraiment que vous pourriez vous en prendre à l’un des nôtres comme ça, sans que personne ne réagisse ? questionna Andreï.
— Je… je vais retirer ma plainte tout de suite, assura le prêtre.
— Faites donc ça, lui jeta Alekseï en le relâchant.
Le prêtre passa près de Dod sans le regarder. Les deux autres élèves sourirent à Dod, qui alla les rejoindre.
— J’ai bien peur que Greg nous fasse tous passer un bien mauvais quart d’heure lorsqu’il apprendra comment on a traité notre cher curé, affirma Andreï en grimaçant.
— À moins qu’il ne confie cette tâche à Ivan, suggéra Alekseï.
— Aïe oye ! J’espère que non, répondit Andreï.
— Ce serait une bonne façon de récompenser son maître d’être venu le secourir, non ? demanda Alekseï.
— Alors, il va falloir qu’on se montre particulièrement…, commença Andreï, qui ne semblait pas savoir comment terminer sa phrase.
— Oui. Il va falloir montrer à Ivan de quoi les élèves de Greg sont capables, répondit Alekseï, qui semblait comprendre même les silences d’Andreï.
— Vous ne me rassurez pas du tout, vous deux, dit Dod d’une voix qui ressemblait à un croassement.
Les deux autres élèves le regardèrent fixement sans rien ajouter. Puis ils partirent, chacun dans une direction différente. En s’éloignant, Dod se demanda ce qu’il préférait, qu’Ivan vienne et fasse en sorte que Greg retrouvât sa place ou de s’éviter ce qu’il avait vu dans les yeux des deux autres élèves. Dod sentit alors le frottement de son pantalon contre son sexe érigé et son choix se fit sans aucune hésitation.
Tirage n° 61905685 <3793643@27798487.com>
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