Conseil de discipline

Danny Tyran · Chapitre 12 sur 13

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Conseil de discipline

Chapitre 12

 

Le repas venait de se terminer. Ivan demanda à Greg s’il était prêt à aller visiter son sous-sol. Greg accepta. Dod et Arcady les suivirent. Le sous-sol était éclairé à l’électricité, mais l’éclairage n’était pas suffisant pour bien distinguer ce qui ne se trouvait pas immédiatement exposé sous une ampoule. Ivan emporta donc avec lui une lampe à pétrole et entreprit sa visite guidée.

Plus ils avançaient dans le sous-sol, plus Dod avait envie de pleurer et de fuir. C’était une véritable salle de torture avec tout l’équipement imaginable à cette fin. Il y avait un cachot avec de gros barreaux métalliques, des chaînes aux murs et même un gros boulet. Une grande table portait des attaches aux coins pour lier les poignets et les chevilles. Une chaise, avec un large trou au milieu du siège, avait aussi des attaches au dossier, aux bras et aux pattes, ainsi qu’une sorte de collier et une attache frontale. Un pilori occupait le bout de l’allée principale près d’une sorte de sarcophage en métal. Des chaînes pendaient de poulies attachées à plusieurs poutres du plafond. Des armoires contenaient toutes sortes d’instruments depuis des pinces, des étaux, des fers à marquer, ce qui semblait être des instruments médicaux, des fouets de diverses natures, des palettes, des courroies de cuir avec lanière simple ou double, des cordes, des cravaches et des cannes. Il y avait aussi d’autres instruments dont Dod ignorait l’usage, comme ces bottes et ces gants en métal. Et encore, Ivan n’avait pas ouvert toutes ses armoires ! Qu’y avait-il dans les autres ?

Arrivé à la fin de la visite, Dod dut se pencher pour ne pas vomir sur lui-même. Ivan le regarda restituer son repas par terre, sourcils froncés.

— Émotif, ton nouvel élève, Greg.

— C’est tout juste si je ne vais pas me mettre à vomir, moi aussi, répondit Greg. Qu’est-ce que tout ça ? À quoi cela peut bien vous servir ?

— Retournons au salon et je vais t’expliquer. Arcady, nettoie les dégâts de Dod, puis viens nous rejoindre.

— Avec la serpillière, Maître ?

Ivan regarda Arcady de haut, avec tant d’insistance et de dureté que celui-ci pâlit. Dod se demandait pourquoi le choix de l’instrument de nettoyage semblait si compliqué et effrayant à Arcady qu’il en avait pâli.

— Vu que ce ne sont pas tes propres dégâts, je te permets d’utiliser la serpillère.

— Merci, Maître.

Une fois au salon, le serviteur vint leur demander s’ils prendraient du thé ou du café. Du thé leur fut servi. Arcady ne fut pas bien long à venir les rejoindre. Ivan lui fit signe de s’assoir à ses pieds encore une fois, ce qu’Arcady fit sans hésiter.

Puis Ivan leur parla de ce qu’il faisait avec ces jeunes gens, qui venait à lui pour devenir ses esclaves. Il leur répéta tout ce qu’il leur apprenait ou payait pour leur permettre d’apprendre ailleurs ou de professeurs privés qui venaient leur enseigner chez lui. Il y avait même l’un de ces jeunes qui étaient en train de terminer ses études en administration pour aider Ivan à gérer ses finances. C’est Ivan qui payait pour que ce jeune termine ses études. Il le voyait très peu en ce moment, mais le jeune homme avait signé un contrat de plusieurs années de service auprès d’Ivan à sa sortie du collège, ce qu’il ferait sans salaires, afin de rembourser sa dette envers Ivan plus rapidement. Un autre avait appris l’aménagement paysager et les sciences horticoles et entretenait le terrain et toutes les plantes d'Ivan. Un autre encore travaillait pour lui comme cuisinier, préparant ses repas quotidiens, ceux de ses esclaves en formation chez lui et ceux des visiteurs. S’il lui en coûtait cher pour permettre à ces jeunes d’obtenir leur formation, ceux-ci lui rendaient sa générosité au centuple en le servant ensuite de nombreuses années et de diverses manières.

— Mais à quoi vous sert tout ce que nous avons vu au sous-sol ? demanda Greg.

— Cela sert d’instrument de discipline, d’entraînement à l’endurance, au courage, de moyen d’apprentissage au don total de soi à son maître. D’ailleurs, c’est là où je voulais en venir, Greg. Arcady est en formation en ce moment pour m’assister dans cette tâche. Il y a de plus en plus de jeunes qui postulent pour recevoir cet entraînement et, ainsi, obtenir une chance de sortir de leur misère. Je n’ai pas toujours le temps ni le goût de les tester pour savoir s’ils sont prometteurs, s’ils auront le courage de bien me servir et de se donner « corps et âme », comme dit Dod. D'autant plus que nous travaillons souvent pour rien, car la majorité abandonne. C’est loin d’être à la portée de tous.

— Je vous crois sans hésiter. Et comme vous dites, juste la vue de ce que vous avez là-dessous doit suffire à en décourager plusieurs, affirma Greg.

— Exact. Pourtant, ce ne sont pas ceux-là qui nous créent le plus de problèmes, mais ceux qui abandonnent plusieurs jours ou plusieurs semaines plus tard et dont nous devons nous occuper pendant tout ce temps. Arcady m’a déjà assisté plus d’une fois dans cette tâche. Mais comme il doit pouvoir le faire seul, je me disais qu’il pourrait faire subir sans mon aide l’épreuve que j’impose à ces jeunes à ton élève. Je sais que Dod n’a nullement l’intention de devenir mon esclave et qu’il repartira d’ici dans quelques jours, mais il souhaite devenir ton esclave. Je crois que s’il passe au travers d’une journée d’épreuve incessante, il t’aura donné la preuve qu’il vaut que tu continues de t’intéresser à lui et cela permettra à Arcady de s’entraîner à sa future fonction. Nous y gagnerons tous. Quant à toi et moi, nous pourrons profiter des joies et libertés de ce jour de répit. Qu’en dis-tu, Greg ?

— En quoi consiste exactement cette journée d’épreuve ? Je veux en connaître la nature exacte avant de donner mon accord.

Dod revoyait tous les instruments de supplice du sous-sol et ne pouvait imaginer y passer une journée entière à subir il ne savait trop quoi. Mais allait-il abandonner comme ces jeunes, que la seule vue du sous-sol avait fait fuir ? Si son maître croyait nécessaire qu’il lui prouve sa sincérité lorsqu’il disait lui appartenir totalement, allait-il abandonner ou trouver le courage (ou la folie ?) de descendre et de laisser Arcady lui imposer cette fameuse épreuve ?

— C’est difficile de te donner une idée précise, Greg, car tu sais que personne ne réagit de la même façon aux mêmes choses. Je ne peux pas te dire immédiatement si Arcady se servira de ceci et de cela à telle ou telle fin sans savoir de quoi Dod est fait. Tout ce que je peux faire pour le moment, c’est de te donner les grandes lignes. Arcady, va chercher le programme de cette épreuve et remets-le à Greg. Comme ça, Greg, tu pourras le lire d’ici la fin de la journée. Je te remettrai ensuite le plan que préparera Arcady pour Dod et nous en discuterons demain matin, tu me diras alors ce que tu en penses et si tu veux qu’Arcady teste ton élève. Qu’en dis-tu ?

Arcady était parti comme une flèche chercher les papiers. Il était de retour peu de temps ensuite et tendait des deux mains à Greg une petite pile de feuilles. On aurait dit qu'il lui présentait les joyaux des tsars. Dod put voir une sorte de graphique sur la première page. Il ne comprenait d’ailleurs pas comment on pouvait présenter une épreuve de courage ou de soumission sous forme de graphique, mais il semblait qu’Ivan et Arcady avaient trouvé une façon de la représenter ainsi.

Pendant que Greg jetait un coup d’œil rapide aux pages en question, Dod sentit son ventre se serrer. De la bile lui montant à la bouche, il crut qu’il allait encore vomir tellement il avait peur que Greg accepte qu’il soit éprouvé de cette manière.

— Quand tu auras examiné ces pages en détail, je pourrai répondre à tes questions si tu en as.

Greg hochait la tête, mais un pli de doute ou d’inquiétude s’était formé entre ses sourcils. Il jeta à Ivan un regard hésitant, incertain de ce qu’il devait dire ou faire.

Ivan et Arcady se mirent ensuite à questionner Dod sur son enfance, ses bonnes et mauvaises expériences de vie, ses amis et ses jeux d’enfance et d’adolescence, ses débuts à l’académie, ses ambitions, le futur qu’il aimerait avoir, ses peurs, ce qui le rendait particulièrement fier ou heureux, s’il avait en ce moment ou avait déjà eu une petite amie, ses mets, ses auteurs ou ses compositeurs préférés et ainsi de suite. Dod répondit simplement et sincèrement. De temps en temps, Greg demandait une précision sur quelque chose ou posait lui aussi des questions.

Cela semblait si naturel. C’était la tâche des hôtes de s’intéresser à leurs visiteurs et d’essayer de les mieux connaître, n’est-ce pas ? Mais par leurs questions, Ivan et Arcady purent découvrir ce qui poussait Dod à agir de telle ou telle manière, ce qui le motivait et ce qui lui répugnait assez pour être pour lui un obstacle à sa progression. Ils découvraient sur quels boutons appuyer pour le faire agir à leur guise.

Ivan envoya ensuite Arcady préparer un plan d’épreuve détaillé pour Dod. Ivan et Greg l’approuveraient ou le rejetteraient demain matin, et décideraient si Dod devait subir cette épreuve.

Le reste de la journée se poursuivit surtout en discussions sur des sujets divers, notamment sur l’histoire, la culture et la politique russes ou internationales. Ivan entraîna Greg et Dod visiter le terrain immense, pour montrer toutes les améliorations apportées par l’esclave horticulteur. Tout était magnifique et propice à la réflexion ou à la méditation. Ivan dit que l’esclave en question passait en ce moment quelques jours dans sa famille, qui demeurait à une centaine de verstes de là.

— Vraiment ? Des jeunes viennent d’aussi loin pour devenir vos esclaves ? s’étonna Dod à haute voix.

— La plupart, lorsqu’ils arrivent ici, ne savent même pas au juste dans quoi ils s’embarquent. Tout ce qu’ils veulent, c’est de pouvoir profiter de ma fortune. Je peux t’assurer qu’ils déchantent très vite. Mais contrairement à eux, Roman, mon horticulteur, s’était bien informé avant de venir ici et il savait à quoi s’attendre. Il n’a pas vomi à la vue de mes équipements, Dod. En fait, il n’a pas paru très surpris par ce que contenait mon sous-sol. Et à la fin de la visite, lorsque je lui ai ordonné de se dévêtir, il l’a fait aussitôt. Il avait l’air très nerveux, mais quand je lui ai demandé de me tendre ses mains et qu’il m’a vu lui mettre des menottes, il n’a eu aucun geste de retrait. Je lui ai ordonné de me regarder en face, il l’a fait. J’ai vu de la détermination dans ses yeux. Je lui ai demandé s’il avait peur. Il a simplement répondu : « Oui, Monsieur ». J’ai dit : « Tu dois répondre ‘oui, Maître’ ». Il l’a répété. Il demeure ici depuis. Il s’était toujours intéressé à l’aménagement paysager, à l’horticulture et aux plantes comestibles et médicinales. Il en savait déjà plus que bon nombre de gens à ce sujet. Mais il voulait en apprendre davantage et avoir l’occasion d’utiliser ses connaissances et son talent à faire quelque chose de beau et de grand. Je crois qu’il est en voie de réussite. Après ses quelques jours de formation à l’esclavage, j’ai rarement eu à l’amener de nouveau au sous-sol et je t’avoue, Greg, que la plupart des fois où je l’y ai entraîné, je l’ai fait plus pour mon plaisir que parce qu’il le méritait réellement. Des proches de la famille impériale ont eu vent de son talent et veulent l’embaucher. Roman est quelqu’un de vraiment exceptionnel. Tu l’aimerais beaucoup, j’en suis sûr, Greg.

— La famille impériale ? Je te croyais partisan de la révolution, s’enquit Greg.

— Oui. Et Roman également. Alors, il ne voulait pas travailler pour eux jusqu’à ce que je lui dise qu’il pourrait nous servir d’espion. Mais il doit terminer son projet ici d’abord. Il n’a pas hâte de partir, mais je lui ai dit qu’il n’avait qu’une alternative, m’obéir ou m’oublier.

Il y avait aussi sur le terrain une écurie avec plusieurs magnifiques chevaux, qu’un esclave palefrenier était en train de panser. À l’arrivée de son maître, l’esclave se mit aussitôt à genoux devant lui, jambes légèrement écartées, tête droite, mais regard baissé, mains jointes au dos. En passant près de lui, Ivan lui effleura la tête et le cou, ce qui le fit frissonner. Ivan l’interrogea au sujet d’une pouliche qui avait été malade. Le jeune homme leva alors les yeux vers son maître. Il le rassura en lui disant qu’elle allait de mieux en mieux. Ivan félicita son esclave de son bon travail. L’esclave sourit, visiblement heureux de ces encouragements.

Le terrain longeait un lac et un jeune homme, qui avait fait un trou dans la glace, y pêchait. Ivan s’en approcha, le salua et blagua avec lui quelque temps puis retourna vers ses visiteurs.

— Ce jeune pêcheur, nommé Sim, habite le village voisin. Je lui ai permis de pêcher sur ce lac et ses parents me fournissent en retour divers équipements de cuir pour mes chevaux et pour mon sous-sol, dit Ivan en souriant. J’ai discuté plusieurs fois avec Sim pour en savoir un peu plus sur lui, sur ses intérêts dans la vie. J’aurais aimé qu’il passe l’épreuve, car je suis certain qu’il la réussirait. Mais il est fiancé à une fille du village et ses parents le voit déjà marié et aidant son père à la cordonnerie. Sim est un cordonnier doué, bien plus que ne le sera jamais son père, mais son père ne veut pas lui donner sa chance d’améliorer leur travail et de créer de meilleurs outils et de nouveaux produits. Alors Sim est tiraillé entre son désir de rester auprès de sa fiancée et celui de fuir son cher papa. Peut-être qu’un jour il en aura assez de ne faire que les quatre volontés paternelles et il voudra élargir ses possibilités. C’est ce que je lui ai offert. Il hésite encore. Qui sait ? Si tu reviens pendant l’été, Greg, tu le trouveras peut-être en train de travailler pour moi. À moins que je ne l’aie envoyé en formation à l’étranger.

De retour à la maison, de nouveaux breuvages plus alcoolisés leur furent servis et Dod se laissa entraîner dans l’ambiance plutôt agréable de cette journée. En entendant Ivan parler de ses esclaves et en le voyant agir envers eux, Dod finit par penser que l’ancien maître de Greg n’avait fait qu’adapter ce qu’il faisait à l’académie à un contexte plus personnel. Sa crainte diminua un peu, mais il restait quand même inquiet de la tournure que pourraient prendre les événements de demain.

Au dîner, ce soir-là, pendant que les autres mangeaient et discutaient de tout et de rien à table, Arcady mangea tout nu et à quatre pattes, sa nourriture et son breuvage lui ayant été servis dans des bols posés à même le sol. Il mangeait sans se servir de ses mains. Quand il eut vidé ses bols, il alla rejoindre Ivan et posa une main (une patte ?) sur la cuisse de son maître, réclamant peut-être un supplément de nourriture. Mais Ivan se contenta de se pencher et de lécher le visage souillé de son esclave, insérant même sa langue dans ses narines, jusqu’à ce que l’esclave fût redevenu bien propre. Pendant ce temps, Arcady dévisageait son maître d’un regard où se lisait toute l’adoration qu’il éprouvait pour celui qui le traitait pourtant comme un chien. Il frissonna plusieurs fois. Lorsqu’il s’allongea sur un tapis un peu en retrait, Dod ne put que constater que le sexe du jeune homme avait considérablement durci pendant la séance de léchage. Voyant les yeux de Dod posé sur le sexe d’Arcady, Ivan questionna :

— Depuis combien de temps n’as-tu pas éjaculé, Arcady ?

— Sept semaines et trois jours, Maître.

Sur ce, Ivan regarda Dod si intensément que celui-ci détourna les yeux.

— Tu n’avais pas à regarder ailleurs, Dod. Tu ajouteras cette erreur à ta liste, ordonna Greg.

— Oui, Maître.

— Je veille à ce qu’il soit le plus souvent possible en état d’érection, affirma Ivan. Je lui ordonne même parfois de se masturber jusqu’au bord de l’éjaculation, puis je le renvoie à ses travaux. Dernièrement, il s’est mis à pleurer quand je le renvoyais travailler. Mais je suis sûr que tu peux tenir encore bien plus longtemps, n’est-ce pas, Arcady ?

— Oui, si vous l’exigez, Maître.

— Approche.

Arcady s’avança à quatre pattes. Quand il se trouva près de son maître, Ivan lui ordonna de s’allonger sur le dos devant lui. Ce qu’il fit rapidement. Ivan se mit alors à frotter le gland d’Arcady de la semelle de sa botte. Le jeune homme regardait son maître avec des suppliques dans les yeux, mais Ivan continua sans en tenir compte. À un moment donné, Arcady se mit à secouer vigoureusement la tête, comme pour chasser l’orgasme de son esprit.

— Tu peux faire mieux que ça, Arcady. Garde la tête bien droite et reste immobile. Tu sais ce qui t’attend si tu éjacules, n’est-ce pas ?

— Oui, Maître, répondit le jeune homme d’une voix plaintive.

Arcady resta parfaitement immobile, mais il retenait son souffle et ses yeux s’agrandirent jusqu’à en être presque exorbités. Puis Ivan s’arrêta. Le gland du jeune homme était violet. Une bonne quantité de liquide prééjaculatoire s’était écoulée sur son ventre. Il avait vraiment été très près de l’orgasme. Ivan lui présenta la semelle de sa botte et lui ordonna de la nettoyer. Arcady se mit aussitôt à la lécher. Dod comprit alors pourquoi Arcady s’était senti mal quand Ivan lui avait ordonné de laver les vomissures sur le plancher.

Iva jeta ensuite à Arcady une serviette de table pour qu’il s’essuyât, puis il demanda à Arcady s’il avait terminé son plan d’épreuve pour Dod. Arcady répondit que non, mais qu’il achevait. Ivan le renvoya à son travail.

Dod se rappelait qu’à son arrivée, lorsqu’il avait été question du fait que Dod avait éjaculé sans permission, Arcady avait levé un instant les yeux vers lui. Dod comprenait maintenant pourquoi. Il se demandait ce dont Ivan l’avait menacé s’il éjaculait sans permission, car il avait vu le jeune homme pâlir en entendant ce rappel du sort qui lui était réservé s’il n’arrivait pas à se retenir.

Si Arcady pouvait tenir aussi longtemps dans de telles conditions, Dod se dit qu'il ne voyait pas pourquoi il ne pourrait pas le faire également. Il était certain qu’Ivan avait dû forcer Greg à vivre la même chose, mais pour combien de temps ? Il aurait bien aimé le savoir. En tout cas, ce qu’il venait de contempler et d’entendre lui rendait sa faute encore plus honteuse et condamnable. Il avait maintenant le sentiment de s’être montré faible, sans aucune détermination ni aucun courage. Sa désobéissance faisait honte à son maître. Il la regrettait plus que jamais. Et si Arcady avait pu vivre plusieurs jours d’épreuve au sous-sol, Dod se disait qu’il pourrait sans doute trouver la force de vivre la même chose au moins un jour pour prouver à son maître sa sincérité envers lui.

Greg, Dod et Ivan retournèrent prendre un digestif au salon. Quand Arcady revint avec ses papiers, Ivan y jeta un coup d’œil rapide et lui dit d’aller préparer au sous-sol ce dont il aurait besoin pour cette épreuve.

Plusieurs heures plus tard, Dod se sentait ivre et il ne pouvait pas imaginer que les deux maîtres ne le soient pas avec tout l’alcool qu’ils avaient ingurgité. Ivan suggéra à Greg de regarder les papiers qu’il lui avait donnés plus tôt, afin de se faire une idée générale de ce genre d’épreuve, puis qu’il discuterait du plan préparé par Arcady et verrait si quelque chose devrait être changé.

— Arcady serait très déçu si tu refusais qu'il impose cette épreuve à Dod, Greg, mais il n’en mourra pas. Dod a dit vouloir remettre en accord ses paroles et ses actes et te démontrer sa sincérité concernant son engagement envers toi. Je crois que ce serait un excellent moyen d’y parvenir. Alors, tout dépend de toi. Mais tu n’es pas forcé de me donner ta réponse ce soir. Tu peux toujours attendre demain matin.

Greg semblait toujours hésitant à ce sujet, mais il regarda le plan pour ce genre d’épreuve en hochant de temps en temps la tête, comme pour dire qu’il comprenait l’idée générale. Il demanda alors à voir ce qu’Arcady avait préparé. Ivan ne voulait pas le laisser le regarder seul, il voulait qu’ils le regardent ensemble, lui et Greg. Apparemment, Dod n’avait pas le droit de vote à ce sujet. Mais Greg insista pour lire le document d’Arcady tout seul d’abord. Dod apprécia cette attitude, qui ne plaisait visiblement pas à Ivan. Cependant, ce dernier finit par se résoudre à lui donner les papiers d’Arcady.

Pendant que Greg lisait les quelques pages d’Arcady, Dod vit Greg frissonner plusieurs fois. Il est vrai que la température de la pièce s’était abaissée après le coucher du soleil, mais Dod croyait que c’était surtout ce que Greg lisait qui le faisait frissonner, ce qui lui sembla assez préoccupant. Puis Greg se leva et remit les papiers à Ivan.

— Dod et moi allons nous coucher. Nous nous sommes levés très tôt ce matin, la journée a été longue et je suis fatigué. Je suis sûr que Dod l’est aussi. Nous discuterons de ça demain matin après le petit-déjeuner.

— Le petit-déjeuner est servi à sept heures. Veux-tu que quelqu’un vous réveille ?

— Oui, réveillez-nous vers six heures trente. Merci. Bonne nuit.

Sur ce, Greg et Dod étaient partis vers leurs chambres. Mais Greg ordonna à Dod de le suivre à sa chambre. Une fois rendu là, Dod se mit en posture d’attente devant Greg, qui l’invita à s’asseoir. Greg était assis sur son lit, Dod s’assit dans le fauteuil.

— Dod, si Ivan accepte de retirer certains éléments que je juge trop durs du projet d’épreuve d’Arcady, j’ai l’intention de laisser ce dernier t’éprouver. Je ne te mentirai pas, ce sera très difficile pour toi, Dod. Mais je te crois capable de passer au travers. Si tu y parviens, je te donnerai mon entier pardon et te considérerai comme mon esclave. Mais si tu préfères ne pas laisser Arcady t’éprouver, dis-le-moi. Je leur dirai que j’ai décidé de refuser leur offre. Tu pourras continuer ton séjour ici jusqu’à ce que vienne le moment d’aller chez tes parents. Mais à ton retour à l’académie, il te faudra demander à un autre maître de te punir si jamais tu reçois un papier d’un professeur. Tu devras m’oublier. Réfléchis à tout ça. Tu me donneras ta réponse demain matin.

— Je veux subir cette épreuve, Maître, répondit aussitôt Dod.

— Je suis heureux de ta réaction, Dod, mais je veux quand même que tu prennes le temps d’y réfléchir sérieusement avant de me donner ta réponse définitive. Va te coucher maintenant.

— Bien, Maître.

Dod était convaincu que toute la réflexion du monde ne changerait rien à sa décision. Il était mort de trouille à l’idée de cette épreuve, mais il craignait encore plus que Greg le laisse tomber. Mais puisque ce dernier préférait lui donner plus de temps pour réfléchir, il réfléchirait.

Dod eut beaucoup de mal à s’endormir. Dès qu’il fermait les yeux, il revoyait tout ce qui se trouvait au sous-sol et les larmes lui montaient aux yeux et la bile à la gorge. Plusieurs heures plus tard, il se réveilla en sueur. Il avait rêvé qu’il était attaché sur la chaise avec le trou dans le siège et Arcady lui infligeait toutes sortes de supplices plus cruels les uns que les autres. Dod se demandait maintenant pourquoi il laisserait un inconnu le torturer. Puis il revoyait Greg, sa déception en apprenant que Dod avait laissé Sacha le caresser, et il se sentait encore plus malheureux qu’à l’idée de sa journée de supplices. « Il faut que je sois courageux et tenace », se répétait-il.

Le lendemain matin, il se rendit à la chambre de Greg avant qu’on vienne le réveiller. Il se mit en posture d’attente et regarda Greg dormir. Lorsque celui-ci ouvrit les yeux, il regarda longtemps Dod sans rien dire. Dod se mit à pleurer. Il aurait voulu dire à Greg qu’il n’avait pas voulu laisser Sacha le toucher, qu’il avait été pris par surprise et que le contact avait été très bref. Il aurait aimé lui faire comprendre qu’il n’avait pas voulu éjaculer, que c’était arrivé malgré lui. Mais Greg avait dit ne pas vouloir entendre ses excuses. Alors, il était resté silencieux, des larmes lui glissant doucement sur les joues.

Greg se leva, s’habilla, puis partit avec Dod, marchant deux pas derrière lui, vers la salle à manger. Ivan s’y trouvait déjà, mais pas Arcady. Après les avoir invités à s’assoir, Ivan leur demanda quelle était leur décision. Heureusement, il ne leur demanda pas s’ils avaient bien dormi. Dod n’aurait pas su quoi répondre.

— Il y a trois éléments que je veux retirer du plan d’Arcady. S’il les enlève, il pourra éprouver Dod, déclara Greg.

— Nous regarderons ça après le petit-déjeuner, répondit Ivan.

Greg et Dod offrirent alors leurs vœux d’heureux anniversaire à Ivan, qui venait d’avoir trente-sept ans. Ivan parla à Greg de ses projets pour la journée et les suivantes. Il demanda à Greg s’il aimerait aller visiter avec lui les marchands du coin et rencontrer son ami Alyosha, qui voulait lui offrir un cadeau mystérieux pour son anniversaire.

— Il m’a dit que je serais très heureux de recevoir ce cadeau, mais que je devais passer chez lui si je voulais le recevoir. Je n’ai aucune idée de ce que c’est.

— Bien sûr, Monsieur, je vous accompagnerai où il vous plaira d’aller.

— Il y a aussi Sim, qui m’a dit avoir terminé de préparer selon mes plans les bracelets de poignets et de chevilles que je lui ai commandés. En fait, ce sont plus des menottes de poignets et de chevilles, mais faites de cuir, avec des attaches et des anneaux en métal. Comme Alyosha et Sim demeurent tous deux à chaque extrémité de la ville, cela nous permettra de la visiter. Tu verras, Greg, elle est très pittoresque et intéressante. Il y a des coins superbes et des lieux historiques captivants. Le musée a une collection permanente d’objets qui sauront t’intéresser. Quant à mon ami, il te plaira aussi sûrement. C’est un homme à la fois simple, jovial et passionnant.

Dod se dit que Greg ne pouvait pas vraiment refuser de faire plaisir à son maître en l’accompagnant le jour de sa fête, mais il était inquiet à l’idée de rester seul ici avec Arcady. Que se passerait-il si quelque chose tournait mal ? Personne ne serait là pour le secourir.

Après le déjeuner, Greg suggéra à Dod d’aller se reposer à sa chambre en attendant qu’Ivan et lui eussent discuté. Dod s’y rendit. Il s’allongea sur le lit et recommença à pleurer. Une heure plus tard, Greg revint le chercher. Il lui ordonna de se dévêtir et de le suivre. Ils se rendirent au sous-sol, où Arcady les attendait, un collier et une laisse à la main.

— Approche, ordonna Arcady à Dod.

Dod lui obéit. Arcady lui mit aussitôt le collier au cou.

— Tu ne parles que pour répondre à mes questions, compris ? demanda Arcady.

— Oui, répondit Dod.

— « Oui, Maître ». Répète, exigea Arcady.

— Oui, Maître, répéta Dod.

Il semblait étrange à Dod de donner un tel titre à quelqu’un à peine plus âgé que lui.

— À quatre pattes, chien, jeta Arcady.

Dod obéit encore. Arcady entreprit de le faire marcher au pas, de lui faire prendre différentes postures, un peu comme on l’exigerait d’un chien au dressage. Il l’envoya même chercher avec sa bouche (gueule ?) un bout de bois qu’il lançait au bout de la pièce. Greg regarda un certain temps Arcady donner un ordre ou un autre à Dod et ce dernier lui obéir de son mieux. Quand Dod n’agissait pas à la satisfaction d’Arcady, celui-ci donnait une tape à Dod au visage, sur la tête ou les fesses. Puis Greg alla rejoindre Ivan.

 

Tirage n° 61905685 <3793643@27798487.com>

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