Conseil de discipline

Danny Tyran · Chapitre 2 sur 13

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Conseil de discipline

Chapitre 2

 

Il ne pouvait plus remettre au lendemain. Le troisième jour était arrivé. Alors, dès la fin du dernier cours, Dod se rendit à la salle A-122, qui était en fait le gymnase de l’académie, et donna son papier à l’élève à l’entrée de la salle. Celui-ci nota dans un carnet ce qui était indiqué sur son papier, puis le lui remit. Il dit ensuite à Dod de s’assoir sur le banc près de la porte et d’attendre son tour. Les jeunes déjà assis sur le banc se rongeaient les ongles, pleuraient ou tremblaient, ce qui ne fit rien pour rendre Dod plus serein. Il s’assit entre deux gars, au milieu du banc, non parce qu’il était pressé d’en finir, mais parce que c’était le seul espace disponible sur le banc. Puis il se tourna vers ce qui se déroulait dans le gymnase, qui se transformait après les cours en salle de torture. C’est du moins la vision qu’en eut Dod dès qu’il se mit à observer ce qui se passait dans la salle.

Un jeune rouquin était penché sur le cheval d’arçons, le derrière nu et en l’air. Un jeune homme était en train de le frapper avec ce qui ressemblait à une palette de tennis de table. Le rouquin suppliait qu’on arrête de le frapper, mais ne faisait rien pour descendre du cheval ni pour se protéger les fesses.

Un blondin, les fesses nues également, avait les mains en appui sur un mur et un jeune homme obèse le frappait avec une ceinture pliée en deux.

Un autre élève grand et mince, aux cheveux couleur de sable, se tenait debout complètement nu au milieu de la salle, pendant qu’un magnifique jeune homme, plus grand et plus costaud que lui, aux cheveux très noirs, tournait comme un fauve autour de sa proie. Dod n’entendait pas ce que ce jeune maître de discipline était en train de dire, mais l’élève semblait désespéré. Il se tenait, jambes écartées et bras au dos, tête droite. Il avait l’air de pleurer. En tout cas, ses épaules tressautaient, comme s’il sanglotait ou s’il riait. Mais Dod se doutait bien que, dans sa situation, il ne devait pas être d’humeur à rire.

Dod était fasciné par ce qui se déroulait sous ses yeux. De prime abord, de son point de vue de novice, il croyait que celui qu’on nommait Greg était le maître obèse, car c’était celui qui était en train d’infliger la plus dure punition.

— Qui est Greg ? demanda Dod à ses voisins immédiats.

— Celui qui a les cheveux noirs, répondit son voisin de gauche. C’est une vraie peau de vache, celui-là. Tu vois l’élève devant lui. Il se nomme Andreï. Greg ne l’a même pas encore touché et Andreï sanglote.

— Pourquoi ? Qu’est-ce qu’il peut lui dire de si terrible ?

— Je ne sais pas et j’aime mieux ne pas le savoir. Moi, j’espère juste ne pas avoir affaire à Greg.

Aux yeux de Dod, même les pires insultes étaient mieux que d’être frappé à coups de ceinture. Il n’avait jamais eu si chaud de sa vie et il ne savait plus s’il devait espérer passer plus vite, pour que tout fût enfin fini, ou moins vite, pour retarder son supplice.

— Comment s’appellent les autres maîtres et lequel est lequel ? demanda Dod.

— Celui avec la palette se nomme Sergueï. Celui avec la ceinture se nomme Pietr.

Greg était en train de tirer les cheveux d’Andreï pour forcer l’élève à le regarder en face.

— Je ne comprends pas. Greg n’a rien fait d’autre que de forcer le gars à le regarder. Il ne l’a même pas tapé de la main et tu dis que c’est lui, la peau de vache ?

— Attends. Tu finiras bien par comprendre.

Dod continua de regarder, tellement fasciné par ce qui se déroulait sous ses yeux qu’il en oublia que son tour allait bientôt arriver. L’élève dont s’occupait Sergueï se préparait à repartir. Il avait le visage presque aussi rouge que ses fesses et n’osait pas regarder autour de lui. Il remonta son pantalon et se dirigea le plus rapidement possible vers la porte, où le préposé à l’accueil lui donna un papier.

— C’est quoi le papier que le gars donne à la sortie.

— C’est pour remettre au professeur qui t’a envoyé ici. Ça dit que tu as reçu ta punition. Si tu ne l’as pas remis au professeur avant que trois jours ne se soient écoulés, tu auras droit à un nouveau papier pour venir ici recevoir une autre punition, qui sera sûrement plus dure que la précédente.

Son voisin se levait maintenant pour aller rejoindre Pietr. Le souffle de Dod s’accéléra. De toute évidence, il allait être puni par Greg, qui en ce moment était en train de frapper son élève avec une sorte de fouet à plusieurs lanières. L’élève se tenait très droit, mais en position oblique, les mains en appui sur une barre d’exercice. Sa posture semblait très instable et difficile à tenir. L’élève luttait pour la conserver. Pietr s’était servi de sa propre ceinture. Sergueï, lui, avait utilisé une palette faisant partie de l’attirail du gymnase. Mais Dod était bien certain qu’on ne trouvait pas un tel fouet dans cet équipement. Ce fouet devait appartenir personnellement à Greg.

Greg aida ensuite l’élève à se relever. L’élève se rhabilla et reprit la posture avec les jambes écartées et les bras au dos qu’il avait prise à son arrivée. Il hochait la tête à ce que lui disait Greg. Dod crut lire « merci, Monsieur » sur les lèvres du jeune homme avant que Greg ne posât une main sur son épaule et ne la presse un peu. Ce qui fit frissonner Dod. Une autre réaction à son entrejambe lui parut plus insolite. Était-ce le geste de la main de Greg qui avait déclenché cette réaction ou autre chose ?

Maintenant, l’élève que Greg venait de punir était sur le point de sortir. En passant près du banc, l’élève tourna son regard vers Dod et lui sourit. Comment pouvait-il lui sourire après ce qu’on venait de lui infliger ? Et pourquoi lui sourire ?

Dod tourna la tête vers Greg. Celui-ci, toujours debout au même endroit, lui souriait aussi, ma foi, de manière très amicale. Si ce n’avait été ce que le jeune maître de discipline s’apprêtait à lui faire, Dod aurait aimé s’en faire un ami. Maintenant, Greg, en recourbant les doigts de sa main droite, lui faisait signe d’approcher. Il fallait y aller. Mais une terreur subite coupait bras et jambes à Dod. Non ! Il n’allait laisser personne lui infliger ce qu’il venait de voir dans cette salle.

Greg était maintenant debout devant lui. Il était si proche qu’en bougeant les jambes, Dod effleura celles du jeune maître. Dod n’avait pas vu venir Greg, car il avait fermé les yeux sans même s’en rendre compte après avoir vu Greg lui faire signe d’approcher. Comme si le fait d’avoir fermé les yeux l’avait rendu invisible. Mon Dieu ! Qu’allait-il devenir ? Comment pourrait-il trouver le courage de vivre une telle chose ?

Greg s’accroupit devant lui et le regarda avec ce même sourire amical qu’il avait plus tôt. Ce qui fit monter les larmes aux yeux de Dod. Greg prit le papier dans la main de Dod, le déplia et le regarda.

— Par pitié ! Je ne peux pas faire ça. Je vous en prie, le supplia Dod.

Greg, sans prononcer un mot, s’assit sur le banc près de lui. Son voisin de banc s’était déplacé pour laisser une place au maître de discipline. Greg était maintenant adossé au mur et il faisait tournoyer son fouet qu’il avait encore à la main, comme si c’était un objet bien ordinaire et aucunement menaçant, comme s’il ne venait pas de l’utiliser pour frapper un élève. D’ailleurs, ce geste de la main et ce tournoiement étaient si inoffensifs, que Dod se mit à regarder l’objet voler et tournoyer, les lanières virevoltant si joliment qu’il en était presque hypnotisé. C’était comme une tornade rouge et noire. Greg lui offrit le fouet. Dod ne comprenait pas ce que Greg voulait qu’il en fasse et ne prit pas l’objet. Greg le lui mit dans la main.

— Essaie.

— Quoi ? Pardon ?

— Tu dois faire suivre tes réponses ou tes questions de « Monsieur ». Dans ce cas-ci, tu aurais dû dire : « Pardon, Monsieur ». Répète.

— Eh…

Dod se secoua la tête, pour s’éclaircir les idées. Puis il comprit ce que Greg venait de lui demander et ce qu’il devait faire.

— Pardon, Monsieur.

— Bien. Très bien. Prends le martinet et essaie de le faire tournoyer.

— Pardon, Monsieur, mais pourquoi voulez-vous que je fasse ça ?

— Tu es nouveau, n’est-ce pas ? Comment t’appelles-tu ?

— Oui, j’ai commencé il y a deux jours. Je m’appelle Dod. Eh, David.

— Et bien, Dod-Eh-David, je n’ai pas à te donner mes raisons. Contente-toi de faire ce que je te demande.

Malgré l’ordre on ne peut plus ferme, le ton de voix de Greg était resté doux. Il avait encore le même sourire indulgent. Dod prit le martinet et tenta d’imiter Greg. Il était pas mal moins habile que le jeune maître, mais ce dernier devait avoir des mois sinon des années d’expérience dans le maniement de son fouet.

Greg se mit à rire de voir toutes les courroies de son fouet s’emmêler après que Dod l’ait fait tournoyer maladroitement. Greg reprit son fouet, démêla les lanières et recommença ses mouvements de torsion du poignet et il fit voleter les lanières dans un sens puis dans l’autre, sans que celles-ci s’emmêlent. Dod avait observé attentivement le mouvement de la main et du poignet de Greg. C’était vraiment magnifique de le voir manipuler le martinet avec tant d’adresse. C’était comme une danse de la main. Quand Greg lui remit à nouveau le martinet, Dod lui sourit. Greg lui mit alors la main sur l’épaule, comme il l’avait fait pour l’autre élève, et la pressa doucement. Dod eut envie de pleurer à nouveau, mais de soulagement cette fois-ci.

Dod fit ensuite tournoyer le martinet vers la droite, puis vers la gauche. Greg l’observa et commenta ses efforts, l’amenant à modifier un peu le mouvement du poignet.

— Parfait, avait alors commenté Greg. Maintenant, nous devons nous occuper de ta punition, n’est-ce pas ?

Dod ravala sa salive avant de répondre.

— Oui, Monsieur.

Greg avait eu un petit hochement de tête approbateur et s’était levé. Dod essaya de se lever aussi, mais sa nervosité lui avait ramolli les jambes et il se retrouva assis à la même place sur le banc. Il se sentit rougir de cette marque de faiblesse, mais tenta de se relever. Greg lui tendit la main pour l’aider. Dod et Greg retrouvèrent alors dans la position de deux danseurs s’apprêtant à faire leur premier pas de valse. Greg sourit encore à Dod, mais de façon moqueuse cette fois-ci. Dod rougit à nouveau.

— Tu as vu comment l’élève se tenait devant moi tout à l’heure, n’est-ce pas ?

— Eh, oui, Monsieur.

— Prends la même posture.

Dod écarta les jambes à la largeur des épaules et prit son poignet gauche dans sa main droite dans son dos. Greg l’examina devant puis derrière.

— Non. Joins les avant-bras l’un sur l’autre. Je veux pouvoir avoir complet accès à tes fesses.

Dod rougit une fois encore, mais il obéit.

— C’est mieux. Maintenant, lève la tête, garde-la bien droite et regarde-moi dans les yeux. Quoi qu’il arrive, quoi que je te dise ou te fasse, tant que tu te trouves devant moi ou que tu attends pour que je te punisse, tu dois adopter et conserver cette posture. Compris ?

— Oui.

— Pardon ?

— Eh, oui, Monsieur.

— Première faute. Je noterai tous tes manquements aux règles que je t’ai indiquées et elles s’ajouteront à ta punition. Alors, efforce-toi de prêter attention à mes exigences et tâche de faire ce que je te demande de ton mieux, d’accord ?

— Oui, Monsieur.

— C’est mieux.

— Eh, puis-je poser une question, Monsieur ?

Greg eut un petit rire feutré.

— Normalement, tant que tu es dans cette posture, tu ne parles que pour répondre à mes questions ou pour me dire ce que je te demande d’expliquer. D’ailleurs, toutes mes questions doivent recevoir une réponse orale. Un haussement d’épaules, un hochement de tête ou un signe de la main ne suffiront pas. Si ce n’est pas pour me répondre, tu ne dois pas parler. Idéalement, je préfère même ne pas entendre de grognements ou d’autres manifestations verbales de ce que tu ressens. Mais je t’autorise à poser cette question cette fois-ci, étant donné que tu ne connaissais pas la règle.

— Vous avez dit que si je suis en train d’attendre d’être puni par vous, je dois conserver cette posture, mais comment est-ce que je fais pour savoir que je serai puni par vous quand j’arrive ici, étant donné que c’est plus ou moins le hasard qui détermine quel maître nous punira ?

— Excellente question, Dod. Tu as pas mal d’aplomb pour penser à me la poser d’ailleurs, pour quelqu’un qui s’attend à être puni pour la première fois par celui que l’on juge être le plus sévère des maîtres de discipline de cette école.

Dod rougit encore plus vivement que les fois précédentes. Il ne savait pas si c’était de satisfaction d’être ainsi félicité par Greg pour son attitude « pleine d’aplomb » ou de gêne d’avoir osé le questionner en pareille circonstance.

— Pour répondre à ta question, si tu arrives ici pour être puni et qu’il y a plusieurs personnes qui attendent sur le banc pour leur punition, si tu veux que je m’occupe de toi, tu restes debout devant le banc dans la posture que je viens de t’apprendre. Dès que je me libérerai, je te demanderai d’approcher et me chargerai de toi. Si quelqu’un d’autre que toi attend déjà debout, il passera avec moi avant toi, puis ce sera ton tour, compris ?

— Oui, Monsieur.

Dod se demanda s’il y avait vraiment des élèves pour attendre debout que le plus sévère des maîtres de discipline se chargeât d’eux. Il était vrai que Greg était un jeune homme des plus séduisants. Il avait une attitude très virile et pleine de calme assurance qui rappelait à Dod ce qu’il avait découvert récemment sur lui-même : les filles ne l’intéressaient pas du tout, c’était les beaux jeunes hommes sûrs d’eux-mêmes qui suscitaient le plus de passion en lui. Et Greg répondait parfaitement à ses plus hauts critères de sélection.

Greg mit alors le manche de son martinet dans une ganse de sa ceinture et plongea la main dans l’une de ses poches. Il en extirpa ce qui ressemblait à un collier en cuir et une lanière. Greg mit alors le collier autour du cou de Dod et y attacha la lanière.

Dod était confus. Mais qu’est-ce que c’était ça ? Greg venait de le mettre en laisse comme un chien ! Dod tendit les mains vers le collier pour le retirer.

— Ne t’avise pas d’y toucher ! gronda Greg.

La surprise en entendant la dureté du ton de voix de Greg après sa démonstration de gentillesse figea les mains de Dod en plein vol. Elles ne se rendirent jamais à son cou. Mais il baissa les yeux.

— Fautes 3 et 4, commenta Greg. Tu as retiré tes bras de ton dos et baissé les yeux. Reprends la posture que je t’ai enseignée. Tout de suite !

Dod obéit rapidement en pleurant. Greg tendit la main vers son visage. Un mouvement réflexe de peur poussa Dod à reculer la tête. Puis il la remit en place. Greg effleura son visage de la main et essuya ses larmes.

— Les larmes ne t’aideront pas, Dod. Tu subiras ta punition quand même. Quoi que tu fasses, tu n’y échapperas pas. Alors, pourquoi ne pas essayer de faire les choses aussi bien que possible et avec courage ?

— Parce que je… J’ai…, commença Dod.

— Peur ?

— Oui, Monsieur.

— Oui, bien sûr, Dod. La peur fait partie du châtiment, tu ne penses pas ?

— Je ne sais pas. Je… Je n’y avais jamais pensé, Monsieur.

— Tu vas me suivre maintenant. Tu marcheras à deux pas derrière moi. La longueur de la lanière est prévue à cet effet. Tant qu’elle demeure tendue comme ceci…

Sur ce, Greg fit la démonstration de la bonne tension de la lanière.

— …tu te trouveras à deux pas derrière moi. Si elle se tend davantage, c’est que tu seras trop loin. Si elle se détend ou se courbe, c’est que tu seras trop près de moi. Clair ?

— Oui, Monsieur.

Greg commença alors à marcher autour du gymnase en contournant les obstacles. Dod faisait très attention de ne pas trop tendre la lanière ni de la détendre. Mais à un moment donné, Greg s’arrêta pour parler à Sergueï, qui venait de finir de punir un élève. Dod, qui ne s’y attendait pas, s’était cogné à Greg.

— Faute 5, dit Greg avant de continuer de parler à l’autre jeune maître.

Une fois sa discussion concernant une sortie prochaine entre amis terminée, Greg se remit à marcher. Quand il s’arrêta de nouveau, Dod le fit aussi, gardant à la laisse sa parfaite tension.

— Bon travail, lui assura Greg.

Ce commentaire fit monter les larmes aux yeux de Dod. Jamais, de toute sa vie, il n’avait eu aussi souvent envie de pleurer ni autant envie de plaire à quelqu’un. Que lui arrivait-il ?

Greg continua de marcher autour du gymnase jusqu’à ce qu’il décide de se rendre à l’endroit où il devait punir Dod. Le virage abrupt à gauche de Greg surprit tellement Dod qu’en voulant suivre Greg, il en tomba à genoux. Greg, en se retournant, se retrouva debout devant Dod, agenouillé, puis se mit à rire.

— Je sais que je suis quelqu’un hors du commun, mais de là à t’agenouiller devant moi…

Le jeune maître rit de plus belle. Malgré ses joues plus rouges que jamais, Dod ne put que remarquer à la hauteur de ses yeux une bosse impressionnante au-dessus de l’entrejambe du jeune maître, ce qui coupa le souffle du jeune élève. Après s’être relevé et avoir pris la posture enseignée par Greg, Dod vit l’expression amusée du maître et il baissa les yeux.

— Faute 6 et 7. Quelles sont-elles ?

— Pardon, Monsieur ?

— Quelles sont tes fautes 6 et 7 ?

— Eh…

L’esprit de Dod était encore envahi par l’image de la bosse dans le pantalon de Greg et ne fonctionnait pas normalement. Il ne se souvenait pas de ce qu’il avait fait qui aurait pu ajouter au nombre de ses fautes. Quand il entendit Greg rire de plus belle, Dod se mit à bégayer.

— Je… Je n’ai pas… marché à deux pas derrière vous et j’ai baissé les yeux, Monsieur.

Greg le regarda si intensément que Dod faillit baisser les yeux encore une fois. Mais il se barda de courage et réussit à soutenir le regard du jeune maître. Ce dernier se pencha vers lui et lui donna un baiser sur le front, ce qui fit frissonner Dod. Pourquoi ressentait-il un tel plaisir à l’idée d’avoir plu au jeune maître ?

Greg reprit sa marche vers le centre du gymnase et s’arrêta près du cheval d’arçon. Puis se tournant vers Dod, il ordonna :

— Retire ton pantalon et ton sous-vêtement. Cul nul.

Comme Dod s’était transformé en statut, Greg le ranima d’un :

— Plus vite que ça !

À sa grande honte, Dod se remit à pleurer, mais commença quand même à détacher sa ceinture et à déboutonner son pantalon. Une fois redressé, son pantalon en tas à ses pieds, Dod leva les yeux vers Greg.

— Je sais ce que tu ressens, Dod. Je me suis trouvé à cette même place devant maître Ivan plus d’une fois. Maître Ivan n’avait pas une réputation de grande douceur, tu peux m’en croire. Il m’a plus d’une fois fait pleurer.

Dod avait du mal à imaginer Greg en train de pleurer, même à cause d’une punition, aussi sévère soit-elle. Mais le jeune maître ne mentait sûrement pas. Ce serait très facile pour Dod de vérifier la vérité de ses dires.

Ce qui gênait le plus Dod, c’était que malgré sa peur de ce qui l’attendait, son sexe pointait vers le plafond et, comme il avait repris la posture enseignée par Greg, il ne pouvait pas couvrir ses parties intimes. Tout le monde pouvait constater son état. Mais Greg n’en fit pas mention. Il n’y porta même pas les yeux.

— Mets-toi à plat ventre sur le cheval d’arçon, lui ordonna-t-il.

Dod tenta de lui obéir, mais il glissait et, chaque fois, son sexe frottait contre le bois de l’appareil. Greg l’aida à prendre la position demandée, de manière à ce que ses fesses soient bien placées pour recevoir sa punition. Mais la position du sexe de Dod rendait sa posture très inconfortable.

— Combien d’erreurs as-tu commises ?

— Eh, sept ?

— Est-ce une question ou une réponse ? questionna Greg.

— Une réponse, Monsieur.

— Et ton retard en classe, tu ne le comptes pas ?

— Eh, huit erreurs, Monsieur.

— Première visite au gymnase. Huit erreurs. Donc, huit coups à main nue. La prochaine fois, ce sera la palette et la fois suivante…, il vaudrait mieux pour toi qu’il n’y en ait pas.

Il semblait à Dod que ce châtiment n’était pas si cruel. Sacha lui avait dit que la première fois, il aurait droit à une fessée et c’était ce que Greg comptait lui infliger. Un coup par faute ? Il aurait pu en compter deux ou même davantage. Greg n’était peut-être pas si dur qu’on le disait, après tout.

— Demande-moi chaque coup à haute voix en les comptant, compris ?

— Oui, Maître.

Dod entendit Greg rire un peu. Il comprit que c’était parce que, sans y penser, il venait de l’appeler « Maître ».

Les secondes s’égrenaient et aucun coup ne tombait.

— Qu’est-ce que tu attends pour me demander le premier coup ? lui jeta Greg sur un ton impatient.

— Veuillez me donner le premier coup, Monsieur.

Le premier coup tomba. Smack ! Aie ! ! Dod ne s’attendait pas à avoir aussi mal et il avait gémi. Greg n’y allait pas de main morte.

— Veuillez me donner le deuxième coup, Monsieur, demanda Dod.

Smack ! Ouche ! « Mon Dieu, comment une tape donnée à main nue pouvait faire aussi mal ? » se demanda Dod.

Dod demanda chacun des coups suivants et, chaque fois, il lui semblait que la douleur était plus présente, plus intense. À la fin, il en avait la tête qui tournait et envie de pleurer encore une fois, mais il retint ses larmes. Il commença à descendre du cheval d’arçon. Jamais personne ne l’avait frappé, pas même son père, qui était pourtant un homme impatient et coléreux.

— Qui t’a dit que tu pouvais descendre de là ? lui demanda Greg.

— Personne, Monsieur.

— Laisse-moi d’abord contempler mon œuvre.

Contempler son œuvre ? Lorgner mon derrière, oui ! Dod était très heureux que Greg ne le voie pas rougir encore une fois. C’était à croire que ses joues étaient en passe de rester rouges en permanence, tant tout ce qu’il vivait le gênait, et Dod eut honte de ne pas savoir faire face à ses difficultés avec plus de sang-froid.

Dod entendit des pas derrière lui, puis des voix.

— Qu’en dis-tu, Sergei ? Est-ce que ma technique s’améliore ?

— Ah, les rougeurs sont très uniformes. Pas d’espace plus clair entre les marques. Je dirais que c’est presque parfait.

— Et toi, Pietr ? Qu’en dis-tu ?

— Je dirais que ce gamin a deux jolies pommes bien mûres et parfaitement rouges. Tu t’es surpassé, Greg.

Les trois jeunes maîtres se mirent à rire ensemble. Dod se sentait extrêmement embarrassé et malheureux. Est-ce que cette humiliation était censée faire partie de sa punition ? Dod avait envie de descendre et de fuir au plus vite et sans se retourner, mais le gars à la sortie ne lui remettrait sans doute pas le papier à donner au professeur si Greg ne le voulait pas. Et si Dod fuyait, Greg ne le permettrait sûrement pas.

— Descends de là, ordonna Greg.

Dod se laissa glisser en bas du cheval d’arçon, non sans s’écorcher le sexe au passage, mais demeura face à l’appareil pendant qu’il tentait de retrouver son souffle. Il se sentait trop vulnérable pour se retourner tout de suite.

— Retourne-toi, lui dit Greg d’un ton de voix si plein de douceur que Dod en eut encore envie de pleurer.

Dod s’efforçait encore de se calmer, mais il n’y arrivait pas. Il restait là, face au cheval, à essayer de retrouver ses esprits.

— Ne me force pas à te punir encore Dod. Obéis-moi.

Dod se retourna, mais garda la tête baissée. Quand il vit les pieds de Greg se rapprocher, il leva rapidement la tête et les yeux. Les deux autres maîtres étaient partis s’occuper d’autres élèves.

— Merci, Monsieur ! dit rapidement Dod.

Ces mots étaient sortis de sa bouche sans que son cerveau les eût commandés. Greg n’avait pas fini de s’approcher de Dod, mais il en resta figé sur place. Puis les yeux du jeune maître se posèrent sur le sexe, toujours aussi érigé de Dod et où quelques gouttes de sperme avaient commencé à perler. Greg releva ensuite son regard vers les yeux de Dod, qui tentait de retenir ses larmes et de lui sourire. Greg s’approcha à moins d’un pas de l’élève. Il lui retira le collier et la laisse.

— Bienvenue parmi nous, Dod. Tiens, rhabille-toi.

Greg lui tendait ses vêtements et ses souliers, que Dod avait été forcé de retirer pour se dévêtir. Dod les prit et se rhabilla, puis s’en alla. Le jeune homme à l’entrée jeta un regard vers Greg, qui hocha la tête, puis il remit à Dod un papier en lui disant de le remettre à monsieur Nikolaï.

 

Tirage n° 61905685 <3793643@27798487.com>

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