Conseil de discipline
Chapitre 8
Ce soir-là, la rumeur courait dans les dortoirs qu’Ivan était arrivé. Des élèves l’auraient vu passer avec Greg, qui marchait deux pas derrière lui. Dod en ressentit un frisson qui semblait ne pas vouloir finir et qui hérissa tous ses poils et même sa chevelure. Il continua d’essayer de lire son livre d’histoire de Russie, mais après avoir relu cinq fois le même paragraphe sans le comprendre, il sut qu’il n’y arriverait pas. Il se leva et alla au dortoir d’Andreï. Andreï n’était pas là. Dod retourna donc à son propre dortoir.
Deux terriblement longues heures plus tard, le couvre-feu allait sonner, mais Dod n’était pas pressé de se dévêtir pour mettre son pyjama. Il vit arriver Andreï.
— Greg et Ivan veulent nous voir au Gymnase.
— Juste toi, moi et Alekseï ou…
— Tous les élèves de Greg.
— D’accord. Je te suis.
— Non, je dois aller avertir les autres. Va directement au gymnase.
— Andreï ?
— Oui.
— J’ai la trouille.
— Moi aussi, répondit Andreï en lui offrant un petit sourire piteux.
Dod ne savait pas si le fait que sa peur soit partagée le rassurait ou la rendait encore plus réelle. Il attendit encore un peu, pour ne pas être le premier à arriver au gymnase.
— Qu’est-ce qui se passe ? demanda Sacha.
— Greg a été chassé du collège. Ivan est ici pour le faire réadmettre. Greg et Ivan veulent voir tous les élèves de Greg au gymnase.
— Oh. Tu vas passer un mauvais quart d’heure, mon p’tit père, affirma Sacha en souriant méchamment.
Dod resta au dortoir encore quelques minutes, mais il ne pouvait pas risquer de faire attendre inutilement les deux maîtres. Alors, il se leva et se rendit au gymnase. Le frottement de son pantalon l’aida un peu à ne pas penser à ce qui allait bientôt se passer.
En approchant de la porte du gymnase, Dod entendit une voix grave qui lui était inconnue. Cette voix parlait sur un ton d’assurance et d’autorité. Le sexe de Dod essaya de donner une secousse dans son pantalon, trop serré. Dod allait rencontrer le maître de son maître. Il ne savait pas que penser de ce fait. Devait-il être terrorisé ou se sentir honoré ? Il conclut qu’il devrait se sentir honoré, mais qu’il était quand même terrorisé.
Il entra dans le gymnase et repéra Greg, puis il s’avança vers lui. Cinq élèves que Dod ne connaissait pas se tenaient côte à côte dans la posture d’attente devant les deux maîtres. Dod salua les deux maîtres, puis se mit dans la même posture près des autres élèves et face à son maître. Greg discutait avec Ivan et ne semblait pas prêter la moindre attention aux élèves en attente devant lui.
Les derniers élèves arrivèrent avec Andreï et vinrent se mettre en posture d’attente de chaque côté de la petite rangée que Dod et les cinq autres élèves formaient déjà. Il y avait onze élèves en tout. Mais Dod savait que deux autres élèves étaient en Afrique en ce moment.
— Monsieur, commença Greg, vous connaissez tous les élèves sauf un. David est arrivé ici il y a deux semaines.
— Et il fait déjà partie de tes élèves ? Comment s’y est-il pris pour attirer si vite ton attention ?
« Merde ! » se dit Dod.
— Il s’est retrouvé ici à plusieurs reprises, Monsieur.
— Ah. Alors, vu qu’il n’est pas foutu de respecter le règlement, tu en as fait l’un des tiens. Étrange méthode de sélection, tu ne trouves pas ?
Greg rougissait et ne semblait pas savoir quoi répondre.
— Réponds ! lui jeta si durement Ivan que plusieurs élèves de la file d’attente sursautèrent, dont Dod.
— Ce n’est sans doute pas la meilleure méthode, Monsieur. Mais Dod n’est pas si mauvais élève qu’on pourrait le croire de prime abord.
— Greg. Dis-moi si je me trompe, mais n’est-ce pas lui qui est allé faire des menaces à votre curé ?
« Oh, double merdouille ! » se dit Dod. Les choses ne s’annonçaient pas au mieux pour lui. Greg se tourna vers lui.
— Dod. Est-il vrai que tu es allé menacer Monsieur le Curé hier ?
— Oui, Maître. C’est vrai.
Greg le regarda attentivement.
— Croyais-tu que je serais fier de toi pour avoir agi de la sorte ?
Oui, non. Il ne savait plus.
— Maître, je…
— Oui ou non ? lui jeta sèchement Greg.
— Non, Maître.
— Alors, pourquoi l’avoir fait ?
— Maître, c’était ça ou je le massacrais à coups de poing.
Dod crut voir le coin de la bouche d’Ivan se relever un peu dans son visage par ailleurs impassible. Mais le visage de Greg, lui, ne dénotait que la déception.
— Qu’espérais-tu obtenir en le menaçant ?
— Qu’il retire sa plainte à votre sujet, Maître.
— Crois-tu que les menaces soient une bonne façon d’obtenir ce qu’on veut ?
— Non, Maître.
Non, mais elles fonctionnent. En tout cas, Dod avait entendu dire que le curé avait retiré sa plainte.
— Pourquoi appelles-tu Greg « Maître » ? questionna Ivan.
— Parce que…
Dod chercha son souffle pour pouvoir continuer.
— Parce qu’il est mon maître et que je suis son esclave, Monsieur.
On aurait dit qu’Ivan s’était étouffé. Il avait émis un euf ! de surprise. Il regardait maintenant Greg avec une insistance à faire fondre les banquises de l’Oural. Greg soutint le regard de son maître jusqu’à ce que ce dernier eût retourné son attention vers Dod.
— Son esclave, tu dis ?
— Oui, Monsieur.
Dod ravala sa trop abondante salive dans sa gorge beaucoup trop sèche. Il continuait de regarder Greg dans les yeux. Il vit de l’affection dans le regard du jeune maître.
— Est-ce que ça signifie que Greg peut te demander et te faire n’importe quoi ? interrogea encore Ivan.
Ivan était un vrai colosse. Greg avait presque l’air d’un enfant en comparaison. L’expression que Dod lut dans le visage et ses yeux d’Ivan était un mélange d’inflexibilité et d’amusement. Dod ne savait pas s’il avait bien fait de répondre ce qu’il avait répondu, mais c’était la réponse la plus sincère qu’il pouvait donner.
— Oui, Monsieur.
— C’est ce que nous verrons, répondit Ivan sur un ton et avec un air si menaçants que Dod en eut un afflux de bile qui lui brûla la gorge et la bouche.
Malgré sa peur, qui devait être maintenant évidente à tout le monde, vu qu’il s’était mis à trembler, il ne cessa pas de regarder Ivan dans les yeux tant que celui-ci ne tourna pas son attention vers d’autres élèves. Il tourna alors les yeux vers ceux de son maître. Greg lui sourit.
Ah, mon Dieu ! À cet instant, Greg aurait pu lui demander de se jeter sur un rail à l’arrivée du train et il lui aurait obéi sans hésiter.
Ivan questionna Andreï et Alekseï pour savoir ce qu’ils avaient bien pu dire au curé face à la porte de la chambre de Greg. Les deux élèves répondirent franchement et sans aucune hésitation.
À la fin de la réponse d’Alekseï disant qu’au moins une personne avait eu le courage de dire en face au curé ce qu’il pensait de lui, Ivan émit une sorte de grognement. Dod ne savait pas ce que ce grognement signifiait, si c’était bon ou non, mais l’ancien maître tourna un instant les yeux vers Dod avant de demander à Greg s’il avait des informations intéressantes à donner au sujet des élèves présents et même de ceux absents.
Pendant que Greg répondait en commentant les améliorations du comportement de celui-ci, des résultats scolaires de celui-là, de l’intense désir de tel autre d’aller apporter de l’aide à ceux qui en ont le plus besoin, le rituel habituel de punitions s’effectuait dans le gymnase. Serguei et Pietr s’occupant tour à tour de ceux qui s’assoyaient peureusement sur le banc à l’entrée de la salle. Dod aurait préféré être à leur place et attendre son tour pour une nouvelle punition plutôt que d’être dans la file des élèves de Greg sous le regard sévère de maître Ivan.
Ivan permit à tous les élèves sauf Dod, Andreï et Alekseï de partir, puis se tournant vers Greg, il dit :
— Si nous allions à ton ancienne chambre, Greg. Il doit bien y avoir encore un lit et des chaises, non ?
— Oui, bien sûr, Monsieur.
Ivan ordonna aux trois élèves de les suivre. On aurait dit une couvée de canetons. Greg suivait Ivan à deux pas derrière lui et les trois élèves tentaient tant bien que mal de suivre Greg à deux pas derrière le jeune maître. Une fois élèves et maîtres entrés dans la chambre, Greg en ferma la porte et la verrouilla, puis Ivan se tourna vers les élèves.
— À poil. Tout de suite !
Les trois élèves commencèrent sans hésiter à se dévêtir. Dod tenta d’étouffer un faible gémissement en retirant son pantalon. Mais ce gémissement n’échappa pas à maître Ivan, qui tourna les yeux vers lui, l’examinant de la tête aux pieds après qu’il fût nu. Son regard glissa sur son sexe comme s’il ne pointait pas vers le ciel et comme si ses couilles n’étaient pas prisonnières de la cordelette. Quoi de plus normal, n’est-ce pas, qu’un jeune homme nu et bandé, avec le scrotum rougi, se tenant debout jambes écartées, bras joints au dos et attendant patiemment qu’on décide quelle torture lui infliger ? En tout cas, on aurait dit qu’il n’y avait rien de plus naturel pour Ivan.
Greg porta un instant son attention sur la cordelette. Et alors qu’Ivan examinait les deux autres élèves en les contournant, Greg questionna Alekseï.
— Ne t’avais-je pas demandé de lui enlever ça ?
— Oui, Maître, répondit Alekseï.
— Comment se fait-il qu’il l’ait encore ?
— Il n’a pas voulu que je la lui enlève, Monsieur. Il a dit que vous la lui retireriez lorsque vous reviendriez.
Greg tourna les yeux vers Dod.
— Et si je n’étais jamais revenu ? demanda-t-il à Dod.
— Vous êtes ici, Maître.
Greg attrapa vivement Dod par la chemise et lui administra une paire de claques au visage, puis il le relâcha. De toute évidence, la réponse de Dod ne le satisfaisait pas. Dod comprit qu’il n’avait pas vraiment répondu à la question posée.
— Je l’aurais conservée aussi longtemps que j’aurais pu, Maître.
Maintenant, même Ivan s’intéressait à lui.
— Je comprends pourquoi tu as menacé le prêtre maintenant. Tu ne voulais pas rester prisonnier de ça trop longtemps. Il valait mieux que Greg revienne.
Dod voulut répondre pour protester, mais il réalisa qu’aucune question ne lui avait été posée et qu’il n’avait pas le droit de parler. Il réussit à étouffer sa réponse à temps. Sa réponse, mais pas ses larmes.
— Qu’est-ce qu’il a à pleurer ce gamin ? Je ne lui ai encore rien fait, dit Ivan à Greg sur un ton grognon.
— Pourquoi pleures-tu, Dod ?
— J’avais si peur de vous perdre, Maître. Si peur de ne plus jamais pouvoir vous servir.
Les larmes coulaient maintenant à flot. Dod soutenait le regard rempli d’affection et de tendresse que Greg posait sur lui.
Ivan s’approcha de Dod et effleura ses testicules de la main gauche. Juste un effleurement qui envoya des décharges électriques dans le sexe de l’élève. Son sexe battit l’air plusieurs fois. Constatant ce fait, Ivan se mit à lui triturer le scrotum. Pas très fort, mais ses testicules étant devenues très sensibles, cela lui fit assez mal pour que Dod halète.
— Pourquoi lui as-tu mis ça, Greg ?
Greg indiqua à son maître les erreurs commises par Dod et il lui expliqua en détail ce qu’avait été la nature de la punition de Dod, en indiquant précisément le temps qu’il lui avait serré le scrotum dans la main et le nombre de tapes administrées à celui-ci. Cette punition avait paru très longue à Dod. Il fut surpris d’apprendre que le tout avait duré moins de dix minutes.
— Tu ne trouves pas que c’était un peu bref étant donné qu’il venait de te renier publiquement ?
— Non, Monsieur.
— Non ?
— Non, Monsieur.
— Peux-tu m’expliquer ta réponse ?
Greg rappela à Ivan que Dod n’était arrivé que deux semaines plus tôt, que son ignorance des règles lui avait occasionné des ennuis, mais que Dod était un bon élève. Il expliqua que le reniement n’avait pas été public étant donné qu’ils étaient seuls dans le corridor au moment ou Dod avait fait son choix. Il ajouta que Dod lui avait manifesté avec un regret évident et sincère ses remords. Il était prêt à subir une peine aussi dure que longue, mais Greg avait jugé que le courage dont il avait fait montre pendant sa punition lui valait qu’il l’abrège, car ils n’auraient rien gagné de plus en la prolongeant.
— Dis-moi, Greg ? M’est-il arrivé une seule fois d’atténuer ton châtiment parce que tu avais manifesté des regrets sincères ?
— Non, Monsieur.
— C’est ce qu’il me semblait. Et crois-tu que j’ai eu tort d’agir de la sorte envers toi ?
— Non, Monsieur.
— Alors, pourquoi ce qui est bon pour toi ne le serait pas aussi pour lui ?
Greg regardait son maître avec des larmes aux yeux. Dod avait envie de crier à Ivan de le laisser tranquille, de s’en prendre à lui plutôt qu’à Greg.
— Fais attention, Greg ! Tu sais que tu as tendance à te laisser aller aux sentiments. Ne les laissent pas te submerger et te dominer.
Ainsi, même Ivan se rendait compte que Greg l’aimait ! Dod essaya de ravaler les larmes qui voulaient encore jaillir et de retrouver un peu de calme. Si Ivan trouvait que Greg avait été trop mou envers lui, il n’avait qu’à achever son œuvre. Dod s’efforcerait de subir la prolongation de sa peine dignement.
— Ne crois-tu pas que ces trois élèves méritent d’être punis pour avoir menacé un homme d’Église ? demanda Ivan.
— Oui, Monsieur.
— Bien. Au moins, tu n’as pas complètement perdu ton bon sens, approuva Ivan.
— Que crois-tu devoir leur faire ?
— Monsieur, vous n’êtes pas ici souvent et… j’aimerais que vous vous chargiez d’eux comme s’ils étaient vos propres élèves.
« Oh là là ! » pensa Dod. Qu’allait-il leur arriver ?
— Tu ne m’empêcheras pas d’agir uniquement parce qu’ils diront regretter sincèrement leurs actes ?
Rien n’était moins sûr que ces regrets. En tout cas, Dod ne regrettait rien. Il recommencerait si c’était à refaire.
— Non, Monsieur. Je vous assisterai si vous avez besoin d’aide, répondit Greg en ravalant sa salive.
— Bien, dit seulement Ivan en souriant de manière peu rassurante.
— As-tu de la corde ou quelque chose pouvant servir de lien ?
— Oui, Monsieur.
Greg fouilla dans des tiroirs et en sortit un rouleau de la même ficelle qui avait servi à entourer le scrotum de Dod. Il tendit aussi une bonne longueur d’une corde plus épaisse et solide. Greg tendit également la laisse dont il se servait pour faire marcher les élèves dans le gymnase. Ivan déposa le tout sur le lit. Puis, après avoir retourné la chaise et avoir mis son dossier en appui contre un mur, il ordonna à Andreï et Alekseï de grimper face à face sur l’un des barreaux horizontaux entre les pattes de la chaise. En posant un genou sur le siège de la chaise, Ivan s’assura qu’elle ne bascule pas lorsque l’un des deux élèves grimperait sur son barreau. Les deux élèves se firent face, chacun sur un barreau de la chaise. Puis Ivan fouilla dans les poches de son pantalon et sortit quelque chose qui ressemblait à des pinces retenues par une chaine. Il y avait quatre pinces et deux chaînes. Il tendit une paire de pinces à Greg, qui comprit immédiatement ce qu’il devait en faire. Greg et Ivan étirèrent un peu les mamelons des deux élèves, puis y attachèrent chacun une pince. Puis, les deux maîtres s’offrant chacun l’autre pince, ils l’attachèrent à l’autre mamelon de chaque élève, les deux chaînes se croisant ainsi entre les poitrines des élèves. Pour ne pas tirer sur les chaînes qui les reliaient, Andreï et Alekseï devaient se pencher un peu en avant.
— Joignez vos avant-bras dans votre dos, ordonna Ivan.
Les deux élèves lui obéirent.
— Vous allez rester comme ça tant et aussi longtemps que je ne vous libérerai pas. Maintenant, que vais-je faire de toi, Dod ?
— Je ne sais pas, Monsieur, mais je suis sûr que vous allez trouver, répondit Dod avec un petit sourire en coin.
— Fais très attention à ton attitude, petit. Tu n’es pas en situation de te foutre de ma gueule.
Dod aurait aimé dire qu’il n’avait nullement eu l’intention de se foutre de la gueule de quelqu’un, surtout pas de celle d’Ivan, mais il ne put que ravaler sa réponse en même temps que sa salive.
Fouillant dans son autre poche, Ivan en sortit un autre jeu de pinces, qu’il installa sur les mamelons de Dod.
— Couche-toi sur le dos sur le lit, les pieds en direction de la tête du lit.
Dod obéit. Ivan s’empara de la laisse et il glissa son attache métallique sous la cordelette toujours enroulée autour du scrotum de Dod, ce qui resserra la cordelette.
— Tiens-toi aux barreaux du pied du lit, puis relève les reins pour que tes fesses soient au moins à une pyade du lit.
Dod s’accrocha aux barreaux du pied du lit et releva les reins aussi haut qu’il put. Il ne portait plus que sur les pieds, la tête et les épaules. Ivan attacha alors l’autre extrémité de la laisse sur le travers reliant les barreaux au haut de la tête du lit. Puis il prit un bout de corde qu’il attacha à la chaîne reliant les pinces et attacha l’autre extrémité de la corde au même endroit que la laisse. La tension de la laisse et de la corde ne permettait pas à Dod de descendre les fesses, même d’un quart de pouce. S’il bougeait, ne serait-ce qu’un peu, la laisse tirerait sur la cordelette entourant son scrotum et la corde tirerait sur la chaîne des pinces attachées à ses mamelons.
Ivan examina ensuite son œuvre démoniaque.
— Qu’en dis-tu, Greg ? Devrais-je y changer quelque chose ?
Greg s’approcha de la tête du lit.
— Déplie les genoux, Dod. Soutiens-toi à l’aide des talons, non de la plante de tes pieds.
Dod tenta de faire ce que son maître lui demandait. Mais chaque mouvement provoquait une traction sur la corde et la lanière de cuir. En grimaçant, il réussit néanmoins à se stabiliser dans une posture qui, l’espérait-il, répondait aux attentes de son maître. Mais Greg se pencha et le força à déplier davantage les genoux, afin que les jambes de son élève fussent bien droites. Dod sentait ses pieds glisser. Il avait une bien moins bonne assise sur ses talons qu’il n’en avait sur la plante de ses pieds et il devait lutter pour que ses pieds restent là où son maître les avait mis et ne pas baisser les reins.
— Oui ! Très bien, approuva Ivan. Considérable amélioration. Je savais que je pouvais compter sur toi, Greg.
Ivan examinait maintenant la posture d’Andreï et d’Alekseï, qui en étaient venus à se coller poitrine contre poitrine et qui avaient même posé leur tête sur l’épaule de leur vis-à-vis. Il les redressa brusquement en grondant. Andreï émit un jappement de surprise et de douleur quand l’une de ses pinces se détacha. Ivan la remit en place en la serrant davantage.
— Vous ne devez pas vous toucher, leur interdit-il.
Greg prit une règle de bois dans un tiroir. Il la plaça en équilibre entre les deux élèves, à la hauteur de la base de leur sternum. Cela força les deux jeunes hommes à s’éloigner un peu plus l’un de l’autre, de telle sorte que la tension des chaînes était maximale, sans pour autant forcer les pinces à se détacher.
— Si la règle tombe, on reprend tout à zéro, compris ? menaça Greg.
— Oui, Monsieur, répondirent les deux élèves en cœur.
— Ah, Greg. Je t’adore ! affirma Ivan.
Puis Ivan et Greg jetèrent un coup d’œil à Dod.
— Ça va, Dod ? demanda Greg.
— Oui, Maître.
« Je vais comme quelqu’un suspendu par les couilles ! Je ne pourrais aller mieux », pensa Dod sans le dire à haute voix. Mais il était quand même touché que son maître se soit assuré qu’il était capable de faire face à son châtiment.
— Alors, on y va, Greg ?
— Oui, Monsieur. Je vous suis.
Sur ce, les deux maîtres quittèrent la chambre. Où étaient-ils partis ? Pour combien de temps ? Dod n’était pas sûr d’avoir envie de le savoir.
— Merde alors ! dit Andreï. Vous croyez qu’ils vont nous laisser longtemps comme ça ? J’ai déjà mal aux pieds. Si je les change de place, c’est certain que la règle va tomber.
— Ne bouge pas, dit Alekseï sur un ton suppliant. Je n’ai pas envie qu’ils arrivent ici dans une heure et décide de nous faire tout reprendre à zéro parce que la règle sera sur la chaise.
— On aurait qu’à la remettre en place entre nous avant qu’ils reviennent, suggéra Andreï.
— Tu veux dire que tu veux tricher, constata Alekseï.
— Tu crois possible de rester une heure dans une telle position sans faire tomber la règle, toi ? Moi, je n’y crois pas un instant et je n’ai pas du tout envie de devoir tout reprendre à zéro.
— Vous pensez qu’ils le feraient ? demanda Dod.
— Quoi ? demanda Andreï.
— Vous obliger à tout reprendre à zéro.
— Tu ne connais pas encore Greg comme je le connais. Jamais il n’annonce quelque chose qu'il ne fera pas ensuite. S’il ta dit qu’il se passerait ceci si tu ne fais pas cela, il fera ceci si tu n’as pas fait cela, point à la ligne. Sois-en certain.
— Une heure ? Tu crois qu’ils vont nous laisser comme ça toute une heure ? questionna encore Dod.
— Ivan a dit qu’on allait rester comme ça longtemps. C’est quoi exactement « longtemps » pour Ivan ? Sûrement au moins une heure. Peut-être plus, répondit Alekseï.
— Je ne sais pas si je pourrai rester dans cette posture toute une heure, affirma Dod.
Tous les élèves se turent plusieurs minutes, terrassés à l’idée de la dureté de leur punition.
— Je t’avais dit qu’Ivan nous en ferait baver, dit Andreï.
— Le plus dur des deux cette fois-ci n’a pas été Ivan. Avant l’intervention de Greg, nous aurions au moins pu bouger un peu, déplacer nos pieds pour atténuer la douleur de ce barreau qui s’y enfonce. Et Dod ne tiendra jamais avec les jambes toutes droites. Il aurait peut-être pu y arriver s’il avait eu les pieds à plat sur le lit. Il aurait trouvé ça dur, mais il aurait tenu le coup. Placé comme il l’est maintenant…
— Tu as raison. Ce sont deux fils de chienne, affirma Andreï.
— Attention, Andreï ! Greg en a rejeté d’autres pour moins que ça. Si tu le trouves trop dur pour toi, tu n’as qu’à lui dire que tu abandonnes. Tu n’as pas à l’insulter, affirma Alekseï.
— Ce qui m’enrage, c’est que ce salaud de curé avait mérité ce qu’on lui a dit. Il aurait mérité qu’on le dénonce, insista Andreï.
— Tu aurais voulu qu’on l’accuse de ce qu’il n’a pas fait ? questionna Alekseï.
— Il a bien accusé Greg sans savoir. Il méritait qu’on lui rendre la pareille, répondit Andreï.
— Non, Andreï. Ils ont raison. Ce n’était pas à moi, pas à nous de le juger et de le condamner. En plus, nous lui reprochons ses accusations mensongères et nous voulons lui faire la même chose. S’il a eu tort de calomnier Greg, nous aurions eu tort de le calomnier. Nous n’avions pas à le menacer, déclara Alekseï.
— Mais… Le curé a retiré son accusation. Si je ne l’avais pas menacé, il l’aurait conservé et en aurait sans doute parlé à l’évêque, essaya de se défendre Dod.
— C’est vrai, ça. Alekseï, tu sembles avoir à cœur ce qui arrive à Greg et maintenant, tu nous condamnes pour l’avoir aidé.
Alekseï ne répondit pas. Les trois élèves se mirent à réfléchir à ce qui s’était passé et à ce qu’ils auraient dû faire ou ne pas faire. Dod n’arrivait pas à se sentir coupable. D’accord, il avait agi sous l’impulsion du moment, mais il avait vraiment aidé Greg à être réadmis, n’est-ce pas ?
— C’est injuste, se plaignit Andreï. Je suis sûr qu’ils vont rester où ils se trouvent jusqu’à ce que nous faisions tomber la règle ou que Dod plie les jambes pour ne pas se retrouver sur les fesses et nous devrons tout reprendre à zéro. Ivan sera bien content de nous infliger ça jusqu’au matin.
— Pourquoi ne pas se contenter de supporter ça une minute à la fois ? Qu’est-ce que ça donne de nous raconter des histoires d’horreur ? Est-ce que notre situation n’est pas assez difficile telle qu’elle est maintenant ? questionna Alekseï.
— Ça, tu peux le dire ! Je me demande même pourquoi je reste ici. Jusqu’ici, Greg avait été correct envers moi à sa façon. Mais ça ! C’est trop pour moi.
— Alors, pars, Andreï. Greg n’a jamais forcé qui que ce soit à lui obéir. Si tu en as assez, va-t-en, mais arrête de te plaindre.
— Comment fais-tu, Alekseï, pour rester aussi calme ? demanda Dod.
— Je ne suis pas calme. Quand j’ai su qu’Ivan serait ici, j’étais certain que quelque chose comme ça arriverait. Je mourais de trouille et j’aurais donné n’importe quoi pour être en Afrique avec Dmitry et Fedor. Je voulais y aller, mais Greg n’a pas voulu.
— Pourquoi ? questionna Andreï.
— Quand je lui ai demandé si je pouvais y aller, il a juste répondu « non ». Et quand je lui ai demandé pourquoi, il m’a fixé dans les yeux et n’a rien ajouté.
— Il ne devait pas savoir quoi te répondre, l’interrompt Andreï.
— Bien sûr qu’il avait ses raisons et même d’excellentes raisons. Mais il voulait m’obliger à accepter sa décision telle quelle. Il voulait que je lui montre que je savais qu’il n’aurait pas refusé sans une raison valable. Il est toujours comme ça. Tout devient un test ou une épreuve avec lui. Tu t’y fais ou tu abandonnes.
— Quelles étaient ses raisons ? demanda Dod.
— Il y en avait plusieurs. La première et non la moindre : c’est le père de Fedor qui devait payer le voyage pour les deux élèves qui partiraient. Fedor et Dmitry sont amis depuis qu’ils se sont tous deux retrouvés sous l’autorité de Greg. Je me demande même s’il n’y a pas plus que de l’amitié entre eux. Je ne sais pas, mais… Et puis, Dmitry et Fedor sont tous deux des enfants de familles très riches et très en vue sur la scène culturelle, pas seulement en Russie, mais partout dans le monde. Greg les trouvait trop… gâtés, pas assez conscients de la misère dans laquelle des milliers de gens vivent, même ici, en Russie. Alors, il leur a parlé de ce voyage et leur a fait valoir qu'il y gagnerait de la crédibilité pour leurs futures carrières. Les deux élèves veulent, pour l’un, devenir peintre et pour l’autre, devenir auteur. Il leur a dit qu’il serait extrêmement fier d’avoir des élèves capables d’oublier le milieu aisé dont ils sont issus pour aller aider les miséreux. Quand les élèves ont donné leur accord, Greg a parlé à leurs parents. La famille de Dmitry était prête à payer pour un voyage en Europe, mais pas en Afrique, et surtout pas là où Greg voulait envoyer les deux élèves. Quand il a appelé le père de Fedor, il avait affiné ses arguments, il s’était préparé à trouver sur quel bouton il faudrait appuyer pour que cet homme accepte de financer le voyage. Il y est parvenu. Et moi, peu après, j’entends parler de voyage d’aide humanitaire en Afrique, je me dis que c’est intéressant, que j’aimerais vivre une telle aventure. Je ne savais rien de tout le reste, de tout ce dont je viens de vous parler quand j’ai demandé à Greg si je pouvais y aller également.
— Quand…, commence Dod, puis il s’arrête pour reprendre souffle.
Dod ne s’était pas rendu compte qu’il était déjà assez fatigué et qu’il avait assez mal pour que sa respiration en soit affectée.
— Quand il t’a dit « non » et que tu as voulu insister, après qu’il t’ait fait comprendre à sa manière que tu n’obtiendrais pas d’autre réponse, tu es reparti sans rien dire ? Étais-tu en colère, frustré, déçu ?
— Un peu tout ça à la fois. Mais je me suis rappelé que depuis que je connais Greg, il n’a jamais agi sans une bonne raison. Alors, je me suis efforcé d’accepter sa décision. Le reste de ce que je vous ai raconté, je l’ai appris, sans même le vouloir, de la bouche de l’un et de l’autre, d’élèves qui connaissaient Fedor et Dmitry.
— Je ne sais pas si j’aurais pu me montrer aussi impassible que toi, Alekseï. En fait, je suis pratiquement certain que je me serais rebellé, dit Andreï.
Suivirent plusieurs minutes de presque total silence, seulement entrecoupé de quelques halètements et gémissements.
— Tu dois avoir mal aux reins, Dod, supposa Andreï.
— Je préfère ne pas y penser, répondit Dod.
— Moi, j’aimerais tellement pouvoir changer mes pieds de place sur ce maudit barreau ! Il y a l’un des motifs de ces barreau qui est en train de me scier la plante du pied droit. Et le gauche ne vaut guère mieux. Tu crois qu’on pourrait essayer de bouger très lentement et ensemble Alekseï ?
— Je doute que nous réussissions à déplacer nos pieds suffisamment sans faire tomber la règle.
— Depuis combien de temps sont-ils partis ? questionna encore Andreï.
— Je ne sais pas. Je dirais une vingtaine de minutes, peut-être.
— Pas plus que ça ? Misère ! Je ne tiendrai pas toute une heure, Alekseï. J’ai trop mal aux pieds et je ne sens plus rien sous ces pinces.
— Courage, Andreï, dit Dod.
Placé comme il l’était, Dod ne voyait pas les deux autres élèves. Il tenta de supporter son poids sur le dessus de sa tête pour les regarder, mais ce seul effort lui donnait mal partout et il risquait juste de tomber s'il continuait de bouger. Il repris donc la même posture. Andreï pensait que Dod avait surtout mal aux reins. Oui, son dos cambré lui faisait mal, mais il avait aussi très mal aux jambes, surtout au pli des genoux, qui étaient dans une position peu naturelle. Dod pensait que sa punition était bien plus sévère que celle des deux autres élèves, car il devait lutter en permanence pour conserver sa posture. Ses pieds glissaient sans arrêt sur les couvertures et comme il n’avait pas le droit de plier les genoux, c’était extrêmement difficile de les empêcher de glisser un peu plus chaque minute qui passait. La laisse et la corde tiraient de plus en plus sur ses mamelons et sur son scrotum, la douleur augmentant sans cesse.
— Pourquoi est-ce que vous acceptez d’endurer ça, les gars ? Rien ne vous y oblige. Qu’est-ce qui vous empêche de partir ? demanda Andreï.
Personne ne répondit, comme si Dod et Alekseï cherchaient tous deux, sans vraiment trouver de réponse à cette question. Alors, quelques minutes plus tard, Andreï leur posa à nouveau la même question.
— Je… je ne veux pas… décevoir Greg, dit Dod. Je veux qu’il soit… fier de moi.
— Merde ! Qu’est-ce qu’il t’a fait pour que tu sois comme ça avec lui ? questionna encore Andreï.
— La même chose… qu’à vous…, je suppose, répondit Dod.
— Non. Il agit différemment avec tout le monde. Il y a des choses qui sont pareilles, mais pas tout, affirma Alekseï.
— Toi aussi… Alekseï, tu veux… lui pl…, haleta Dod.
— Oui et non. C’est plus que ça. Peut-être que c’est parce que ma vision de la vie est très similaire à la sienne, mais je n’arrive pas à lui donner tort. Quand il me dit que quelque chose est bien ou vrai, quand il me dit qu’une chose est mal ou fausse, je crois toujours qu’il a raison. Il n’a même pas besoin de me convaincre. Alors, je le fais pour lui plaire, mais surtout pour me plaire à moi-même, répondit Alekseï.
— Et toi, Andreï, pourquoi restes-tu avec lui ? demanda Alekseï.
— Mes résultats scolaires, ma forme physique, mes connaissances générales, même mes talents artistiques se sont améliorés quand il m’a pris en charge. Je ne veux pas… que tout… redevienne comme avant.
— Il est plus doux envers toi, Andreï, qu’envers nous, je pense, dit Alekseï.
— Quoi ? ! Qu’est-ce qui te fait croire ça ? répondit Andreï, blessé dans son orgueil.
— Quelle est la pire punition que tu aies reçue de lui avant aujourd'hui ? questionna encore Alekseï.
Andreï rougit et refusa de répondre.
— Tu as entendu ce que Greg a dit qu’il avait fait à Dod avant d’être renvoyé ? Dod est ici depuis seulement deux semaines. Tiendrais-tu dix minutes s’il t’infligeait ça, Andreï ?
— Mais… il y a bien des façons… de punir un élève, répondit Andreï en haletant lui aussi.
— Oui, c’est vrai. Il y en a de douces et de moins douces, répondit Alekseï en riant.
Le rire d’Alekseï déséquilibra un peu les deux élèves et Andreï gémit, car les chaînes tirèrent un peu plus sur ses mamelons. La règle n’était pas tombée, parce qu’Andreï avait réagi rapidement, mais elle était maintenant plus basse sur leur poitrine qu’au début. La prochaine fois, elle tomberait sûrement.
— Arrête de te… foutre de moi, Alekseï.
— Je ne me fous pas de toi, Andreï. C’est la vérité. Celui de nous trois que Greg traite le plus durement, c’est Dod. Jamais il ne m’aurait traité comme il le traite pendant les toutes premières semaines où il s’occupait de moi. Et toi, Andreï, il ne te traite pas comme ça après plusieurs années avec lui. C’est bien pour ça que tu trouves ce que nous vivons maintenant si dur. Mais tout ce que nous avons à faire est d’attendre immobiles. Oui, on a un peu mal sous les pieds et aux seins, mais c’est supportable. Je pourrais rester comme ça encore… une heure, peut-être deux. Qui sait ? Avec la motivation nécessaire, j’y arriverais sans doute encore plus longtemps. Celui qui souffre le plus ici, ce n’est pas nous, mais Dod. Et il ne se plaint pas. Je suis même sûr que l’idée d’abandonner ne l’a même pas effleurée.
— Si, j’y pense. Plus j’ai mal, plus j’y pense, répondit Dod.
— Oui, bien sûr. Tu joues avec cette idée dans ta tête, mais tu sais bien que tu ne le feras pas, n’est-ce pas ?
Comme Dod ne répondait pas, Alekseï se mit encore à rire.
— Bien sûr que non. Tu resteras là jusqu’au bout de tes forces si nécessaire. Probablement que moi aussi d’ailleurs. Le seul de nous trois qui abandonnera peut-être si notre punition dure vraiment longtemps, c’est Andreï, déclara Alekseï sur le ton de la certitude.
Andreï secoua la tête, puis la détourna pour ne pas voir le regard et le sourire qu’Alekseï lui adressait.
Dod se demandait si Alekseï avait raison, s’il resterait là jusqu’à épuisement total. Déjà, la douleur et la fatigue étaient si intenses que Dod en avait envie de pleurer, d’appeler les maîtres à l’aide pour qu’ils arrêtent tout immédiatement. Mais quand il imaginait Ivan ne revenant que dans deux ou trois heures, qu’il pressentait la torture que ce serait pour lui d’endurer sa punition aussi longtemps, il se voyait encore sur le lit, attendant le retour des maîtres. Et quand il entrevoyait le regard de satisfaction de Greg, son sourire, des salves d’intense plaisir lui traversaient les entrailles et faisaient s’ériger son sexe.
Dix, quinze minutes s’égrenèrent dans le silence total.
— J’en ai assez, se plaignit encore Andreï. Je n’en peux plus. Que va-t-il t’arriver Alekseï si j’abandonne ?
— Je ne sais pas.
— Je ne veux pas empirer les choses pour toi, dit Andreï en gémissant tous les trois mots.
— Fais ce que tu crois devoir faire et oublie le reste. Je survivrai, répondit Alekseï.
Andreï sombra quelques minutes dans ses pensées.
— Comment c’était pour toi avant Greg ? Tu disais avoir amélioré presque tout depuis qu’il s’occupe de toi ? Tu ne travaillais pas bien ? questionna Dod en haletant.
— C’était pire que ça. Mes parents m’ont envoyé ici parce qu’ils savaient comment ça marchait, pour le respect du règlement et les punitions. Ils ont cru que si je me faisais botter les fesses, je me tiendrais tranquille et je travaillerais mieux. Et un jour, c’est Greg qui m’a puni, répondit Andreï en gémissant et geignant.
— Et tu veux que tout redevienne comme avant ? demanda encore Dod, toujours aussi essoufflé.
— Non. Outch ! Bien sûr que non, répondit Andreï.
Combien de temps encore avant que Dod se mette à trembler à force de fatigue ? Combien de temps encore avant qu’il ne soit plus certain de l’endroit où il se trouvait et de la cause de ses souffrances ? Pourquoi devait-il se tenir de cette manière déjà ? Qui l’avait condamné à une peine si cruelle ? Qu’avait-il fait de si terrible pour mériter ça ? Il ne savait plus. Il arrêta de se poser des questions et se contenta de lutter et d’attendre en endurant de son mieux la douleur qui n’en finissait pas de s’accroître. Puis un bruit, un craquement, une porte qui s’ouvrait.
Quelqu’un était en train de le détacher et d'enlever les pinces. Il lui massa les mamelons, ce qui le sortit de sa torpeur et le fit hurler. Puis il détacha complètement tout ce qui tenait son scrotum et le massa tout doucement. Ce qui fit gémir l’élève. Dod entendit : « Shhhh ! ». Il se calma un peu. La personne le prit dans ses bras et le serra tout doucement contre elle, lui murmurant des paroles de réconfort et des éloges pour son courage. Quand Dod reprit ses esprits, il vit qu’il était dans les bras de maître Ivan. Greg était en train de réconforter et de féliciter ses deux autres élèves. Andreï se mit à pleurer. Greg le serra très fort dans ses bras et l’embrassa sur le front en lui disant quel merveilleux cadeau Andreï venait de lui faire, qu’il ne l’avait jamais vu démontrer autant de volonté et de courage. Andreï se calma.
— Tu avais raison, Greg, au sujet de ce gamin. Dod est une perle rare. Prends-en grand soin, dit Ivan, tout en massant le dos de Dod, qu’il avait retourné sur le ventre.
Dod tourna la tête vers son maître, qui souriait à Ivan. Puis Greg tourna les yeux vers Dod. Il avait l’air si fatigué. Mais il semblait aussi très fier et heureux. Dod réussit à lui sourire. Lui aussi se sentait fier et heureux maintenant que tout était fini.
Le massage d’Ivan provoquait des élancements dans le dos de Dod et réveillait les douleurs endormies. Dod aurait voulu qu’il s’arrête, mais peut-être valait-il mieux qu’il continue, peut-être était-il en train d’aider à dénouer ses muscles et à réactiver sa circulation sanguine.
Greg s’était éloigné pour aller chercher de l’eau pour ses trois élèves. Ils semblaient tous assoiffés et ils vidèrent rapidement leurs verres d’eau.
Combien de temps étaient-ils restés dans la même posture ? Comme s’il avait lu ses pensées, Ivan regarda sa montre.
— Trois heures trente-cinq. Tu inscriras ce temps à leur dossier, ordonna Ivan à Greg.
— Oui, Monsieur.
Dod ne savait pas que Greg tenait des dossiers sur ses élèves.
— Il faudrait discuter avec eux demain de ce qu’ils ont vécu ici. Je suis sûr que vous aurez des tas de choses intéressantes à vous dire.
— Oui, j’en avais l’intention. Enfin, si je suis toujours ici.
— Tu le seras. Je t’en fais la promesse. On ne jette pas quelqu’un d’aussi doué que toi, Greg.
— Merci, Monsieur. Merci, pour tout.
Imitant son maître, Dod dit :
— Merci pour tout, Maître. Merci pour tout, Monsieur.
— Il n’y a pas de quoi ! répondirent les maîtres ensemble, ce qui fit sourire Dod.
Ensuite, maître Ivan aida Dod à se lever et lui dit d’effectuer des étirements. Dod était étourdi, mais maître Ivan le surveillait de près et le retint plusieurs fois pour que l’élève ne tombe pas. Pendant ce temps, Greg frictionnait les pieds de ses deux autres élèves. Il leur fit aussi effectuer quelques étirements. Puis les deux maîtres ordonnèrent aux trois élèves de se vêtir, d’aller prendre une douche, puis d’aller se coucher. Il ne restait que quelques heures avant le début des cours.
En sortant, Dod serra ses amis dans ses bras.
— Je suis vraiment heureux que tu aies continué, Andreï. J’étais vraiment surpris de voir que tu étais encore là après tout ce temps.
Andreï hocha la tête en versant quelques larmes. Dod lui donna un baiser fraternel sur la joue.
— Tu es une inspiration pour moi, Alekseï. Tu as vécu ça comme si ce n’était rien pour toi. Je n’en reviens pas de ton courage, dit Dod à son autre ami.
— Je n’ai pas été si courageux que tu le crois, Dod. Tu as été dans un autre monde pendant plus d’une heure. Tu ne disais plus rien. Tu ne haletais même plus. C’est tout juste si tu respirais. J’ai eu envie de descende de mon barreau pour aller vérifier si tu n’étais pas mort. Pendant ce temps, moi, je n’ai pas arrêté de souffler fort et de gémir. J’ai failli accepter la proposition qu’Andreï m’a faite de nous assoir quelques minutes puis de retourner sur la chaise après nous être reposés un peu.
— Oui, c’est bien ce que je disais. Tu restes totalement conscient de toute la cruauté de ta situation, tu en viens à avoir des doutes, mais tu continues quand même. Tu es un exemple pour moi, Alekseï.
— Merci, Dod. Toi, je ne te dis même pas. Greg peut bien t’adorer.
Dod rougit.
— Allez, viens, Andreï. Allons nous coucher. Je te reconduis à ton dortoir p’tit frère, dit Alekseï à Andreï.
— Bonne nuit, mes amis ! leur souhaita Dod.
Alekseï se retourna et lui sourit. Andreï était trop épuisé pour en faire autant. Dod se rendit à la salle des douches, resta longtemps sous l’eau chaude avant de se décider à sortir, s’essuyer et mettre son pyjama. Puis il alla se coucher. Il espérait que Sacha le réveillerait le lendemain. Il n’avait pas envie d’aller au gymnase à quatre heures. Il avait eu sa dose de punitions pour longtemps.
Tirage n° 61905685 <3793643@27798487.com>
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