Conseil de discipline
Chapitre 5
Le dimanche suivant, à la chapelle de l’académie, Dod était assis au milieu de son groupe dans les derniers bancs de la nef. Il cherchait Greg du regard. Dod savait que les professeurs, les employés de l’académie et les plus anciens élèves avaient des places à l’avant, mais il ne le voyait pas. Puis il le vit arriver avec Serguei. Greg ne portait pas l’uniforme de l’académie, comme d’habitude, mais un habit de velours noir, une chemise de soie bleu sombre, comme ses yeux, ainsi qu’une cravate noire à fins motifs du même ton de bleu. Il était superbe ! À couper le souffle, à vous donner envie de vous agenouiller devant lui. Il s’avançait d’une démarche digne, comme s’il était un prince ou l’invité d’honneur de cette cérémonie. Le cœur de Dod se mit à battre trop rapidement et son sexe à se déplier dans son pantalon.
D’ailleurs, depuis que Greg lui avait interdit de se masturber, il semblait à Dod que son sexe trouvait toutes les raisons possibles de se déployer de la même manière. Dod se retrouvait pantelant dix fois par jour. Quand Greg comptait-il lui permettre de se soulager ? Mais le splendide mâle en habit noir qui venait de passer dans l’allée ne valait-il pas que Dod apprenne à mieux contrôler son désir et son plaisir ? Ne valait-il pas qu’il se sacrifie pour lui ? Dod soupira.
— Arrête de soupirer ! Tu le dévores des yeux. Tout le monde va savoir que tu es amoureux de lui, chuchota Sacha.
— Quoi ? Je ne suis pas amoureux !
— Shhh ! Pas si fort. Tu veux me faire croire que tu n’es pas amoureux fou de lui ?
Quelqu’un devant eux leur fit faire silence. Dod, ne pouvant contredire Sacha, à haute voix, tenta de se convaincre lui-même que son ami avait tort, qu’il n’était pas en amour avec Greg. Mais plus il pensait au jeune maître, plus il se disait qu’il ferait n’importe quoi pour lui.
En tout cas, si sa tête doutait encore de la réalité de sa passion pour Greg, son sexe, lui, était très convaincu de l’attrait que l’élève éprouvait.
Quand la messe fut terminée, Dod laissa Sacha se rendre seul à la cafétéria. Dod voulait encore regarder passer Greg dans son bel habit. Il resta assis et attendit que le jeune maître sorte. Mais il n’arrivait pas. Dod le vit partir à l’avant avec le prêtre. Qu’est-ce que le prêtre pouvait lui vouloir ? Allait-il essayer de le convaincre que l’homosexualité est l’œuvre de Satan ? Dod aurait bien aimé entendre leur conversation.
Dod décida donc de ne pas attendre et se rendit à la cafétéria. Après être allé chercher son repas, il alla s’assoir à la même table que Sacha.
— Alors, tu l’as vu ?
— Laisse-moi tranquille, Sacha !
— Tu ne l’as pas vu ?
— Non. Il est allé parler avec le prêtre.
— Ah. Monsieur le curé aime bien les beaux jeunes hommes, rigola Sacha.
— Quoi ?
— Ce prêtre est ici depuis un an. Et depuis qu’il est arrivé, il n’a pas arrêté d’essayer de séduire Greg.
— C’est vrai ?
— Oh, que oui ! Tout le monde s’en est aperçu, répondit Sacha en se mettant à rire.
— Il n’y est pas parvenu ?
— Greg aime avoir le contrôle. Il faudrait que monsieur le curé soit prêt à s’agenouiller devant Greg pour qu’il ait une petite chance de le séduire.
Dod se mit à rougir. Sacha avait une manière de dire les choses qui le troublait beaucoup.
— Pourquoi est-ce que Greg va le voir s’il n’est pas intéressé ?
— Je crois qu’il garde monsieur le curé sur la corde raide. Il le laisse espérer que ça va arriver. Pendant ce temps, Greg peut lui demander tout ce qu’il veut. Monsieur le curé lui donnerait le Bon Dieu sans confession.
— Tu crois que Greg est aussi manipulateur ?
— Qui ? Greg ? Manipulateur est son nom de famille. Tu ne t’en es pas rendu compte ?
— Non. Je crois que tu interprètes tout de la pire façon.
— En passant, il paraît qu’il t’a fait ramper et s’est enfermé avec toi à la salle de toilettes. Qu’avez-vous fait ? Vous avez joué à touche-pipi ?
La main de Dod est partie sans aucune intervention de son cerveau et elle est allée percuter la joue de Sacha.
— Tu… Tu n’as pas le droit !
Une main se posa sur son bras. Dod leva les yeux et vit Greg qui lui faisait signe de la tête de le suivre. Si c’était parce qu’il avait frappé Sacha, il fallait que Dod lui explique pourquoi il s’en était pris à son ami.
Greg avait pris les devants et Dod l’avait suivi, mais il avait perdu le maître de vue. Il ne savait pas de quel côté aller. Puis il le vit, adossé un peu plus loin à un mur et en train de le regarder hésiter. Dod s’est approché de Greg.
— Maître, je…
— Prends la posture d’attente, ordonna Greg.
Greg s’éloigna du mur, contourna Dod, se plaça derrière lui et le poussa contre le mur. Une fois la poitrine de Dod appuyée au mur, Greg força de mouvements secs du pied ceux de Dod à s’éloigner du mur. La surprise avait poussé Dod à retirer les bras de son dos.
— Première faute, compta Greg.
Greg resta sans rien dire derrière lui si longtemps que Dod se demanda s’il était encore là.
— Si tu ne veux pas que je m’occupe de toi alors que tu n’es pas au gymnase, tu n’as qu’à retourner à la cafétéria. Si tu restes ici, dans cette posture, tu me donnes le droit de faire de toi ce que bon me semble. Compris ?
— Oui, Maître.
Greg resta encore en silence une minute, pendant laquelle Dod s’efforçait de garder ses bras au dos et de ne pas glisser contre le mur. Dod en sentait l’odeur de vieille peinture et de désinfectant, mais il n’avait aucune envie d’être ailleurs que là où il se trouvait maintenant.
— Tu n’as pas à frapper tes camarades, quelle que soit la raison. Ce n’est pas à toi de les punir pour leurs erreurs. Le seul cas où tu aurais le droit de frapper quelqu’un serait si cette personne t’agressait et que tu la frappais pour te défendre. Sinon, si quelque chose te déplaît dans la conduite de ton ami, dis-le-lui et demande-lui de ne pas recommencer. S’il recommence et que tu juges sa conduite assez inconvenante pour porter plainte, fais-le auprès de son professeur titulaire. Est-ce clair ?
— Oui, Maître, mais…
— Quoi ? !
L’indignation que Dod venait d’entendre dans la question du maître lui disait que ce « mais » n’était pas du tout le bienvenu. Pourtant, Dod n’avait voulu que lui dire ce pour quoi il avait frappé Sacha. Des larmes montèrent aux yeux de Dod. Il se sentait trahi par Sacha, qui l’avait accusé de quelque chose qu’il n’avait jamais fait et à quoi il n’avait même jamais pensé. Dod avait voulu défendre la réputation de Greg et celui-ci le punissait pour ça.
— Deuxième faute. Je ne t’ai pas demandé de détails.
Dod entendit Greg s’éloigner. Il le vit retourner à la cafétéria. L’heure du repas allait bientôt finir et tout le monde allait le voir dans cette posture ridicule contre le mur. N’avait-il pas pensé, alors qu’il se trouvait dans la salle de toilettes du gymnase, qu’il était prêt à endurer bien pire pour Greg ? Dod ferma les yeux et attendit qu’il revienne.
Dod entendit du brouhaha. Les gens commencèrent à sortir, mais Dod était toujours contre son mur. Dod garda les yeux hermétiquement fermés. Des gens s’étaient arrêtés derrière lui et commentaient assez méchamment sa situation. Sacha vint lui mettre la main sur une épaule.
— Allez, Dod. Pardonne-moi. Je n’aurais pas dû te dire ça. Viens. Ne reste pas là. Ne laisse pas ce salaud te torturer. Pourquoi le laisser t’humilier ?
Dod ne répondit pas. Il n’avait pas le droit de parler. Mais il se mit à pleurer doucement. Sacha essaya de le décoller de son mur. Dod se dégagea tant bien que mal des mains de son ami et retourna s’appuyer contre le mur. Puis, il referma les yeux.
Quelques secondes plus tard, Dod sentit une main le tirer pour l’éloigner du mur. Pensant que c’était encore Sacha, il se secoua pour se libérer.
— C’est moi, Dod, dit Greg.
Dod laissa le jeune maître l’éloigner du mur et le retourner.
— Crois-tu que je n’ai jamais rien entendu de ce genre. Crois-tu que Sacha soit le premier à le penser ? Je suis assez grand pour me défendre tout seul, Dod. Mais je te remercie d’avoir voulu préserver ma réputation.
Greg se pencha et lui donna un trop bref et trop chaste baiser sur la bouche.
— Viens avec moi. Je vais dire au responsable de la salle d’activités que je suis la cause de ton retard.
Les samedis après-midi étaient consacrés aux études et aux devoirs. On pouvait aussi lire des livres empruntés à la bibliothèque, à la condition qu’ils concernent des matières enseignées en classe. Mais les dimanches pouvaient être consacrés à des activités ou des lectures plus ludiques. Cependant, les heures d’arrivées et de sorties de la salle d’activités étaient réglementées. On ne pouvait entrer et sortir quand bon nous semblait sans raison valable.
Regardant Dod intensément, Greg poursuivit.
— À moins que tu préfères qu’on ne sache pas que tu es mon nouvel esclave, dit Greg avec un sourire malicieux.
Regardant encore Dod dans les yeux, il ajouta :
— Ou peut-être préférerais-tu que le responsable te donne un autre papier pour te retrouver au gymnase ce soir… Que choisis-tu ?
— Je ferai ce que vous me demanderez, Maître.
— Non. C’est à toi de choisir. Est-ce que je t’accompagne ou pas ?
Dod réfléchit. Si Greg l’accompagnait, tous les élèves de la salle d’étude, même ceux qui ne le connaissaient pas, même ceux qui ne l’avaient pas vu en sortant de la cafétéria sauraient qu’il était le nouvel « esclave » de Greg. Dod n’était pas sûr d’être prêt à avouer son désir de se soumettre à la volonté du jeune maître. D’un autre côté, un nouveau billet signifiait qu’il reverrait Greg ce soir.
— Je préfère que vous ne veniez pas, Maître.
Greg eut tout à coup l’air extrêmement triste.
— Tu me déçois, Dod.
Le décevoir ! Pourquoi ?
Greg s’éloignait, tête basse. Il avait l’air blessé et Dod se sentit coupable de cette blessure sans comprendre comment il la lui avait infligée. Il réfléchit. Puis il comprit. En refusant d’être accompagné par Greg à la salle d’études, il venait de lui dire qu’il avait honte de la relation qu’il entretenait avec lui. Dod eut envie de courir rejoindre Greg et de lui demander pardon, à genoux si nécessaire, mais en arpentant les couloirs, Dod comprit que c’était trop tard. Il l’avait perdu de vue. Il ne savait pas où le retrouver. Dod se rendit donc à la salle d’activités, le cœur gros. Il se sentait indigne de Greg.
Tirage n° 61905685 <3793643@27798487.com>
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