Conseil de discipline
Chapitre 3
Ce soir-là, après être arrivé au dortoir, Sacha lui demanda qui l’avait puni.
— Greg.
— Aie !
— Non, il a été correct.
— Greg, correct ? ! Que t’a-t-il fait ?
— Fessée.
— Combien de coups ?
— Huit.
— Huit ? ! Normalement, pour une première infraction, Serguei ne donne qu’un avertissement. Pietr te fait baisser ton pantalon, mais pour un retard en classe, il ne te frappe pas, il se contente de te le faire remonter ensuite. Le pire que tu reçoives d’eux pour une première fois et un simple retard est une tape ou deux de la main sur les fesses. Toi, tu en as reçu huit. Et tu dis que Greg a été correct !
— C’est que j’ai commis sept autres erreurs, répondit Dod d’une toute petite voix pas très assurée.
— Ouais. Je sais. Il t’a fait tout son numéro de cirque. Il t’a montré la posture d’attente à prendre devant lui, t’a fait marcher en laisse autour du gymnase et ainsi de suite. C’est ça, hein ?
— Oui.
— Il n’y a que lui pour t’infliger de nouvelles règles et te forcer à les respecter. Comme elles sont nouvelles, tu te trompes forcément plusieurs fois et il te punit pour ça en plus du reste. Je te le dis, c’est une vraie vache, ce gars.
Malgré lui, Dod secoua la tête. Ce que Greg avait fait ne lui avait pas paru si terrible. Il l’avait même aidé à se calmer en le laissant jouer avec son martinet. Sacha lui parlait encore et Dod ne comprenait pas ce qu’il disait tant il était perdu dans ses souvenirs.
— …très fort ? demanda Sacha.
— Quoi ?
— T’a-t-il frappé très fort ?
— Pas plus que je ne pouvais le supporter.
— Montre tes fesses.
— Écoute, il y a assez de gens qui ont vu mon cul pour aujourd’hui, d’accord ?
— Bon bon, te fâche pas. Je voulais juste savoir s’il t’avait donné la totale.
— La totale ?
— Oui. Quand quelqu’un lui plaît, il y met plus… d’énergie.
— Lui plaît ?
— Est-ce que t’es un perroquet ? Parce qu’on le dirait vraiment, commenta Sacha.
— Que veux-tu dire par « quelqu’un qui lui plaît » ?
— Greg est gai. Il ne s’en cache pas. D’ailleurs, il est bien le seul à oser le dire. Il y en a d’autres ici qui le sont, mais jamais ils ne l’admettraient. On peut dire que Greg a des couilles en tout cas.
— Et s’il m’a donné « la totale », c’est que je lui plais ?
— T’as fini par comprendre. Bravo !
Soudain Dod avait envie de se déculotter et de montrer ses fesses à Sacha. Il aurait aimé savoir s’il avait reçu « la totale ».
— T’a-t-il humilié devant les autres maîtres ?
— Humilié ?
Dod comprenait trop bien ce que Sacha voulait dire, mais il préférait ne pas le lui dire.
— Tu ne vas pas recommencer à répéter tout ce que je te dis, hein ?
— Désolé.
— A-t-il ri de ton derrière devant les autres maîtres de discipline ?
Dod ne répondit pas, mais devint sûrement cramoisi. Il sentit le sang affluer même dans ses oreilles. Sacha se mit à rire.
— Ah, Dod. Tu viens de te faire un ami. Il t’a donné la totale, mon vieux. Tu n’as pas fini d’en baver si tu tombes sur lui une nouvelle fois. T’as intérêt à te tenir bien tranquille.
Dod avait la gorge sèche, mais il ne savait pas s’il craignait ou non de « tomber sur lui une nouvelle fois ».
Le lendemain matin, au cours de monsieur Nikolaï, Dod lui remit son papier en entrant. Il allait prendre place à un pupitre quand le professeur lui dit :
— David, vous êtes en retard.
Dod regarda autour de lui. Il n’y avait que deux élèves arrivés en classe. Dod s’était assuré d’arriver à l’heure cette fois-ci. Il n’était certainement pas en retard.
— Ce papier aurait dû m’être remis hier.
— Mais, Monsieur, j’ai été puni hier et, de toute façon, je n’avais même pas de cours avec vous hier.
— Vous auriez dû vous présenter à mon bureau et me le remettre. Vous êtes en retard, insista monsieur Nikolaï.
Dod regarda avec incrédulité le professeur, qui lui tendait un autre papier, comme celui qu’il lui avait remis à son premier cours. Le professeur secouait impatiemment le papier pour pousser Dod à le prendre.
— Monsieur, je suis nouveau. Je ne savais pas que…
— C’est écrit dans le règlement que vous avez reçu à votre arrivée et au bas de ces papiers. Le document prouvant que vous avez reçu votre punition doit m’avoir été remis dans les trois jours après la faute. Lisez le règlement. C’est votre devoir d’élève. Prenez ce papier maintenant.
Dod s’avança et prit le papier. Il se rendit au gymnase le soir même.
Après avoir montré le papier au préposé aux inscriptions, qui était le même que la veille et qui était surpris de le voir revenir déjà, Dod alla s’assoir sur le banc. Puis il se mit à penser à ce que Sacha lui avait dit : « Tu t’es fait un ami ». Même si ces paroles étaient moqueuses, Dod avait senti une décharge électrique le parcourir en comprenant ce que cela signifiait. Dod se releva et prit la posture enseignée par Greg la veille.
Dod garda les yeux fermés pour mieux s’efforcer de trouver le courage nécessaire pour ce qui suivrait. Quand il ouvrit les yeux, il vit les pieds de Greg juste devant lui. Dod leva les yeux et regarda Greg. Il lui donna le papier et remit les bras au dos. Greg prit le papier sans l’ouvrir. Il regardait Dod avec insistance, mais l’élève ne baissa pas les yeux.
— Laisse-moi deviner. Tu as remis le papier trop tard parce que tu avais trop attendu avant de venir ici et tu n’avais pas de cours avec le professeur Nikolaï avant le lendemain.
Dod hocha la tête.
— Première faute, Dod. Tu es censé me répondre oralement, tu te rappelles ?
— Oui, Maître.
Cette fois-ci, Dod avait utilisé le titre volontairement. Ce qui fit sourire Greg. Dod se sentait très vulnérable sous le regard trop insistant du jeune maître. Il allait être puni pour quelque chose qu’il ignorait devoir faire. Comme s’il lisait ses pensées, Greg y répondit.
— Nul n’est censé ignorer le règlement. C’est du moins l’avis du professeur Nikolaï. Qu’en dis-tu ?
— Je viens d’arriver. Je n’ai pas eu le temps de lire le règlement et je n’avais pas interprété ce qui est écrit sur ces papiers comme le comprend le professeur Nikolaï.
— Donc, si tu es ici, c’est une pure injustice. C’est bien ce que tu crois ?
Dod ne savait que répondre à cette question. Après avoir réfléchi un instant, il se décida à répondre par l’affirmative. Greg rit.
— Alors, me permets-tu de me montrer très injuste envers toi ? demanda Greg en souriant.
Dod le regarda, ne sachant pas s’il était sérieux ou non, ni à quoi il devait s’attendre s’il répondait « oui ». Et que ferait Greg s’il répondait « non » ?
— Oui, Maître, je vous le permets, répondit Dod avec un petit sourire timide.
Greg tendit la main vers lui et la posa sur son épaule.
— Pourquoi ne pas être resté assis sur le banc ?
Greg avait donc vu que Dod s’était d’abord assis. Le jeune maître passait délicatement le pouce sur le cou de Dod, ce qui le fit frissonner.
— Je ne sais pas, Maître.
— Je n’aime pas beaucoup les mensonges, Dod. Pourquoi t’être levé ?
— Parce que… parce que vous m’avez donné « la totale » la dernière fois, répondit Dod en rougissant comme jamais.
— La totale ?
Greg se mit à rire et à rire. Tellement que, malgré sa gêne, Dod ne put faire autrement que de lui sourire.
— Alors, tu as eu envie que je botte un peu plus ton joli petit derrière ?
Très mal à l’aise, Dod détourna la tête.
— Deuxième erreur.
Dod dut rassembler tout son courage pour tourner la tête vers Greg et le regarder en face. Greg le força à soutenir son regard quelques secondes, puis lui dit d’avancer. Il mit une main au milieu du dos de l’élève et le poussa doucement vers le centre du gymnase. Une fois rendu près de la poutre d’exercice, il s’arrêta. Dod fit de même et prit aussitôt la posture apprise.
— Te rappelles-tu ce que je t’avais dit concernant ce qui se passerait si tu revenais ici une deuxième fois ?
— Oui, Monsieur. Vous avez dit que vous utiliseriez la palette.
— Oui. C’était surtout une façon de te faire comprendre que les choses ne deviendraient pas plus douces pour toi si tu devais revenir, bien au contraire. En fait, j’aime bien me servir de mes mains, à toutes sortes d’usages, précisa-t-il en lui faisait un sourire canaille.
Dod eut bien du mal à garder les yeux à la hauteur de ceux du jeune maître, mais il y arriva.
— Très bien, Dod. Tu apprends vite.
Les félicitations le firent rougir, mais lui firent aussi chaud au cœur. Ce n’est pas le seul endroit où il avait chaud d’ailleurs et son cœur s’était mis à battre trop fort et trop vite. Il en sentait les pulsations même dans son sexe.
— Respire, Dod. Tu ne tiendras pas bien longtemps si tu ne respires pas, lui dit Greg sur un ton moqueur.
Dod comprit qu’il avait retenu son souffle. Il s’efforça de respirer lentement et profondément.
— C’est bien. Maintenant, déchausse-toi et enlève ton ceinturon.
Dod commença à se déchausser pendant que Greg allait parler à Serguei. Les deux maîtres revinrent ensemble. Quand Dod fut déchaussé et sans ceinture, Greg lui ordonna de s’étendre à plat ventre par terre. Dod le regarda d’abord, surpris par cette demande, puis exécuta l’ordre donné. Les deux maîtres le soulevèrent et l’étendirent à plat ventre sur la poutre, dans le sens de la longueur de celle-ci. Dod avait poussé une sorte de jappement de surprise en se sentant ainsi soulevé du sol sans aucun avertissement préalable. Dod n’avait jamais fait d’exercice sur une poutre, mais il en avait déjà vu. Celle-ci lui semblait moins large et moins haute que celles qu’il avait déjà vues. Il s’y trouvait maintenant dans un équilibre précaire.
— Croise tes chevilles sur la poutre, ordonna Greg.
Dod réussit difficilement, mais sans tomber, ce que Greg venait de lui demander.
— Joins tes mains dans ton dos, lui commanda-t-il ensuite.
Dod le fit, mais se sentait bien plus vulnérable qu’à son arrivée. Le moindre mouvement pouvait lui faire perdre l’équilibre. Si au moins il avait pu poser les mains sur ou sous la poutre, mais avec les mains jointes au dos, un rien suffirait à le faire tomber.
— Trois erreurs, dix minutes par erreur. Trente minutes sur la poutre, lui annonça Greg. Et si tu tombes, on reprend tout à zéro, quitte à y passer la nuit.
Le jeune maître s’éloigna, laissant Dod à son supplice. Dod s’efforça de se décontracter, mais c’était difficile étant donné que son sexe n’avait cessé de croître depuis l’instant où Dod s’était levé pour attendre que Greg vienne s’occuper de lui. Le sexe de l’élève était de plus en plus à l’étroit dans son pantalon et faisait une bosse sous lui, nuisant à son équilibre.
Même si Dod tombait, ce ne serait pas bien terrible, étant donné qu’il y avait des tapis près de la poutre et sous elle, mais ce serait quand même un choc. Et le pire serait qu’il devrait tout recommencer à zéro.
Dod entendit Greg s’approcher. Il était en train de dire « cinquième erreur ». Dod en fût surpris, car il n’avait rien fait d’autre que d’attendre bien patiemment sur la poutre. Puis il comprit que Greg s’adressait à un autre élève.
— C’est injuste, se plaignit l’élève. Je suis nouveau. Je ne savais pas.
— Que dis-tu de ça, Dod ?
— Nul n’est censé ignorer le règlement, Maître, répondit Dod.
Ce qui fit rire Greg aux éclats. Cet éclat de rire fit sourire Dod. Il aimait bien le rire de Greg.
— Exact, répondit Greg. D’ailleurs, c’est ta sixième erreur, Vlad. Tu dois rester silencieux à moins que je t’interroge, rappelle-toi.
— Mais…
— Septième erreur.
— Mais, Monsieur,…
— Huitième erreur. Tu ne te rends vraiment pas les choses faciles.
Dod entendit alors des reniflements. L’élève était sans doute en train de pleurer. Il y eut un moment de silence, puis Greg ordonna à Vlad de retirer son pantalon et son sous-vêtement.
— Je ne peux pas faire ça ! C’est indécent !
— Neuvième erreur. Et tu penseras à l’indécence des punitions la prochaine fois que tu auras l’idée de ne pas faire tes travaux. Allez, cul nu.
Vlad ne semblait pas bouger.
— Cul nu ou je demande l’aide des deux autres maîtres pour te déshabiller de force.
Dod entendit des bruits de tissu froissé. Vlad avait sans doute fini par comprendre que ni ses tentatives pour expliquer sa conduite, ni sa rébellion, ni ses larmes ne lui épargneraient sa punition.
— Mets-toi à plat ventre sur le cheval d’arçon maintenant.
Dod entendit des bruits de pied et de genoux qui se cognent et qui glissent contre le bois, puis une sorte de chuintement. Greg avait dû le soulever pour lui permettre de prendre la bonne position.
— Dix erreurs…
— Quoi ? Vous aviez dit « neuf » tantôt.
— Dixième erreur pour avoir parlé sans permission, plus le retard dans la remise de ton devoir, ce qui fait maintenant onze erreurs. Donc, première visite au gymnase. Onze erreurs. Un coup par erreur, ce qui fait onze coups à main nue.
— Quoi ? Vous n’allez pas me donner la fessée ? C’est indécent !
— Décidément, tu n’as que cet adjectif à la bouche. Tu pourrais aussi essayer : inconvenant, immoral, malséant, déplacé, choquant, obscène, grossier, licencieux, impudique, immodeste, libidineux, débauché, dévergondé. Tu en es maintenant à douze fautes, en comptant le retard, et donc douze coups donnés à main nue sur tes fesses, Vlad. Et ne penses surtout pas que tu vas y échapper quel que soit l’adjectif utilisé pour décrire la fessée.
Dod n’avait pas réussi à s’empêcher de pouffer de rire en entendant la liste de synonymes. Mais son rire lui avait fait perdre son équilibre et malgré sa lutte pour le regagner, il se retrouva au sol avec un beau vlan ! Une fois au sol, il avait encore les chevilles jointes et les mains au dos.
— Oooh ! Il a gardé la posture. Voyez-vous ça, si c’est pas chou ! Je crois que je vais réduire ta peine de dix minutes juste pour ça, dit Greg. Serguei, veux-tu venir m’aider s’il te plaît. Retourne-toi sur le ventre, Dod.
Dod obéit en se roulant par terre afin de pouvoir conserver la pose. Les deux maîtres le soulevèrent encore et il se retrouva à plat ventre sur la poutre en moins de deux avec vingt nouvelles minutes à faire. Étant donné qu’il en avait bien déjà fait quinze, au total, à la fin de son châtiment, il aurait tenu trente-cinq minutes au lieu de trente. Ce n’était pas beaucoup plus long que ce qu’il devait faire au départ, mais il ne fallait pas qu’il se remette à rire.
Vlad avait fini par se taire et Greg par lui administrer sa punition, tout indécente qu’elle fût. Vlad ne remercia pas Greg avant de s’en aller en courant.
Plus le temps passait, plus Dod trouvait difficile de rester immobile sur la poutre. Il aurait dû y arriver sans peine, mais il avait mal partout et s’était mis à trembler et vaciller. Il devait résister à tout ce qui nuisait à son équilibre et menaçait de le faire tomber encore. S’il tombait maintenant et qu’il reprenait tout à zéro, Dod n’était pas certain de pouvoir tenir bien longtemps ensuite.
Le jeune maître avait contourné la poutre pour se placer dans le champ de vision de Dod.
— Fatigué, Dod ?
— Oui, Maître.
— Dis-moi, Dod, pourquoi ne pas te contenter de m’appeler « Monsieur », comme le font les autres ?
— Vous êtes un maître de discipline et je trouve que ce titre vous convient parfaitement. Mais si vous préférez que je vous appelle « Monsieur », je le ferai, Maître.
Pour lui répondre, Dod avait mis son équilibre en péril. Il avait bien failli tomber et avait retiré les mains de son dos pour le rétablir.
— Dix minutes de plus pour avoir ôté les mains de ton dos, Dod.
— Merci, Maître, avait répondu Dod.
— J’ajoute à ta peine et tu me remercies. Pourquoi ?
— Je… je ne sais pas, Maître. Je…
Dod se mit à réfléchir. Pourquoi, en effet, l’avait-il remercié ? Il risquait de tomber avant la fin et de tout devoir reprendre à zéro. Il ne serait certainement pas capable de tenir en équilibre sur la poutre ensuite et tomberait encore et encore. Combien de temps devrait-il résister à sa fatigue et combattre ses tressautements musculaires afin de conserver la même posture avant que Greg lui permît d’aller se coucher ? Mais peut-être que c’était ce qu’il souhaitait : passer la nuit ici, seul avec Greg, lui montrer qu’il était prêt à lutter de toutes ses forces jusqu’à épuisement si nécessaire pour lui plaire. Pouvait-il lui donner une telle réponse ?
— Alors, Dod ? Dis-moi la vérité.
— Je… je crois que je n’ai pas envie de retourner faire mes devoirs au dortoir ou à la bibliothèque. Je préfère rester ici avec vous, Maître.
Greg le regarda sans rien dire un long moment, puis il s’approcha de Dod et le poussa par terre. Dod poussa un cri de surprise, mais resta dans la même posture en attendant de voir ce que Greg allait lui dire ou lui faire. Le jeune maître contourna la poutre et s’approcha de lui. Il mit le pied sur le ventre de Dod, pressa fort et dit :
— Chausse-toi, mets ta ceinture et va faire tes devoirs si tu ne veux pas les remettre en retard et te retrouver ici encore une fois. Et ne t’avise pas de commettre d’erreurs volontairement, pour qu’on t’envoie encore ici. Sinon, je demanderai à Serguei de s’occuper de toi, même si tu attends debout que je te punisse. Compris ?
Greg retira le pied du ventre de Dod.
— Oui, Maître, répondit Dod, le regard embué de larmes.
Dod quitta le gymnase après avoir pris le papier disant qu’il avait reçu sa punition. Il alla s’enfermer aux toilettes pour pouvoir pleurer sans être dérangé et sans qu’on le questionne sur ce que Greg avait bien pu lui faire pour le mettre dans cet état. Un fois calmé, il alla faire ses devoirs, comme Greg le lui avait ordonné.
Ce soir-là, au dortoir, Sacha le questionna encore.
— Qu’est-ce que tu as ? Tu as une sale tête.
— Rien. J’ai mal dormi, c’est tout.
— Tu devais avoir mal aux fesses. C’est pour ça que tu as mal dormi, hein ?
— Non. Pas du tout. Ce lit est dur comme du ciment. Comment faites-vous pour arriver à dormir là-dessus ?
— Ah, on s’y fait. Ensuite, c’est sur un lit moelleux que tu ne réussiras plus à dormir.
— Si tu le dis.
Quelqu’un dans le dortoir vint s’arrêter au pied du lit de Dod.
— Il paraît que tu es retourné au gymnase ce soir et que c’est encore Greg qui t’a puni. Que t’a-t-il fait ?
— Rien d’intéressant. J’ai juste dormi sur une poutre.
— Ah, oui. La poutre. Moi, je n’ai pas pu y tenir plus de dix minutes et je suis tombé. J’ai dû tout recommencer à zéro à trois reprises, pas toi ?
— Non.
— Alors, tu dois avoir plus d’équilibre que moi.
— J’imagine.
L’autre jeune élève, nommé Boris, repartit à sa place de l’autre côté de l’allée, face au lit de Sacha.
— Tu ne m’avais pas dit ça, lui reprocha Sacha. Tu peux bien avoir une drôle de tête. Tu es sûr de n’être pas tombé ? Tout le monde tombe au moins une fois. C’est même arrivé que Greg ait passé la nuit au gymnase avec un gars. Comment s’appelle-t-il déjà ?
— Andreï, il s’appelle Andreï, répondit Boris. D’ailleurs, il a été puni par Greg encore hier. Tu ne l’aurais pas vu, Dod ? Tu es allé au gymnase hier. Andreï est un grand mince aux cheveux brun doré.
Le gars qui lui avait souri en sortant se nommait donc Andreï.
— Oui, je l’ai vu, répondit Dod.
— Que lui a fait Greg ? demanda Sacha.
— Il l’a frappé avec une sorte de fouet à plusieurs lanières qu’il appelle un martinet.
— Ah. Oui. Je vois. C’est l’un de ses joujoux préférés, répondit Boris.
— Et quels sont ses autres jouets préférés ?
— Il a une cravache. Tu sais, comme celles qu’on utilise pour les chevaux. Il a une canne et une sorte de longue tresse en cuir qui va en s’amincissant. Greg est très habile de ses mains. Il a fabriqué tous ses jouets lui-même et ils sont tous les trois magnifiques. La tresse fait penser à un serpent. Il s’en sert rarement, car elle tranche dans la chair et laisse des marques qui ne disparaissent pas toujours. Mais Greg est encore plus cruel quand il n’utilise que ses mains, pas pour donner la fessée, mais pour, enfin…, répondit Sacha sans terminer sa phrase.
Boris, qui écoutait la discussion, assis sur son lit, se mit à rougir. Dod se dit qu’au moins, il n’était pas le seul ici à le faire.
— Oui, quoi ? Que fait-il d’autre de ses mains nues que de donner la fessée ? demanda Dod.
Sacha et Boris se regardèrent. Tous deux semblaient savoir de quoi il retournait, mais personne n’osait rien ajouter. Boris fit mine de chercher quelque chose dans la table de chevet. Quant à Sacha, il se remit à étudier son histoire de Russie. Que pouvait donc faire Greg de ses mains qui mettait tellement Sacha et Boris mal à l’aise ?
— Dans quel dortoir se trouve Andreï ?
— Celui à droite au bout du corridor, répondit Sacha. Pourquoi ? Tu veux aller lui parler de ton bon ami Greg ?
Dod rougit encore, mais il s’était déjà levé et se dirigeait vers la porte pour aller dans l’autre dortoir, celui où se trouvait Andreï.
Lorsqu’il arriva au dortoir, Andreï était assis sur son lit en train de lire ou d’étudier.
— Est-ce que je peux m’assoir sur ton lit ? lui demanda Dod.
Andreï le regarda, surpris de le voir dans son dortoir.
— Ce sera le couvre-feu dans quinze minutes et il faut que je finisse de lire ça. Je n’ai pas vraiment le temps de discuter.
— Cinq minutes. Je t’en prie.
— Bon, d’accord. Qu’est-ce que tu veux ?
— Pourquoi m’as-tu souri avant de quitter le gymnase hier ?
— Parce que je savais que Greg allait s’occuper de toi. C’était une façon de t’encourager.
— Que te disait-il au début, avant de te frapper ?
— Il m’a reproché de n’avoir pas atteint mes objectifs scolaires.
— Tes objectifs scolaires ? Que veux-tu dire par là ?
— Il m’a fixé des objectifs. Il veut que je m’améliore dans mes matières les moins fortes. C’est pour ça que je dois terminer ma lecture, tu comprends.
— Oui, mais pourquoi ? Je veux dire, a-t-il le droit de t’obliger à travailler davantage ?
— Il… Je… C’est difficile à expliquer. Comment t’appelles-tu ?
— Dod.
— Tu es nouveau ici, hein ?
— Oui.
— Moi, je suis ici depuis trois ans. Au début, c’était comme pour toi. Si je manquais à un règlement du collège, on m’envoyait au gymnase et on me punissait. Un jour, c’est Greg qui m’a puni. Il m’a montré cette posture, tu sais ?
— Oui.
— Il m’a fait marcher derrière lui autour du gymnase. Il m’a obligé à me montrer plus… plus patient, plus discipliné, plus courageux. J’ai aimé ça. La fois suivante, j’ai attendu debout, comme il me l’avait suggéré, pour que ce soit lui qui me punisse. Il l’a fait. Puis, petit à petit, il a pris plus de place dans ma vie. Il a commencé à me demander d’arrêter de tricher pendant les examens et de ne plus me bagarrer avec les autres élèves pendant les jeux à l’extérieur. Je ne savais même pas comment il avait pu savoir que je trichais, personne ne m’avait jamais surpris en train de le faire. Mais il savait. J’ai fait ce qu’il m’a dit, mais mes notes ont chuté. Pas qu’elles aient été très bonnes avant, mais ça a empiré. Il me l’a reproché. Il m’a dit de travailler mieux et davantage. Il a repéré mes deux matières les plus faibles et m’a demandé, non ordonné, de les hausser de dix points. Dix points, c’est quelque chose ! J’étais sûr de ne pas y arriver. Le jour où on a reçu nos notes, il m’attendait à l’entrée de ce dortoir. Il a tendu la main pour que je lui montre mon relevé de notes. J’avais obtenu les dix points de plus dans les deux matières. Il a souri et m’a dit de le suivre à sa chambre. Je m’y suis rendu avec des crampes dans le ventre à force d’inquiétude au sujet de ce qui s’y passerait, mais en marchant deux pas derrière lui. Quand nous sommes arrivés à sa chambre, il m’a offert un cadeau. Je collectionne les timbres. Il y en a un que je voulais depuis longtemps et que je ne trouvais pas. J’ai ouvert la petite enveloppe. Quand j’ai vu le timbre, il a sourit de me voir aussi heureux. Je lui ai sauté au cou pour l’embrasser, puis je me suis souvenu qu’il ne veut pas qu’on le touche sans sa permission et je me suis senti mal de lui avoir désobéi en un tel moment. Mais il m’a serré très fort contre lui en me félicitant et il m’a embrassé sur le front. Puis il m’a fixé un nouvel objectif. C’est comme ça depuis ce temps. Mais quand je pars en vacances dans ma famille, il me manque, ce salaud.
— T’est-il arrivé de ne pas atteindre ton objectif ?
— Oui, justement, c’est pour ça qu’il me faisait des reproches aujourd’hui et qu’il me punissait. J’ai manqué de seulement un point. Il m’est arrivé d’échouer bien plus totalement que ça, mais je te le raconterai une autre fois. Là, je n’ai pas le temps. Il faut vraiment que je lise.
— Merci, Andreï, de tes confidences.
— Je sais ce que tu dois penser. Je suis fou de laisser ce gars me dicter ce que je dois faire de ma vie. Ce n’est ni mon père ni l’un de mes professeurs ni même notre conseiller spirituel, mais…
— Je te comprends, t’en fais pas.
— C’est vrai ?
— Oui, c’est vrai. Allez, lis ton livre. Bonne nuit !
— Bonne nuit !
Dod retourna à sa chambre et se coucha. Mais il n’arriva pas à s’endormir avant plusieurs heures. Il n’arrêtait pas de penser à Greg, à Andreï et à imaginer tous les autres élèves que Greg aidait peut-être à mieux se comporter et à avoir de meilleurs résultats scolaires. Pourquoi est-ce que Sacha et les autres ne comprenaient pas que Greg n’était pas un salaud ?
Tirage n° 61905685 <3793643@27798487.com>
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